La Rösticup et la Bilac 2025 et un anniversaire

Depuis la fondation de la Suisse, une cicatrice lézarde la population helvétique. Des deux côtés de cette frontière, on trouve non seulement des langues différentes, mais aussi des différences culturelles.

Cette barrière porte le nom du plat qui unit et qui réjouit le cœur de tous les suisses : le « Rösti ». Ce plat dont l’origine serait plutôt bernoise est aujourd’hui apprécié de toute la Suisse.

La Rösticup du 11 octobre 2025

Afin de faire la nique à ces différences qui nous divisent entre compatriotes et de nous unir dans une compétition saine, nous avons mis sur pied la « Rösticup ». Cette compétition se passera sur la barrière même du Roesti, la Sarine.

La Bilac du 20 septembre 2025

L’origine de la Bilac, l’un des plus grands événements sportifs populaires pour rameurs et canoéistes en Suisse, remonte à l’Expo.02. Le but originel était de relier les Arteplages de Neuchâtel et Bienne par un événement inspiré de la Vogalonga de Venise. Les Arteplages ont disparu. La Bilac est restée. Depuis, la Bilac est devenue un événement indépendant organisé chaque année en septembre sur les eaux du Jura.

Le 20 septembre est aussi le 140e anniversaire de la Société Nautique de Neuchâtel!

Certains participants souhaitent améliorer ou confirmer leur temps de l’année précédente. D’autres rêvent de battre leurs camarades de club et d’autres enfin souhaitent simplement vivre une rencontre magnifique et variée et passer quelques heures sympathiques avec des personnes partageant la même passion. La Bilac répond à toutes les attentes.

Lac de Bienne

Il n’y a pas de classement, même si les embarcations les plus rapides, et certains bateaux en particulier, obtiennent un prix. Au final, le programme de la rencontre est attrayant et peu coûteux.

En cas de forts vents et de vagues trop élevées, la manifestation est déplacée sur un itinéraire de réserve le long du canal de l’Aar, comme ce fut le cas en 2022.

La Bilac 2022

L’Aar, et Club d’Avrion Soleure (Ruderverein Solothurn) et la ville de Soleure

Thun, Brahms, le panorama de Thun et le Mittlere Brücke à Bâle

Presque chaque village et chaque ville de Suisse recèle des surprises culturelles et historiques. Thoune (canton de Berne) ne fait pas exception à la règle. La ville n’a pas seulement donné son nom au lac de Thoune, elle est aussi le sujet de l’un des panoramas les mieux conservés au monde. Trois autres panoramas sont par ailleurs visibles en Suisse: à Einsiedeln, Morat et Lucerne.

Marquard Wocher (1769-1830), le créateur du panorama de Thoune, vivait le long de l’Aar, qui traverse non seulement le lac de Thoune, mais aussi Interlaken et le lac de Brienz.

Les ducs de Zähringen ont également laissé leur empreinte à Thoune. Ils ont construit le château, l’église de la ville et le vieux centre. Cette famille s’est éteinte en 1218, après quoi ses successeurs, les comtes de Kyburg, ont accordé à Thoune le droit de cité en 1264. Après un bref intermède habsbourgeois, Berne a acquis la ville en 1384.

Le Saint Empire romain germanique est également encore présent à Thoune 

Une autre famille locale, les barons de Thoune, a également joué un rôle éminent dans d’autres localités au XIIIème siècle. Henri II de Thoune a été prince-évêque de Bâle de 1216 à sa mort en 1238, succédant à Walter de Rötteln. Henri II a construit le Mittlere Brücke à Bâle en 1225 (remplacé seulement en 1905 par le pont actuel!).

Bâle, Rheinsprung 1, relief de 1914. L’évêque Heinrich von Thun a et la construction du pont.

Thoune est devenue un pôle d’attraction touristique au XIXème siècle. L’Eiger, le Mönch, la Jungfrau, la situation au bord du lac, la nature magnifique et les possibilités de randonnée ainsi que la construction du réseau ferroviaire attirent de nombreux visiteurs en toutes saisons.

Marquard Wocher connaissait Thoune comme une petite ville de quelques milliers d’habitants. Deux cents ans plus tard, la ville compte près de 44000 habitants!

