La Fédération Suisse de Bridge a 75 ans et se fête le 19 mars

Le jeu de cartes Jass est originaire d’une autre République: la République des Sept Provinces Unies. Des mercenaires de la Confédération (Eidgenossenschaft) au service de la République ont introduit le jeu en Suisse à la fin du XVIIème siècle. Aux Pays-Bas, le jeu s’appelle ‚klaverjassen‘.

Le bridge ne s’est développé que des siècles plus tard, dans les années 1920. Le bridge s’appelle bridge dans le monde entier et porte bien son nom, tant sur le plan social que sur le plan du jeu et du multiculturalisme.

De nombreuses célébrités se rencontrent ou se sont rencontrées à la table de bridge: Winston Churchill, Dwight D. Eisenhower, Mae West, Martina Navratilova, Bill Gates, Omar Sharif, James Bond, Hercule Poirot, Snoopy, Gandhi, Nehru ou W. Somerset Maugham, pour ne citer que quelques personnalités.

Cependant, ce jeu de cartes célèbre et populaire dans le monde entier est surtout joué par des citoyens ordinaires, dans des clubs et en privé. La Fédération Suisse de Bridge (FSB) a été fondée à Genève le 18 mars 1950, d’où son nom français.

Les premiers clubs membres venaient de Baden, Zurich, Bienne, Fribourg, Winterthur, Genève, Berne, Neuchâtel et Lausanne. Le bureau du FSB était initialement situé à Lausanne. Depuis 1996, il se trouve à Zurich.

Source: Archive FSB

La FSB publie la revue « Bulletin » quatre fois par an, organise et coordonne les compétitions nationales et régionales de la FSB, tient les scores et les points FSB des tournois des clubs, initie ou assiste des cours, par exemple le mini-bridge et le petit-bridge pour les enfants, divers tournois (quatre « cups » pour différents groupes et des championnats nationaux) et promeut le bridge comme un jeu de cartes intéressant, social et public, accessible aux (très) jeunes et aux (très) vieux, dans lequel le plaisir, la réflexion, penser et la sociabilité vont de pair.

Ce qu’on apprend au berceau dure jusqu’au tombeau et peu regrettent d’avoir commencé plus tard dans la vie. Beaucoup ont trouvé et trouvent encore du réconfort dans le bridge.

Somerset Maugham (1874-1965), par exemple,considérait le bridge comme « le jeu de cartes le plus divertissant et le plus intelligent que l’esprit de l’homme ait conçu jusqu’à présent ». En fait, lorsque tout le reste échoue – le sport, l’amour, l’ambition – le bridge reste un réconfort et un divertissement ».

Pour célébrer le 75ème anniversaire avec ses milliers de membres, la FSB organise le 19 mars prochain un tournoi pour ses membres dans les clubs des 26 cantons du pays sous le nom commun de « Bridge ». En cela aussi, le bridge unit non seulement la Suisse multiculturelle et quadrilingue, mais aussi l’Europe et le reste du monde !

(Source: P. van Zinnicq Bergmann, Het Bridge Epos, Amsterdam 2010)

Christiaan Huygens, le spiral réglant, l’horlogerie et la mesure du temps

 Le 20 février dernier, le Musée International d’Horlogerie (MIH) La Chaux-de-Fonds (canton de Neuchâtel) a accueilli un événement mémorable.

Joost Albers, président de la fondation Haegsche Tijd, lors du discours d’ouverture de l’exposition  ‘L’innovation en mouvement. 350 ans du spiral’.

Le 25 février 1675, la revue française Journal des Sçavans publia un article sur une découverte et une application révolutionnaires pour les garde-temps: le spiral réglant de Christiaan Huygens (1629 -1695).

L’ensemble néerlandais La Sfera Armoniosa joua des compositions de son père Constantijn Huygens (1596-1687) sous l’œil attentif de Christiaan (voir ci-dessous).

Huygens vécut à l’époque à Paris en tant que directeur de recherche à l’Académie Royale des Sciences. Ce spiral était et reste d’une importance fondamentale pour l’horlogerie et la mesure précise du temps. Cette invention était l’aboutissement d’une longue quête de plusieurs scientifiques européens.

Isaac Thuret (1630-1706) fabriqua la première horloge à spiral réglant à Paris en 1675. Collection : Bert Degenaar. Collection du Planetarium Zuylenburgh (Oud-Zuilen).

Journal des Sçavans avec le dessin du spiral réglant de Christiaan Huygens. Collection: Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel. À droite : Modèle du spiral  provenant du centre de restauration du Musée International d’Horlogerie.

 Le prochain article sur cette réunion fournira des détails sur le fonctionnement et l’applicabilité du spiral. Dans sa capitale mondiale et en collaboration avec la Fondation Haegsche Tijd, l’industrie horlogère et le Musée International d’Horlogerie commémorent cette pièce toujours indispensable de l’horlogerie dans l’exposition « L’innovation en mouvement. 350 ans du spiral ».

(Source et plus d’informations: Musée International d’Horlogerie; Stichting Haegsche Tijd)

Christiaan Huygens (assis à gauche) parmi d’autres savants de son temps. Peinture murale Musée International d’Horlogerie

Impressions de l’exposition

Bernard Vaillant (1632-1698), Christiaan Huygens, 1686

L’horlogerie néerlandaise actuelle dans l’exposition. Le planétarium de Christiaan van der Klaauw en format montre.

La Guerre des paysans, la réforme, anabaptistes et les constitutions confédérales et allemandes en 1525

La guerre précédente remonte à moins d’une génération, ou de nouveaux actes de violence ont lieu sur les deux rives du Rhin, dans la région du Haut-Rhin.

La paix de Bâle (1499) se déroul à une époque de grands changements. Bien que les comparaisons historiques soient le plus souvent anachroniques (comme le sont les critiques actuelles à l’égard de nos anciens ancêtres), il est néanmoins intéressant de la mentionner dans le contexte de la période autour de 1500 (Humanisme-Renaissance) et 2000 (trop tôt pour une étiquette).

Collection: Dreiländermuseum Lörrach

Nouvelles communications (imprimerie (1500), médias numériques et intelligence artificielle (2000), découverte de nouveaux continents (1500), exploration de l’univers (2000), mouvements (radicaux) de réforme de protestants, paysans et citoyens (1500), présidents (USA), citoyens et paysans (divers pays européens (2000), peur des autres religions/l’ Empire ottoman (1500), immigration, La Russie et terrorisme (2000), opposition élites urbaines-campagne (1500),  opposition ville-campagne (2000).

