Le col du Simplon, Napoléon et de la diligence à la poste
8 juillet 2025
Les Romains, les muletiers et Napoléon l’ont utilisé : le col du Simplon. Depuis des siècles, les cols de montagne font de la Suisse une artère vitale au cœur de l’Europe. Carrefour du commerce, de la diplomatie et parfois théâtre de guerre, elle occupe une place centrale dans les enjeux stratégiques du continent.
Les cols de montagne
En 218 av. J.-C., un grand chef militaire, Hannibal, a traversé les Alpes avec son armée et ses éléphants pour vaincre son ennemi romain sur son propre territoire. Bien qu’il n’ait pas atteint son objectif, malgré une série de victoires éclatantes, son expédition est entrée dans la légende.
Les historiens romains et grecs ne se sont jamais accordés sur le col qu’il a emprunté pour traverser les Alpes. Le col de Montgenèvre, le Mont-Cenis, le Petit ou le Grand St-Bernard sont souvent cités comme les options les plus probables. Nous ne le saurons probablement jamais avec certitude. Ce qui est certain, c’est que l’empereur Claude (10 av. J.-C. – 54 apr. J.-C.) a traversé le Grand St-Bernard en 43 apr. J.-C. avec ses légions en route vers la Bretagne, qu’il a effectivement conquise cette année-là.


Napoléon
Un autre chef militaire, Napoléon Bonaparte (1769-1821), est également connu pour avoir utilisé les cols de montagne suisses pour ses plans militaires. Après la conquête de l’ancienne Confédération des treize cantons en 1798 et la fondation de la République helvétique (1798-1803), il a ordonné en 1800 la construction d’une route sur le col du Simplon, « pour aider au transit des canons ». « Napoleoni magno viam istam pone fecit », peut-on lire sur une inscription dans le Gandertal.

Säumer vers 1890. Foto: Ecomuseum Simplon-Dorf

Schifffahrtmuseum Basel

Simplon-Dorf, Säumer reenactment. Photo: Ecomuseum Simplon-Dorf
La route se devait d’être large et solide pour transporter les canons ainsi que cent mille hommes, leurs chevaux et leur matériel. C’était la route la plus courte entre Paris, la Lombardie et Milan. Elle a longtemps appartenu à son ennemi autrichien. Le 9 octobre 1805, la route de Brig à Domodossola (63 km) a été mise en service : une réalisation de taille et un véritable exploit technique pour l’époque.
Le Valais était d’ailleurs une république « indépendante » de 1802 à 1810, c’est-à-dire sous la supervision de Napoléon. De 1810 à 1813, il faisait partie du département du Simplon dans l’Empire français.
Des siècles auparavant, le col était utilisé par les commerçants (les muletiers), les pèlerins, les diplomates et d’autres personnes, et à partir du XVIIème siècle par les diligences ou les voitures postales.
C’est Kaspar Jodok von Stockalper (1609-1691), « roi du Simplon », comme l’appelait le roi-soleil français Louis XIV (1638-1715), qui a réorganisé le commerce entre Milan et la France et a créé la première liaison de diligence sur le Simplon.


Stockalper Hospiz


Augustiner Hospiz
L’hospice de Stockalper du XVIIVme siècle et l’hospice des Augustins (construit sur ordre de Napoléon) du XIXVme siècle ne sont pas sans rappeler cet âge d’or du col, qui, en raison de sa relative faible altitude (2005 mètres), était parfois praticable même en hiver et l’est d’ailleurs de plus en plus aujourd’hui.
Napoléon n’en a pas profité bien longtemps (militairement). Les touristes, le village de Simplon et les transports locaux, jusqu’à la construction du tunnel du Gothard en 1882 et du tunnel ferroviaire en 1906, en ont profité bien plus !
La diligence et le car postal
La liaison de diligence entre Brig et Domodossola a connu son apogée entre 1850 et 1906, transportant des centaines de milliers de voyageurs dans des diligences et des coupés Landauer : rien qu’en 1876, pas moins de 28 190 ! Il y avait quotidiennement au moins quatre diligences dans les deux sens et nécessitant l’usage de 150 chevaux chaque jour.


Images: Ecomuseum Simplon-Dorf
Ces chiffres n’incluent pas les déplacements à pied, en traîneau ou par des moyens personnels. Cette énorme augmentation est due au fait que la nouvelle Confédération fondée en 1848 a nationalisé la diligence. Après la fin de l’ère des diligences en 1906, consécutive à la construction du tunnel ferroviaire, le célèbre car postal (Postauto) est né, héritier de cette tradition alpine de transport. En 1919, le premier car postal traversa le col du Simplon.


Images: Ecomuseum Simplon-Dorf

Le car postale en 2022: Photo: TES
En 1905, ce sont les premières voitures particulières qui se mirent à utiliser le col. En 1960, l’utilisation avait tellement augmenté que l’ancienne route de Napoléon fut totalement modernisée, malheureusement sans laisser de trace de son chef-d’œuvre.

Aujourd’hui, un grand aigle en pierre est le symbole du Simplon. On pourrait croire qu’il est romain/italien ou carrément allemand, et d’époque. Mais non, il a été érigé par la onzième brigade frontalière suisse en 1944. Il est peu probable qu’il ait été la figure décisive ayant dissuadé les dictateurs allemands ou italiens entre 1940 et 1945.
Il est par contre certain qu’ils n’ont pas tenté d’utiliser le col pour une agression, au grand bonheur des Suisses. Le col du Simplon faisait partie de la formidable ligne de défense du pays et du « Réduit ». D’ailleurs chaque col était à cette époque une forteresse de granit, de pierre et de roche.
Le col mène par la ville frontière de Gondo à Domodossola en Italie et de là au canton du Tessin. Sur le territoire italien, le trajet réserve quelques surprises, comme la majestueuse basilique du village de Re et les paysages alpins du Piémont.
(Source et plus d’informations: Ecomuseum Simplon-Dorf)
Révision: Andrea Zollinger, rédactrice



La basilique est une église de pèlerinage portant le beau nom de Basilica della Beata Vergine Maria del Sangue di Re et rappelle celle de St. Pierre à Rome, et celle d’Oudenbosch (province du Brabant) aux Pays-Bas et même un peu la Hagia Sophia à Istanbul.


