Les Alpes suisses et le poète Albrecht von Haller

Pendant des siècles, les montagnes n’étaient pas vouées aux citadins ou aux villageois car ils n’avaient aucune raison d’y aller. Seuls les éleveurs et les commerçants en bestiaux escaladaient les montagnes pour y faire paître leur bétail en été ou pour y transporter le bétail et les produits issus de l’élevage, tels que la viande et le lait.

Bellwald

Personne ne pensait alors gravir les montagnes pour le plaisir. Bien que les maîtres hollandais et flamands de l’âge d’or aient brossé des paysages de montagne idylliques sur la toile, peu d’entre eux avaient vu la Suisse et encore moins ses montagnes. Les peintres suisses se sont emparés de ce sujet, et non l’inverse.

Jan Haeckert (1628-1690), vers 1670. Collection: Rijksmuseum Amsterdam. 

Le premier Suisse à consacrer une ode à la montagne fut le médecin, botaniste, anatomiste et poète Albrecht von Haller (1708-1777). Son célèbre poème intitulé Die Alpen, daté de 1729, suscita dans toute l’Europe un enthousiasme romantique pour les montagnes et leurs populations. Il étudia la médecine à Tübingen (Allemagne) en 1723 et dès 1725 à Leyde (Hollande), notamment auprès de Herman Boerhaave (1668-1739), et obtint son doctorat en 1727.

Johann von Huber (1668-1746), Albrecht von Haller, 1735. Photo: Datei:Albrecht von Haller 1736.jpg – Wikipedia

Il suivit ensuite les cours de mathématiques dispensés par Jean Bernoulli (1668-1748), mathématicien et physicien suisse à Bâle. Puis, il exerça la médecine à Berne de 1729 à 1736 et publia ses premiers cahiers d’anatomie et de botanique.

Albrecht von Haller fut nommé à la bibliothèque de la ville de Berne en 1735. De 1736 à 1753, il œuvra comme professeur d’anatomie, de botanique et de chirurgie à l’université de Göttingen (Allemagne) et se rendit régulièrement dans les Alpes suisses. Durant cette période, il publia la première étude détaillée de la flore suisse.

Durant de longs siècles, les montagnes n’ont inspiré que défiance et effroi. Or, les excursions en montagne d’Albrecht von Haller ont permis de démystifier cette peur : contrairement aux croyances populaires de l’époque, aucun dragon, diable ou autre monstre n’y vivait.

Aletschgletscher

Jean-Jacques Rousseau (1712-1768), écrivain, philosophe et musicien genevois, a donné une image idyllique des Alpes dans son roman Julie ou La Nouvelle Héloïse, paru en 1761. Il y décrit les montagnes et leurs habitants comme des valeurs spirituelles d’élévation et de perfectionnement de l’âme. Il aimait à répéter : « C’est dans le cœur de l’homme qu’est la vie du spectacle de la nature ».

Au XVIIIème siècle, juste avant la Révolution française, naquit un véritable engouement pour les Alpes. Parmi ces premiers touristes, de nombreux scientifiques et artistes. La classe moyenne supérieure commença également à s’intéresser à la randonnée en montagne.

Le pasteur et naturaliste bernois, Jakob Samuel Wyttenbach (1748-1830), le peintre paysagiste Caspar Wolf (1735-1783) de Muri (canton d’Argovie) et l’écrivain allemand Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) ont transmis au monde leur émerveillement pour les Alpes.

Il a fallu attendre le début du XIXème siècle pour qu’ait lieu le percement des premiers tunnels permettant de traverser les Alpes suisses vers l’Italie. Ce fut, en grande partie, grâce à des peintres tels que l’Anglais William Turner (1775-1851), qui a découvert les Alpes suisses lors d’un voyage en 1802 puis a peint avec authenticité la grandeur des montagnes et leur beauté.

Le Cervin. 

Après le milieu du XIXème siècle, ce ne sont cependant pas les Suisses qui ont rendu les montagnes socialement acceptables, mais les Anglais, tout comme les maîtres des Pays-Bas avaient contribué, deux siècles plus tôt, à la découverte du monde alpin suisse à travers la tradition picturale hollandaise.