Monument et arbre de Johann Brahms, il a passé plusieurs fois certains mois d’été à Thoune

(Source et plus d’informations: Ville de Thoune)

   

Schadau

Complexe de l’ancienne chartreuse

Le bateau à vapeur

 

Églises romanes, châteaux, ponts suspendus au bord du lac de Thoune

Il n’y a pas que l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau qui regardent le lac de Thoune, mais aussi douze églises romanes et cinq châteaux. En outre, l’observatoire Sirius oriente le regard vers le haut, vers l’univers infini et ses innombrables étoiles. Les grottes de Saint-Béat n’auront jamais cette vue! Le lac de Thoune doit son nom à la ville de Thoune.

Thoune

De l’autre côté du lac, Interlaken (nommé d’après l’ancien monastère Inter lacus) forme la séparation avec le lac de Brienz. L’Aar relie toutefois les deux lacs. Le lac de Thoune est né de la fonte du glacier de l’Aar il y a environ 12’000 ans.

Ce glacier avait une épaisseur de 1’000 mètres à certains endroits. Cette fonte s’est également accompagnée d’un déplacement de terre et de pierres qui ont fini par séparer le lac de Brienz et le lac de Thoune près d’Interlaken. Ceux qui voient aujourd’hui la culture de la vigne sur les coteaux ensoleillés ne peuvent pas s’imaginer cette époque.

La première mention du lac de Thoune a eu lieu vers 660 sous le nom de lacus Dunensis. La région était déjà habitée avant la colonisation par les Celtes. Après les Celtes, les Romains, les Alémaniques, les Burgondes et les Francs,  les ducs de Zähringen, les comtes de Kybourg, les Habsbourg et enfin Berne en 1384 ont gouverné le territoire de Thoun.

Douze églises romanes

 L’Aar et le lac de Thoune ont toujours été la zone culturelle frontalière entre le diocèse francophone de Lausanne, le royaume de Bourgogne (888-1032) et la puissante abbaye de Cluny, ainsi que le diocèse germanophone de Constance et l’abbaye de Saint-Gall.

Sigriswil

Le commanditaire de ces 12 églises est inconnu. Il existe toutefois des indications selon lesquelles le roi Rodolphe II de Bourgogne a fait construire ces églises dans le style roman-lombard. Douze n’est évidemment pas un hasard, mais fait référence aux douze apôtres.

Thoune

Ils entouraient l’église mère d’Einigen. La plupart des églises présentent encore le style architectural authentique. L’église d’Uttigen a été détruite par un incendie en 1536. C’est pour cette raison qu’il y a douze églises et non treize. L’année 1536 n’est pas non plus un hasard, car c’est l’époque de la Réforme dans le canton de Berne!

Hilterfingen

Les douze églises romanes se trouvent à Thoune, Hilterfingen, Sigriswil, Leissigen, Frutigen, Aeschi, Wimmis, Spiez, Einigen, Amsoldingen, Thierachem et Scherzligen.

Spiez

Les cinq châteaux

 Au bord du lac se trouvent le château de Thoune, le château d’Oberhofen, le château de Spiez, le château de Hünegg et le château de Schadau. L’histoire de ces monuments remonte au Moyen-Âge et au XIXème siècle.

Le château d’Oberhofen

Ils représentent différentes époques et donnent une bonne impression de la vie à ces époques. Le château de Thoune, le château d’Oberhofen, le château de Spiez et le château de Hünegg abritent aujourd’hui un musée, le château de Schadau un hôtel et un restaurant.

Le château de Schadau

Le château de Hünegg

Les environs

 Ceux qui se donnent la peine de monter sur les montagnes sont récompensés par des vues à couper le souffle, des prairies fleuries, des forêts denses et l’un des plus longs ponts suspendus de Suisse.

Le pont suspendu près de Sigriswil mesure 340 mètres de long et se trouve à une hauteur de 182 mètres. Le pont enjambe les gorges du Gummischlucht. Deux autres ponts suspendus près de Leissigen (144 mètres de long) et de Beatenberg (80 mètres de long) donnent à juste titre à cet itinéraire le nom de « Brückenweg ».

Un pont plus petit sur le sentier des ponts (Brückenweg)

Le Club Alpin Suisse

Le Club Alpin Suisse (CAS) organise régulièrement des randonnées dans cette région et dans d’autres belles contrées du pays.

