La Journée des Châteaux Suisses sous le thème de l’artisanat

28 châteaux de douze cantons et trois régions linguistiques vous invitent au dimanche le 5 octobre, à une journée riche en aventures sur le thème de l’artisanat. De la cotte de mailles médiévale à l’impression 3D en passant par la frappe de monnaie ou l’art verrier : des artisan·es d’hier et d’aujourd’hui présentent leur savoir-faire dans des décors historiques.

Chaque château propose son programme en lien avec son histoire et ses coutumes locales. Chaque époque a créé des métiers spécifiques,  un voyage dans le temps du Moyen Âge au 21e siècle et une grande variété d’artisans et d’objets.

Les métiers artisanaux actuels sont également mis en avant. Dans un château, un robot s’active tandis que, dans un autre, les liens entre la sculpture sur bois et l’impression 3D sont expliqués.

(Source et plus d’informations: Les Châteaux Suisses/ Les Châteaux Suisses)

Le plurilinguisme, les cantons, la constitution suisse et la Confoederatio Helvetica

Dans le cadre de la 7e « Journée du plurilinguisme » au Parlement fédéral, le conseiller national Martin Candinas (président des groupes parlementaires plurilinguisme CH et Lingua e cultura rumantscha), les conseillères nationales Anna Giacometti et Greta Gysin (co-présidentes du groupe parlementaire « ITALIANITÀ »), ainsi que le conseiller national Laurent Wehrli (président d‘Helvetia Latina) ont présenté lors de la conférence de presse du 24 septembre un retour sur les éditions depuis 2019. Ils ont esquissé les défis et opportunités actuels pour le plurilinguisme suisse.

Le canton germanophone de Bâle-Ville et le canton francophone du Jura le 27 juillet 2019, Fête des Vignerons, à Vevey.

L’édition au Parlement fédéral a eu lieu le jeudi 25 septembre. À cette occasion, les parlementaires ont pris la parole dans une langue nationale autre que la leur, mettant particulièrement à l’honneur les langues minoritaires italienne et romanche.

De gauche à droite: Greta Gysin, Anna Giacometti, Laurent Wehrli et Martin Candinas. Foto: Forum Helveticum 

Lors de la conférence de presse, les participants ont discuté de l’enseignement des langues et d’autres sujets, notamment l’initiative populaire « 200 francs, c’est assez ! (initiative SRG) », la politique de promotion des langues de la Confédération ainsi que les opportunités et risques des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle.

C’est l’enseignement linguistique à l’école primaire et secondaire qui, toutefois, occupait le centre des interventions. Plusieurs initiatives cantonales veulent repousser l’enseignement des langues nationales ou réduire le nombre d’heures afin d’introduire plus d’heures d’anglais.

Berne, le palais fédéral, les 26 cantons

Certes, cela relève de l’autonomie cantonale, mais à long terme, cela compromet la cohésion nationale, le principe fédéral, la diversité culturelle et l’identité même de la Suisse multilingue. Les cantons portent aussi une responsabilité, comme le rappelle la Constitution fédérale à plusieurs reprises.

Il ne s’agit pas en premier lieu de former des enfants polyglottes dans quatre langues, mais de leur inculquer la compréhension et la conscience des autres langues du pays. Et « ce qui est appris jeune, devient vieux ».

Malheureusement, il est également apparu que les membres du Parlement ne donnent pas toujours le bon exemple. Un conseiller national a mentionné que des traductions pourraient bientôt être nécessaires au Conseil des États (jusqu’à présent sans traductions simultanées).

Brigels/Breil

Il va de soi qu’il n’est ni réaliste ni possible d’imposer l’italien, et encore moins le romanche, comme langue usuelle dans les régions alémaniques et romandes de la Suisse. Cependant, la compréhension et au moins la conscience de ces langues sont importantes pour la communication et la cohésion mutuelles, tant au Parlement, dans l’administration et le gouvernement que dans la vie quotidienne.

Les langues ne sont finalement pas seulement des moyens de communication, elles sont aussi une partie intégrante de la constitution, de la fédération, de la culture et de l’identité suisses et une richesse, voire un patrimoine unique en ce qui concerne le romanche.

De plus, le pays compte un grand nombre d’immigrants italiens, et le romanche facilite également, par exemple, l’intégration des immigrants portugais dans les Grisons. Ceux-ci apprennent ces langues sans problème (indépendamment de l’idiome).

José Ribeaud a déjà abordé dans son livre La Suisse plurilingue se délingue (Neuchâtel, 2010) le plurilinguisme unique de la Suisse. Il a également souligné l’importance fondamentale de l’éducation, des échanges et des médias.

La Suisse quadrilingue ou la cinquième langue nationale

Un conseiller national a résumé (ironiquement) lors de la conférence de presse : «Ländersprachen First». En résumé, la responsabilité ne repose pas uniquement sur la Confédération, sollicitée tant sur le plan financier qu’organisationnel, mais également sur les cantons, les communes, le système éducatif, les médias et, enfin — et surtout — sur l’initiative privée, les citoyennes et citoyens eux-mêmes.

Après un plaidoyer pour des moyens financiers suffisants pour la SRG et les médias privés et publics, les médias numériques, l’intelligence artificielle et leurs opportunités ont également été abordés, notamment en ce qui concerne les traductions et l’accessibilité.

Il a également été mentionné que 75 % des moyens financiers de la SRG proviennent des cantons germanophones, qui n’en dépensent eux-mêmes que 45 %. Il ne manque pas de solidarité (germanophone) à cet égard, ce qui mérite d’être souligné.

Conclusion

Ces deux jours ont été entièrement consacrés à l’une des caractéristiques uniques de la Suisse et se poursuivront en 2026 avec diverses activités et événements.