L’histoire de l’accession des villages agricoles à des stations touristiques à la mode après 1850 dans les Alpes suisses est bien connue. Quiconque chausse ses raquettes en hiver pour effectuer l’une des nombreuses randonnées dans les Alpes enneigées, peut imaginer le spectre de la montagne jusqu’en 1800.

Aujourd’hui, aucune excursion en montagne, à ski, à ski de fond ou en raquettes n’est sans danger, les avalanches présentant continuellement une menace, mais on n’y rencontre, à l’évidence, pas de dragon, diable ou monstre, bien que le loup ait récemment fait son retour.

Albert von Haller n’est probablement jamais allé dans les montagnes pour ses recherches en botanique, mais il est l’un des pionniers d’une vision différente des Alpes.

Scuol, Motta Naluns

Pour un tour dans la neige, il vaut la peine de jeter un coup d’œil à la première perception poétique des Alpes de 1729, qui relataient un paysage alors inconnu et aucunement touristique. Le poème compte 41 vers. Les versets 12 et 14 du poème Die Alpen disent :

Hat nun die müde Welt sich in den Frost begraben,

Der Berge Thäler Eis, die Spitzen Schnee bedeckt,

Ruht das erschöpfte Feld nun aus für neue Gaben,

Weil ein krystallner Damm der Flüsse Lauf versteckt,

Dann zieht sich auch der Hirt in die beschneiten Hütten,

Wo fetter Fichten Dampf die dürren Balken schwärzt;

Hier zahlt die süße Ruh die Müh, die er erlitten,

Der Sorgen-lose Tag wird freudig durchgescherzt,

Und wenn die Nachbarn sich zu seinem Herde setzen,

So weiß ihr klug Gespräch auch Weise zu ergötzen.

 

Dann hier, wo Gotthards Haupt die Wolken übersteiget

Und der erhabnern Welt die Sonne näher scheint,

Hat, was die Erde sonst an Seltenheit gezeuget,

Die spielende Natur in wenig Lands vereint;

Wahr ists, daß Lybien uns noch mehr neues giebet

Und jeden Tag sein Sand ein frisches Unthier sieht;

Allein der Himmel hat dies Land noch mehr geliebet,

Wo nichts, was nöthig, fehlt und nur, was nutzet, blüht;

Der Berge wachsend Eis, der Felsen steile Wände

Sind selbst zum Nutzen da und tränken das Gelände.

 

Wenn Titans erster Strahl der Gipfel Schnee vergüldet

Und sein verklärter Blick die Nebel unterdrückt,

So wird, was die Natur am prächtigsten gebildet,

Mit immer neuer Lust von einem Berg erblickt;

Durch den zerfahrnen Dunst von einer dünnen Wolke

Eröffnet sich zugleich der Schauplatz einer Welt,

Ein weiter Aufenthalt von mehr als einem Volke

Zeigt alles auf einmal, was sein Bezirk enthält;

Ein sanfter Schwindel schließt die allzuschwachen Augen,

Die den zu breiten Kreis nicht durchzustrahlen taugen.

(Bron : Albrecht von Haller, Versuch Schweizerischer Gedichte,

 Berliner Ausgabe 2013).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Meiertal

Ardez

Le Chemin de fer rhétique

L’histoire du Chemin de fer rhétique (die Rhätische Bahn) débuta en 1867 lorsqu’un commerçant néerlandais s’installa à Davos dans l’espoir que son épouse atteinte de tuberculose puisse y recouvrer la santé. Malheureusement, la maladie prévalut et Margaret Elisabeth Newell Jones (1847-1867) décéda. Toutefois, Willem Jan Holsboer (1834-1898) resta dans sa nouvelle maison.

Davos n’étant alors pas accessible par le rail, Willem Jan Holsboer fonda en 1889 la société Schmalspurbahn (réseau à voie étroite) Landquart-Davos AG. L’entreprise le Chemin de fer rhétique, dont le siège se trouve à Coire, fut fondée en 1897. Aujourd’hui, elle dispose d’un réseau ferroviaire de 385 kilomètres. Les liaisons – touristiques – les plus connues sont le train panoramique Bernina Express et le Glacier Express.