Impressions

La Gummischlucht

Sigriswil

Gunten

Festival européen des chœurs de jeunes à Bâle

Le festival est conçu comme une plate-forme de concerts et de rencontres pour des chœurs d’enfants et de jeunes de haut niveau. Il assume ce rôle à l’échelle mondiale. Le but du festival est de rassembler des jeunes au-delà de toute frontière et de découvrir ensemble de nouveaux horizons. Cela concerne aussi bien les chanteurs·euses que le public et les chef·fe·s de chœurs de tous les secteurs et de toutes les scènes.

Le festival propose des concerts de haute qualité musicale à un large public. Le programme  met en évidence la diversité du chant choral en Suisse et en Europe et thématise les courants actuels de la musique chorale.

Il encourage également entre les régions linguistiques et les scènes chorales suisses ainsi qu’entre la Suisse et d’autres pays européens par le biais du chant choral.

(Source et plus d’informations: Europäisches Jugendchor Festival)

Palazzo Trevisan et les relations Venise-Suisse

Venise et la Confédération suisse et ses cantons entretiennent depuis des siècles des contacts politiques, commerciaux et culturels. Les Zuckerbäcker, les négociants en textile, les soldats et les alliances sont bien connus. La continuité des relations (commerciales) entre Venise et l’ancienne Confédération est attestée, entre autres, par une sculpture à Bâle.

Bâle, lion ailé de Marcus, symbole de Venise. Maison d’un marchand avec des contacts à Venise

Un lien datant du XXème siècle est beaucoup moins connu. Le Palazzo Trevisan à Venise est la propriété du gouvernement fédéral suisse. Situé dans le quartier de Dorsoduro, sur la promenade Zattere, le palais fut construit au XVème siècle pour la famille Trevisan et est un symbole de l’apogée économique et politique de Venise.

Un étage du Palazzo Trevisan a été utilisé par le gouvernement fédéral comme siège du consulat général jusqu’en 2002, puis comme centre culturel après sa transformation en consulat honoraire. Au fil du temps, le bâtiment est devenu un symbole des activités de la Suisse à Venise.

A l’avenir, le Palazzo sera ouvert non seulement au secteur culturel, mais aussi à la science, à la recherche et au secteur privé. A partir du 1er janvier 2026, le beletage du Palazzo deviendra une plateforme ouverte à un large public.

La promotion de la culture suisse est le premier but. En outre, de nouvelles activités dans les domaines de l’innovation, de la recherche et de la durabilité seront intégrées. Par ailleurs, la Suisse est toujours représentée à la Biennale de Venise, et le Palazzo joue également un rôle important dans cet événement.

Le franc suisse, l’euro et l’Union monétaire latine

Le franc suisse (CHF) fête ses 175 ans. Il a officiellement été introduit le 7 mai 1850. Avant cette date, la situation monétaire était très complexe, avec un véritable enchevêtrement de devises. Depuis le Moyen Âge, chaque canton, chaque ville et chaque évêché frappaient leur propre monnaie.

On payait avec des Batzen, des Rappen, des Taler, des Oertli, des Assis, des Gulden ou des Dicken. Il y avait plus de 8000 pièces différentes. Le déplacement d’un canton à l’autre ressemblait à un voyage à l’étranger, à chaque frontière de canton, il fallait échanger de l’argent et s’acquitter d’un péage.

Cette réforme monétaire n’allait donc pas de soi, mais c’était un peu l’« euro » suisse avant l’heure. Les cantons défendaient leur droit de frapper leur propre monnaie et de percevoir des droits de douane, mais depuis la nouvelle constitution de 1848, la Confédération a constitué une base solide pour l’économie et le franc suisse. Aujourd’hui, le franc suisse incarne l’indépendance monétaire, la fiabilité économique et une vision à long terme.

Le traité du 23 décembre 1865. Source : Wikipedia

L’Union monétaire latine

La Suisse a aussi connu son « euro » et ce dès 1865. En 1865, la France, la Belgique, l’Italie et la Suisse ont conclu un traité monétaire, une sorte de précurseur de l’euro. La Grèce a rejoint l’Union un an plus tard. Cette union monétaire a été créée par Napoléon III (1808-1873).

Affiche française de 1865. Source : Wikipedia

Cette « Union monétaire latine » contenait des règlements détaillés sur le poids, la finesse, la forme et le cours des pièces d’or et d’argent, ainsi que des quotas pour la frappe des pièces pour les différents pays en proportion de la population. En échange, les pièces en question étaient acceptées à leur valeur nominale dans toute la zone de l’union monétaire.