En réalité, le plurilinguisme du pays est sous pression. Dans les Grisons trilingues ou dans les cantons bilingues, le développement n’est peut-être pas aussi préoccupant que dans les cantons italophones, germanophones ou francophones. Mais même dans ces régions linguistiques, c’est un sujet de préoccupation, à titre d’exemple, la langue française dans les Grisons.

L’enseignement et l’utilisation de l’italien et/ou du français dans les cantons germanophones et inversement de l’allemand dans les cantons italophones et francophones sont cependant préoccupants.

Le latin a en effet également uni le pays dans une Confoederatio Helvetica au lieu de Svizra, Svizzera, Schweiz et la Suisse.

Peut-être que le romanche (Rumantsch grischun) en tant que version organiquement développée de l’espéranto serait une idée pour le pays ? C’est en outre une belle langue, pas trop compliquée, avec de nombreux mots dérivés de l’allemand, du français et de l’italien.

Enfin, une remarque qui ne faisait pas partie des contributions, discussions et débats de ces jours, mais qui est uniquement une opinion du Swiss Spectator et qui s’inscrit dans le contexte constitutionnel.

Non seulement les cantons ont une responsabilité envers la fédération, mais aussi la fédération envers les cantons, notamment en ce qui concerne le nouvel accord institutionnel avec l’Union européenne.

Berne, le palais fédéral

Cet accord compromet non seulement les principes du fédéralisme et de la subsidiarité, qui font la réussite du modèle suisse, mais il fragilise également les trois pouvoirs — législatif, exécutif et judiciaire — et menace jusqu’à la démocratie directe. »

Si la Confédération veut garantir le caractère plurilingue par de nouvelles lois constitutionnelles pour de bonnes raisons, elle doit également appliquer la constitution existante et ne pas exclure les cantons pour des raisons d’opportunisme politique, d’interprétation dogmatique et sans tenir compte de l’objectif d’un texte de loi séculaire (notamment les articles 140 a et b).

(Source et plus d’ informations: Forum Helveticum; Lia Rumantscha)

Les deux royaumes burgondes, la Sapaudia et la Suisse

Même la Suisse, considérée comme la plus ancienne république d’Europe encore en activité, a connu jadis des rois. Il ne s’agit pas des Habsbourg ,ni des rois et empereurs du Saint-Empire romain germanique qui ont joué un rôle politique et militaire sur le territoire actuel de la Suisse jusqu’en 1499, mais des royaumes bourguignons, aujourd’hui presque oubliés.

L’histoire des Burgondes se confond avec celle de la Suisse, dont elle permet de reconstituer un épisode d’importance. Entre 443 et 1032, les deux royaumes burgondes ne connurent pas d’équivalents parmi les royaumes barbares apparus au début du Moyen Âge, après la chute de l’empire romain.

 Les Burgondes

Qui sont les Burgondes ? C’est l’encyclopédiste romain Pline l’Ancien qui nomme pour la première fois ce peuple germanique.  Il les situe sur l’Oder, en Pologne actuelle. Il est probable qu’ils vinrent de l’île de Bornholm (aujourd’hui territoire danois) dans la mer Baltique.

Au IIᵉ siècle, les Burgondes étaient établis entre l’Oder et la Vistule. Au siècle suivant, ils amorcèrent une migration vers le sud-ouest. À la fin du IIIᵉ siècle, ils s’installèrent dans la région du Main, un affluent du Rhin. En 359, ils conclurent une alliance avec les Romains pour combattre les Alamans.

Julius Schnorr von Carolsfeld (1794-1872), Nibelungen, 1847, la mort de Siegfried. Image: Wikipedia/Nibelungen-Forum

Vers 409, les Burgondes entrèrent dans l’Empire romain, dans la région de Worms (Allemagne), où ils bénéficièrent du statut de fédérés (foederatus). La tribu fonda un premier royaume à Worms (413-436), mais celui-ci fut vaincu par les Huns en 436. C’est là que prend racine la célèbre saga des Nibelungen. Les Burgondes se déplacèrent alors plus au sud et s’installèrent sur la rive sud du lac Léman, dans la vallée du Rhône et dans la région de la Saône.

 Le premier Royaume Burgonde

Les Burgondes fondèrent un nouveau royaume qui englobait les régions de Besançon, de Genève, du lac de Constance (Bodensee), de Saint-Maurice et s’étendait au sud jusqu’à Avignon.

Contrairement aux autres tribus germaniques, les Burgondes adoptèrent la langue et la culture locales, le gallo-romain. Ce fait est remarquable car, bien que ces nouveaux venus soient les nouveaux souverains, la population gallo-romaine était beaucoup plus nombreuse. C’est à cette époque que sont jetées les bases de la Suisse romande. Le gallo-roman est devenu le franco-provençal, base du français parlé en Suisse romande.

Les Alamans, une autre tribu germanophone, s’installèrent dans d’autres parties de la Suisse et y introduisirent la langue et la culture germaniques, qui remplacèrent la langue et la culture gallo-romaines en quelques générations.

 Le premier Royaume Burgonde (443-534). Photo: Wikiwand.com

C’est au cours des années 500 que se forgea un particularisme burgonde. Les habitants commencèrent à se sentir sujets d’un même roi, vivant dans une même entité et dotés d’un destin commun, dans une période historique complexe du fait de la situation religieuse (paganisme, arianisme, église catholique) et de la situation ethnique, politique et culturelle (les évêques, les Francs, les Alamans, les Ostrogots, les Wisigoths et d’autres peuples et royaumes).

Le roi Sigismond fonda en 515 l’abbaye de Saint-Maurice (actuel canton du Valais). C’est l’un des plus anciens monastères encore en activité en Europe, avec la prière éternelle à Dieu, la laus perennis.

Ainsi naquit un particularisme burgonde et une identité qui survécurent à la disparition de l’entité politique, quand le royaume fut annexé par les rois francs en 534.