Willem-Jan Holsboer (1834-1898), Heimatmuseum Davos. Photo: Wikipedia

Chemin de fer rhétique, environ 1910. Source: www.rhb.ch/fahrzeugnamen

Le Bernina Express, sur 122 kilomètres, s’engouffre dans 55 tunnels et emprunte plus de 196 ponts entre Coire et Tirano en Italie. Le train traverse la vallée de l’Albula et le viaduc de Landwasser, en passant par Pontresina, le glacier Morteratsch et le Piz Bernina (4049 mètres), l’Alp Grüm, le col de la Bernina (2328 mètres), Poschiavo et le Val Poschiavo. C’est un chef d’œuvre de l’ingénierie en parfaite harmonie avec un paysage admirable.

Le Bernina Express, qui fait partie du Chemin de fer rhétique, est l’une des rares lignes ferroviaires inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO en tant qu’« ensemble technique, architectural et environnemental exceptionnel».

De plus, le Chemin de fer rhétique a battu le record du monde en formant le 29 octobre 2022 le train de passagers le plus long du monde dans les Alpes suisses, lors d’un évènement marquant le 175e anniversaire du système ferroviaire helvétique. Ce record a aussitôt été homologué par le Guinness World Records.

Et ce n’est pas seulement ce statut qui rend ce train si spécial. En effet, la qualité, le service et le confort des trains et des restaurants de la ligne de la Bernina et de l’Albula, ainsi que la maestria des chefs de train et des membres du personnel, sont remarquables.

 Bahnmuseum Albula

Le musée du chemin de fer de l’Albula (Bahnmuseum Albula) à Bergün/Bravuogn constitue une halte instructive et intéressante sur la ligne de l’Albula.

Le Glacier Express, train direct le plus lent du monde, relie Zermatt à Saint-Moritz en passant par les gorges du Rhin. Il sillonne à travers trois cantons, le Valais, Uri et les Grisons, et offre un merveilleux panorama riche en variété.

Affiche du Bernina Express

En outre, le Chemin de fer rhétique relie la Basse-Engadine à Scuol et, bien sûr, à son « lieu d’origine » (Stammort) de Davos.

Le Chemin de fer rhétique – comme les Chemins de fer fédéraux (CFF) – est un garde-temps suisse sur roues, avec le confort d’un grand hôtel ! Ce n’est pas pour rien que son siège à Coire ressemble à ça !

Coire, le siège principal du Chemin de fer rhétique, à droite la Villa Planta (Bündner kunstmuseum Chur)

Source et plus d’informations: Rhätische Bahn, Bernina Express, Glacier Express

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Musée suisse des transports, Lucerne

Dans l’hiver

Le Morteratsch glacier

Filisur, Landwasserviadukt

Dans l’été

Pinocchio dans la Clavadeira de Riom

Le roman pour enfants Pinocchio de Carlo Collodi (1826-1890) est au programme de Noël dans la romantique Clavadeira de Riom (canton des Grisons). Cette histoire extraordinaire sur le passage à l’âge adulte est une méditation humoristique sur la liberté et une soirée émouvante pour toute la famille.

Tous les enfants connaissent Pinocchio, la marionnette têtue de l’atelier de menuiserie du maître Gepetto. Quand il ment, son nez pousse. Quand il est méchant, son père charpentier pleure. Mais le garçon de bois est bien plus qu’une marionnette désobéissante. Pinocchio veut devenir un vrai garçon. Le chemin pour y parvenir est long, audacieux et aventureux.

La nouvelle chorégraphie de Yaiza Coll (née en 1994) pour Origens Winter Theatre est dansée par Borja Bermudez, Marc Jubete, Nicolas Gläsmann, Alex Vazquez Gala et Júlia Martí Gasull. Les artistes sont des invités familiers des scènes d’Origens. Dernièrement, ils ont interprété la pièce anniversaire « 1524 » sur la naissance de l’État libre des Trois Ligues (Freistaat der Drei Bünde) sur la scène en plein air de Lantsch, en donnant vie aux personnages historiques.