On ne sait pas l’avenir, mais il est possible de décrire la situation autour de 1500 en ce qui concerne la guerre des paysans (Bauernkrieg) et sa relation avec la Réforme.

C’est ce qu’a fait le musée des Trois Pays (Dreiländer Museum) à Lörrach avec son exposition bilingue « Umbrüche/Ruptures ». Elle aborde cette révolte des paysans dans le contexte de la Réforme et en particulier du mouvement des anabaptistes (Wiedertäufer).

Le titre « Ruptures » est une caractérisation de la période, comme indiqué brièvement ci-dessus. Les privilèges de l’aristocratie et de l’Église, les oligarchiques dans les villes, les abus de l’Église et la pauvreté, la faim et l’absence de perspective et de codétermination pour la majorité des habitants (les paysans à l’époque) constituèrent la base de la guerre des paysans de 1525. Cependant, la Réforme de 1517 fut  l’étincelle idéologique du soulèvement :

« Hier liegt die These nahe, dass In der Radikalisierung der reformatorischen Bewegung der revolutionaire Aspekt des Bauernkriegs zu suchen ist. La guerre des Boers était un mouvement de masse. Il a été déclenché par le mouvement évangélique, dont les objectifs, liés à l’adoption d’une position géiste, ont été fixés par les empereurs à l’aide de moyens radicaux. Überdies zielte der Aufstand mit einem großen Spektrum von beschwerden und Forderungen », G. Schwerhoff, der Bauernkrieg, pp. 581/583).

Gravure sur bois vers 1500. Les trois etats : l’église à gauche (priant), la noblesse à droite (protégeant) et les paysans en bas (travaillant). Collection privé

Les structures de pouvoir de l’Église, de l’aristocratie et de la des villes devinrent la cible des paysans révoltés et des citadins mécontents. Cependant, les réformateurs ne voulurent pas changer les structures sociales, mais seulement réformer l’Église.

Collection: Dreiländermuseum Lörrach

Si les réformateurs furent en désaccord entre eux sur des questions religieuses (Martin Luther et Huldrych Zwingli, par exemple), ils furent unis dans la répression (très) violente des rebelles. Selon eux, les anabaptistes méritèrent le même traitement, car ce mouvement religieux remit lui aussi en question les structures de pouvoir.

Les anabaptistes et les paysans (protestants) sont donc devenus des alliés. Bien que les anabaptistes aient formellement rejeté la violence, ils se rangaient parfois du côté de la rébellion dans cette guerre des armes.

Les régions catholiques et protestantes de l’Eidgenossenschaft vers 1700. Cette situation a existé à partir de 1530 environ.Image : Musée historique de Baden (CH)

 La guerre des paysans dans la Confédération

La guerre des paysans qui a embrasé une grande partie de l’Europe centrale, et en particulier le sud-ouest de l’Allemagne et l’Alsace, commenća avec la Réforme à Zurich  dans la Confédération (Eidgenossenschaft).

Huldrych Zwingli introduisit la Réforme à Zurich vers 1524. Rapidement, l’opposition à l’Église et à l’interprétation « correcte » de la Bible traduite en allemand prit une dimension sociale. Les paysans virent dans le mouvement de réforme  l’élan d’un changement social en faveur d’un d’une démocratisation et d’une modification des privilèges des propriétaires terriens.

Collection: Dreiländermuseum Lörrach

Les paysans s’organisèrent et, avec l’aide de l’imprimerie, le mouvement se répandit aussi vite que la Réforme. Dans plusieurs cantons, notamment à Berne, Zurich, Schaffhouse, Soleure et Bâle, il y eut des émeutes, des iconoclastes, des pillages et des révoltes armées.

Le pillage de la Kartause Ittingen (Ittinger Klostersturm, 18 juillet 1524, à l’époque un territoire sujet) est l’un des exemples les plus notoires. Ce n’est pas un hasard si ces cantons étaient ou allaient devenir protestants. C’est également le cas de Soleure qui, après tout, a été protestant pendant une courte période.

Kartause Ittingen aujourd’hui

Le pragmatisme des confédérés, la volonté de compromis et une répression modérée mirent rapidement fin à la revolte paysanne. Les paysans reçurent quelques gages, ce qui n’élimina pas le mécontentement sur un certain nombre de points (voir, par exemple, le soulèvement paysan de 1653. Mais le modèle de compromis a fonctionné de manière satisfaisante.

Ce n’est qu’à l’égard des anabaptistes que les positions restaient irréconciliables jusqu’au XVIII ème siècle, même si le nombre d’exécutions restait limité par rapport à d’autres pays.

Le roi et l’empereur romain germanique, les sept électeurs à gauche et à droite à côté de l’imperator et d’autres membres du Saint Empire romain germanique. Collection : Dreiländermuseum Lörrach

La guerre des paysans et les anabaptistes en Allemagne et en Alsace

La révolte des paysans, ou plutôt de la population (environ 80%) en dehors des villes, et des citadins mécontents s‘étendit  rapidement aux régions de la rive droite du Rhin dans le sud-ouest de l’Allemagne et, de là, aux régions du nord et à l’Alsace.

Les motifs, le rôle de la Réforme et des réformateurs et les exigences sont les mêmes. Elles les même résumèrent même dans les « Douze articles de Memmingen » (die Zwölf Artikel von Memmingen) au 15 mars 1525.

La page de titre des Douze Articles de Memmingen et les articles en allemand modern. Collection: Dreiländermuseum Lörrach 

Selon les critères d’aujourd’hui, il s’agit de demandes modérées et raisonnables. Pour les dirigeants protestants et catholiques, cependant, il s’agit de points de vue « hérétiques » qui remirent en question les structures sociales créées par Dieu. Contrairement à la Confédération les dirigeants de cette région furent des dynasties nobles et des monarques qui ne furent pas prêts à faire le moindre compromis.

La Ligue de Souabe (Schwäbischer Bund) se retourne contre ses sujets. Les paysans mal entraînés ne firent pas le poids face aux armées de leurs adversaires. Après des succès initiaux et le pillage de monastères, d’églises, de châteaux et d’autres institutions, ils subirent défaite sur défaite. Les souverains se montrèrent aussi impitoyables envers ces rebelles qu’envers les anabaptistes.

La chorégraphe et danseuse Marie da Silva aborde le thème des « ruptures » avec les élèves de l’école de danse « Art & Dance » de Lörrach dans une présentation vidéo.

 Conclusion

Le musée vise à relier le passé au présent. Cependant, il ne le fait pas d’un point de vue anachronique, mais laisse les visiteurs l’interpréter et juger eux-mêmes.