Au fil de ses cent années d’existence, le nom de Bourgogne s’est mué en véritable concept. Son influence sur le cours de l’histoire fut considérable, tant pour la Suisse que pour l’ensemble de l’Europe. Malgré la chute du royaume de Bourgogne en 534, les conquérants francs (les Mérovingiens, puis les Carolingiens) se sont proclamés rois de Bourgogne (regnum Burgundiae), tant son prestige était grand.

La Sapaudia vers 475. Image: Marco Zanoli/Wikipedia

La Sapaudia (Savoye)

La Sapaudia était constituée du territoire de la cité (une unité administrative déterminée par Rome) de Genève (Genava). Le mot Sapaudia signifie en langue celte le « pays des sapins ». La Sapaudia constitua la ville et le diocèse de Genève, auxquels furent ajoutés les territoires de Nyon et d’Avenches (soit une grande partie de la Suisse francophone d’aujourd’hui), jusqu’au Rhin et au lac de Constance (Bodensee).

Le traité de Verdun

Après l’Empire franc (534-888) des Mérovingiens et des Carolingiens, le partage de l’héritage politique de l’Empire de Charlemagne (748-814) en 843 (traité de Verdun) entraîna une période de troubles.

Les trois fils de Louis le Pieux (778-840), fils de Charlemagne, se partagèrent l’Empire. Le territoire de l’ancien royaume de Bourgogne (443-543) fut attribué à Lothaire (795-855). Ce royaume central comprenait les Pays-Bas, l’Alsace, la Lorraine, le Luxembourg, la Suisse et l’Italie.

File:Treaty of Verdun nl.svg

Le traité de Verdun. Image: Wikipedia

La partie orientale, gouvernée par Louis le Germanique (804-876), devint, en gros, l’Allemagne actuelle et le cœur du Saint-Empire romain germanique (962-1806), tandis que la partie occidentale, gouvernée par Charles le Téméraire (823-877), devint plus ou moins l’actuelle France et le royaume de France (987-1789).

Le deuxième royaume et le particularisme burgonde

La chute du royaume burgonde eut lieu en 534, mais jusqu’au traité de Verdun (843) le territoire conserva toute son identité. La première extension des Burgondes fut déterminante pour l’avenir et la forme du deuxième royaume (888-1032) : un domaine intermédiaire entre la Gaule et l’Italie. Les Burgondes s’emparèrent aussi du bassin du Rhône et de la Saône.

Le deuxième royaume burgonde (en vert). Image: Marco Zanoli/Wikipedia

Le deuxième royaume de Bourgogne s’étendit de Bâle à la Méditerranée en 1032, date à laquelle il fut incorporé au Saint-Empire romain. Le territoire donna même naissance à plusieurs entités appelées Bourgogne : le duché de Bourgogne, le comté de Bourgogne et le duché de Bourgogne transjurane ou Haute-Bourgogne.

Payerne

Le troisième royaume qui n’est jamais venu

La Bourgogne est demeurée un concept prestigieux à travers les siècles. Ironie de l’histoire : ce sont les Suisses de la Confédération qui, entre 1474 et 1477, ont empêché l’émergence d’un troisième royaume de Bourgogne. C’était en effet l’ambition du (dernier) duc Charles le Téméraire (1433-1477).

Karl Giradet (1813-1871),  1857, la bataille de Morat. Collection: Musée de Morat

Il faillit atteindre son but et le royaume de France moribond aurait pu appartenir à l’histoire. En trois batailles (Grandson, Morat et Nancy), la Confédération vainquit non seulement l’armée bourguignonne, mais mit également fin à la vie du dernier duc et à ses ambitions.

 Conclusion

Le duché et les royaumes de Bourgogne ont disparu depuis longtemps, mais ont été intégrés à la France, à l’Allemagne et à la Suisse. La partie francophone actuelle de la Suisse a toutefois renforcé son identité (linguistique) et sa culture au cours de cette période. La frontière linguistique franco-allemande en Suisse n’a pas connu de changement notable après 1033.

Fribourg/Freiburg, la Sarine/ die Saane

Seules les guerres de Bourgogne entre 1474 et 1477 et l’occupation du canton francophone de Vaud en 1536 par le canton partiellement francophone et la ville catholique de Fribourg (Freiburg) et la ville protestante germanophone de Berne ont conduit au bilinguisme et au catholicisme ou au protestantisme dans certaines villes et régions.

Quelle richesse culturelle, quelle splendeur et quelle vivacité les deux royaumes bourguignons, ainsi que le duché de Bourgogne, ont léguées à l’Europe et à la Suisse ! Des lieux comme Payerne, Saint-Maurice ou Neuchâtel en portent encore aujourd’hui les traces, véritables héritiers d’un rayonnement historique exceptionnel.

(Source: J. Favrod, Les Burgondes. Un royaume oublié au cœur de l’Europe, Lausanne 2011; F. Demotz, L’an 888. Le royaume de Bourgogne. Une puissance européenne au bord du Léman, Lausanne 2012; Walter, Une histoire de la Suisse, Neuchâtel, 2016)

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

 

La Journée européenne des langues

À l’initiative du Conseil de l’Europe, la Journée européenne des langues est célébrée chaque année le 26 septembre depuis 2001. La Suisse, qui est l’un des 46 États membres du Conseil de l’Europe, participe activement à cette initiative depuis ses débuts.

Les 700 millions d’Européens dans les 46 États membres du Conseil de l’Europe sont encouragés à apprendre plus de langues, à tout âge, tant à l’école qu’en dehors. Convaincu que la diversité linguistique est une voie vers une meilleure communication interculturelle et l’un des éléments du riche patrimoine culturel du continent, le Conseil de l’Europe soutient le plurilinguisme à travers toute l’Europe.