Représentations : Riom, Clavadeira, 17h30 : 23, 27, 28, 29 et 30 décembre 2024 et 2, 3 et 4 janvier 2025.

(source et informations complémentaires : Nova Fundaziun Origen)

La Landsgemeinde et la démocratie directe

Pour bien comprendre les origines et le fonctionnement de la démocratie directe en Suisse, une connaissance – historique – de la Landsgemeinde, assemblée solennelle tenue dans certains cantons suisses au cours de laquelle les citoyens, jouissant du droit de vote, élisent les autorités et débattent des affaires du pays à main levée sur la place du village, est une condition importante.

Dans cet article, le sujet est traité dans les grandes lignes. Il montre que les fondements de la démocratie directe datent du Moyen Âge, mais que le choix politique fait au XIXe siècle fut le résultat de débats passionnés et de profondes controverses.

La Constitution de 1848, affiche. Musée national, Zurich. Photo: TES.

La Landsgemeinde

Au Moyen-Age en Suisse, la Landsgemeinde était une institution officielle des cantons campagnards – à laquelle seuls les hommes pouvaient participer – et qui incarnait un privilège réservé “aux gens du pays”.

Cette institution de démocratie directe s’imposa aux XIIIème et XIVème siècles dans les huit cantons actuels suivants : Uri, Schwytz, Unterwald (Nidwald et Obwald), Zoug, Appenzell Rhodes-Intérieures, Appenzell Rhodes-Extérieures (Appenzell jusqu’en 1597 avant la division du canton) et Glaris.

A l’époque, plusieurs pays sujets – d’une ville ou d’un canton campagnard – se dotèrent d’une Landsgemeinde, parfois instituée sous l’influence directe des cantons protecteurs.

En outre, il est possible d’assimiler la Landsgemeinde à l’assemblée populaire telle qu’elle se tenait dans les juridictions et hautes juridictions des Trois Ligues (Drei Bünde) (canton des Grisons) et dans les dizains valaisans (Zenden) (sauf celui de Sion), voire dans des territoires sujets d’une abbaye.

Aux XIIIème et XIVème siècles dans les cantons campagnards de Suisse, la Landsgemeinde fut issue du plaid (placitumLandtag) lors duquel le bailli (Landvogt), représentant du souverain,rendait la justice, en présence non seulement des témoins, mais d’autres personnes (alii quam plures) incarnant le peuple.

Le Palais fédéral à Berne

Quand les droits de juridiction (tribunaux) passèrent globalement aux cantons, le bailli fit place à un landamman. Celui-ci rendait la justice devant une assemblée, la future Landsgemeinde qui était aussi appelée à élire les autorités, à légiférer et à gérer les affaires administratives.

A cette époque, les Habsbourg furent d’importants souverains en Europe. Dans les cantons d’Uri, de Schwytz, d’Obwald et de Nidwald (Unterwald) la Landsgemeinde naquit entre 1231 et 1309.

Uri, Schwytz et Unterwald, suite à l’ouverture du col du Saint-Gothard en 1230, entrèrent en relations avec les républiques italiennes situées de l’autre côté du col, ce qui a peut-être aussi pu constituer une source d’inspiration.

En outre, la maison de Habsbourg accorda l’immédiateté impériale aux cantons d’Uri, de Schwytz et d’Unterwald (Reichsunmittelbarkeit) au XIIIème siècle et au début du XIVème, de sorte qu’ils furent gouvernés par ce seul souverain et ne furent pas assujettis à un seigneur local.

La République de Gersau. Photo: TES.

Concept politique

L’institution de démocratie directe qu’est la Landsgemeinde s’imposa – comme nous venons de le voir – d’abord dans les cantons primitifs. Elle fut ensuite adoptée par Zoug (1376), Glaris et Appenzell (1387). En 1433, la Landsgemeinde fut même pratiquée dans le petit État libre de Gersau, aujourd’hui dans le canton de Schwytz.

