Le bridge en Suisse
13 août 2022
Respectivement jusqu’en 1795 et 1798, les Pays-Bas étaient une république constituée de sept provinces souveraines et la Suisse était une république qui comptait treize cantons souverains.
Lors du traité de Westphalie en 1648, tous deux ont été reconnus comme des États indépendants. Des relations diplomatiques, militaires et économiques étroites existaient entre les deux pays, leurs provinces et leurs cantons.
Des mercenaires suisses – protestants – au service de l’armée de la République des sept provinces unies ont découvert un jeu de cartes néerlandais : le klaverjassen.

La garde suisse aux Pays-Bas en 1752. Source: Cent suisses retousched – Schweizer Truppen in niederländischen Diensten – Wikipedia
Ils ont introduit ce jeu en Suisse sous le nom de jass avec le neuf d’atout (nell) et le valet d’atout (buur). Le jass est très populaire en Suisse où il est considéré comme le jeu de cartes national. Cependant, un nouveau jeu de cartes – le bridge – a vu le jour pendant l’entre-deux-guerres (interbellum), période allant de 1918 à 1939.
Des touristes anglais ou américains l’ont probablement apporté en Suisse dans les années 1925-1930. Où a-t-on joué au bridge pour la première fois ? Etait-ce dans les grands hôtels Kulm ou Badrutt’s Palace à Saint-Moritz, à l’hôtel Baur au Lac de Zurich, au Montreux Palace, à l’hôtel Val Sinestra, à Sent ou dans les résidences à Berne ? On ne le sait pas. Toutefois, on peut encore voir quelques traces du jeu de bridge de cette époque au musée de l’hôtel Belle-Epoque Waldhaus à Flims.
Ou alors était-ce au Suvretta House à Saint-Moritz où le bridge, avec lequel il a une longue histoire, y tient aujourd’hui encore une place de choix ? En effet, le premier tournoi international de bridge organisé en Suisse s’y est déroulé en 1941.





Suvretta House et la Chambre de bridge: Source:Suvretta House. Photo: TES
Quoi qu’il en soit, il est établi que l’Américain Harold Stirling Vanderbilt (1884-1970) a conçu le bridge contrat en 1925 lors d’une traversée de l’Atlantique. En 1930, une équipe anglaise dirigée par le lieutenant-colonel Walter Buller (1886-1938) a défié une équipe dirigée par l’Américain Ely Culbertson (1891-1955).
La rencontre s’est déroulée au Almack’s Club de Londres. Elle a eu un retentissement extraordinaire et a fait la une des médias avec des articles du célèbre bridgeur allemand Emanuel Lasker (1868-1941).

Georg Tafler, Bridge als Spiel und Kunst, Vienne, 1930.
Le bridge contrat de Harold Stirling Vanderbilt a été reconnu en 1935 comme système de bridge international par les principales organisations de bridge du monde : le Portland Club of London, le Whist Club of New York et la Fédération française de bridge.
Le célèbre détective belge Hercule Poirot jouait également au bridge (Agatha Christie, Poirot reprend la main. Poirot joue le jeu + Cartes sur table, Payot 2016. Agatha Christie Cards on the table, Londres 1936).

Pourtant, le bridge n’a connu la consécration en Europe et en Suisse qu’en 1947 avec la création de la Ligue européenne de bridge (European Bridge League – EBL), dont le siège est à Lausanne.
Puis, ont été fondées le 18 mars 1950 la Fédération suisse de bridge (FSB) et en août 1958 la Fédération mondiale de bridge (World Bridge Federation – WBF), également basée à Lausanne et reconnue par le Comité international olympique (CIO).
Juan Antonio Samaranch (1920-2010), président du CIO de 1980 à 2001, a déclaré lors du lancement des compétitions pour le Grand Prix du CIO en 1998 que le bridge était un sport de réflexion et de compétition. Le Grand Prix du CIO, qui se déroulait jusque-là dans ses murs, à Lausanne, a été organisé lors des Jeux olympiques d’hiver de 2002 dans l’Utah (États-Unis).
La délocalisation de cette épreuve n’avait rien de fortuit : elle devait servir à la campagne menée par le bridge depuis plusieurs années pour accéder au programme olympique. Les sports de démonstration n’étant plus admis aux Jeux, il fallait trouver des occasions de se montrer auprès de la famille olympique.
Le bridge occupe une place importante dans la vie sociale en Suisse. La FSB compte environ 3’500 membres et 52 clubs.
Les équipes suisses de bridge participent aux championnats d’Europe et du monde, aux World Mind Sports Games, une sorte de jeux olympiques pour les bridgeurs, aux championnats nationaux, régionaux et locaux ainsi qu’à des tournois au sein des clubs et dans les villes.

European Bridge League, Lausanne. Photo: Headquarters | European Bridge League (eurobridge.org) et le logo de la Fédération mondiale de bridge.
Les bridgeurs suisses Gerry Link et Max Saesseli ont remporté le championnat d’Europe seniors par paires en 1993. Lors des championnats européens par équipes en 2016, les équipes suisses ont atteint la troisième et la cinquième place.

Allschwil, Bridgeclub Quodlibet
Championne du monde
Et la Suisse est même devenue deux fois championne du monde en 2022 : en avril, l’équipe suisse a remporté le championnat du monde et en août, une équipe helvético-grecque a remporté le championnat du monde des moins de 31 ans.
La FSB a en compétition pour les clubs la Série A – la plus haute – et la Série B avec huit équipes chacune. Celles-ci jouent deux week-ends en novembre, Round Robin (toutes les équipes jouent les unes contre les autres), le troisième week-end a lieu les finales et les matchs de barrage.

Cercle de Bridge du Littoral Neuchâtelois
Les ligues inférieures I-IV sont, quant à elles, réparties géographiquement (est, sud, nord-ouest, nord-est et Suisse centrale). Ces ligues sont divisées en équipes qui jouent lors de deux week-ends sur la base d’un tournoi à la ronde avec possibilité de promotion et de relégation.
Le multilinguisme du pays joue également un rôle dans le bridge. Dans la plupart des clubs de bridge et certainement lors des tournois régionaux, les enchères et la communication se font souvent dans les trois langues nationales, allemand, français, italien et en anglais, même parfois en romanche. Par exemple, pique : pik, picche, palas et spades; cœur : herz, cuori, cours et hearts; carreau : karo, quadri, pizs et diamonds et trèfle : kreuz, fiori, cruschs et clubs.

Le nom de la Fédération suisse de bridge est en français, mais son siège est à Zurich, ville germanophone. Les conventions et les techniques de jeu ne sont pas particulièrement différentes de celles des autres pays. L’âge moyen des bridgeurs – environ 72 ans – est également le même, soit en majorité des personnes âgées mais tout de même aussi quelques jeunes.
Les tournois internationaux les plus prestigieux ont lieu chaque année à Saint-Moritz, Crans-Montana, Genève et Zurich.
Source: Fédération Suisse de Bridge, Zurich; Kulm Hotel et Suvretta House, Saint-Moritz, Belle-Époque hotelmuseum Waldhaus, Flims.
Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