Les cinq pays de l’Union monétaire latine. Image: Wikipedia

Le gouvernement suisse, favorable à la coopéraion européenne, y voyait une première étape vers la réalisation de l’idée d’un système monétaire européen. Plus tard, la Grèce a également adhéré au traité. La composition des pièces d’or et d’argent en circulation en Suisse était donc internationale.

Enquête sur les pièces d’argent comme moyen de paiement dans les pays de l’Union monétaire. Publié par Kaiser & Co. vers 1914 à Berne. Source : Swissmint/ Dictionnaire Historique de la Suisse

La part des pièces de 5 francs suisses a fluctué entre 2 et 7 % entre 1885 et 1920. En raison de la dévaluation et de la dépréciation, il y a rapidement eu une inégalité croissante entre les pièces et les accords se sont révélés sans valeur. En outre, des traités bilatéraux et unilatéraux conclus jusqu’en 1914 ont largement étendu cette union monétaire à des pays non solvables et même à des colonies.

Les pays membres de la Union vers 1914. Image: Wikipedia

Le berger alpin

Le village de Richterswil (canton de Zurich) est le lieu de naissance de Paul Burkhard (1888-1964), le créateur des célèbres pièces de cinq francs. En 1920, il a été chargé de concevoir une nouvelle pièce de cinq francs. Il a conçu le bergers alpin (Alphirte).

Le 1er avril 1927, le traité monétaire, qui était resté dans les tiroirs pendant de nombreuses années, a été dissous. La Banque Nationale Suisse BNS (fondée en 1907) s’était maintenant libérée. La clé de la politique monétaire ne résidait plus dans le suivi de la norme des pays voisins. La stabilité monétaire était une valeur en soi.

L’ Alphirte (le berger alpin), souvent confondu par erreur avec Guillaume Tell

Jusqu’en 1914, le franc était une monnaie comme toutes les autres, qui s’appréciait et se dépréciait parfois par rapport aux concurrents. Ensuite, il a lentement émergé ce qui est valable jusqu’à aujourd’hui : une Suisse, véritable île monétaire de stabilité, avec son franc.

Le franc suisse aujourd’hui

Cette qualité repose sur de nombreux piliers, dont la stabilité politique et sociale, la démocratie directe, le fédéralisme, la subsidiarité, le libéralisme, l’innovation industrielle, l’exportation, l’excellent système de recherche et d’éducation, une forte éthique de travail, un système économique orienté vers le marché et en même temps social, une faible dette publique, des réserves d’or élevées, des excédents de la balance courante et des actifs étrangers nets.

Les voisins monétaires et aujourd’hui l’euro ont rendu et rendent encore au franc la vie difficile. En 2002, la BNS nourrissait l’espoir (en vain) que l’euro et la BCE seraient une sorte de successeur du mark allemand et de la Bundesbank.

Le taux de change Euro-CHF 2002-2025. Source : www.schweizer-franken.eu

Conclusion

L’euro (et donc aussi le florin néerlandais et le mark allemand) a perdu près de 40 % de sa valeur par rapport au franc suisse depuis 2002 et les perspectives ne sont pas bonnes.

De plus en plus de pays (économiquement, monétairement et politiquement) en difficulté participent et la BCE ressemble beaucoup à une banque franco-italienne politiquement orientée. L’inflation aux Pays-Bas était (jusqu’à 15 %) et est (environ 5 %) très élevée.

L’Union monétaire latine et l’euro sont un « avertissement de l’histoire », également en ce qui concerne les nouvelles négociations et accords avec l’UE, son centralisme, sa démocratie par le haut, sa bureaucratie et son pouvoir judiciaire.

(Bron: S. Heeb, Dictionnaire Historique de la Suisse, l’Union monétaire latine, 25.03.2014)

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Anet, Albert Anker, monuments et le clima

Anet (Ins en allemand, canton de Berne, Seeland, Le Pays des Trois-Lacs) est le village de la maison de naissance, de l’atelier et du musée du peintre Albert-Anker (1831-1910).  Le village médiéval était aussi un centre régional important avec plus d’habitants que la ville de Cerlier (Erlach en allemand, canton de Berne).

Néanmoins, à partir de 1474, Cerlier a été le siège des gouverneurs (Landvogt) de Berne. Anet, en revanche, était le lieu du Landgericht.

 

Le Schlössli Ins, le Rosenhof-Park et la Place de l’hôtel de ville indiquent également l’importance du village.

