Les Alpes dans une perspective naturelle
20 juin 2025
Les catastrophes dans la région alpine et en Suisse en particulier sont presque quotidiennement dans les nouvelles. Avalanches, glissements de terrain, fonte des glaciers, pergélisol alternent avec des périodes trop sèches et trop humides. Il est depuis longtemps établi que le climat change et cela a des répercussions sur de nombreux domaines pour l’humanité.

Les causes et conséquences à grande échelle ne sont pas abordées ici ; l’accent est mis sur une perspective de développement structurel qui dépasse largement la brève existence humaine, s’inscrivant dans des échelles de temps de plusieurs milliers, voire dizaines de milliers ou millions d’années.

Moiry Glacier

Le Gornergletscher
L’humanité a réussi en relativement peu de temps, disons en10 000 ans depuis la fin de la dernière période glaciaire, à utiliser presque toute la région alpine suisse pour le tourisme, l’agriculture, les zones résidentielles, l’industrie, les routes et les chemins de fer, les tunnels et les hôtels et restaurants jusqu’à une altitude de 3 883 mètres.
Ces réalisations (technologiques) grandioses ont pris un essor considérable surtout depuis le milieu du XIXème siècle. Cependant, pour la nature, 10 000 ans ne représentent même pas une seconde à l’échelle de l’histoire de la Terre de plus de 4 milliards d’années.


Pour concrétiser cette histoire : il y a environ 100 millions d’années, le territoire qui correspond aujourd’hui à la Suisse était encore englouti sous les eaux d’un vaste océan, la Téthys. Pendant des millions d’années, des sédiments marins se sont lentement déposés sur le fond, formant peu à peu une mosaïque de roches différentes.
Il y a environ 30 millions d’années, cet océan a progressivement disparu laissant place à un autre processus: les plaques continentales d’Afrique et d’Europe sont entrées en collision et, dans un long processus, elles ont permis aux Alpes d’émerger il y a environ 20 millions d’années.


Depuis lors, la Terre a toujours connu de grands changements climatiques. Il y a environ 100 000 ans, la dernière grande période glaciaire a commencé. De grands glaciers couvraient presque toute la Suisse, seuls les plus hauts sommets, dont le Cervin, en émergeaient à peine. Le Cervin doit sa forme pyramidale à ces glaciers qui ont poli les roches pendant des dizaines de milliers d’années.
Près de 90 000 ans plus tard, ces glaciers avaient en grande partie fondu et ce n’est qu’entre 1500 et 1800, pendant le petit âge glaciaire, qu’ils ont de nouveau atteint une plus grande extension. Avant l’époque romaine et jusqu’à la fin du Moyen Âge, les glaciers n’existaient qu’au-dessus de 3 500-4 000 mètres.


Gletschertöpfe, Gletschergarten Dossen (Zermatt)
Il est un fait que les changements se produisent beaucoup plus rapidement de nos jours et que l’homme y joue un rôle. Depuis 1800, la population de la Suisse (et du monde) a très rapidement augmenté, tout comme l’utilisation des régions alpines. Jusqu’à l’industrialisation au XXème siècle, les impacts dans la région alpine étaient relativement faibles. Depuis 1900, l’utilisation et la colonisation sont devenues de plus en plus intensives.







Ainsi, des phénomènes naturels sont devenus, au fil du temps, des tragédies humaines de plus en plus fréquentes. Mais qui, aujourd’hui, peut encore témoigner de l’éboulement de Flims (Flimser Felzsturz), survenu il y a environ 10 000 ans ? Du tsunami sur le Léman provoqué par l’effondrement du Tauredunum en 563 après J.-C. ? Du séisme de Bâle en 1356, ou des multiples catastrophes survenues à Vals (die Lawinechronik), dans les Grisons ? Seule la nature en garde la mémoire, elle seule traverse les siècles intemporellement.
Quiconque visite le Gornergrat (3 089 m), le Jungfraujoch (3 463 m), le Matterhorn Glacier Paradise (3 883 m) ou l’Aiguille du Midi (3 842 m) profite du moment, de la vue, du panorama et des randonnées.



Il est cependant aussi utile de visiter les salles d’information et les musées. Ils offrent non seulement des aperçus des prouesses technologiques, mais mettent surtout la nature au centre.

Le Trockener Steg



Le Gornergrat
Conclusion
Cette prise de conscience est importante non seulement pour la perspective et le contexte du développement de la Terre mais aussi des Alpes en particulier. Elle montre que la nature et donc la Terre sont constamment en mouvement et le resteront. La question est alors de savoir comment l’humanité y fait face.
En fait, les Alpes sont aujourd’hui un grand musée d’histoire naturelle en plein air, partiellement reconnu par l’UNESCO comme patrimoine mondial. Le jardin des glaciers Dossen près de Zermatt ou le jardin des glaciers à Lucerne, les pentes et les glaciers du Gornergrat ou du Cervin n’ont pas ce statut, mais ce n’est qu’une mesure prise à l’échelle humaine.
Cela ne diminue en rien la grandeur de la nature. Un proverbe néerlandais dit : « La mer donne et la mer reprend. » Il en va de même pour les Alpes : la montagne donne, la montagne reprend.
Révision: Andrea Zollinger, rédactrice
Impressionen du Gletschergarten Zermatt





Le Gornergrat





La chapelle Bernard d’Aost







Le Alpine Garden


