La célébration des 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale

Bien que la Suisse ait été neutre pendant la Seconde Guerre mondiale, elle doit beaucoup aux citoyens courageux des pays voisins. Dans le cadre des commémorations des 80 ans de la fin de la 2nde Guerre Mondiale, Art’Rhena (Île du Rhin – 68600 Vogelgrun) présente un programme spécial, mettant en lumière deux d’entre eux.

Théâtre: Simone Veil. Les combats d’une effronté

Ce spectacle, joué pour la première fois en 2021, est une adaptation des mémoires de Simone Veil (1927-2017), Une vie, l‘autobiographie publiée en 2007. La metteuse en scène Pauline Susini a fait le choix de faire dialoguer Simone Veil avec le personnage d’une jeune étudiante afin de faire résonner les combats d’hier avec ceux d’aujourd’hui.

Samedi 18 janvier, 20.00, en français

L‘exposition: Simone Veil – Un destin 1927-2017

 Pour Simone Veil  et sa famille, le 20ème siècle est d’abord celui d’une tragédie : la déportation à Auschwitz, avec sa mère et sa sœur, où elle découvre l’absolu de l’horreur. Elle sera sauvée par ce courage qui marque l’ensemble de sa carrière dont les étapes appartiennent à l’histoire contemporaine française. L’exposition retrace sa vie, en 24 panneaux, de sa naissance à sa panthéonisation, à travers ses combats et sa carrière.

Du 5 au 25 janvier, en français

L‘exposition: Julius Leber: de l’Alsace à la résistance allemande.

L’exposition (Julius Leber: de l’Alsace à la résistance allemande.Une vie pour la liberte et la democratie) souhaite faire connaître une figure historique majeure et pourtant peu connue : Julius Leber.

Né à Biesheim (qui faisait alors partie de l’empire allemand) en 1891, Julius Leber (1891-1945) a fait ses premiers pas scolaires dans cette ville, poursuivant ses études à Breisach puis à Freiburg.

Député au Reichstag, journaliste engagé et résistant contre le national-socialisme, Julius Leber était un précurseur des valeurs européennes. Peu connu du grand public, son parcours exceptionnel et ses engagements courageux méritent d’être partagés et étudiés.

Du 5 janvier au 23 février, en allemand et en français

(Source et plus d’ informations: Art’Rhena)

Le Saint Empire romain, les Habsbourg, l’Autriche antérieure et la Confédération

Cet article examine les relations entre l’Autriche antérieure et la Confédération (Eidgenossenschaf), et sert également de préparation à un article de suivi encore plus différencié sur la guerre de Souabe de 1499 (guerre de Suisse, guerre de Tyrol, ou guerre d’Engadine, selon la perspective).

Les conditions, les actions et les conflits de l’époque ne sont compréhensibles que dans le contexte d’une histoire assez enchevêtrée. C’est pourquoi cet article reste quelque peu général ; les relations et les rôles de la France, des ducs de Bavière, de Savoie, de Bourgogne, de Lorraine, de Milan, des margraves de Bade et d’autres entités étatiques ne sont pas pris en compte, bien qu’ils aient également influencé les rapports de force entre l’Autriche antérieure et la Confédération, ainsi que leurs localités et cantons.

Le Saint-Empire romain, vers 1400. Image: Ziegelbrenner/Wikipedia

Le Saint-Empire romain 

Si l’on considère aujourd’hui les frontières actuelles de la France, de l’Allemagne, de la Suisse et de l’Autriche, il est difficile d’imaginer que la situation des territoires et des dépendances était totalement différente il y a 500 ans.

Le Saint-Empire romain (également appelé au XVIe siècle, par souci de précision, le Saint Empire romain germanique (Heilige Römische Reich deutscher Nation) est né en 962 sous la dynastie des Ottoniens, avec Otton Ier (912-973) comme premier empereur. Il succède à l’empire carolingien, divisé en 843 par le traité de Verdun.

Bâle, la cathédrale (Münster). L’empereur Henry II (973-1024) et son épouse Cunégonde (975-1040). 

Différentes dynasties (dont les Ottoniens, les Saliens, les Hohenstaufen, les Wittelsbach, les Luxembourgeois et les Habsbourg) ont fourni les empereurs et les rois de l’Empire, élus par les sept princes-électeurs (Kurfürsten).

Cette élection fut réglementée en 1356 par la Bulle d’or. Le pape oignait l’empereur. À partir de 1440 et jusqu’en 1806, les Habsbourg furent presque sans interruption empereurs et rois successifs. En 1555, l’Empire se divisa en une branche espagnole (1555-1700) et une branche autrichienne (1555-1918). L’Autriche antérieure tomba sous la branche autrichienne.

La Bulle d’or, Image: Wikipedia

L’empereur était l’autorité suprême du Saint-Empire romain. La Diète impériale représentait le pouvoir législatif ; la Cour de la Chambre impériale (Reichskammergericht), à Worms, Spire (Speyer) et finalement à Wetzlar, ainsi que le Conseil de la Cour (Hofrat) à Vienne, étaient ses plus hautes juridictions. Les lois (fiscales) et les « juges étrangers » de l’Empire furent également à l’origine de la « guerre de Souabe ».

Cet article traite du territoire habsbourgeois en Autriche antérieure et le distingue des territoires habsbourgeois en Autriche intérieure (duchés de Styrie, Carinthie, Carniole et Marche), en Basse-Autriche (duché d’Autriche) et en Haute-Autriche, appelés les Erblande, ainsi que du comté du Tyrol (possession habsbourgeoise depuis 1379).

Jusqu’en 1753, l’Autriche antérieure n’était pas une entité politique, mais se composait de nombreuses unités administratives. À l’origine, une partie de la Suisse actuelle faisait également partie de ce territoire très morcelé.