À l’occasion de son 25e anniversaire, l’ETS a choisi pour devise : Les langues ouvrent nos cœurs et nos esprits.

(Source et plus d’nformations: Journée européenne des langues; Conseil d Europe)

Rencontrez Athéna et vivez les aventures des héros grecs à Bâle

Sans que l’origine du nom Bâle soit établie avec certitude, il semble dériver de l’ancienne colonie romaine Basilia ou Basilea. Certains prétendent même que le mot Basileus en grec ancien est à l’origine du nom.

Il est même probable que le nom provienne de la tribu celtique des Rauraci, qui habitait alors la région et avait une petite colonie près de la cathédrale et de l’ancienne usine à gaz.

Et pourtant, les Romains et avec eux la déesse grecque Athéna (Minerva pour les Romains) étaient présents en ces lieux pendant des siècles (environ 13 av. J.-C. – 410 apr. J.-C.).

Tête d’Athéna, marbre, copie romaine réduite d’après une statue grecque en bronze datant d’environ 430 av. J.-C. Inv. Lu 231

Depuis lors, Athéna ne s’est plus jamais manifestée à Bâle jusqu’à ce jour du 14 septembre 2025, à l’occasion de l’exposition « Hero Games » au Musée des Antiquités de Bâle (Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig).

Il est rare que la déesse Athéna s’adresse aux humains. Eh bien, ses paroles peuvent à nouveau être entendues au Musée des Antiquités de Bâle et ce après une longue absence. Cela s’impose, car les visiteurs s’apprêtent à plonger dans les épopées des héros mythiques de la Grèce antique. Athéna les accompagne et les encourage en ces termes :

« Moi, l’invincible Athéna, je m’adresse à vous ! Moi, qui tiens la victoire et la gloire dans mes mains divines. Moi, la déesse de la sagesse et de la guerre, la fille de Zeus. Je vous salue aux Hero Games ! 

Je suis descendue précipitamment de l’Olympe pour vous assister. Il y a des milliers d’années, à l’époque des grandes héroïnes et héros, j’étais toujours présente. J’ai accompagné Héraclès dans les profondeurs sombres de l’Hadès, guidé l’épée de Persée vers la gorge de la démoniaque Méduse et renforcé Thésée dans le labyrinthe du Minotaure. Les gens connaissent encore leurs noms. Par leurs actes, ils se sont rendus immortels.

Mais maintenant, votre temps est venu. L’ère de vos exploits héroïques a commencé. Vous suivez les traces des héroïnes et héros antiques et vivez leurs aventures légendaires. Sur votre chemin, vous rencontrerez sept aventures. Pour chaque aventure, vous devrez prouver une compétence différente.

Votre objectif, l’oracle de Delphes et Apollon, vous attend à la fin des aventures. Là, vous recevrez l’évaluation de vos exploits héroïques. Et soyez assurés, moi, Athéna, je vous accompagnerai à chaque mission et vous dirai toujours ce que vous devez faire. »

Statue d’Athéna (dite Athéna Giustiniani), marbre, copie romaine d’après une œuvre grecque en bronze datant d’environ 380 av. J.-C., Rome, Musée du Vatican (original), moulage en plâtre, Inv. SH 947

Athéna guide effectivement les visiteurs via un audioguide en trois langues (anglais, allemand, français) à travers les Hero Games.

En tout, sept missions sous forme de jeux analogiques et numériques amènent les visiteurs sur les traces de leurs prédécesseurs antiques. Ils vivent les mêmes aventures, affrontent les mêmes monstres et résolvent les mêmes énigmes.

Le sanglier tué par une flèche tirée par un visiteur ou une visiteuse

Pointes des flèches, bronze, différentes époques. Musée des antiquités de Bâle, différents inv.

Méduse au bord du monde

Persée décapite Méduse en présence d’Athéna. Ornement architectural provenant du temple de Seliunt, vers 530 av. J.-C. Palerme, Museo Archeologico Regionale (original), moulage en plâtre. Inv. SH 440

Sur leur chemin, ils rencontrent la terrifiante Méduse au bord du monde, puis la forêt de Calydon et le gigantesque sanglier, un monstre maléfique.

Ils vainquent le Cerbère à trois têtes dans les enfers et affrontent le Minotaure mangeur d’hommes dans son labyrinthe en Crète.

Le Minotaure dans son labyrinthe

Ils se trouvent dans le campement des Grecs, qui assiègent Troie depuis dix ans. Les visiteurs essaient de construire le célèbre cheval de Troie. Une fois le cheval terminé, les Troyens le tirent avec sa cargaison secrète de guerriers grecs dans la ville, scellant ainsi la chute de Troie.

Aux armes. Athéna soutient les guerriers. Cratère à vin provenant de Corinthe, vers 590 av. J.-C., Inv. BS 451

Dans la chambre de Médée, l’une des plus puissantes sorcières du monde, c’est tout un monde: des boîtes, des flacons, des pots avec des ingrédients magiques secrets, des herbes séchées.

Hécate était la déesse de la magie. Autel dédié à Hécate (appelé Hécateion), marbre, vers 100 av. J.-C. Inv. Lu 2460

La spécialité de Médée était un sortilège de rajeunissement. Cratère provenant d’Athènes, vers 440 av. J.-C., Inv. BS 1450

Dans un chaudron fumant, une potion magique bouillonne. C’est avec elle que Médée a concocté son légendaire sort de rajeunissement, mêlant savoir ancestral et puissance mystique. Les visiteurs sont sollicités pour ajouter les ingrédients les plus importants. Ils doivent suivre strictement la recette.