Dans la Confédération, le soulèvement des paysans a été de courte durée et s’est déroulé de manière relativement pacifique. Il en va de même pour la Réforme, bien qu’elle ait entraîné une division en cantons catholiques et protestants ou des divisions dans les villes, les familles et les cantons, avec quelques débordements en 1529,1531,1656, 1712 et enfin la Sonderbundskrieg de 1847.

La persécution des anabaptistes a également été relativement modérée, bien qu’ils n’aient pas non plus été tolérés. Les cantons catholiques et protestants s’accordent sur ce point.

La structure décentralisée des cantons, les Landsgemeinden et l’absence de monarques et de leurs dynasties ont évité le pire. Le partage pacifique de l’Appenzell (1597), le Simultaneum et la tolérance des communautés protestantes ou catholiques en témoignent également.

De plus, la Confédération était une alliance de cantons catholiques et protestants égaux. Berne protestante et Berne catholique, par exemple, ont collaboré étroitement et sur un pied d’égalité dans de nombreux domaines. La Bâle protestante ne connaît qu’une courte période de répression des catholiques (1529-1533).

En Allemagne et en Alsace, l’organisation politique était différente, malgré la présence de nombreuses villes impériales libres (c’est-à-dire des villes dotées de la Reichsunmittelbarkeit). Plus de cent ans plus tard (1618-1648, 1672-1697, 1702-1714), 1756-1763), cette région fut à nouveau en proie à des conflits dynastiques, qui dépassent largement la Confédération.

Pour terminer avec le début de cette contribution. La période actuelle présente également des développements qui rendent les habitants inquiets et incertains. Cependant, comme l’a proclamé un homme d’État vers 1976, « rien ne dure sans les institutions ».

À cet égard, l’ancienne Eidgenossenschaft et la nouvelle Confédération de 1848 ont déjà prouvé qu’elles étaient le moins mauvais des systèmes politiques lors de plusieurs crises.

La République fédérale d’aujourd’hui est une création relativement récente qui a connu une nouvelle expansion spéciale après 1989.  Compte tenu de sa grande taille, de son passé et de l’intégration d’un ancien pays communiste, elle est également un exemple d’un système politique le moins mauvais.

Il est important que le Musée des Trois Nations s’intéresse à la première grande révolte organisée en Allemagne et la place dans la perspective de la Réforme et des anabaptistes en particulier. En effet, tout mouvement de rebellion ou de réforme trouve son origine dans un certain nombre de causes, ce qui était vrai vers 1500 et l’est encore aujourd’hui.

(Source et plus d’informations: Gerd Schwerhoff, Der Bauernkrieg. Geschichte einer wilden Handlung, München, 2024; Dreiländermuseum Lörrach)

 Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Dornach 1499 et la Confédération suisse vers 1500

«Dornach 1499» – Film documentaire (45 min , allemand) par Francis de Andrade (idée et production) et Moritz Willenegger (scénario et réalisation).

Les régions du nord de la Suisse actuelle se sont retrouvées au XVe siècle dans une guerre civile surprenante avec l’Empire des Habsbourg le long des frontières actuelles. Découvrez de quoi il s’agissait et ce qui s’est passé à l’époque dans ce documentaire.

Contenu du film documentaire:

  • Situation politique et évolution de l’ancienne Confédération au sein du Saint-Empire romain germanique. L’accent est mis sur les découvertes modernes de la recherche historique.
  • les traces, ruines et monuments historiques encore préservés aujourd’hui issus du conflit (guerre de Souabe/guerre de Suisse), un incendie généralisé du XVe siècle qui a aussi eu lieu sur le territoire de la Confédération.
  • Le mercenariat comme produit d’exportation des cantons confédérés.
  • Concurrence entre les Confédérés et les Souabes sur le marché européen des mercenaires.
  • La biographie de Heini Wolleb comme exemple typique d’un soldat de métier dans le contexte de son époque.
  • Contexte politique et économique de la guerre de Souabe ou guerre de Suisse.
  • Culture de la mémoire et importance de la bataille de Dornach dans la Suisse moderne.
  • Conditions et impacts de la «paix de Bâle».
  • La formation de la Confédération des 13 cantons et son apparition temporaire comme grande puissance dans les guerres de la Renaissance.

«Dornach 1499» Lien du film sur Youtube  

(Source et plus d’informations:  www.nextattention.com)

Centre Dürrenmatt Neuchâtel 25 ans-Jahre

En 2025, le Centre Dürrenmatt Neuchâtel (CDN) fête son 25e anniversaire avec des festivités et des nouveautés. Le lancement des festivités est le 21 février. Le programme sera progressivement dévoilé sur le site du CDN.

La maison de Friedrich Dürrenmatt a été intégrée dans le bâtiment construit par Mario Botta et fait partie du Centre Dürrenmatt inauguré en 2000. Le CDN a pour mission de rassembler, de conserver et de diffuser l’œuvre pictural de Friedrich Dürrenmatt. Il se veut un lieu vivant, ouvert à tous les publics.

 Des artistes, engagés dans une recherche où le visuel côtoie l’écrit, y sont régulièrement exposés. Espace de réflexion et d’échange, le CDN propose des colloques, des conférences et des lectures, en lien avec les thèmes présents dans l’œuvre de Friedrich Dürrenmatt.

La bibliothèque. © Foto: Centre Dürrenmatt Neuchâtel/Pino Musi

S’inspirant de l’œuvre de Dürrenmatt, il vise à une approche interdisciplinaire des relations entre la littérature et les arts plastiques.Des concerts animent aussi régulièrement le CDN.

Espace d’expositions et de manifestations, le CDN est également un lieu d’accueil pour la recherche qui favorise les approches critiques de l’œuvre littéraire et pictural du dramaturge suisse.

L’exposition permanente. © Photo: Centre Dürrenmatt Neuchâtel/Pino Musi

Le 14 décembre 1990, le germanophone Friedrich Dürrenmatt (1921-1990) décède à francophone Neuchâtel où il a vécu et travaillé pendant près de 40 ans dans le cadre idyllique du Vallon de l’Ermitage.

En 1989, Dürrenmatt lègue son fonds littéraire à la Confédération, et ce geste sera l’élément déclencheur de la création des Archives littéraires suisses à Berne en 1991. Le Centre Dürrenmatt Neuchâtel est encore une unité de la Bibliothèque nationale suisse.

Grâce à son programme diversifié et au soutien scientifique des Archives littéraires suisses, il représente un pont important entre les régions francophone et germanophone de la Suisse. Même Neuchâtel est un peu bilinque!