Bâle, Rudolf Wettstein joua un rôle important en tant que diplomate lors des négociations de 1648 visant à reconnaître l’indépendance de la Confédération.

Les Habsbourg et la Confédération suisse 

La Confédération s’est développée de manière de plus en plus indépendante à partir de la fin du XIIIème siècle et se composait en 1513 de 13 cantons souverains, mais souvent en désaccord entre eux.

Bien que la Confédération soit restée formellement partie intégrante de l’Empire jusqu’en 1648, elle ne reconnaissait de facto plus ses instances suprêmes.  Cela s’est traduit très concrètement par le refus et l’arrêt du paiement de certaines taxes fiscales.

Les Habsbourg perdirent des territoires et de l’influence dans une série de conflits : en 1315, 1386, 1388, 1415 (conquête de l’Argovie à l’exception du Fricktal, de Rheinfelden et de Laufenburg), 1460 (conquête de la Thurgovie) et enfin en 1499 lors de la guerre de Souabe.

Au XVème siècle, les empereurs habsbourgeois successifs tentèrent de reconquérir les territoires suisses. La « Paix perpétuelle » ou « Ewige Richtung » (1474), la « guerre des Souabes » perdue et la paix de Bâle (1499) mirent toutefois fin à près de deux siècles de guerre, avec la paix de Westphalie (1648) comme reconnaissance internationale de la Confédération.

 L’Autriche antérieure, vers 1790. Image: Karte: Hauptstaatsarchiv Stuttgart, Vorderösterreich in alten Karten und Plänen, Begleitheft zu Ausstellung Stuttgart, 1998

L’Autriche antérieure et son rôle 

À partir de 1499, l’Autriche antérieure comprenait la région allant de l’Arlberg à l’Alsace (et le Sundgau), la vallée de Frick (Fricktal), les quatre Waldstädte (Säckingen, Waldshut, Laufenburg et Rheinfelden), le Breisgau (et la ville de Freiburg) ainsi que des régions en Lorraine, en Souabe, en Bavière et en Forêt-Noire.

Ensisheim (Alsace) fut le centre administratif de l’Autriche antérieure de 1444 à 1638. Freiburg fut cependant le principal centre économique, religieux (évêché) et culturel avec son université (1457). Le chapitre de la cathédrale de Bâle (jusqu’en 1679) et Érasme (jusqu’en 1529-1535) se réfugièrent à Freiburg en 1529 à cause de la Réforme.

Freiburg, maison de commerce, vers 1530

Guerres et changements territoriaux 

La France et la Bavière devinrent à partir du XVIème siècle des menaces pour les possessions des Habsbourg en Autriche antérieure. La guerre de Trente Ans (1618-1648) et la guerre de Hollande (1672-1678, paix de Nimègue) entraînèrent des pertes territoriales (Alsace, Sundgau, Breisgau, Freiburg im Breisgau) au profit de la France. Durant cette période, le gouvernement régional de l’Autriche antérieure avait son siège à Waldshut et l’université était provisoirement installée à Constance.

La paix de Rijswijk (1697) mit fin à la guerre de succession du Palatinat (1688-1697). L’Alsace (et Strasbourg) restèrent à la France, Freiburg et Breisach revinrent aux Habsbourg. Pendant la guerre de succession d’Espagne (1701-1714), les villes de Neuenburg am Rhein, Breisgau, Villingen et Freiburg furent à nouveau occupées et (à nouveau) pillées par les troupes françaises.

Breisgau, la cathédrale (das Münster)

Lors de la paix de Rastatt (1714), ces villes revinrent aux Habsbourg. Au cours de la guerre suivante (guerre de succession autrichienne 1740-1748), Freiburg fut une nouvelle fois occupée par la France et rendue à la paix d’Aix-la-Chapelle (1748).

En 1753, une réorganisation administrative eut lieu, avec les réformes de l’impératrice/régente Marie-Thérèse (1717-1780) et de Joseph II. L’Autriche antérieure, auparavant morcelée, devint une unité politique, la Province d’Autriche antérieure.

Neuenburg am Rhein

La raison en était la montée d’une autre menace : la Prusse. Fribourg fut à nouveau le centre administratif de la province d’Autriche antérieure de 1753 à 1806, durant la dernière phase de la domination des Habsbourg. Après 1789, la menace vint toutefois à nouveau du côté français.

Neuf-Brisach

Après

Ou pas tout à fait. Le village de Büsingen se trouve au milieu du canton de Schaffhouse. Les Habsbourg n’ont jamais voulu le céder  au canton. Le village a ensuite été rattaché au grand-duché de Bade, puis au Land de Bade-Wurtemberg, malgré un référendum en 1918 : 96 % des habitants voulaient rejoindre la Confédération.

On peut établir un parallèle avec le Vorarlberg : en 1919, 81 % des habitants voulaient rejoindre la Confédération. Pour diverses raisons, la Suisse ne le souhaitait pas. Mais une petite partie de l’Autriche antérieure a presque rejoint la Confédération après 1918 !

Dans le nouveau canton des Grisons, la présence des Habsbourg a d’ailleurs duré jusqu’en 1803 (Tarasp) et 1819 (Rhäzuns). Cette région était administrée depuis Innsbruck.

Et pourtant, la présence habsbourgeoise n’était pas encore terminée. Dès les XIIIème et XIVème siècles, les Habsbourg avaient des vues sur Bâle en tant que résidence et centre administratif. Mais cela n’a pas eu lieu.

Eugen Ferdinand Pius Bernhard Felix Maria, l’archiduc de Habsbourg (1863-1954), habita une suite de l’hôtel Les Trois Rois à Bâle de 1919 à 1934. Il était le neveu de Charles de Habsbourg (1887-1922), le dernier empereur de l’empire des Habsbourg. Il fit ses adieux à Bâle en 1934 avec style, également au nom de ses ancêtres, et Bâle lui rendit hommage avec les plus grands honneurs de la ville.