Sur la colline se dresse depuis des siècles l’église médiévale, qui est évangélique depuis 1525. Les fonts baptismaux du 13e siècle témoignent de l’histoire séculaire de la construction. L’église a été mentionnée pour la première fois dans un document en 1228.

(Source et plus d’informations: Commune d’Anet)

Impressions du village

 

La pierre d’Allalin de l’Allalinhorn, laissée dans le Seeland par la fonte du glacier Wallis il y a environ 17 500 ans.

La pierre de Schlüchter ( Schlüchter -Stein). Ce bloc de pierre a été transporté dans le Seeland par le glacier du Valais (Wallis-Gletscher) il y a 20 000 ans.

La ville, le canton et le principauté de Neuchâtel

Les premiers comtes de Neuchâtel remontent au « deuxième » royaume de Bourgogne (888-1032). Le dernier roi, Rodolphe III (970-1032), fit construire un château sur le rocher: c’est le début de l’actuel Neuchâtel (“nouveau château”). La Collégiale, qui lui fait face, fut bâtie entre 1185 et 1190.

La gare de Neuchâtel, les premiers habitants dans l’âge de pierre 

Les Galeries de l’histoire de Neuchâtel.

La dynastie des comtes de Neuchâtel s’éteignit en 1395. Jusqu’en 1504, ce furent les familles allemandes de Fribourg (Freiburg im Breisgau) et de Hochberg qui gouvernèrent successivement le comté. Après l’extinction de ces dynasties allemandes, la dynastie française (royale et catholique) d’Orléans-Longueville acquit le comté en 1504. Neuchâtel devint ainsi une principauté.

Les bourgeois cherchèrent cependant à se rapprocher de la Confédération des XIII Cantons, comme on peut le voir sur le château, qui arbore leurs armoiries. Ce rapprochement alla si loin que les cantons administrèrent la principauté pendant plusieurs années (1512-1529). Une occupation avec l’accord des habitants!

En 1530, sous l’impulsion de Guillaume Farel (1489-1565), Neuchâtel passa au protestantisme. Cette conversion eut des conséquences sur l’avenir de la principauté. Quand la dynastie d’Orléans-Longueville s’éteignit, en 1706, le tribunal de Trois-États, la cour suprême de la principauté, fut chargé de désigner le nouveau suzerain de Neuchâtel.

Il y avait plusieurs prétendants, dont le roi de France catholique. Le choix fut déterminé par des motifs religieux, mais aussi géopolitiques : Berlin étant beaucoup plus éloigné que Paris, Neuchâtel se garantissait ainsi une plus large autonomie.

Le roi prussien (protestant) de la dynastie des Hohenzollern, Frédéric-Guillaume 1 (1688-1740), devint ainsi prince de Neuchâtel en 1707. Neuchâtel allait demeurer (formellement) une principauté prussienne jusqu’en 1857, tout en étant étroitement allié à la Confédération depuis les « années d’occupation » 1512-1529.

L’Hôtel de Ville

L’ère française (1798-1813) donna lieu à un bref intermède français en 1806, le maréchal Alexandre Berthier (1753-1815) devenant prince de Neuchâtel de 1806 à 1813. Après la défaite de Napoléon et le départ des Français, le roi de Prusse reprit (toujours formellement) le pouvoir en 1814.

Le monument 1814-1848

En 1815, Neuchâtel devint un canton de la Confédération, tout en restant une principauté prussienne. Cette situation prit fin en 1857, lorsque le roi Frédéric-Guillaume IV (1795-1861) renonça à ses droits, après la création en 1848 de la Confoederatio Helvetica par 22 cantons, dont Neuchâtel, et après que les villes industrielles du Locle et de La Chaux-de-Fonds eurent mené une révolte victorieuse contre l’aristocratie royaliste de la ville de Neuchâtel.

Une première insurrection en 1830, année révolutionnaire dans toute l’Europe, n’avait pas réussi, contrairement aux changements dans d’autres cantons suisses (par exemple la division de Bâle-Ville et Bâle-Campagne et la régénération avec une constitution moderne dans onze cantons).

Le dernier monarque disparut ainsi de Suisse en 1857. Cependant, de nombreux palais de la ville rappellent encore les époques françaises, allemandes et prussiennes qui ont duré des siècles.