(Source et plus d’informations: Centre Dürrenmatt Neuchâtel)

Le bureau. © photo: Centre Dürrenmatt Neuchâtel/Pino Musi

Erasmus van Rotterdam et Erasmus von Basel

 Le vendredi 7 février, l’éditeur Donker Uitgeverij de Rotterdam a présenté l’édition néerlandaise complète de la correspondance d’Érasme à la Kollegienhaus de l’université de Bâle. L’éditeur a souligné que le travail a duré plus de 20 ans, un vrai travail d’un moine.

Mustafa Atici (Regierungsrat Kanton Basel-Stadt), Karin Mössenlechner (Ambassadeur des Pays-Bas), Jos Donker-Exler (Donker Uitgeverij), Alice Keller (Universitätsbibliothek Basel), Christine Christ-von Wedel (Historica, Erasmus-Expert).  Andrea Schenker-Wicki (recteur magnificus Université de Bâle), Peter Saarloos (Donker Uitgeverij), Noah Regenass (Universitätsbibliothek Basel)

Cela correspond également à l’esprit d’Érasme, qui a été ordonné  prêtre le 24 avril 1492 au Dom d’Utrecht. Ensuite, au lieu d’exercer ses fonctions de prêtre, il travailla, comme un moine dans un scriptorium, à la rédaction d’innombrables lettres, études, traductions, livres et autres écrits.

Quiconque ne recevait pas une lettre d’Érasme ne comptait pas vraiment à son époque. Il correspondait avec des empereurs, des rois, des papes, des évêques, des savants, des humanistes, des magistrats, des réformateurs, des protestants et des catholiques. Érasme  séjourna dans plusieurs pays, aux Pays-Bas, en Italie, en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, en Suisse et en France.

Christine Christ-von Wedel, Jos Donker-Exler et Peter Saarloos devant la résidence de l’éditeur-imprimeur Froben

Il publia non seulement (en latin et en grec), mais l’intérêt du public fut grand aussi. Son éditeur à Bâle, alors centre humaniste, intellectuel et éditorial de l’Europe, en a également bien profité.

Cette édition en 21 volumes a été proposée aux bibliothèques concernées des pays susmentionnés. Bâle est le point final de ce que l’on peut également appeler un tour sur les traces d’Érasme. En effet, c’est à Bâle qu’il a séjourné le plus longtemps et c’est aussi là qu’il est mort et a été enterré en 1536.

La dernière demeure d’Érasme dans la cathédrale (Münster), commentée par Christine Christ-von Wedel (ci-dessous) et Peter Saarloos (ci-dessus).

Son engagement, humanisme et sa philosophie de vie sont toujours d’actualité et restent une source d’inspiration et d’orientation. Rotterdam l’a honoré de multiples façons, avec une université (l’université Erasmus), le pont Erasmus, des statues, des noms de rue et divers autres hommages publics.

Cette édition en 21 volumes est celle qui ravira le plus l’ érudit et le ‘moine  de l’écriture’. Erasme de Rotterdam est désormais encore aussi un peu plus Érasme de Bâle.

L’ éditeur Jos Donker-Exler (à gauche) et l’ambassadrice Karin Mössenlechner (à droite) avec la dernière demeure d’Erasme en arrière-plan.

La Tour de Hasenberg, Rheinschwimmen, le monastère de Wettingen et le bois suisse

Paris a sa Tour Eiffel (construite en 1889), mais Hasenberg a la Tour de Hasenberg (Hasenbergturm).  Bien que cette tour (gemeinde Widen, canton d’Argovie) soit nettement plus basse (40 mètres) et plus jeune (2021) que la tour Eifel (312 mètres, 1665 marches jusqu’au sommet) et qu’elle comporte moins de marches (210), elle la surpasse de loin en raison de sa situation à 714 mètres d’altitude.

Elle se distingue également par sa construction en bois de pin et d’épicéa provenant des forêts argoviennes. Les escaliers, en revanche, sont en acier pour des raisons de stabilité. Dans la brume, les environs ont également un air de conte de fées.

La Tour Eiffel offre une vue magnifique sur la ville de l’amour et de la lumière, tandis que la Tour Hasenberg contemple (sans nuages) les Alpes de l’Innerschweiz, de la Suisse orientale et de Berne.

Et il n’y a pas que le panorama des Alpes qui s’offre à nous. Plusieurs villages environnants sont également visibles (sans brouillard). Ce faisant, la croissance et la construction rapides des 50 dernières années sont également mises en évidence.

La fonte des glaciers existe depuis longtemps, il y a environ 10000 ans.  Les rochers nus et ternes des glaciers qui ont fondu à sec attirent moins l’attention que les imposantes masses de glace et de neige. Il est également vrai que les épreuves de ski et de saut à ski n’ont plus lieu sur le Hasenberg. Jusqu’en 1960, il y avait même un tremplin de saut à ski sur le Hasenberg!

Mais à haute altitude, les glaciers ne sont pas une source abondante de flore et de faune. Peut-être cela changera-t-il avec l’augmentation de la température et les glaciers auront eux aussi leur vie, invisible à l’œil nu. Les glaciers sont également importants pour l’approvisionnement en eau.

Cependant, la mise en culture rapide des vallées et des vallons entraîne un déclin direct de la flore et de la faune et n’est pas un processus naturel. Il n’y a plus ou peu d’espace pour les fleurs, les plantes et les animaux.

Des photos de villages de la région mettent en évidence cette évolution. L’augmentation explosive du nombre de personnes sur cette terre, qui a été multiplié par vingt depuis 1800, perturbe particulièrement la flore et la faune.

 Egelsee

Non loin de ce lieu se trouve l’Egelsee. Ce lac, entouré d’un grand marais (Moor), a été créé il y a environ 10000 ans par l’eau de fonte du glacier Linth-Rhein.

Ce n’est donc pas si nouveau que les glaciers fondent, mais c’est que les vallées et les vallons se remplissent de routes, de maisons, de locaux commerciaux, d’aéroports, de chemins de fer et d’autres infrastructures beaucoup plus rapidement que les glaciers ne fondent.

L’homme a une influence (indéterminée) sur la fonte des glaciers, mais celle-ci reste un phénomène naturel. En revanche, la mise en culture de la terre n’est pas un phénomène naturel, mais exclusivement une intervention humaine.

C’est peut-être aussi le plan de la nature pour une période de quelques centaines de milliers d’années. La nature a le temps, puis quelque chose d’autre viendra. Pendant ce temps, la planète continue de tourner.