La dernière mission les conduit aux montagnes de Thèbes. Ici, le cruel Sphinx est assis sur un rocher et pose une énigme à tous ceux qui veulent passer. Elle punit l’ignorance par la mort. Elle en a déjà dévoré d’innombrables. Seul Œdipe a autrefois eu la force d’esprit de vaincre le monstre. Maintenant, les visiteurs se trouvent devant la poseuse d’énigmes et doivent prouver leur logique et leur intelligence.

Enfin, les visiteurs ont surmonté les aventures et sont arrivés à la fin de leur voyage à l’oracle de Delphes. Ici, Apollon, le dieu de la prophétie, possède le plus important oracle du monde antique. Dans son temple, il parle par l’intermédiaire de sa prophétesse, la Pythie. Assise sur une Bouilloire à trois pieds, la Pythie prononce ses prophéties

Bouilloire à trois pieds, bronze, vers 750 av. J.-C., Inv. BS 554

La Pythie résume dans une prophétie les compétences particulières que les visiteurs ont découvertes en eux-mêmes au cours de leur voyage héroïque. Enfin, nos visiteurs sont immortalisés sur le Mur des Héros.

Couronne de laurier provenant d’Étrurie, en or. IIIe siècle av. J.-C., Inv. Zü 485.

« Athéna rentre chez elle » est un titre qui résume parfaitement cette exposition. Elle offre un concept de jeu innovant, une mise en scène immersive, des missions interactives et plus de 2500 ans d’œuvres originales grecques et romaines avec leurs aventures et héros. Les mythes grecs trouvent écho encore aujourd’hui, car rien de ce qui est humain n’échappait aux dieux, aux déesses, aux héros ni aux monstres.

(Source et plus d’informations: Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig)

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Hadès est assis dans son palais et accueille un défunt dans les Enfers. Vase funéraire (cratère), provenant des Pouilles, vers 320 av. J.-C., Inv. BS 464

Cavaione et la dernière expansion territoriale de la Suisse en 1863

Il y a 150 ans, les habitants de Cavaione ont obtenu la citoyenneté suisse après avoir été apatrides pendant douze ans. Le village, situé sur une pente de montagne très raide (peut-être la plus raide de Suisse), se trouve au-dessus de Brusio dans le Valposchiavo (canton des Grisons) et non loin de Tirano dans la Valteline (Italie).

Le village fut pendant des siècles sous la domination des Habsbourg, puis appartint au royaume de Sardaigne, qui devint le royaume d’Italie en 1861. En 1863, la Suisse et le nouveau royaume d’Italie décidèrent de tracer une nouvelle frontière entre le Valposchiavo et la Valteline.

Cependant, le sort des 108 habitants extrêmement pauvres du village de Cavaione ne fut pas réglé ou peut-être ne voulut-on pas le régler… Depuis la rectification de la frontière en 1863, ce village isolé se trouvait sur le territoire suisse, mais ses habitants ne reçurent ni la citoyenneté ni le passeport suisse.

À Brusio, personne n’attendait de nouveaux citoyens et des familles qui alourdiraient encore les caisses de bienfaisance sans payer d’impôts. Ce n’est qu’avec un paiement du gouvernement fédéral et du canton des Grisons que la commune de Brusio accepta les nouveaux citoyens.

Les 108 habitants obtinrent la citoyenneté suisse et un passeport suisse en 1875. Auparavant, les habitants ne pouvaient ni émigrer, ni par exemple, se marier avec un Italien(ne) à Tirano, car ils n’avaient ni citoyenneté ni passeport.

Aujourd’hui, seules huit personnes vivent encore en permanence dans le village, mais 180 descendants et leurs amis célèbrent cette année les 150 ans de citoyenneté suisse et la dernière et plus grande expansion territoriale de la Suisse depuis le Congrès de Vienne en 1815.

Fait curieux : un habitant de Tirano regrette encore aujourd’hui que son village n’ait pas été rattaché à la Confédération en 1863. Une exposition locale retrace cette histoire singulière.

(Source et plus d’informations: Fondazione Cavaione; Il Grigione Italiano)

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Riehen, Bettingen et la viticulture dans le canton de Bâle-Ville

Le canton de Bâle-Ville (Basel-Stadt) se compose de trois municipalités : Bâle, Riehen et Bettingen. Riehen et Bettingen sont situées sur la rive droite du Rhin, entourées par l’Allemagne, ce qui est similaire pour le canton de Schaffhouse.

Du Ième au IVème siècle, une ferme romaine s’élevait sur le point culminant du Maienbühl. Modèle : Commune de Riehen

Riehen fut déjà habitée avant et pendant l’époque romaine. Des Alamans s’y installèrent après le départ des Romains au Vème siècle, peut-être à côté de la population d’origine celtique, romanisée. Riehen est mentionnée pour la première fois dans un document de 1113.

l’ancienne et la nouvelle Wettsteinhaus et le musée

Au cours des siècles suivants, les évêques de Bâle et de Saint-Gall, ainsi que les monastères de Saint-Blasien et de Wettingen (Argovie) possédèrent des domaines dans la région et dans le village.

St. Martinskirche, 11ème siècle

En 1522 et 1540, la ville de Bâle acheta ces domaines. Riehen fut ensuite gouvernée par un bailli (Vogt) et devint un territoire sujet.

La municipalité de Riehen devint protestante en 1528 et de plus en plus d’habitants fortunés de Bâle y achetèrent des domaines.

Après l’invasion des troupes révolutionnaires françaises en 1798, le village obtint les mêmes droits que Bâle. Suite à l’Acte de médiation français de 1803, Riehen a été attribué au district de Liestal.

Depuis la séparation du canton de Bâle en 1833 – deux demi-cantons Bâle-Ville et Bâle-Campagne – Riehen fait partie de Bâle-Ville et, comme Bettingen, la ville réussit à conserver son autonomie.

L’Eiserne Hand à Riehen a été un territoire suisse d’espoir, de vie, de déception et de mort pour des dizaines de milliers de réfugiés dans les années 1933-1945.