Swiss Center for Electronics and Microtechnology

Le pavillion Hirsch

Par la suite, la ville est devenue un centre industriel et commercial, entre autres pour l’horlogerie, le tourisme, le commerce et, par exemple, l’industrie du chocolat. Suchard fut le premier fabricant multinational de chocolat !

La croissance démographique rapide et le développement de la ville sont bien documentés dans les Galeries de l’histoire.

Aujourd’hui, avec son université et son centre médiéval, la ville est la troisième plus grande ville de Suisse romande et est magnifiquement située au pied du Jura, au bord du lac de Neuchâtel.

Le Jardin anglais

La rivalité entre La Chaux-de-Fonds, industrielle, et Neuchâtel, « aristocratique », n’a cependant pas disparu : on parle toujours de l’opposition entre le « Bas » et le « Haut » du canton. La Chaux-de-Fonds est aussi la ville la plus haute de Suisse, a une altitude de près de 1000 mètres.

Ramer sur le lac de Neuchâtel Photos: Gaetano Mileti

L’Hôtel DuPeyrou

Le Jardin anglais et le Casino de Neuchâtel

Neuchâtel, Bulgari

Les Habsbourg, Humanisme et Patrimoine mondial de l’UNESCO en Alsace

Les Habsbourg ont été la dynastie impériale la plus longue d’Europe jusqu’en 1918. Les membres de la famille furent sans interruption depuis 1438 (à l’exception de Charles VII Albert de Wittelsbach (1697-1745), empereur de 1742 à 1745, empereur du Saint-Empire romain germanique, de l’Empire d’Autriche à partir de 1806 et de la double monarchie austro-hongroise de 1867 à 1918). L’archiduc Maximilien (1832-1867) fut même brièvement empereur du Mexique (1864-1867).

Édouard Manet (1832-1883), L’exécution de Maximilien, 1867. Photo: Wikipedia. Städtische Kunsthalle, Mannheim

En 1555, la famille s’était déjà scindée en une branche autrichienne et une branche espagnole afin de pouvoir continuer à gouverner cet immense territoire (y compris le Nouveau Monde). Plus de 50 ans auparavant, en 1499, une autre scission avait déjà eu lieu.

Le château et le village de Habsburg

Depuis la paix de Bâle (1499), la Confédération suisse ou Eidgenossenschaft était en fait une « nation » indépendante composée de cantons souverains. La paix de Westphalie confirma ce statut en 1648. Le pays d’origine des Habsbourg était ainsi perdu à jamais, même si le château et le village de Habsbourg (canton d’Argovie) continuent d’en perpétuer la gloire.

Alsace

Qui pense encore aujourd’hui à la présence impériale des Habsbourg lorsqu’il évoque les villes d’Ensisheim, de Ferrette (Pfirt) ou de Sélestat (Schlettstadt) en Alsace ? Pourtant, Ensisheim fut pendant des siècles la capitale de l’Autriche antérieure des Habsbourg. Ferrette et Sélestat furent d’importants lieux défensifs et administratifs.

Dans ce magnifique paysage vallonné, parsemé de vignobles et de villages, se dresse également l’imposante forteresse de Haut-Koenigsbourg (Hohkönigsburg), qui a appartenu aux Habsbourg pendant des siècles.

Le château de Ferrette 

Ferrette

Ou plutôt le village de Vieux-Ferrette, situé sur la voie romaine reliant Bâle à Porrentruy (canton du Jura). La petite ville voisine de Ferrette tire son nom du château, mentionné pour la première fois dans des documents en 1105. Les comtes de Pfirt (alors germanophones) habitaient le château et possédaient de vastes territoires en Alsace. En 1324, les Habsbourg s’emparèrent du château grâce à une politique matrimoniale.

Palais de la Régence

Ensisheim

Ensisheim est située à proximité d’autres domaines du patrimoine des Habsbourg: Murbach et Ottmarsheim. Afin de pouvoir administrer correctement le vaste territoire de l’Autriche antérieure, l’empereur Ferdinand Ier (1503-1564) fit d’Ensisheim la capitale administrative de cette région en 1526.

Le Palais de la Régence (1545), les monastères, les églises et les palais urbains rappellent cette époque. La ville fut également le centre juridique de l’Autriche antérieure jusqu’en 1648. La grandeur d’Ensisheim rayonne encore aujourd’hui.

Sélestat

La croissance et l’essor de cette petite ville ont commencé avant l’ère des Habsbourg. L’empereur Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250) accorda à Sélestat le statut de ville impériale libre (Reichsunmittelbarkeit) en 1217. C’est à cette époque que commença la construction de l’église gothique Saint-Georges, située à côté de la magnifique église romane Saint-Foy.