Stiftung Haus Morgenstern

 La tour Hasenberg surplombe également le complexe Morgenstern. À l’origine, il s’agissait d’un centre de vacances pour enfants et, pendant la Seconde Guerre mondiale, d’un centre d’accueil pour les soldats polonais et les réfugiés. Aujourd’hui, la Stiftung Haus Morgenstern gère ces bâtiments pour les personnes handicapées.

La Niklauskapelle (1621, reconstruite en 1843) sur le Hasenberg, pour une paix spirituelle en ces temps incertains.

Le restaurant séculaire Rüsler est situé sur le Rüdlersberg (gemeinde Neuenhof), qui fait partie de la Heitersbergkette. Cette route relie la vallée du Reusstal à la vallée du Limmattal.

 Monastère de Wettingen

L’ancien monastère cistercien de Wettingen constitue donc une conclusion spirituelle appropriée à une promenade de Widen à Wettingen. La Limmat y coule depuis environ 10000 ans (une période très courte pour la nature).

Le pont Grubenmann en 1795. Collection : SNM LM-81832. La renommée internationale s’étendait jusqu’à l’Angleterre.

Le pont Grubenmann-Brücke original en bois reliait Neuenhof à Wettingen depuis 1765. Les soldats français ont détruit le pont en 1798. Une reconstruction a eu lieu en 1818 avec un pont en bois plus court et un pont en fer (renouvelé en 1886). Le bâtiment à gauche était la filature du monastère.

L’ancien monastère de la demi-île a été fondé en 1227 et dissous en 1841. Au XXIème siècle, c’est une « éternité pour la humanité.  Cependant, les origines de l’Egelsee et de la Limmat offrent la bonne perspective du point de vue de la terre et de la nature.

Nager dans le Rhin (Rheinschwimmen) de Bâle à Zurich 

Échelle à poissons près de Wettingen

La Limmat

Le bois suisse

 Environ 10% du bois utilisé en Suisse provient du canton d’Argovie. Près de la moitié de la flore et de la faune suisses vit dans les forêts. Dans le cas du bois aussi, il existe une tension entre l’homme et la nature.

Toutefois, les forêts de la réserve naturelle d’Egelsee ne sont plus exploitées pour l’extraction du bois. Cela correspond à la volonté du canton de laisser à la nature une liberté totale dans 7% de l’espace forestier. Les arbres y poussent beaucoup plus vieux.

Les hêtres peuvent vivre jusqu’à 350 ans, les chênes jusqu’à 1000 ans. Dans la production de bois, les arbres ne dépassent jamais 100 ans! Mais même ces vieux géants n’ont pas une vie éternelle: ils fournissent ensuite de la nourriture et des habitats à une grande variété de nouvelles vies, « le cercle de la vie » dans la réserve naturelle d’Egelsee.

L’homonyme du Hasenberg et de sa tour

Le Club Alpin Suisse

Le Club Alpin Suisse (CAS) organise régulièrement des randonnées dans cette région et dans d’autres contrées du pays.

La guerre de Souabe, du Tyrol, d’Engadine ou de Suisse, l’histoire d’une région d’Europe centrale

Schwabenkrieg, Tirolerkrieg, Engadinerkrieg, Schweizerkrieg voilà quatre mots qui font référence à un seul et même conflit. Ils symbolisent à eux seuls l’histoire complexe de la Suisse.

La guerre de 1499, ou plutôt une série de batailles (Triesen (12 février), Hard (le 22 février), Bruderholz (le 22 mars), Schwaderloh (le 11 avril), Frastanz (le 20 avril), Calven (le 22 mai) et Dornach (le 22 juillet) dans les régions situées le long du Rhin alpin, du Haut-Rhin et du Rhin supérieur, dans le Sundgau, le Jura et les Grisons, marquent le début d’une nouvelle ère dans les relations entre la Confédération (Eidgenossenschaft), les Habsbourg, l’Autriche antérieure (Vorderösterreich) et les Souabes.

La guerre de Souabe. Image: Marco Zanoli/Wikipedia

La propagande et les reportages jouaient déjà un rôle important à cette époque-là. La Schweizer Chronik (1500) de Nikolaus Schradin (vers 1460-1518) et la Luzerner Chronik (1513) de Diebold Schilling (1460-1515) en sont les exemples les plus connus.

La chronique de Schradin se distingue en outre des autres sources surtout sur un point : elle a l’avantage de couvrir le conflit depuis ses débuts (le Tirolerkrieg ou Engadinerrieg) jusqu’aux derniers actes de guerre (le Schwabenkrieg ou Schweizerkrieg). Il s’empressa aussi de publier sa chronique le 14 janvier 1500, soit quatre mois à peine après la paix de Bâle.

Nikolaus Schradin, gravure sur bois 23, f. 81, la bataille de Dornach, le 22 juillet 1499, Sursee 1500. Collection: Zentral Bibliothek Zürich, Graphische Sammlung

La chronique commençe en ces mots :

« Chronigk disz kriegs gegen dem allerdurchlüchtigsten herrn Römischen konig als ertzrhertzogen zu Osterich vnd dem schwebyschen pundt dero sich das heylig Romisch rich angenommen hat eins teilß, und stett und lender gemeiner eidgenosschafft andern« .

Les actes de guerre consistaient en des batailles et des pillages mutuels par des soldats et des mercenaires confédérés, souabes et tyroliens.

La paix de Bâle du 22 septembre 1499 s’est en fait inscrite dans la continuité de la Paix perpétuelle (Ewige Richtung) de 1474 entre la Confédération et les Habsbourg. Mais que s’est-il donc passé au cours de ces 25 années pour expliquer la guerre de 1499 ?

 Diebold Schilling, la bataille de Hard, le 22 février 1499, Collection: Diebold Schilling-Chronik 1513, Korporation Luzern, Standort:
ZHB Luzern Sondersammlung. 

1474-1499

Les antécédents sont clairs. En près de deux siècles, les Orte (appelés plus tard cantons) de la Confédération ont presque entièrement chassé les Habsbourg du territoire suisse au cours d’une série de batailles : Morgarten (1315), Sempach (1386), Näfels (1388), Argovie (1415, à l’exception du Fricktal), l’Alte Zürichkrieg (1436-1450) et la Thurgovie (1460).

L’ennemi de mon ennemi est mon ami et les Habsbourg conclurent finalement la Paix perpétuelle avec la Confédération en 1474 en raison de la montée d’autres ennemis comme les ducs de Bourgogne et de Bavière.

Après la défaite du duc de Bourgogne par la Confédération en 1476-1477, un nouvel ennemi se profila pour les Habsbourg. Le royaume de France, moribond après la guerre de cent ans (1337-1453), n’avait pas été de taille à affronter le duc de Bourgogne avant 1477.