L’histoire du village de Bettingen est en grande partie comparable à celle de la ville de Riehen. Les territoires occupés par les Alamans, après le départ des Romains, appartinrent pour la plupart à des familles nobles, à des monastères et à des évêques au cours du Moyen Âge et depuis 1513 à la ville de Bâle.

(aussi: la villa Wenkenhof et la Chrischona)

La viticulture dans le canton de Bâle-Ville

La viticulture dans le canton de Bâle-Ville s’inscrit dans une tradition pluriséculaire, remontant à plus de 1200 ans. Elle a connu son âge d’or au cours des deux siècles qui ont suivi la guerre de Trente Ans (1618–1648), atteignant son apogée vers le milieu du XIXe siècle.

Les vignobles étaient situés autour de Riehen et Bettingen. À son apogée, la région viticole, qui couvrait environ 70 hectares, produisait un demi-million de litres de vin par an.

Cette période a toutefois été suivie d’une phase de déclin considérable de la viticulture, qui a complètement disparu à Bettingen. Aujourd’hui, la viticulture n’existe plus qu’à Riehen. Deux vignobles sont situés « am Schlipf » sur le Tüllinger Berg.

La viticulture sur le territoire allemand

La Borne frontière „Sonnenstein“,  Nr. 38

Borne frontière 39

Le tronçon entre les bornes n° 38 et 39 indique une frontière très ancienne. La borne dite « Sonnenstein » (pierre du soleil) est déjà mentionnée en 1491. La borne 38 porte les armoiries du margrave de Bade et celles de l’évêque de Bâle. Peu de frontières présentent des formes aussi singulières que celle qui longe la rive droite du Rhin autour de Bâle.

C’est-à-dire sur le territoire du canton. Les vignobles allemands s’étendent sur des kilomètres. Le Weiler Weinweg, long de quatre kilomètres, le Tüllinger Weinweg et le Riehener Weinweg indiquent le chemin dans et autour du canton de Bâle-Ville.

Caves dans le canton de Bâle-Ville.

Deux caves cultivent actuellement les vignobles au pied du Tüllinger Berg « am Schlipf » autour de Riehen : Weingut Riehen (environ 3,4 hectares) et Wyguet Rinklin (environ 3,5 hectares).

Dès le XIXe siècle, le Weingut Riehen était réputé pour son importante contribution à l’économie locale et pour la qualité de ses vins.

Weingut Riehen

Plusieurs bâtiments historiques ont été construits dans les vignobles à cette époque. Ils ont été conservés jusqu’à aujourd’hui, tout comme la qualité des vins. Outre quelques cépages typiques, on y produit du pinot noir, du pinot blanc, du sauvignon blanc et du chardonnay. Le Weingut Riehen est situé dans le village de Riehen, près du parc Sarasin.

Le deuxième domaine viticole privé est le « Wyguet Rinklin ». Leur gamme comprend différents crus : vins blancs, rosés et rouges, ainsi que des vins mousseux et des spiritueux.

Wyguet Rinklin

Autrefois, l’un des plus petits cantons de Suisse comptait parmi les producteurs de vin les plus notables du pays. Si la quantité a considérablement diminué au fil des siècles, la qualité des crus demeure irréprochable. L’automne offre une occasion idéale pour explorer les vignobles du canton de Bâle-Ville et découvrir Riehen, l’une des trois communes du canton, nichée au cœur de cette tradition viticole.

On recense environ 6500 cépages dans le monde. Au Schlipf, 56 variétés sont présentées dans le jardin des cépages.

Fondation Beyeler à Riehen

Bettingen

St. Chrischona

(Source et plus d’informations:Gemeinde Bettingen; Gemeinde Riehen)

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Impressions de Riehen

Sarasinpark

Le Spittelmatthof

Le palais Tondü et les ramoneurs du Tessin

Le palais Tondü est l’histoire d’une famille de ramoneurs du Tessin. L’histoire des nombreux Zuckerbäcker des Grisons et de leur renommée mondiale est bien connue.

Cependant, la plupart de ces émigrants ont connu aussi une existence pauvre. Seule une petite minorité s’est enrichie grâce à des hôtels, des restaurants, des cafés, des pâtisseries ou, par exemple, des brasseries dans les villes d’Europe,  d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud. Quelques-uns sont retournés dans leur village d’origine dans les Grisons et ont construit des palais ou des Grand Hotels.

Il en va de même pour les mercenaires suisses. Les organisateurs, certaines familles importantes des villages ou des villes, ont accumulé une grande richesse, une grande renommée et un grand prestige (militaire), et parfois même un rang militaire jusqu’aux plus hauts cercles papaux, impériaux, royaux, princiers et coloniaux d’Europe.

Cette industrie était étroitement organisée. Les organisateurs passaient des contrats avec les souverains d’autres pays européens. Les mercenaires, pour la plupart des fils de paysans, constituaient la marchandise.

Ramoneurs

L’histoire du Zuckerbäcker ou du Söldner est une partie bien connue de l’histoire suisse. Il en va différemment de l’histoire des spazzacamini, pluriel de spazzacamino, ou ramoneurs (Kaminfeger) du Tessin.

L’émigration des ramoneurs de Lombardie et du Piémont (Italie) est bien connue. En revanche, le fait que de nombreux ramoneurs italophones soient originaires du Tessin n’a guère été mis en évidence.

En Suisse, cette histoire méconnue est restée pratiquement inconnue jusqu’à récemment. Après 1945, cette industrie était terminée, mais les (grands) parents et leurs descendants avaient honte de « vendre » leurs (jeunes) fils et le sujet est resté longtemps tabou.