Saint-Georges

Saint-Foy 

Sélestat était l’une des dix villes alsaciennes de la Décapole (qui comprenait également Colmar, Mulhouse (Mülhausen), Hagenau, Wissembourg (Weissenburg), Obernai (Oberehnheim), Rosheim, Kaysersberg (Kaisersberg), Turckheim (Türkheim) et Munster (Münster).

Il s’agissait d’une alliance entre les dix villes impériales libres d’Alsace. Strasbourg était également une ville impériale libre, mais elle jouissait d’un statut encore plus élevé et ne faisait pas partie de cette alliance (1354-1697).

La Décapole fut une alliance (défensive) et une coopération à la manière de la Confédération suisse, qui continua toutefois d’exister. Mulhouse se retire de la Décapole dès 1515 et devient membre associé (zugewandter Ort) de la Confédération suisse jusqu’en 1798 et l’annexion par Napoléon!

Sous les Habsbourg, à partir du XVème siècle, non seulement l’économie et la religion connurent un essor, mais la culture et les sciences connurent également leur apogée.

L’école latine et l’humanisme (l’humanisme rhénan) étaient célèbres. Même Érasme lui a consacré un poème, « Éloge de Sélestat » (1515). La bibliothèque humaniste de Beatus Rhenanus (1485-1547) est même inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2011! Cependant, la France acquit également Sélestat en 1648.

 Haut-Koenigsbourg

Le château de Haut-Kœnigsbourg, situé à proximité de Sélestat, se dresse sur une hauteur isolée de plus de 700 mètres et domine les environs. Ce que les tours de la Roche sont à Bâle, Haut-Koenigsbourg l’est à cette région, mais son histoire est un peu plus ancienne.

L’empereur Frédéric Ier de Hohenstaufen, dit Barberousse (1119-1190), fit construire le château en 1147. Les Habsbourg et leurs alliés en furent ensuite propriétaires jusqu’à sa destruction pendant la guerre de Trente Ans et sa reprise par la France en 1648.

 Conclusion

Les nombreux noms de lieux germanophones en Alsace font encore référence au passé germanophone et habsbourgeois de cette région. Malgré l’annexion par la France, la langue locale est restée pendant des siècles basée sur la langue alémanique germanophone.

Les habitants du Markgräflerland et d’autres régions du Bade, des cantons de Soleure, Bâle-Ville et Bâle-Campagne et du Jura ont pu communiquer dans cette langue pendant des siècles.

La fin de l’époque des Habsbourg n’y a rien changé. Cependant, les conséquences des guerres de 1870/1871, 1914-1918 et 1939-1945 ont définitivement mis fin à cet héritage linguistique.

Cela n’empêche pas le patrimoine de l’époque des Habsbourg d’être encore très présent et d’être à nouveau apprécié aujourd’hui.

Il vaut en tout cas la peine de visiter non seulement Colmar et Strasbourg ou les villages viticoles, mais aussi les lieux susmentionnés.

Ferrette

Ensisheim

Le monastère et son mur

Sélestat

Haut-Koenigsbourg

La route des Vins d’Alsace 

Les jardins d’herbes aromatiques et médicinales de Suisse

Les vertus médicinales, psychologiques et parfois miraculeuses (et toxiques !) des herbes et des plantes sont aussi anciennes que l’humanité sur tous les continents. Aborigènes d’Amazonie, Indiens d’Amérique, Chinois, Japonais, Aborigènes, Perses, Grecs, Celtes ou Romains, chaque communauté connaissait ses herboristes et ses experts en plantes.

L’abbaye de Dornach aujourd’hui

Les moines du continent européen ont conservé, développé et souvent mis par écrit, à partir du VIème siècle, ce savoir de leurs prédécesseurs. Chaque monastère avait son jardin d’herbes.

Le Jardin botanique de Genève

L’un des écrivains les plus connus n’était toutefois pas un moine, mais une nonne de l’ordre bénédictin. Hildegard von Bingen (1098-1179) n’était pas seulement une nonne et plus tard (1152) l’abbesse du monastère qu’elle a fondé à Rupertsberg près de Bingen sur le Rhin.

Elle était surtout connue comme théologienne, auteur, compositrice, scientifique et « pharmacienne » avant la lettre grâce à ses recherches sur les herbes, les plantes et les jus médicinaux.