Morat, monument de la bataille, le 22 juin 1476.

Après 1477, la France (et les Habsbourg) acquiert de vastes et riches territoires de ce duché. La France et la Bavière s’unirent contre les Habsbourg. Après 1494, la France fit la guerre à l’Italie pour s’emparer du territoire des Habsbourg et du duché de Milan.

Bien que les Habsbourg n’aient pas accepté officiellement la perte des territoires suisses, cette dynastie avait d’autres préoccupations (militaires). Outre la France, ils subissaient la menace des sultans turcs après la conquête de Byzance en 1453 et l’avancée dans le sud-est de l’Europe, le duc de Gelre aux Pays-Bas et, surtout, la situation politique et géographique compliquée en Autriche antérieure (Vorderösterreich) et en Souabe.

L’armoire de la Ligue souabe  (Schwäbische Bund). Image: Wikipedia

Bâle, Constance et la Ligue souabe

Les deux évêchés et les deux villes de Bâle et Constance symbolisaient bien la complexité de la situation. Le territoire séculaire de l’évêché de Bâle s’étendait sur l’Alsace, les actuels cantons du Jura, de Bâle-Ville, de Bâle-Campagne et de Bade (Bade-Wurtemberg).

Le chapitre et l’évêque soutenaient les Habsbourg, tandis que les citoyens et les guildes soutenaient la Confédération. À Constance, c’était l’inverse : l’évêque cherchait à adhérer à l’Eidgenossenschaft, tandis que les citoyens et les guildes soutenaient les Habsbourg. Les deux villes étaient formellement neutres dans la relation Habsbourg-Eidgenossenschaft.

L’Autriche antérieure était un territoire habsbourg et les villes souabes conclurent la ligue souabe (Schwäbische Bund) en 1488.  Pour les Habsbourg, il s’agissait avant tout d’une alliance défensive contre la Bavière et la France. L’évêque de Constance a alors cherché à se rapprocher de la Confédération.

Les députés des dix cantons en 1499, Collection: Nikolaus Schradin, Sursee 1500, Zentral Bibliothek Zürich, Graphische Sammlung

Constance rejoignit la ligue souabe en 1498, principalement sous la pression du roi Maximilien Ier et du conseil municipal de Constance. La Confédération y vit une provocation et une menace et n’accepta donc pas l’adhésion de la ville neutre de Constance.

Maximilien, couronné roi en 1486, fut aussi archiduc d’Autriche, comte du Tyrol et seigneur de Vorderösterreich. En 1508, le pape l’oignit empereur du Saint Empire romain.

Les dix Orte (Uri, Schwytz, Unterwald (Nidwald en Obwald), Berne, Zoug, Lucerne, Zurich, Glaris, Solleure,  Fribourg), les territoires sujets et les pays alliés (Zugewandte Orte). Image Marco Zanoli/Wikipedia

La Confédération, les Orte, les Habsbourg et le Saint Empire romain germanique

Il régna la discorde entre les dix Orte de la Confédération, avec Fribourg et Soleure depuis 1481. Ils eurent pour la plupart des intérêts différents. La ligue de la Maison-Dieu (1498, Gotteshausbund) et la Ligue grise (1497, Grauer Bund) conclurent un traité d’alliance (zugewandter Ort) avec la Confédération.

Pendant cette période, la concurrence économique entre la Souabe et la Confédération, de plus en plus puissante après sa victoire sur le duc de Bourgogne, s’intensifiait. Berne était la plus grande république au nord des Alpes. Lucerne, Zurich, Soleure, Fribourg, Zoug, Glaris, Uri, Schwyz et Unterwald gagnaient également en puissance. Les Eidgenossen et les Schwaben s’éloignaient de plus en plus les uns des autres.

En outre, les Habsbourg avaient encore de vieux comptes à régler avec la Confédération, notamment la juridiction (Landgericht) sur la Thurgovie conquise par la Confédération ou Eidgenossenschaft (1460). En résumé, malgré l’Ewige Richtung de 1474 et l’évolution de la situation politique internationale, la situation restait instable.

Des questions constitutionnelles se sont alors posées. Les Orte de la Confédération et Bâle neutre ne voulaient pas payer les impôts du Saint-Empire romain, mais ils étaient toujours formellement des territoires (villes impériales libres/Orte en raison de l’immédiateté de l’Empire, Reichsunmittelbarkeit).

Ils étaient donc légalement liés aux lois (fiscales) de l’Empire promulguées par la Diète impériale (le Reichstag). Le pays allié (zugewandter Ort) Rottweil refusait également de payer cet impôt et ne voulait pas adhérer à la ligue souabe. Maximilien a alors tenté de menacer Rottweil.

Albrecht Dürer (1471-1528), L’empéreur Maximiliaan, 1519, Collection: Kunsthistorisches Museum Wienna. Image: Wikipedia

Les Orte ne reconnaissaient plus la Chambre impériale (Reichskammergericht) et  le Conseil aulique (Reichshofrat), fremde Richter! Maximilien ne l’acceptait pas non plus, d’autant plus qu’il avait désespérément besoin d’argent en raison de ses guerres.

Bref, dans cette période guerrière, avec des souverains avides de territoires, de prestige et de vengeance et des mercenaires et soldats avides de butin, il n’en fallait pas plus pour attiser les flammes.

Voici la répartition des forces : la ligue souabe comptait plus de 500 membres (villes, abbayes, comtes et autres territoires), la Confédération avec quelques alliés pas plus de 15. Numériquement, la Confédération était toujours en minorité, tout comme dans les batailles précédentes contre les Habsbourg et le duc de Bourgogne !

Un livre récemment publié l’exprime ainsi :

Die Schweizer Alpentäler und das grüne Hügelland der Nordschweiz sind die Heimat der bekanntesten und berühmtesten politischen Liga des Mittelalters, der Schweizer Eidgenossenschaft. Ihr Bündnisvertrag war insofern ungewöhnlich, als er, in den eigenen Worten der Vertragspartner, ‘Stadt und Land, Bürger und Bauern’ zusammenführte. Und das Bündnis florierte (M. Rady, Vom Rhein bis zu den Karpaten). 

1499

Cependant, la cause immédiate de la guerre est à placer plus à l’est, dans le Münstertal et la Basse-Engadine de Maximilien, comte du Tyrol. Les troupes du Gotteshausbund et du Graue Bund, alliés de la Confédération depuis 1498, occupèrent ces régions.