C’est grâce à certains musées suisses (dont le Museo di Val Verzasca à Sonogno et le Museo Regionale Centrovalli-Pedemonte à Intragna) que cette histoire a été documentée à partir de 2000.

Lisa Tetzner (1894-1963) a publié en 1940 déjà le roman Die schwarzen Brüder. Abenteuer eines Tessiner Bergbauernjungen (Aarau, 1940) et Elisabeth Wenger (1946) en 2010 la publication historique Als Lebender Besen im Kamin. Einer vergessenen Vergangenheit auf der Spur (Books on Demand, BoD 2010).

Les familles nombreuses, comptant parfois de 10 à 15 enfants, ne pouvaient pas subvenir à leurs besoins. Même les pères travaillaient souvent comme ramoneurs en hiver et comme ouvriers agricoles ou ouvriers d’usine pendant les mois d’été. Avec l’argent gagné, la famille du village pouvait à nouveau être nourrie pendant un certain temps.

Un ramoneur et son padrone, 1870. Photo: Museo di Val Verzasca, Sonogno 

Les garçons de six à douze ans étaient petits et pouvaient facilement descendre dans les cheminées étroites pour les nettoyer et les débarrasser de la suie. Les parents n’avaient souvent pas d’autre choix que de faire travailler leurs (très) jeunes fils pour les Padroni, qui envoyaient leurs enfants en Lombardie, au Piémont, aux Pays-Bas, en allemagne, en Autriche, en France, en Angleterre ou même en Amérique et en Russie notamment pour ramoner les cheminées sous leur supervision. Les débuts de cette industrie remontent probablement au XVème siècle. Les premiers documents datent du XVIème siècle.

La plupart des ramoneurs venaient des vallées de Centovalli, Verzasca, Vigezzo et Maggia, près de Locarno. Le célèbre chroniqueur Aegidius Tschudi de Glaris parle de la vallée Vigezzo (en partie Tessin, en partie Lombardie) en 1538 : « im Tal Vejetz sind alle Kaminfeger, die nach Neapel, Sizilien, Frankreich und Tütschland reisen » ( Aegidius Tschudi, Die uralt wahrhaftig Rhetia, Basel 1538).

Un autre chroniqueur rapporte : « …das Kaemifaegertal, das man nennet Vallis Vegetia. Daraus kommend gemeinlich alle Kaeminfaeger, die durchziehend aller lender des gantzen Europae… » (Johannes Stumpf, Gemeiner loblicher Eydgenossenschaft Stetten, Landen und Völckeren Chronik wirdiger thaaten beschreibung (Zurich 1548).

Johannes Stumpf, Gemeiner loblicher Eydgenossenschaft Stetten, Landen und Völckeren Chronik wirdiger thaaten beschreibung (Zürich 1548). Collection: Zentralbibliothek Zürich

 Johannes Stumpf, Gemeiner loblicher Eydgenossenschaft Stetten, Landen und Völckeren Chronik wirdiger thaaten beschreibung (Zurich 1548). Collection : Zentralbibliothek Zürich (legenda)

Sur une carte du milieu du XVIème siècle, Centovalli est même appelé Käminfegertal (Giulio Rossi-Eligio Pometta, Storia del Cantone Ticino (Locarno 1980). De 1512 à 1798, le Tessin était un territoire sujet  (Untertanengebiet) de la Confédération et était gouverné par des bailiffs des cantons.

Les padroni étaient les organisateurs de cette industrie pour les ramoneurs. La branche, comme celle des mercenaires, appartenait à quelques familles dans les villages.

Les parents concluaient des contrats saisonniers de novembre à avril pour leurs fils en Lombardie ou au Piémont. Pour les pays lointains, il s’agissait de contrats de cinq ans. Pendant les mois d’été, ils travaillaient dans des fermes, des usines (textiles), des ménages ou d’autres destinations.

Les parents recevaient de l’argent pour cela (la moitié payée à l’avance, l’autre moitié à la fin du contrat). De plus, il y avait alors moins de bouches à nourrir à la maison, ce qui impliquait souvent plusieurs fils par famille.

La pauvreté était telle qu’un écrivain disait de son enfance : « nous mangions des châtaignes le matin, des châtaignes l’après-midi et des châtaignes le soir ». En fait, il s’agissait de travail des enfants et d’esclavage, avec des semaines de sept jours, un travail très malsain et dangereux, avec des padroni  impitoyables. De nombreux enfants, souvent très jeunes, n’ont pas survécu, seuls quelques-uns ont pu améliorer leur niveau de vie et encore moins ont pu s’enrichir.

Lionza

Palazzo Tondü à Lionza

Mais il y a aussi des histoires d’ascension sociale rapide et de richesse. Le palais de Lionza de la famille Tondutti, dans la vallée des Centovalli, en est un exemple. Le père Giuseppe Tondutti et ses deux fils, Andrea, 13 ans, et Antonio, 7 ans, se rendent à Parme en octobre 1630 pour ramoner les cheminées. Le destin les a conduits à la villa du riche banquier Marini. Mais Giuseppe s’étouffe dans la cheminée parce qu’un domestique a allumé le four de la cuisine, ignorant que le ramoneur était en activité.

Le banquier et sa femme sans enfants adoptaient Andrea et Antonio. Ce fut le début d’une carrière rapide dans les plus hautes sphères de la noblesse et, dès 1650, les frères construisirent leur palais à Lionza. Les descendants n’y ont pas vécu en permanence et, en 1784, le chevalier Ferdinando Tondü a fait don du palais à la municipalité de Lionza.

En 1984, la fondation Casa Tondü a été créée pour rénover le complexe. Les Tondutti n’étaient pas les seuls. D’autres palais ont également été construits par d’anciens ramoneurs. L’origine de ces spazzacamini est reconnaissable aux nombreuses cheminées qui ornent les bâtiments.

