Basel, Münsterplatz und die Kathedrale. Foto/Photo: TES.

L’évêché de Bâle après 1813

L’évêché de Bâle a connu deux révolutions majeures au cours des cinq derniers siècles.

Le prince-évêque et le premier grand bouleversement

Prince-évêque (Fürstbischof) est le titre que portaient les évêques du Saint-Empire romain germanique qui, en plus d’administrer leur diocèse, régnaient sur un domaine temporel ou une principauté ecclésiastique (Hochstift) jouissant de l’immédiateté impériale. Dans la hiérarchie, ils se situaient donc au-dessus des ducs et des comtes.

Le premier grand bouleversement, la Réforme dans les années 1527-1529, conduisit à la fuite de l’évêque de Bâle qui se réfugia à Porrentruy. La cathédrale de Bâle est aujourd’hui protestante.

La deuxième crise

L’évêché de Bâle n’a pas survécu à la deuxième crise. En 1792, devenu indépendant sous le nom de République rauracienne, l’évêché de Bâle fut annexé par la France sous le nom de département du Mont-Terrible, comprenant les districts actuels de Porrentruy et de Delémont (canton du Jura).

La partie sud, protestante – soit la partie francophone de Berne ainsi que le Birseck et Laufon, situés dans l’actuel canton de Bâle-Campagne – était considérée comme territoire confédéré et se trouvait sous la protection principalement de Berne et Soleure. Toutefois, à la fin de 1797, les troupes françaises occupèrent la partie sud de l’évêché de Bâle.

En 1803, ce fut la reconnaissance de la disparition de l’évêché de Bâle et, en 1806, la fin du Saint-Empire romain germanique que Napoléon Bonaparte remplaça par la Confédération du Rhin.

Le territoire de l’évêché de Bâle appartenait entièrement au département du Haut-Rhin depuis 1800. La période française se termina en décembre 1813 avec l’entrée des troupes autrichiennes en Suisse, après quoi le territoire de l’ancien évêché de Bâle devint sujet à controverse.

Les cantons de Berne et de Bâle voulurent se répartir le territoire. La ville de Bienne nourrit l’espoir de former son propre canton avec une partie de ce territoire.

Source: Wikipedia

1814-1815 et le Congrès de Vienne 

En 1815, la Principauté de Neuchâtel, encore sous le contrôle du roi de Prusse (depuis 1707), rejoignit la Confédération suisse en tant que 21ème canton et revendiqua une partie du territoire.

Il était également prévu de créer un nouveau canton, ce qui n’était en soi pas une mauvaise idée. Le comté de Montbéliard (France) avait le même souhait.

Or, en 1816, à la suite des pertes territoriales françaises de 1815, dont la restitution de tout le reste de l’arrondissement de Porrentruy à la Suisse, le canton de Montbéliard fut rattaché au Doubs (France).

Dans la partie nord, catholique, il y avait des partisans de l’annexion à la France, surtout dans les villes de Porrentruy et Delémont.

Cependant, ces intérêts suisses n’avaient que peu d’importance pour les quatre grandes puissances qui donnaient le ton, soit la Prusse, l’Angleterre, l’Autriche et la Russie, dans le rétablissement de l’ordre européen et l’équilibre des pouvoirs. Avant tout, il s’agissait de freiner l’envie de la France de s’étendre.

Le royaume de Sardaigne qui comprenait aussi, le comté de Nice, le Piémont et des territoires en Lombardie, le royaume des Pays-Bas et l’expansion du territoire prussien sur les rives du Rhin en étaient le résultat.

La Suisse n’est pas devenue un royaume, mais la Confédération des XXII cantons, constituée de cantons indépendants et neutres. Pour apprivoiser son voisin français, ce pays devait être militairement fort.

La France attribua quelques territoires à Genève afin de lui assurer une continuité territoriale. Les frontières extérieures de la Suisse n’ont pas été modifiées après 1815.

D’un point de vue stratégique, le Jura, soit les sept districts de l’évêché de Bâle, fut rattaché au canton de Berne, militairement, politiquement et économiquement le plus important.

En outre, le canton de Berne fut indemnisé pour la perte des territoires sujets, à savoir le canton de Vaud et une partie de l’Argovie, qu’il gouvernait depuis les XVème et XVIème siècles, devenus des cantons indépendants.

Le canton de Bâle reçut le Birseck. Laufon fut attribué au canton de Berne. Neuchâtel prit le contrôle de Lignières.

Tout cela releva des décisions intervenues suite au Congrès de Vienne en 1814-1815 (20 mars 1815) et des traités (de paix) de Paris (30 mai 1814) et de Turin (16 mars 1816).

Bâle, Freie Strasse

Delémont, Musée d’art et d’histoire

1815-2021

L’église catholique n’a en fait officiellement renoncé à ses prétentions sur la cathédrale de Bâle qu’en 1828. Cela s’est concrétisé dans le cadre du rétablissement du diocèse de Bâle et le transfert du siège épiscopal à Soleure.

En 1833, le canton de Bâle se scinda en deux demi-cantons, Bâle-Campagne et Bâle-Ville. La région de Birseck rejoint le canton de Bâle-Campagne en 1833.

En 1979, fut créé le nouveau canton du Jura, qui s’est séparé du canton de Berne. En 1993, Laufon quitta le canton de Berne pour rejoindre celui de Bâle-Campagne.

Cependant, les désaccords apparus entre 1813 et 1815 persistent encore à ce jour, aussi à Moutier, ville bernoise, où une partie importante de la population cherche à rejoindre le canton du Jura.

Le 28 mars 2021 la majorité de la population de Moutier a demandé le transfert de la commune du canton de Berne dans le canton du Jura par 2067 voix contre 1930. L’objectif est de réaliser ce transfert au plus tard le 1er janvier 2026.

(Source : J.-C. Rebetez, D. Bregnard (eds.), De la crosse à la croix. L’ancien évêché de Bâle devient suisse (Congrès de Vienne – 1815), Neuchâtel 2018).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.