De plus, la cathédrale abrite le sarcophage (vide aujourd’hui) de Gertrude Anne de Hohenberg (1225-1281), l’épouse de Rodolphe Ier (1218-1291), le premier roi germain-romain de la dynastie. Le nom des Habsbourg reste associé non seulement à Bâle et à la cathédrale, mais aussi à la Suisse.

Rheinfelden (canton  d Argovie)

Conclusion

Les relations entre la Confédération et l’Autriche antérieure sont restées pacifiques après 1499. Le calme revint, d’autant plus que d’autres conflits (religieux) s’imposaient au premier plan.

Bien que la guerre de Souabe ait marqué la séparation spirituelle et factuelle définitive, le commerce, les universités (Fribourg, Constance, Bâle), la langue (l’alémanique) et les contacts personnels constituent toujours une base solide de coopération.

Breisach

Les armoiries du Saint Empire romain germanique et de la dynastie des Habsbourg ont souvent été conservées dans l’espace public malgré les nombreux conflits avant et après 1648. C’est dire le prestige et le respect qu’inspiraient le Saint-Empire romain germanique, l’empereur et le roi.

Bâle, la cathédrale 

Berne

(Literature: D. Speck, Kleine Geschichte Vorderösterreichs, Leinfelden-Echterdingen, 2010; Uri Robert Kaufmann (Red.), Die Schweiz und der deutsche Südwesten, Ostfildern, 2006; Arzner, B. Oeschger, J. Scharf-Anderegg (Red.), Nachbarn am Hochrhein, Möhlin 2002; A. Jochim, F. Hanöffner (red.), Die Habsburger im Mittelalter. Aufstieg einer Dynastie, Speyer 2022)

Révision: Lars Kophal (Neuchâtel), rédacteur et journaliste 

Kleinlützel, Lucelle, Felsplatte et l’histoire européene sur quelqu’uns kilometres

Là où il y a une (Grand-) Lucelle,  (Gross-) Lützel, il y a aussi une Kleinlützel, Petit-Lucelle (canton de Soleure). Lucelle (France) est une commune du Sundgau, limitrophe du canton du Jura.

Kleinlützel 

Pendant des siècles, le Sundgau a été une pomme de discorde arrachée aux Habsbourg, à la France, à l’évêché de Bâle et aux États allemands successifs après 1871.

Une voie romaine entre Kleinlützel, Burg et Röschenz et le col de la Blaubergkette témoigne également de l’importance de la région pour le commerce et le transport de passagers. Les nombreux châteaux de la région en témoignent aussi, notamment la ruine du Blauenstein.

Röschenz (canton de Bâle-Campagne), en arrière-plan le Passwang

Le château (Burg) dans le village de Burg, en arrière-plan le Sundgau (France)

En 1136, le couvent Minor Lucella est fondé, gouverné par l’abbé de l’abbaye de Lucelle. Lors de la querre de Souabe (1499) et des révoltes paysannes (1525), ce couvent a été en grande partie détruit. Il n’en reste que la chapelle et un bâtiment utilitaire.

1527 Soleure achète la Kleinlützel et ses environs. Depuis 1648, Lucelle se trouve en France, mais cette séparation n’enlève rien à sa beauté naturelle.

Une chapelle près de Kleinlützel Deux pierres précieuses près de Kleinlützel

Deux chamois 

De plus, sur quelques kilomètres, se manifestent des influences et des dominations séculaires des Habsbourg, de l’évêque de Bâle, de Soleure, de la France et, après 1871, des États allemands successifs.

La Felsplatte de la Première et de la Seconde Guerre mondiale montre la proximité de la France et de l’Allemagne (le Sundgau/Alsace fut sous l’administration allemande 1871-1918 et 1940-1945).

La Landskron (France)

Dès la guerre de Trente Ans (1618-1648), des soldats soleurois y ont pris position pour observer la guerre dans le Sundgau. Le point de vue, connu à l’époque sous le nom de Plattenfels, est devenu célèbre dans tout le pays pendant la Première Guerre mondiale. La cabane des soldats existe toujours. La Felsplatte a été remise en service en 1939 avec des canons, d’autres armes et des soldats.

La Roche (die Fels)

Et la Felsplatte surplombant le Sundgau

Heureusement pour la Confédération, la Felsplatte n’est pas devenue une Westerplatte (Gdansk).

La Westerplatte aujourd’hui

Le Club alpin suisse

Le Club alpin suisse (CAS) organise régulièrement des randonnées dans cette région et ailleurs dans le pays.

Bien que son nom le laisse entendre, le CAS organise non seulement des randonnées à ski, de l’alpinisme et d’autres sports en haute montagne et dans les Alpes, mais aussi des activités (de randonnée) dans d’autres régions.

Monastère Mariastein, en arrière-plan les tours de Roche (ville de Bâle) et le Felsberg (Forêt-Noire, Bade-Wurtemberg)

Metzerlen-Mariastein

La Suisse, Churchill, Bowring, Toblerones et la Union Européenne

En Suisse, ce furent les aristocrates britanniques  qui s’exercèrent en premier à l’alpinisme et ils y introduisirent en même temps les sports d’hiver, en partie grâce à un pari fait avec le fondateur de l’hôtel Kulm à St Moritz. L’enthousiasme fut tel que le premier Club alpin du monde fut fondé à Londres en 1857, suivi en 1863 par le Club alpin suisse (CAS).

Churchill et la Suisse

Le plus grand Britannique de tous les temps et sauveur de la civilisation européenne (« Churchill rettete im Sommer 1940 Europa » Willy Bretscher en 1971, rédacteur en chef de la Neue Zürcher Zeitung durant la Seconde Guerre mondiale) était l’un d’entre eux.