En général, ils ou leurs descendants  avaient commencé comme ramoneurs et étaient devenus padroni. Toutefois, cette origine reste moins prestigieuse que la réussite d’un Zuckerbäcker ou d’un Söldner au service militaire à l’étranger.

(Source: Elisabeth Wenger,  Als Lebender Besen im Kamin. Einer vergessenen Vergangenheit auf der Spur, Books on Demand, BoD 2010; Guido Fiscalini, I Tondù di Lionza (Museo Regionale Centrovalli-Pedemonte in Intragna, 1998).

Lionza, la chapelle de la famille Tondü

L’ église St. Antonio da Padova, 17ème siècle

Bâle, Unterer Heuberg, le ramoneur

L’orgue de Bâle part en Lettonie et des concert de bienfaisance à Bâle et à Daugavpils

L’orgue qui a été retiré lors de la rénovation du Stadtcasino de Bâle va connaître une seconde vie dans la Martin-Luther-Kirche de la ville lettone de Daugavpils. L’Association Basler Liedertafel soutient ce projet exceptionnel en organisant un concert de bienfaisance avec des musiciens lettons le 20 septembre au Stadtcasino.

Cet instrument imposant, baptisé « orgue Sacher » en l’honneur de son donateur, a été soigneusement démonté et entreposé en vue d’une éventuelle réutilisation.

Mais la recherche d’un nouvel emplacement est longtemps restée infructueuse. La situation a changé lorsqu’un groupe d’habitants de Bâle, en collaboration avec la violoncelliste lettone Gunta Abele, a eu l’idée de faire don de l’orgue à la cathédrale de cette ville lettone. L’orgue est désormais arrivé à destination.

Avant que l’orgue puisse être remonté et joué, des efforts supplémentaires sont toutefois nécessaires, qui sont soutenus financièrement par le Basler Liedertafel 1852 et des musiciens de renom dans le cadre d’un concert de bienfaisance.

Sous le titre « Ode à Hans Huber », elle se produira le 20 septembre dans la salle Hans Huber, également rénovée, du Stadtcasino Basel.

Huber (1852-1921) et son élève Hermann Suter (1870-1926) ont marqué la vie musicale de Bâle à leur époque et étaient étroitement liés au Basler Liedertafel 1852.

Le Basler Liedertafel 1852 n’est d’ailleurs pas le seul chœur de Bâle à s’engager pour la préservation de l’ancien orgue « Sacher »: dans le cadre de leur tournée européenne, les « Männerstimmen Basel » donneront également un concert de bienfaisance le 4 octobre dans la cathédrale Martin-Luther de Daugavpils.

Bannière du Verein Basler Liedertafel 1852, 1868. Musée historique de Bâle

 Le Basler Liedertafel 1852

La Basler Liedertafel est l’un des plus anciens chœurs d’hommes de Suisse. Il entretient et promeut le répertoire de chants et la musique chorale de différentes époques.

L’association a été fondée en 1852. En 1898, le Reveille-Chor a été créé en tant que section de l’association, suivi en 1927 par le Veteranen-Chor. En 2017, la Junge Tafelrunde a été intégrée au Basler Liedertafel 1852 en tant que section, suivie en 2022 par l’ensemble féminin Singvoll.

Enfin, l’association Basler Liedertafel a été restructurée en 2023. Les trois chœurs d’hommes (Basler Liedertafel, Reveille-Chor et Junge Tafelrunde) ont été divisés en deux chœurs : Tafelrunde et le « neue» Reveille-Chor, qui se produisent et chantent également avec le Veteranenchor et Singvoll.

(Source et plus d’informations: Basler Liedertafel 1852)

Le Wenkenhof et le parc anglais à Riehen

Le nom Wenkenhof apparaît pour la première fois au début du Moyen Âge, désignant un domaine situé sur le flanc de la colline dominant le Wiesental, dans le canton de Bâle-Ville. Dès 751, le Wenken est mentionné dans une charte comme propriété d’Ebo, comte d’une tribu alamane.

Le domaine appartint successivement à l’abbaye de Saint-Gall (vers 800 – vers 1100) et à l’abbaye de Saint-Blaise (St. Blasien, vers 1100 – début du XVIIe siècle). Ensuite, il y a eu plusieurs propriétaires privés.

Le Bâlois Johann Heinrich Zäslin (1697-1752) acheta le domaine en 1735. Il fit construire une résidence d’été emblématique dans le style français. Après divers successeurs, le complexe fut transformé en maison de campagne en 1860 et agrandi avec d’autres bâtiments.

L’architecte était Johann Jakob Stehlin (1826-1894), celui-là même qui a conçu de nombreuses maisons et bâtiments publics à Bâle. Le grand complexe fut divisé en Alte Wenken et Neue Wenken.

 

En 1917, l’industriel Alexander Clavel (1881-1973) acheta le domaine. Il aménagea un splendide parc paysager à l’anglaise et redonna tout son éclat au jardin français. Une terrasse offrant une vue imprenable sur Bâle fut achevée en 1957.

Passionné d’équitation, il construisit également un manège et aménagea un parcours. Il se rendait d’ailleurs quotidiennement à cheval à Bâle.

Son frère était René Clavel (1886-1969), fondateur de la Domus Romana et mécène de la Fondation Pro Augusta Raurica à Augst et de la Fondation romaine René Clavel, ainsi que de la maison et du jardin Castelen.

En 1932, le couple Clavel-Respinger fit don de l’Alte Wenken à la ville de Bâle, qui la plaça sous la protection des monuments historiques. Le parc paysager appartient à la commune de Riehen et il est accessible au public.

La Neue Wenken avec le jardin français appartient aujourd’hui à la Fondation Alexander Clavel. Le jardin est ouvert au public le dimanche.

(Source et plus d’informations: www.wenkenhof.ch)

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice