La dernière principauté de Suisse
2 février 2022
Le 19 mai 1815, le canton de Neuchâtel entra dans la Confédération suisse, avec pleine égalité des droits, en tant que 21ème canton, alors que le roi prussien Frédéric-Guillaume III était toujours le prince souverain de Neuchâtel.
Cette histoire remonte à 1706, lorsque Marie de Nemours, de la famille française d’Orléans-Longueville, princesse souveraine de Neuchâtel et Valangin, mourut sans héritier légitime.
Cette famille a dirigé l’ancien comté indépendant de Neuchâtel entre 1504 et 1707. A la mort de la dernière héritière, le tribunal des Trois-Etats ouvrit un procès pour le choix du nouveau souverain.

Au terme de cette procédure, il fut décidé que Frédéric Ier, roi de Prusse et représentant de la maison de Hohenzollern, deviendrait à titre personnel prince de Neuchâtel.
Il est certain que la crainte de l’expansionnisme français, la confession protestante du souverain ainsi que ses promesses ont motivé ce choix. Neuchâtel était protestante depuis 1530, les bourgeois s’étant ralliés à la Réforme et Berlin, où résidait le roi de Prusse, était beaucoup plus éloigné que Paris.


Plusieurs édifices rappellent la période prussienne. En 1806, trahissant sa promesse de ne jamais l’aliéner, le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, céda Neuchâtel à Napoléon Bonaparte en échange du Hanovre.
Napoléon signa un décret attribuant au maréchal Louis-Alexandre Berthier (1753-1815), major-général de la Grande Armée, le titre de prince de Neuchâtel et Valangin. La décision de l’Empereur fit du maréchal Berthier l’un des rares dignitaires de l’Empire à bénéficier de la souveraineté d’un Etat.
Il n’en profitera pas longtemps, car après la défaite de Napoléon en 1814, le roi de Prusse récupéra Neuchâtel.
Le canton de Neuchâtel et en particulier les villes industrielles de La Chaux-de-Fonds et du Locle étaient alors des fleurons de l’industrie horlogère.
Un premier acte de rébellion contre l’autorité prussienne intervint en 1831, mais ce ne fut qu’avec la révolution du 1er mars 1848 que le canton s’intégra pleinement à la Suisse et rompit les liens avec la monarchie prussienne.
Ce fut l’indépendance neuchâteloise et la proclamation de la République et Canton de Neuchâtel. Affairé à étouffer les mouvements révolutionnaires dans son propre pays le roi de Prusse, toutefois agacé par la tournure que prenaient ces événements, n’était pas en mesure de riposter.
Le roi de Prusse reçut le soutien du patriarcat de Neuchâtel – qui tira avantage de la carrière militaire du roi et de ses relations économiques prussienne – et de la vallée de la Sagne, située dans les montagnes neuchâteloises, région qui lui demeura fidèle.
En 1856, la Confédération faillit entrer en guerre avec la Prusse. A l’origine du conflit : le canton de Neuchâtel, rattaché à la Suisse tout en appartenant au roi de Prusse.
Après un coup d’Etat raté de la part des monarchistes, le roi réagit et menaça d’envahir la Suisse pour défendre ses droits ce qui entraîna la mobilisation générale de l’armée suisse.
En 1857, le conflit fut résolu et après de longues négociations, le roi de Prusse accepta de renoncer à ses droits. En guise de compromis, le roi de Prusse conserva le titre de Prince de Neuchâtel et comte de Valangin jusqu’à sa mort en 1881. Ce fut la fin de la dernière principauté de Suisse.
Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.