Sir Winston Leonard Spencer Churchill (1874-1965) a escaladé le Mont Rose, puis plusieurs autres montagnes et il séjourna en Suisse à plusieurs reprises (1893, 1894, 1904, 1906, 1910) au cours de ses jeunes années. Au cours de ces (longs) séjours, il apprit à connaître et à apprécier le pays, comme d’autres compatriotes avant et après lui.

De plus, il fut en bonne compagnie en Suisse. Le banquier britannique Sir Ernest Cassel (1852-1921) l’a accueilli durant les étés 1904, 1906 et 1910 dans sa Villa Cassel, sur la Riederfurka, dans la région du glacier d’Aletsch (canton du Valais).

Sir John Bowring (1792-1872). Devonshire Association

C’est là qu’il entra en contact avec des personnalités britanniques et suisses. De plus, Churchill se tenait au courant de l’évolution politique et historique de la Suisse grâce à des publications d’auteurs anglais.

La plupart des gens connaissent Churchill à travers les images de la Seconde Guerre mondiale comme un homme d’une soixantaine d’années, plutôt sédentaire et fumeur de cigares. Pourtant, dans ses jeunes années, il était un sportif actif, pratiquant l’équitation, le polo et la randonnée. Il jouait également au bridge, bien qu’il n’ait pas toujours eu une bonne expérience :

« Je ne peux pas dire à quel point je déteste perdre de l’argent au bridge. C’est un jeu difficile, surtout quand on est un mauvais joueur avec une mauvaise main ».

Winston Churchill, Chartwell, 1938. Image: Brochure, The National Trust, Chartwell, 1992

En revanche, sa carrière littéraire, journalistique, militaire et politique, son éloquence et sa connaissance historique sont réputées, mais sa (brève) formation et son activité de maçon et sa carrière de peintre méritent également l’attention. En effet, il était très fier de la grange et du mur en pierre qu’il construisit en 1928 sur son domaine de Chartwell, dans le Kent.

Sa carrière de peintre débuta après l’une de ses déceptions politiques et sur le champ de bataille des Flandres en 1915.  Il reçut l’enseignement et le soutien du Suisse Charles (Carl) Montag (1880-1956). D’ailleurs, son personnel suisse travaillait à Chartwell jusqu’à sa mort en 1965. Il livra aussi des textes à la Neue Zürcher Zeitung (et dans les médias d’autres pays).

Churchill était un enfant de l’éstablishment victorien anglais et du XIXe siècle. Les commentaires souvent anachroniques d’aujourd’hui en disent long sur le journalisme et les historiens de nos jours.

Prague Žižkov, Náměstí Winstona Churchilla (Place Winston Churchill), 1999, une réplique exacte de la statue d’Ivor Robert-Jones sur la place du Parlement à Londres. L’inauguration de la statue a eu lieu le 17 novembre 1999 et elle a défini Prague comme centre culturel, politique et historique européen important. Elle commémore également les célèbres paroles prononcées par Churchill lors d’une émission destinée aux Tchèques et aux Slovaques le 30 septembre 1940 : « L’âme de la liberté est immortelle. Elle ne peut pas mourir et ne mourra pas » (The Soul of Freedom is Deathless. It Cannot and Will not Die).

Outre ses nombreuses qualités (humaines), Churchill eut aussi ses défauts, ses erreurs et ses fautes d’appréciation, mais même des années avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) et après le coup d’État communiste en Russie à la fin de la Première Guerre mondiale (1914-1918), il fit preuve d’un fin flair politique et moral.

Il a anticipé non seulement la terreur communiste, sa mauvaise gestion économique et son nihilisme culturel déjà en 1918, mais aussi la barbarie nationale-socialiste dans les années 1920 et 1930. Il fut aussi conscient du danger qui menaçait les pays neutres, dont la Suisse.

La Seconde Guerre mondiale 

Le célèbre discours (« Let Europe Arise ») prononcé à Zurich le 19 septembre 1946 fut la conclusion de sa dernière visite (19 août – 22 septembre 1946) dans le pays et un remerciement massif de la population suisse à Genève, Lausanne, Berne, Zurich ou partout où il apparut. Après tout, Churchill, avait aussi sauvé la Suisse.

Ou, pour reprendre les mots de Werner Vogt : « Die Schweiz, namentlich die Schweizer Bevölkerung, hat Winston Churchill im Sommer 1946 viel gegeben. So viel aber, wie sie im Sommer 1940 bekommen hatte, konnte sie gar nicht zurückgeben. Es war auch die schweizerische Freiheit, die Churchill im Sommer 1940 verteidigte « (Werner Vogt, p. 203).

Outre les pilotes (britanniques, polonais et tchèques) de la RAF pendant le Blitz de l’été 1940, la décision de Churchill et son expérience navale ont permis l’évacuation de l’armée expéditionnaire britannique du 26 au 29 mai. Ce furent peut-être les trois jours décisifs pour la victoire en 1945, après Churchill :

« Jamais, dans le domaine des conflits humains, un si grand nombre de personnes ne furent autant redevables à une seule personne ».

Londres, 2012, Trafalgar Studios, Three Days in May, Warren Clarke (Winston (Churchill (m), Jeremy Clyde als Lord Halifax (à gauche), Robert Demeger (Neville Chamberlain (à droite)

Pour la Suisse, la menace concrète d’une invasion allemande a existé jusqu’en 1944, comme c’était le cas depuis le 10 mai 1940. La capitulation rapide de la France (22 juin 1940) a peut-être empêché une invasion.

Le besoin n’était plus là et une Suisse neutre était plus intéressante pour des raisons diplomatiques, financières et industrielles, et la liaison nord-sud ne pouvait pas non plus être bombardée par les Alliés (bien qu’il y ait eu des projets).