Maximilien, soutenu par la Ligue souabe, s’interposa et la Confédération envoya des troupes au secours du Gotteshausbund et du Graue Bund.

Coire, Benedikt Fontana (1450-1499) 

Il s’agissait avant tout d’un conflit régional, l’Engadinerkrieg (du point de vue autrichien) ou le Tirolerkrieg (du point de vue suisse). La bataille de Calven et la défaite de Maximilien mirent fin à la guerre régulière dans cette région, laissant place à des pillages commis par des mercenaires et des groupes de soldats isolés. À Hard, Maximilien avait déjà subi une défaite.

Ce n’est qu’en avril 1499 que la guerre devint le Schwabenkrieg (perspective suisse) ou le Schweizerkrieg (perspective souabe). Ce mois-là, les dix cantons conclurent un traité de paix avec la France. Maximilien déclara alors  la Confédération le « Reichskrieg » au nom du Saint Empire romain.

Maximilien se préoccupait moins de son territoire en Vorderösterreich que de ses possessions en Italie. Il craignait la combinaison des mercenaires suisses et de la puissance militaire française. Les cols du Val Münstertal et de l’Unterengadin étaient donc d’une importance vitale.

Par la suite, la guerre gagnait en ampleur le long du Rhin, du lac Bodensee dans le Sundgau et du Jura. Bâle resta neutre, mais Constance, en tant que membre du Schwäbische Bund, s’est rangée du côté de Maximilien. Soleure et Fribourg se sont efforcées de se présenter comme des membres loyaux des « invincibles » Eidgenossen.

Bâle, Bruderholz aujourd’hui

La dernière bataille de Maximilien lui a été fatale. Le 22 juillet 1499, son armée subit une défaite cuisante à Dornach, après avoir été vaincue à Bruderholz, près de Bâle.

Après de nombreux pillages mutuels et plusieurs défaites de Maximilien et de la ligue souabe, la paix de Bâle mit fin à la guerre.

Dornach, monument de la bataille

Dornach, monument de la bataille: ‘Ritter-Landsknechte Fürstenbergs Heere Sie fechten nicht mehr für Kaiser und Reich. Sie fechten rasenden Löwen gleich’. Le comte Heinrich (Henry) VII von Fürstenberg (1464-1499) était le commandant de l’armée de Habsbourg.

La Beinhaus: ‘Die Edlen müssen bei den Bauern liegen’.

Le traité de Bâle

Cette paix confirmait le statu quo. Les Orte, la et Bâle (toujours neutres) ont finalement été exemptés des impôts impériaux et de la juridiction du Reichskammergericht et du Reichshofrat. La Confédération n’a gagné aucun territoire sur la rive droite du Rhin. L’Unterengadin et le Münstertal ne se sont pas affranchis du comté du Tyrol qu’en 1652.

Bâle, Rathaus 

Les conséquences politiques en ont été importantes. Bâle et Schaffhouse rejoignirent la Confédération en 1501, y compris le territoire (et les acquisitions ultérieures) de la rive droite du Rhin. Appenzell y adhéra en 1513. Constance est restée souabe, Rottweil en revanche resta une pays allié loyale de la Confédération jusqu’en 1798 (!).  Après 1499, le Rhin était moins un fleuve frontalier qu’un tampon (mental et politique) entre les « Schwaben » et les Suisses.

« Hinter dem Gegensatz Schwaben-Eidgenossen stand letztlich auch die alte Feindschaft zwischen dem Teils habsburgischen, teils schwäbischen Adel und den städtisch-bäuerlichen Eidgenossen. Der Schweizer- oder Schwabenkrieg, der kaum territoriale Veränderungen mit sich brachte, der die Rheingrenze aber verfestigte, war ein markanter Schritt im Auseinanderleben von Schwaben und Eidgenossen. Die Eidgenossen sahen sich als « Schweizer », die ihre Freiheit gegen Habsburg erkämpft hatten. Die Schwaben hingegen betonten ihre Verbundenheit mit dem Adel und dem Reich und die Treue zum Königtum » (B. Meier, Ein Königshaus aus der Schweiz, p. 212).

La chronique de Nikolaus Schradin se termine par ces mots qui ne laissent aucun doute sur son soutien à la Confédération:

« Gott wirt von inen geerot fru vnd spat

Mit grosszem gepet von wib vnd mann,

die gnad gottesz mengklich wol trachten kan

dasz die stergki nit flüsszdt vss der eidgenosschaft 

Allein so hat sy von Gott die krafft

dasz ist wol gethon alsz man das Gott zulegt

Gmein eidgenosschaft sol alltzit sin bewegt

Sich selbsz zu enthalten in gehorsamy vnd einikeit »

La ville souabe et  

la ville suisse de Laufenburg 

Conclusion

Après 1500, la Confédération ne pouvait plus s’étendre vers le nord. Les Orte et la Confédération se sont alors tournées vers les régions italiennes : Chiavenna, Bormio, Veltlina (1512), le Tessin (1513) et, pendant une courte période, même le duché de Milan.

Cependant, Marignano mit fin aux illusions en 1515. Napoléon fit le reste en 1798, à l’exception du Tessin. Après la conquête du Pays du Vaud par Berne (1536) et le traité de Thonon (1569) entre le Valais et la France, les frontières extérieures de la Confédération étaient en grande partie fixées, à l’exception du Fricktal (1803), de Genève (1815), du Tarasp (1803), du Rhäzuns (1819) et de quelques corrections mineures des frontières. Les principales modifications des frontières ont eu lieu entre les cantons ; un nouveau canton a même été créé en 1979.

Les relations entre la Confédération des 13 cantons et les Habsbourg sont restées pacifiques et n’ont pas changé jusqu’en 1798. La base de ces relations était l’« Erbeinung » (accord héréditaire) du 7 février 1511, qui confirmait l’Ewige Richtung de 1474.

La Confédération conclut également des traités de paix avec la France en 1516 et 1521. Ces traités ont garanti plus de 250 ans de paix avec les pays environnants. Cependant, la Confédération, encore plus après la Réforme, était divisée, ce qui n’a pas empêché sa survie.

Fribourg, Hôtel de Ville et la Paix perpétuelle (1516)

Le pragmatisme, la volonté de faire des compromis, une identité commune et des intérêts (commerciaux) partagés, les mêmes ennemis et la « gemeine Herrschaft » des territoires sujets (untertanengebiete), un grand prestige (militaire et politique), la mentalité entrepreneuriale et commerciale ainsi que l’intégration des nouveaux arrivants ont été et sont toujours les principales conditions de cette continuité.