Elle fut également conseillère de l’empereur Frédéric Ier, plus connu sous le nom de Barberousse (vers 1122-1190). Elle correspondait avec des papes, des évêques et d’autres abbés et moines, comme Bernard de Clairvaux (1090-1153). Bref, une personnalité médiévale hors du commun.

L’Ermitage de Neuchâtel

Sa vie est décrite dans différentes publications (numériques) et ne sera pas traitée ici (voir entre autres: G. H. Heepen, Das Heilwissen der Hildegard von Bingen, Munich 2015; G. Muhr, Hildegard von Bingen. Der Mensch im Einklang mit der Natur, Daun, 2024).

 Outre divers ouvrages théologiques, elle a également écrit entre 1150 et 1158 deux ouvrages médicaux toujours d’actualité. Le premier ouvrage porte le titre complet de « Liber simplicis medicinae » ou « Physica », le second s’intitule « Liber compositae medicinae » ou « Causae et Curae » .

La première édition du livre Physica (1533). Image: Wikipedia

Les deux livres traitent des maladies (mentales) et des effets curatifs des herbes, des plantes et des jus. Elle puisa non seulement dans l’expérience du monastère (et de l’Antiquité classique), mais aussi dans le savoir populaire des communautés locales et de leurs experts en herbes et en plantes. Elle a décrit des centaines de troubles spirituels et physiques et a en quelque sorte créé une « pharmacie » dans ses livres et dans son jardin d’herbes.

Après sa mort, Hildegarde et sa ‘pharmacie’ sont tombées dans l’oubli pendant des siècles. Mais plusieurs personnalités se sont ensuite consacrées aux vertus curatives des herbes, dont le médecin suisse Theophrastus Bombast von Hohenheim alias Paracelse (1493-1541) et, des siècles plus tard, le Bavarois Sebastian Anton Kneipp (1821-1897).

Samedan

La ‘pharmacie des herbes’ d’Hildegard n’est redevenue accessible qu’au XXème siècle. Les livres mentionnés ci-dessus ont été traduits en allemand au début du XXème siècle (à partir du latin).

Johann Künzle, Das Grosse Kräuterbuch. Ratgeber für gesunde und kranke Tage

Le père suisse Johann Künzle (1867-1945) ainsi que Rudolf Steiner (1861-1925) et Ita Wegman (1876-1943) ont également reconnu les effets bénéfiques des herbes et des plantes au début du XIXème siècle.

Un autre Suisse, Alfred Vogel (1902-1996), a suivi sa propre voie et a fondé en 1963 la société Bioforce AG (aujourd’hui A. Vogel AG), après avoir accumulé un demi-siècle d’expériences pratiques (dans le monde entier), de publications et de recherches dans le domaine des vertus curatives des herbes.

Le droguiste suisse Kurt Altermatt et quelques pharmaciens autrichiens ont toutefois été les premiers producteurs de recettes basées sur les œuvres d’Hildegard. La diffusion s’est ensuite rapidement accrue et ce n’est pas un hasard si la Société internationale Hildegard von Bingen a été fondée en Suisse en 1980.

L’épicentre mondial de la pharmacie, les nombreux jardins d’herbes, le soin de la nature et la reconnaissance des mérites d’Hildegard vont de pair. Elle  symbolise le respect de la ville de la médecine et de la pharmacie modernes pour cette pionnière.

Le Gornergrat, 3 089 m.

La Suisse n’est pas seulement le château d’eau de l’Europe, c’est aussi un jardin d’herbes aromatiques et médicinales. Dans presque chaque hameau, village, ville et sur de nombreux terrains publics et privés poussent et fleurissent souvent des plantes aromatiques (vieilles de plusieurs siècles). Dans ce pays, la nature n’est jamais très loin, au sens propre comme au sens figuré.

Splügen

Engelberg

Degersheim

Arlesheim

Grand Hôtel Weisshorn, canton du Valais, le premier jardin alpin d´Europe

Alpage de Cottier

Sion, le Couvent des Capucins

Bern

Zermatt

Loèche-les-Bains

Freilichtmuseum Ballenberg

Basel, Merian Gärten

Mariastein

Vals

Oberwil, FGV Lettenmatt

Goetheanum

Blatten (Valais), der Ricola Kräuterweg

Ernen

CAS-cabane Illhorn