Quoi qu’il en soit, malgré la peur de la population et le défaitisme de certains hommes politiques, et grâce à l’attitude combative de l’armée (le réduit), de l’opinion publique et des médias et au rejet d’un « Anschluss » et d’un « irrédentisme » par la grande majorité de la population, l’analyse coût-bénéfice des dictateurs italiens et allemands a penché en faveur du respect de la neutralité.

La Felsplatte (canton de Soleure)

Avec les connaissances d’aujourd’hui, il est facile de juger et surtout de condamner (moralement) la Suisse. Churchill a respecté la neutralité du pays, même si des avions alliés (et allemands) ont été abattus au-dessus du territoire suisse par l’armée de l’air suisse.

Il a également relativisé les livraisons d’armes beaucoup plus importantes à l’Allemagne et à l’Italie par rapport à la situation pénible du pays :

Of all the neutrals Switzerland has the greatest right to distinction. She has been the sole international force linking the hideously sundered nations and ourselves. What does it matter whether she has been able to give us the commercial advantages we desire or has given too many to the Germans to keep herself alive? She has been a democratic state, standing for freedom in self-defence among her mountains, and in thought largely on our side” (Winston Churchill, The Second World War, Volume VI, London, 1954).

Université de Zurich

Zurich 1946

La déclaration de Churchill à Zurich, le 19 septembre 1946, est encore actuelle aujourd’hui et pour la Suisse. Churchill était un fervent partisan d’une coopération renforcée entre les pays européens et notamment entre la France et l’Allemagne :

« Il s’agit de recréer la famille européenne, ou la plus grande partie possible, et de lui donner une structure. Nous devons tous tourner le dos aux horreurs du passé. Nous devons nous tourner vers l’avenir, « un acte béni d’oubli ».

La première étape de la recréation de la famille européenne doit être un partenariat entre la France et l’Allemagne. Nous devons recréer la famille européenne dans une structure régionale appelée, peut-être, les États-Unis d’Europe (United States of Europe).  La première étape consiste à former un Conseil de l’Europe (European Council). La Grande-Bretagne, le Commonwealth britannique des nations, l’Amérique et la Russie soviétique doivent en être les amis et les sponsors. ».

Dans sa publication de 1954 (Winston Churchill, The Second World War, Volume VI, Londres, 1954), il a fait passer ses idées au second plan. Il ne voulait pas d’une fédération européenne, mais des « États-Unis d’Europe » non définis (« Je n’essaierai pas de faire un programme détaillé pour des centaines de millions de personnes« ).

Il voyait ces États-Unis d’Europe comme un Conseil régional européen (European Regional Council) de nations souveraines. En outre, il envisageait le Conseil régional du Pacifique (avec la Russie, l’Asie et l’Océanie), le Conseil régional des Amériques, le Commonwealth britannique et éventuellement d’autres (futurs) Conseils régionaux. Le Conseil mondial (World Council) est l’organe suprême, composé de délégués de ces conseils régionaux.

Churchill a suggéré que, pour des raisons pratiques, les pays européens envoient des représentants au Conseil régional européen par région, par exemple le Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg), les pays slaves et les pays scandinaves.

Au sujet de la Suisse, il note : « M. Wallace m’a également demandé si j’envisageais la possibilité d’une adhésion de la Suisse à la France, mais j’ai répondu que la Suisse était un cas particulier ». (Winston Churchill, The Second World War, Volume VI, Londres, 1954, p. 718).

Selon lui, le Royaume-Uni devait de toute façon opter pour « les mers » et ne pas faire partie de ces structures européennes, ce qui n’excluait toutefois pas la coopération.

L’Union européenne et la Suisse

L’explication complémentaire de 1954 montre clairement que Churchill ne voulait pas d’une Europe fédérale. Il critiquerait probablement le fonctionnement de l’Union européenne actuelle, tout en soulignant la nécessité de coopération européenne.

Comment Churchill jugerait-il les relations actuelles entre l’Union européenne et la Suisse ? Il était suffisamment réaliste pour voir la position difficile du pays entouré de l’Union européenne et pour reconnaître les avantages, les développements positifs et la nécessité de la coopération européenne (scientifique, économique, militaire, politique et stratégique).

Cependant, il mettait également le doigt sur les lacunes démocratiques, bureaucratiques et politiques ainsi que sur les ambitions (irréalistes) et l’activisme judiciaire de l’Union européenne actuelle, sans pour autant tomber dans le populisme. En effet, cette Union européenne ressemble parfois à une ONU au niveau européen ou à une ONG. Et ce n’est pas un compliment.

Chantier naval de Gdansk, monument aux morts en 1970

Conclusion

Nous ne le saurons jamais. Peut-être recommanderait-il d’encourager la démocratie directe, la subsidiarité, le fédéralisme, la décentralisation, l’innovation et le franc fort à toute épreuve en faisant les compromis nécessaires.

Il sera aussi clair sur la Russie d’aujourd’hui que sur celle qui l’a précédée et qui fut l’alliée agressive du dictateur allemand jusqu’au 22 juin 1941 :

« Lorsque je me suis réveillé le matin du dimanche 22, on m’a annoncé l’invasion de la Russie par Hitler. Je n’avais pas le moindre doute quant à notre devoir et à notre politique. Le régime nazi ne se distingue pas des pires caractéristiques du communisme.

Il surpasse toutes les formes de méchanceté humaine par l’efficacité de sa cruauté et de son agressivité féroce. Personne n’a été un adversaire plus constant du communisme que moi au cours des 25 dernières années, et je ne retirerai aucun des mots que j’ai prononcés à son sujet. Si Hitler envahissait l’enfer, je placerais au moins un mot favorable auprès du diable » (Winston Churchill, The Second World War, Volume III, Londres, 1950).


Cracovie, le massacre de Katyń, 1940

L’invasion russe du 22 février 2022 s’inscrit donc dans la continuité de l’agression de la Pologne (17 septembre 1939), de la Finlande (novembre 1939) et des pays baltes (1940) par l’Union soviétique.

En mai 1940, Churchill sauva la civilisation européenne. Que cette lutte se termine par le cauchemar communiste en Europe de l’Est fut une pilule amère pour Churchill:

« From Stettin in the Baltic to Trieste in the Adriatic, an iron curtain has descended across the continent. Behind that line lie all the capitals of the ancient states of central and eastern Europe. This is certainly not the liberated Europe we fought to build up« , Fulton, le 5 mars 1946).

Chantier naval de Gdansk, répression du soulèvement de Solidarność, 1981

Les faits militaires, la terreur communiste et l’inexpérience du nouveau président américain (Harry Truman, 1882-1972) et du nouveau premier ministre britannique (Clement Attlee, 1883-1967) scellèrent le destin des pays d’Europe de l’Est, en particulier de la Pologne et de l’ancienne Tchécoslovaquie (« la Suisse de l’Europe centrale » jusqu’en 1938).

Respectueux des autres opinions politiques, des débats, des discussions parlementaires et de la démocratie, il n’avait rien à voir avec Lord Haw-Haw (1906-1946) ou d’autres personnalités du même acabit d’aujourd’hui.

(Source: Werner Vogt, Winston Churchill und die Schweiz, Zürich 2015; The Churchill Foundation)

 Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Nouvelles découvertes archéologiques dans la Suisse celtique et romaine

Qui n’en a pas entendu parler et ne les a peut-être même pas admirés de près, les œuvres d’art, les objets usuels (aujourd’hui objets d’art), les bâtiments, les pièces de monnaie et autres découvertes de l’époque celtique et de l’Antiquité classique ?

Le monde arabe, les érudits juifs et, plus tard, les moines ont honoré les auteurs antiques et leurs écrits pendant des siècles, avant que les érudits laïcs, les universités et les humanistes les aient découverts aux XIVe et XVe siècles.

La chute de Byzance et la fuite des érudits chrétiens avec leurs écrits en 1453, ainsi que la Reconquista en Espagne (achevée en 1492), ont fait connaître et rendu accessibles nombre de ces œuvres écrites en Europe.

L’intérêt scientifique pour les objets physiques de l’Antiquité classique ne s’est toutefois épanoui qu’à la Renaissance et au XVIIème siècle. En Suisse, les organisations Pro Aventico à Avenches (l’Aventicum romain) et la fondation Augusta Raurica à Augst en sont aujourd’hui les exemples les plus connus en Suisse.

Orbe aujourd’hui

Les Romains et les Celtes romanisés (Gallo-Romains) ont laissé leurs traces dans de nombreuses autres localités :Lausanne, Genève (première ville suisse sous domination romaine dès 122 av. J.-C.), Nyon, Vevey, Martigny, Windisch, Orbe, Vallon, Berne, Lenzbourg, pour n’en citer que quelques-unes.

 Les musées, les sites archéologiques et les parcs parlent de ce passé. Ils le font généralement en relation avec la population autochtone (les tribus celtes et les Rétiens Suisse orientale) qui occupait le territoire de la Suisse actuelle des siècles avant la conquête romaine en 15-13 av. J.-C. Le Laténium à Hauterive (canton de Neuchâtel) est un bon exemple de ce concept.

Laténium

La culture et la société celtes attirèrent de plus en plus l’attention. Les Celtes n’étaient certainement pas des « barbares », comme les Romains (et les Grecs) désignaient les peuples étrangers. Les découvertes archéologiques témoignent de leur mode de vie et de leur (haute) culture.

Les sources écrites sur les Celtes font toutefois défaut. Seuls des auteurs romains et grecs écrivaient sporadiquement sur ces tribus. Ils sont en revanche totalement muets sur les tribus rhétiques.

Les provinces romaines dans les Alpes, vers 150 apr. J.-C. Image  Marco Zanoli/Wikipedia

Ce n’est pas seulement après les conquêtes romaines du Ier siècle avant J.-C., mais aussi au cours des siècles précédents, que ces auteurs ont écrit sur les « Keltoi ou Celtae ». Après tout, les Romains ont  également subi de grandes défaites contre des tribus celtes.

De plus, des contacts commerciaux entre Grecs, Romains et Celtes existaient déjà avant les conquêtes romaines. Les Grecs et les Romains commerçaient depuis des siècles avec les régions septentrionales, même jusqu’à la mer Baltique, d’où l’on exportait surtout l’ambre, très convoité, vers le bassin méditerranéen.

Comme il n’existe pratiquement pas de sources écrites, et encore moins d’archives, ce sont surtout les archéologues qui étudient ces contacts. Une découverte récente à Augusta Raurica redonne un éclat supplémentaire à leur travail.

Une pièce de bronze romaine datant du IIIème siècle av. J.-C., c’est-à-dire de l’époque de la République romaine, a été récemment découvert à Augst. Ce sont ces petites trouvailles qui rendent le puzzle de plus en plus complet.

Aventicum vers 200 apr. J.-C. Maquette du musée romain d’Avenches

Mais le sol recèle encore bien d’autres secrets, comme le montrent deux inscriptions de l’époque romaine retrouvées à Augusta Raurica, une mosaïque bien conservée dans la villa romaine de la rue des Pavés à Avenches et même un camp militaire romain dans l’Oberhalbstein, sur le Colm la Runga, à 2 200 mètres d’altitude, dans la région de Crap Res (Surses, canton des Grisons).

La découverte d’Oberhalbstein apporte plus de clarté sur la campagne romaine et la conquête de la Suisse actuelle dans les années 15-13 av. J.- Chr.

L’époque romaine a duré plus de quatre siècles et a marqué la Suisse actuelle sur le plan linguistique, religieux et culturel. Les langues romanche, italienne et française, le christianisme, l’utilisation des cols, des voies navigables et des routes commerciales, la création des premières villes (romaines) et d’autres héritages « antiques » marquent les 26 cantons de l’actuelle Confédération.

Grâce à l’engagement, à la patience des détectives archéologues et au financement des autorités (locales), le puzzle de la Suisse actuelle est de plus en plus complet.

(Source et plus d’informations: Archäologischer Dienst Graubünden, Association Pro Aventico; Stiftung Augusta Raurica)

Le Sentier des Toblerones, le Château de Prangins et la Villa rose

Le Sentier des Toblerones doit son nom à une ligne de fortifications édifiée pendant la mobilisation de 1939-45. « Toblerones », c’est le nom que la population a donné aux barrages antichar dont les éléments rappellent la marque de chocolat suisse.

La ligne fortifiée qui comprend, outre les barrages antichar, des fortins et des ouvrages secondaires, s’aligne sur une quinzaine de kilomètres, depuis le pied du Jura jusqu’au Léman.

Elle suit les ravins de trois cours d’eau: la Combe, la Serine et aussi la Promenthouse, appelée la Ligne de la Promenthouse. La ligne Promenthouse est la ligne antichar la plus à l’ouest. L’ensemble de la ligne « des Toblerones » se déroule le long du Rhin jusqu’à Sargans (canton de St. Gall).

Parmi les éléments les plus remarquables, il faut aussi mentionner les camouflages de la Villa Rose et de la Villa Verte ainsi que les nombreuses caponnières établies le long du tracé des blocs antichar.

Cet aspect historique et militaire justifie à lui seul la visite, mais il y en a d’autres. En effet, la Ligne se déroule le long d’une succession de sites naturels pleins d’attraits,  un milieu naturel d’un grand intérêt: méandres des rivières avec leurs dépôts d’alluvions, bras morts, flore de sous-bois du premier printemps, ombrage des grands feuillus et des multiples curiosités qu’offre la nature.

Le sentier passe également devant le Musée national suisse au Château de Prangins et devant la Villa rose, un bunker camouflé datant de cette époque.

(Source et plus d’informations : www.toblerones.ch).

Le long du Rhin avec Johann Wolfgang von Goethe

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) était un grand randonneur et un admirateur de la nature suisse. Cependant, l’écrivain genevois séjournait surtout en Suisse romande.

Son contemporain allemand Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) aimait quant à lui séjourner et randonner dans la partie germanophone du pays. Il a été particulièrement impressionné par les chutes du Rhin (Rheinfall) près de Neuhausen (canton de Schaffhouse) et par le cours du Rhin.

Le Rhin entre Rheinau et Neuhausen

Lors de ses visites aux chutes du Rhin, il a visité le château de Laufen et le château de Wörth (Schlössli Wörth). Dans son journal, il écrivit à propos de Schlössli Wörth, le 18 septembre 1797 : « Ich ging hinein, um ein Glas Wein zu trinken ». En son honneur, ce château possède une salle Goethe.

Les chute du Rhin, le château de Laufen (à gauche), le château de Wörth à droite

Château de Wörth 

De nombreuses personnalités l’ont précédé et le suivent encore, notamment les empereurs Ferdinand Ier (1503-1564) et Joseph II (1741-1790) du Saint Empire romain germanique, le tsar Alexandre Ier (1777-1825) de Russie et l’empereur autrichien François-Joseph Ier (1830-1916) avec son épouse Elisabeth, plus connue sous le nom de Sissi (1837-1898), ainsi que pour sa mort tragique à Genève.

La Suisse est le ‘Château d’Eau’ (Wasserschloss) de l’Europe. Le Rhin a toujours été une artère importante pour le commerce et le transport des personnes et des marchandises.

Modèle d’un radeau en bois. Musée De Bastei, Nimwegen (Nijmegen)

Depuis des siècles, la ville de Schaffhouse est un point de transbordement pour les marchandises (autrefois aussi pour le sel en provenance d’Autriche). En effet, les chutes du Rhin constituaient un obstacle naturel. Après celles-ci, le fleuve redevient navigable jusqu’au delta néerlandais.

C’est pourquoi les marchands néerlandais ont eu l’audacieux projet, en 1609, de rendre le Rheinfall praticable pour les énormes et (profitables) radeaux de bois en provenance du Rhin suisse et à destination d’Amsterdam et de Rotterdam : ils voulaient faire sauter le Rheinfall et ses rochers à l’explosif pour laisser passer les radeaux de bois !

À cette époque, quelques marchands de cette République voulaient également établir une liaison entre le Rhône et le Rhin, notamment en construisant un canal dans le canton de Vaud. Cette idée ressemble au projet du XIXème siècle de construire une voie d’eau pour les bateaux à travers les Alpes suisses.

Quoi qu’il en soit, les chutes du Rhin existent toujours. Apparemment, le Schlössli Wörth a même apprécié l’initiative des marchands hollandais et a décoré une chambre comme un « Holländer Eck ».

Neuhausen, monument de la première industrie européenne de l’alumine

Quelques siècles plus tard, l’industriel Johann Georg Neher (1788-1858) a effectivement utilisé les chutes du Rhin. Il a créé une fonderie et exploité la chute d’eau comme source d’énergie. C’est ainsi qu’est née la première usine d’aluminium d’Europe, à Neuhausen !

De plus, les chutes du Rhin offrent une autre attraction récente : Swiss Smilestones, qui propose un aperçu miniature de la Suisse et de sa nature !

On ne sait pas si Goethe et d’autres célébrités ont visité la ville de Rheinau et son monastère. Quoi qu’il en soit, le restaurant (Gastwirtschaft) zum Buck y est présent depuis 1492. Des recherches dendrochronologiques ont montré que les murs et les poutres du sous-sol remontent à 1330, peut-être en tant que partie du monastère de Rheinau.

Wirtshaus zum Buck 

Située au bord du Rhin, cette Gastwirtschaft a été pendant des siècles un arrêt de la diligence, puis du car postal (Postauto), et un bon point de départ ou d’arrivée pour une promenade le long du Rhin.

Le Club Alpin Suisse

Le Club Alpin Suisse (CAS) organise régulièrement des randonnées dans cette région et dans d’autres contrées du pays.

Révision: Lars Kophal (Neuchâtel), rédacteur et journaliste 

Rheinau

Centrale hydroélectrique de Rheinau

Castors au travail

Une île près de Rheinau

La véritable Union européenne des 26 cantons

Les Celtes et les Romains

Des tribus celtes et rhétiques peuplaient le territoire de la Suisse actuelle des siècles avant l’arrivée des Romains. Elles étaient déjà en contact (commercial) avec les tribus germaniques, la région méditerranéenne et les pays du Nord.

L’occupation romaine (15-13 av. J.-C), après celle de Genève (Genava, dès 122 av. J.-C.), marqua le début de la construction de villes, de routes et de transport par les cols de montagne, les rivières et les lacs.

Les quatre siècles d’occupation romaine conduisirent à la « romanisation » de la population celte et rhétique. Une culture et une langue gallo-romaines apparurent, seule l’élite ayant été complètement romanisée, y compris l’utilisation de la langue latine.

La région de la Suisse actuelle est devenue un important centre européen de commerce et de transport. Plusieurs cols alpins étaient déjà utilisés à l’époque romaine (le col du Saint-Gothard n’est toutefois devenu accessible vers 1230).

Le Moyen Âge

Après le départ des Romains, des tribus germanophones (Alamans) envahirent les régions du nord et du centre. L’alémanique remplaça la langue gallo-romaine. Le romanche demeura la langue des Grisons jusqu’au XIXe siècle, à l’exception de quelques enclaves walser du XIIe et XIIIe siècles. Puis l’alémanique remplaça le romanche comme première langue, à l’exception de cinq régions et idiomes romanches.

Dans la partie occidentale du pays, le français devint la langue principale. L’italien était déjà la langue des territoires conquis aux XVème et XVIème siècles. Les frontières linguistiques du français, de l’italien et de l’allemand n’ont guère changé au cours des siècles qui ont suivi, même si Fribourg est devenu de plus en plus francophone et qu’il y a eu d’autres exceptions.

Les Mérovingiens, les Carolingiens, les ducs de Souabes (Herzogtum Alamannia) et les rois bourguignons, les abbayes, les évêchés (Genève, Lausanne, Sion, Coire, Bâle et Constance (Allemagne)) ont joué un rôle politique (et militaire) de premier plan dans les siècles qui ont suivi le départ des Romains.

La carte politique des cantons (le nom de canton apparaît pour la première fois au XVIe siècle) et des Ortes s’est dessinée après le XIIIe siècle, au cours d’un processus de plusieurs siècles. L’importance du Jura, de la région des Trois Lacs, des Alpes, des fleuves et des cols de montagne pour le transport des marchandises et des personnes n’a cessé de croître.

Le Saint-Empire romain germanique et les dynasties nobles, dont celles des Kybourg, des Habsbourg, de  Savoie et des Zähringen, sont apparus après le Xème siècle. Les papes, les évêchés, les abbayes, les ducs bourguignons et les empereurs (principalement habsbourgeois) du Saint Empire romain furent leurs principaux antagonistes ou alliés séculaires et religieux jusqu’à 1499 (Paix de Bâle) et 1648 (Paix de Westphalie).

Les Habsbourg, le Saint-Empire romain germanique et les autres dynasties n’ont plus eu de pouvoir réel et légal après 1499, sauf dans quelques régions : l’Engadine (jusqu’à 1652), Fricktal (jusqu’à 1803), Tarasp (jusqu’à 1803) et Rhäzuns (jusqu’en 1819), par le biais de la nomination d’abbés, d’évêques et de souverains locaux amis ou apparentés.

La Confédération

L’ancienne Confédération de treize cantons s’est transformée en une structure décentralisée et démocratique unique en son genre au cours d’un processus qui s’est déroulé à partir du XIVème siècle. Ce fut un long chemin parsemé de nombreux conflits (militaires, religieux (après 1525), économiques et sociaux), entre les cantons et contre les puissances étrangères d’une part, entre les élites urbaines et rurales dans les cantons, d’autre part.

L’occupation française dans les années 1798-1813 a déclenché des réformes qui n’ont pas pu être inversées et qui ont finalement abouti à la fédération actuelle de 26 cantons et de quatre langues.

Fazit

Le changement ne se produit pas toujours du jour au lendemain en Suisse, mais la force du pays réside dans sa structure décentralisée, ses siècles de « cohabitation », dans sa subsidiarité, ses centres industriels et innovants jusque dans les villages et régions les plus reculés, ses réseaux d’exportation séculaires, un excellent enseignement (professionnel), les meilleures universités et instituts de recherche du monde, des transports publics adéquats, un bon système de santé, un système de milice et l’influence directe des citoyens aux niveaux municipal, cantonal et national. Les citoyens sont les souverains.

La Suisse est une société bottom-up. Dans ce contexte, la présence de 2 millions de résidents sans passeport suisse, l’accueil d’un grand nombre de réfugiés et près de 400’000 frontaliers (!!!) d’Allemagne, de France, d’Italie et d’Autriche se déroulent (relativement) sans heurts. La Suisse est la véritable Union européenne de 26 cantons souverains.

Révision: Lars Kophal (Neuchâtel), rédacteur et journaliste