L’Eidgenossenschaft et plus tard la Confédération de 1848 ne sont pas une création des superpuissances européennes, comme le prétendent certains cercles à des fins politiques, mais d’une volonté de coexister et de défendre cet état des cantons différents depuis le XIVème et XVème siècles. La Suisse est une micro-union européenne réussie. La Schwabenkrieg a confirmé cette unité dans la diversité.

En 1555, l’empire des Habsbourg a été divisé entre les Habsbourg espagnols (jusqu’en 1702) et les Habsbourg autrichiens (jusqu’en 1918). Les Habsbourg autrichiens étaient souverains du Saint Empire romain germanique (comprenant l’Autriche antérieure, les terres héréditaires (Erblande) autrichiennes et le royaume de Bohême).

Les Habsbourg espagnols régnaient sur la Franche-Comté, l’Espagne, le Portugal et les territoires d’outre-mer, Naples, la Sicile et les dix-sept provinces néerlandaises, y compris le duché de Gelre finalement acquis en 1543.

Vingt-cinq ans après la paix de Bâle, l’Autriche antérieure et la Souabe furent le nouveau théâtre d’une guerre à grande échelle. Cette fois, il ne s’agit pas de la Confédération, mais des révoltes paysannes et de la Réforme de 1524-1525.

La Confédération resta relativement paisible à l’exception de quelques guerres civiles limitées à 1529 et 1531. Mais c’est une autre histoire.

La documentaire « Dornach 1499 » historique sur la bataille de Dornach donne plus d’informations.

(Literatur: B. Meier, Ein Königshaus aus der Schweiz.) Die Habsburger, der Aargau und die Eidgenossenschaft im Mittelalter, Baden, 2010; W. Meyer, Ein Krieg in Bildern und Versen. Der Schwaben- oder Schweizerkrieg von 1499, geschildert von Zeitgenossen, Oppenheim am Rhein, 2024; B. Marquardt, Die alte Eidgenossenschaft und das Heilige Römische Reich (1350-1798). Staatsbildung, Souveränität und Sonderstatus am alteuropäischen Alpenrand, Zürich 2007;  T. Scott, The Swiss and their Neighbours 1460-1560, Oxford 2017; M. Rady, Vom Rhein bis zu den Karpaten. Eine neue Geschichte Mitteleuropas, Londen, 2024)

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Rudolf Herri (1460-1515), vers 1500. Gravure sur bois de la bataille de Dornach. L’image montre différentes phases de la bataille : au centre, la bataille principale sous le château de Dorneck ; à droite, l’infanterie suisse près d’Arlesheim, les châteaux de Reichenstein et de Birseck et, en bas, le pont sur la Birse et la poursuite des troupes en fuite par les Suisses près de la Birse. Collection : Kunstmuseum Basel Kupferstichkabinett. Image: Wikipedia

Correspondance complète d’Érasme à la bibliothèque universitaire de Bâle

Bien que l’on ne sache pas avec certitude si Desiderius Erasmus est né à Gouda ou à Rotterdam et en quelle année exactement (1466, 1467 ou 1469), la date de sa naissance est fixée au 28 octobre. En revanche, l’année de sa mort et sa dernière demeure sont mieux connues.

Il mourut le 12 juillet 1536 à Bâle et a été enterré dans la cathédrale (Münster). Il s’agit d’un grand hommage au catholique Érasme, car Münster et Bâle étaient passés au protestantisme depuis 1529.

Les nombreux ouvrages du philosophe, théologien, écrivain et humaniste Érasme sont toujours, ou surtout à l’heure actuelle, d’actualité. Le 7 février, l’éditeur néerlandais Ad Donker présentera à la bibliothèque universitaire de Bâle la première édition en langue néerlandaise contenant la correspondance complète d’Érasme.

Érasme vécut, travailla et publia à Bâle pendant plus de dix ans, et la bibliothèque universitaire de Bâle possède l’une des plus grandes collections (numériques) d’éditions originales et de documents originaux d’Érasme.

Cette édition complète l’édition scientifique De haereticis an sint persequendi (1554-1557) de Sebastian Castellio (1515-1563) en allemand, français et latin par l’éditeur suisse Schwabe Verlag (Bâle, 2022).

Castellio (protestant) et Érasme ont tous deux vécu longtemps à Bâle. La bibliothèque universitaire de Bâle possède également une importante collection d’écrits et de correspondance de Castellio, qui considérait Érasme comme une âme sœur et un exemple.

La présentation de la « Correspondance de Desiderius Erasmus » en 21 volumes aura lieu le 7 février de 15 à 16 heures à la bibliothèque universitaire (Universitätsbibliothek, Hauptbibliothek, Vortragssaal) et est ouverte au public.

(Source et plus d’informations et régistration: Universitätsbibliothek Basel)

Eurovision Song Contest 2025: Malmö passe le relais à Bâle

La remise officielle de la ville de Malmö à Bâle et la « cérémonie du tirage au sort des demi-finales » du Eurovision Song Contest  2025 ont eu lieu au Musée des Beaux-Arts de Bâle (Kunstmuseum Basel) le 28 janvier.

Les 37 pays participant ont été répartis dans l’une des deux demi-finales lors du tirage. Les demi-finales auront lieu les 13 et 15 mai, et la finale le 17 mai 2025.

Jennifer Bosshard ent Jan van Ditzhuijzen ont présenté la cérémonie

Dans le cadre de la cérémonie, la présidente du conseil municipal de Malmö, Carina Nilsson, a remis au président du gouvernement du canton de Bâle, Conradin Cramer, un manteau spécialement conçu pour Bâle.

Le manteau coloré a été conçu à l’origine par le designer de Malmö, Pampas, et a été porté par Nemo en 2024. Le manteau a été retravaillé et complété par des éléments des attributs originaux de l’ESC de Malmö et un message pour Bâle.

Les mots ‘Creativity, Democracy et United by Music’  sur le manteau symbolisent les valeurs de Malmö pendant le Eurovision Song Contest 2024. Et Malmö a aussi un message pour Bâle: From Malmö to Basel with Love‘.

Il y a deux nouveaux développements concernant le Eurovision Songfestival: premièrement, les habitants de la ville de Bâle ont approuvé l’événement à une large majorité (66% lors d’un référendum).

D’autre part, le concept de la cérémonie du 28 janvier, la scénographie, les enregistrements et la diffusion ont été réalisés par 14 étudiants de la Haute école des Grisons (Fachhochschule Graubünden), soutenus par des experts de la télévision nationale suisse.

(Source et plus d’informations: www.eurovision-basel.ch)

Carina Nilsson, Jennifer Bosshard et Conradin Cramer