Dans les cantons campagnards, la Landsgemeinde fut l’instance suprême (les sources disent höchste Gewalt). En effet, la séparation des pouvoirs n’existait pas encore et elle détenait ainsi des compétences universelles.

Elle élisait les magistrats, les juges de haut rang, les délégués à la Diète, les principaux fonctionnaires. Elle promulguait les lois nouvelles et devait approuver les décisions de la Diète pour qu’elles puissent entrer en vigueur.

La majorité des affaires que traitait la Landsgemeinde furent de nature administrative, dont, entre autres : résolution des problèmes collectifs, négociations et traités, relations extérieures, mercenariat, impôts, finances, attribution du droit de bourgeoisie, frontières internes. Elle avait aussi un rôle judiciaire (procès politiques notamment). La souveraineté était exercée par le peuple.

La réunion annuelle ordinaire eut lieu une fois par année et le vote s’effectuait à main levée. Si nécessaire, des séances supplémentaires (Nachgemeinde) ou extraordinaires furent organisées.

À cette époque, la démocratie n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui. De plus, dans les  républiques régnèrent quelques familles puissantes et la corruption fut chose courante. Toutefois, cela ne changea rien au fait que les citoyens continuèrent à prendre position lors de la Landsgemeinde.

Pouvait participer à la Landsgemeinde tout homme apte au service militaire et jouissant des droits civiques, qu’il ait hérité ou acheté la bourgeoisie, depuis l’âge de 14 ans, parfois 16 ans.

Forme de démocratie directe, la Landsgemeinde acquit une grande notoriété en Suisse et bien au-delà. À certaines époques, elle joua même un rôle de modèle.

En 1513, en revanche, dans les cinq cantons-villes de la Confédération, soit Berne, Soleure, Zurich, Bâle et Schaffhouse, prévalaient une oligarchie, une aristocratie de guildes et de vieilles familles bourgeoises comme cela fut le cas, entre autres, dans la République des Sept Provinces Unies, à Amsterdam, à Haarlem (Pays-Bas).

Altdorf, canton d’Uri. Photo: TES

1798-1891

De nombreux écrivains, hommes d’État, philosophes et voyageurs européens des XVIIe et XVIIIe siècles furent impressionnés par cette institution de démocratie directe par laquelle la souveraineté appartenait au peuple et non à un roi, un prince ou des aristocrates, ce qui était unique en Europe.

Mais la Landsgemeinde ne devint vraiment populaire que lorsque Napoléon Bonaparte l’abolit en 1798. La République helvétique (1798-1803) – les cantons suisses alors transformés en république unitaire – fut en rupture avec des siècles d’acquis de la démocratie et surtout de la politique de décentralisation.

L’Acte de médiation de 1803 rétablit les structures d’avant 1798 et les anciens cantons – avec leurs institutions traditionnelles, dont la Landsgemeinde – furent ainsi restaurés dans leur souveraineté.

En 1815 fut établi le Pacte fédéral qui unit les vingt-deux cantons souverains de la Confédération suisse. Et en 1848, une nouvelle Constitution fédérale fut votée. Elle définit un nouvel État fédéral et centralisé où les cantons ne sont plus indépendants mais « souverains » et cèdent certains de leurs privilèges à l’État fédéral : une des étapes de formation de la Confédération suisse.

Après 1815, on se référa souvent à la tradition de la Landsgemeinde jouissant d’une grande popularité dans les campagnes. Au sein de la Confédération des XXII cantons, la Landsgemeinde eut cours dans les cantons d’Uri, de Schwytz, d’Unterwald, de Glaris, de Zoug, d’Appenzell Rhodes-Intérieures et Appenzell Rhodes-Extérieures.

Outre la démocratie directe, il exista quatre autres régimes politiques : république aristocratique, démocratie censitaire, république fédérale et monarchie (canton de Neuchâtel), sous lesquels vécurent les autres cantons.

Après 1830 et les révolutions que connut l’Europe, apparut la Restauration (1813-1831) qui se caractérisa par des systèmes politiques conservateurs dans quelques cantons et l’apparition d’une opinion publique bourgeoise libérale.

Alors que le patriciat revint au gouvernement dans certains cantons, les cantons qui appliquèrent la Landsgemeinde rétablirent les anciennes inégalités juridiques et les villes à régime corporatif imposèrent à nouveau leur domination sur les campagnes.

Il y eut alors une confrontation entre les partisans de l’Ancien régime – surtout dans les villes – et la nouvelle bourgeoisie libérale, inspirée par les idéaux de la Révolution française, de la Constitution américaine de 1786 et de la démocratie directe telle qu’appliquée par la Landsgemeinde.

Puis vint la Régénération (1830-1848) durant laquelle furent introduites l’égalité des droits pour tous les habitants des cantons et, entre autres, la séparation des pouvoirs et la liberté du commerce et de l’industrie.

Le canton de Vaud fut le premier canton à introduire la démocratie directe en 1845, puis d’autres cantons suivirent. La Constitution fédérale de 1848 ne prévoyait qu’un référendum constitutionnel obligatoire. Mais ces droits populaires furent complétés au fil du temps.

L’initiative populaire et le référendum populaire sont les deux instruments clés de la démocratie directe moderne en Suisse. Depuis leur adoption respectivement en 1874 (référendum) et en 1891 (initiative), ils ont souvent été utilisés pour promouvoir des idées et scruter les décisions du Parlement, à Berne.

Les cantons et les communes disposèrent également des instruments de la démocratie directe, introduits au XIXème siècle dans les constitutions cantonales et les lois communales.

Glaris. Photo: TES.

Conclusion

La Landsgemeine n’existe désormais plus que dans deux cantons : Appenzell Rhodes-Intérieures et Glaris. Peu à peu, elle a été abandonnée dans les autres cantons à partir de 1848 jusqu’aux années 1990.

Cependant, la démocratie directe demeure et constitue une spécificité du système politique suisse qui a fait ses preuves au niveau communal, cantonal et fédéral.

Enraciner ce système politique en Suisse après 1815 n’alla pas de soi. La démocratie directe fut introduite par la volonté des cantons et du peuple, fondateurs de la Confédération suisse et de la Constitution fédérale.

La démocratie directe – qui fait partie de l’ADN de la Suisse – est le fruit d’une histoire complexe en lien avec d’autres aspects de la politique suisse, comme le fédéralisme et le sens du consensus. Après tout, les citoyens ne sont-ils pas aussi des politiciens ?

Le concept de la Landsgemeinde et de la démocratie directe n’est pas désuet ou folklorique, mais, au contraire, il est transparent, efficace, tourné vers l’avenir, que les citoyens votent en se rendant aux urnes, par correspondance, par internet ou à main levée.

(Source  Hans Stadler, « Landsgemeinde » dans: Dictionnaire historique de la SuisseLouis Carlen, ‘Die Landsgemeinde’, in : Andreas Auer (e.a.): Die Ursprünge der schweizerischen direkten Demokratie, Basel 1996; B. Adler, Die Entstehung der direkten Demokratie, Zurich 2006).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice. 

L’hôtel de ville de Fribourg et la  Paix éternelle

Après la défaite des Confédérés contre le roi de France en Italie (Marignan en 1515), un traité de paix (la paix éternelle (der ewige Friede) avec la France est conclu à l’Hôtel de Ville/Rathaus de la ville bilingue de Fribourg/Freiburg le 29 novembre 1516. Cette paix dura jusqu’à l’invasion française de 1798.

La réforme, quelques années plus tard, vint tout bousculer. Fribourg devint un bastion catholique dogmatique, avec notamment la présence de jésuites. L’hôtel de ville survécut à cette tempête.

Cheminer avec Jean-Jacques Rousseau

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) est l’un des philosophes les plus importants du siècle des Lumières, expression souvent employée pour désigner le XVIIIème siècle français.

Ses ouvrages politiques, éducatifs et littéraires ont remporté un vif succès déjà de son vivant, ce qui lui apporta la célébrité, mais en raison du caractère révolutionnaire de ses idées, à contre-courant de la confiance de son époque dans le progrès, il rencontra des ennuis avec les autorités.

Sa passion pour la randonnée est en revanche moins connue. Il préférait autant que possible voyager à pied. Il a parcouru plusieurs milliers de kilomètres dans les régions du Rhône, des Alpes et du Jura.

Jean-Jacques Rousseau, musée Antoine Lécuyer, Saint-Quentin

Jean-Jacques Rousseau naquit à Genève, à l’époque république indépendante et siège du calvinisme. Le lac Léman, les Alpes et la nature l’ont fasciné dès son plus jeune âge.

En 1728, à 16 ans, il quitta sa ville natale à pied et se rendit à Annecy chez la baronne de Warens, vaudoise convertie au catholicisme, sur les conseils du curé de Confignon (canton de Genève). Elle l’envoya à Turin, capitale des ducs catholiques de Savoie qui furent aussi les rois du royaume de Sardaigne-Piémont afin, qu’il embrassât la religion catholique.

Il se convertit la même année. Le contraste avec la République calviniste de Genève fut immense. En 1754, Jean-Jacques Rousseau revint à Genève et retourna au protestantisme.  Officiellement, il a été successivement protestant, catholique et de nouveau protestant.

C’est dans sa ville natale que commença sa vie itinérante. Ses nombreux périples le conduisirent à Lyon, Grenoble, Chambéry (ancienne capitale des ducs de Savoie), Lausanne, Fribourg, Vevey, Nyon, Soleure, Neuchâtel, Bienne, Boudry, Môtiers et plusieurs fois à Paris. De 1766 à 1767, il passa un an en Angleterre. Il ne s’y rendit pas à pied, c’est sûr.

Sa préférence pour les déplacements à pied était remarquable. Et, dans la société de l’Ancien Régime – période historique qui débuta au XVIème siècle et prit fin en 1789 quand la République française fut créée – marcher ou voyager à pied était symbole de pauvreté.

On est philosophe ou on ne l’est pas et Rousseau a dit : « Je voyageais, voyageais à pied, et je voyageais seul en me jetant, en quelque sorte, dans l’immensité des êtres. La vue de la campagne, la succession des aspects agréables, le grand air, le grand appétit, la bonne santé que je gagne en marchant, la liberté du cabaret, tout cela dégage mon âme ».

Auvernier, Tjeerd Alkema, Les randonneurs, 2006. Photo: TES.

Entre 1762 et 1765, il vécut en exil dans le canton de Neuchâtel et sur l’île Saint-Pierre, reliée par un isthme long et mince avec le rivage du lac de Bienne (canton de Berne). Alliant randonnée et passion pour la botanique, il écrivit « La ferveur pour des activités botaniques à un tel point spécialisées est le véritable amusement d’un solitaire qui se promène et ne veut pas penser à rien ».

Il fut tout particulièrement enthousiasmé par la nature du Jura et son séjour dans le canton de Neuchâtel. Il reçut la citoyenneté neuchâteloise le 16 avril 1763 et le 1er janvier 1765, il fut fait communier de Couvet (canton de Neuchâtel).  Le 12 mai 1763, il renonça à la bourgeoisie de Genève.

En raison de sa grande dévotion et de son respect pour la nature, Jean-Jacques Rousseau fut considéré comme le précurseur de l’écologie. Il serait certainement devenu membre du Club Alpine Suisse (CAS) fondé en 1863.

Source : R. Bourgeois, Rousseau. Ses itinérances entre Rhône et Alpes, Veurey (France).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Carte blanche le long du lac de Constance

L’ Internationale Bodensee-Konferenz (IBK) est une organisation pour la coopération transfrontalière sur le lac de Constance (Bodensee). L’IBK comprend la Conférence des chefs de gouvernement et un réseau d’experts des États de Bade-Wurtemberg et de Bavière (Allemagne), du Vorarlberg (Autriche), des cantons de Saint-Gall, de Thurgovie, de Schaffhouse, de Zurich, d’Appenzell Rhodes-Extérieures et d’Appenzell Rhodes-Intérieures (Suisse) et de la Principauté du Liechtenstein.

L’IBK coopère avec d’autres associations et organisations transfrontalières, telles que celles des députés et des villes, les comités pour la protection de l’environnement, la régulation des eaux et la navigation, le programme Interreg Alpenrhein-Bodensee-Hochrhein et le Wissenschaftsverbund Vierländerregion Bodensee.

En collaboration avec ses partenaires, l’IBK s’efforce de faire de la région du lac de Constance une région européenne, caractérisée par une grande force économique, l’innovation et le développement, la conscience sociale et l’engagement en faveur de la durabilité. À cette fin, il cultive également la diversité des cultures régionales et renforce leur cohésion.

Avec la Carte Blanche, l’IBK offre aux experts une plateforme où ils peuvent donner des impulsions à la coopération transfrontalière et présenter leurs visions.

(Source et informations complémentaires : Internationale Bodensee-Konferenz)

Voire aussi: la coopération transfrontalière le long du Rhin supérieur

Le Landeron et son site naturel

Avant le bourg du Landeron (canton de Neuchâtel), il y eut sur le coteau au-dessus du lac de Bienne, une première ville fortifiée, Nugerol, que le comte de Neuchâtel fit construire face à l’Évêché de Bâle, tout proche.

Nugerol fut détruit au XIIe siècle, au cours du conflit frontalier armé opposant le comte à l’évêque de Bâle.

En 1325, le comte de Neuchâtel entreprit de reconstruire sur un nouvel emplacement la ville dévastée. Il choisit un îlot morainique, appelé Le Landeron, seule commune neuchâteloise riveraine du lac de Bienne.

Lac de Bienne (Bielersee)

Située à peu de distance de la Thielle et des lacs de Bienne et de Neuchâtel, la nouvelle ville bénéficia des communications fluviales alors si importantes.

Le XIXème siècle marqua le début de l’époque moderne et la création du canton neuchâtelois (1815), le développement des communications routières et ferroviaires, les premières industries, l’assainissement du grand marais consécutif à la première correction des eaux du Jura (1868-1891), le développement des cultures maraîchères, de l’agriculture et de la viticulture.

La présence des pittoresques témoins architecturaux des siècles écoulés et sa localisation confèrent au Landeron un charme tout particulier qui s’ajoute à celui de son site naturel.

(Source: Les plus beaux villages de Suisse, www.borghisvizzera.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice

La nostalgie, du kitsch et de la culture du chalet

Qu’est-ce qu’un «chalet » ? Existe-t-il des caractéristiques qui font de cette résidence de vacances un véritable chalet? Est-ce sa structure en bois, ou son toit débordant ? S’agit-il des géraniums aux fenêtres, des poutres finement sculptées ? Ou bien le chalet est-il avant tout le reflet d’une nostalgie de la nature alpine, une création de l’imaginaire collectif – un mythe?

Dans les régions francophones de Suisse, de simples cabanes de montagne étaient appelées chalets jusqu’au 18e siècle. Les premiers jardins paysagers d’Angleterre ont été créés au XVIIIème siècle. Des bâtiments du monde entier ont enrichi ces jardins, y compris le type de « chalet » des montagnes suisses. Les aristocrates anglais avaient appris à connaître et à apprécier ces chalets en tant que touristes.

En Suisse et dans d’autres pays européens, le style chalet de luxe n’a commencé à s’épanouir que dans la seconde moitié du XIXème siècle. Ils sont désormais adaptés aux besoins des citoyens aisés et de la classe supérieure. Dans toute l’Europe, des catalogues proposent des chalets préfabriqués, construits dans des ‘usines à chalets’.

Musée de plein air (Freilichtmuseum) Ballenberg, affiche fin XIXème siècle, chalets à vendre

En abordant ce sujet à travers les thèmes de la nostalgie, du kitsch et de la culture du bâti, l’exposition dans la Villa Patumbah explore ce phénomène suisse et révèle comment le chalet est devenu un symbole et un succès à l’exportation. Cette exposition est conçue par das Gelbe Haus Flims.

L’exposition est présentée en allemand. Les textes français sont disponibles via un QR code.

(Source et plus d’informations: Maison du Patrimoine suisse)