Tandem au Musée et le Musée imaginaire Suisse

« TaM – Tandem au Musée » (TiM, Tandem im Museum, en allemand) est une initiative pour la promotion des rencontres intergénérationnelles dans les musées.

Les participants vivent un moment différent au musée. Par exemple, ils choisissent à deux un objet du musée, à partir duquel ils inventent une histoire, qu’ils publient ensuite sur le site de « MiS-Musée imaginaire Suisse », auquel TaM est étroitement lié (www.mi-s.ch). Les événements TaM se vivent sur un pied d’égalité.

Tim-Tam pour les enfants à l’Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig

TaM incite à visiter un musée avec des personnes que vous n’avez encore jamais rencontrées auparavant ou que vous connaissez peu. Demandez à votre voisin, voisine, votre coiffeur, coiffeuse, à un, une résident(e) d’une maison de retraite ou à un, une parfait(e) inconnu(e) de tenter l’expérience avec vous !

TaM est simple à mettre en place. Il suffit d’un brin de curiosité, d’avoir envie de vivre des expériences originales avec d’autres personnes et de se retrouver dans un musée pour y découvrir ses collections.

Sur le site (voir ci-dessous), trouvez un Guide TaM de votre région, ou sélectionnez un musée TaM, et contactez-le pour planifier votre visite.

Plus de 100 guides TaM sont à votre disposition en Suisse. TaM est gratuit. Cliquez sur une région pour afficher les guides. Vous pouvez également trouver des informations directement auprès des musées partenaires.

(Source et plus d’informations : www.tim-tam.ch).

Saint Jean Népomucène et le tramway 10 de Bâle

Le tramway le plus international et intercantonal du monde est le numéro 10, qui relie Dornach (canton de Soleure) à Rodersdorf (canton de Soleure), en passant par les villages d’Arlesheim, de Münchenstein (canton de Bâle-Campagne), de Bâle (canton de Bâle-Ville), de Binningen, de Bottmingen, d’Oberwil, de Therwil, d’Ettingen, de Witterswil, de Bättwil et de Flüh (canton de Soleure) le village de Leymen (Alsace, la France) et Rodersdorf (canton de Soleure).

Bättwil (canton de Soleure)

Le parcours de cette ligne, de près de 27 kilomètres, relate l’évolution des frontières capricieuses des cantons et de ces pays, qui ont vu le jour au fil de l’histoire.

Cependant, cette ligne est également liée à un personnage historique, Saint Jean Népomucène (1350-1393), prêtre catholique et confesseur de Sophie de Bavière (1376-1425), épouse du roi Wenceslas de Luxembourg (1361-1419), roi du Saint-Empire romain germanique.

Il résidait à Prague, capitale et plus grande ville de Bohème (République tchèque). Non seulement la grandeur de Prague date de cette période, mais la statue de Saint Jean Népomucène, érigée sur le pont Charles (Karlsbrücke), y contribua également.

Witterswil

Le roi Wenceslas tua Jean Népomucène par noyade en le faisant jeter du pont Charles dans la rivière Vltava, parce qu’il refusa de révéler au roi le secret de la confession de son épouse, dans un contexte de conflit politique entre Wenceslas et l’archevêque de Prague. Jean Népomucène fut béatifé en 1721, puis canonisé par le pape Benoît XIII (1649-1730)  en 1729,  comme martyr du secret de la confession.

Rodersdorf

Il est le patron des bateleurs et des ponts, et l’on trouve sa statue sur nombre d’entre eux, des prêtres, de tous les hommes qui avaient quelque chose de commun avec l’eau.

La chapelle de Népomucène

C’est pourquoi il figure également sur le pont de la Birse à Dornach. Cependant, en 1813, après trois jours de pluie continue, le pont de Népomucène (Nepomukbrücke, der Heilige Nepomuk), pourtant placé sous la bienfaisance du protecteur des ponts, s’écroula, entraînant la mort de 40 personnes qui s’y trouvaient.

Près de Rodersdorf (canton de Soleure), dans le village alsacien de Wolschwiller, se trouve une petite chapelle dédiée à Saint Jean Népomucène. L’ancienne chapelle fut détruite pendant la Révolution française en 1789, puis reconstruite en 1893. Les randonneurs du Club Alpin Suisse (CAS) entonnèrent de temps à autre le canon « Dona Nobis Pacem » dans la chapelle pour son salut et, plus tard, pour leur propre salut.

Albert Hofmann (1906-2008), chimiste suisse, qui vécut au bord de la prairie du Rittimatt, dans la commune suisse de La Bourg (Burg), dans la vallée du Leimental (canton de Bâle-Campagne), a mené une expérience spirituelle tout à fait différente : il a découvert le LSD, puissant hallucinogène, en 1943.

Le château de Burg, Gemeinde Burg

Il s’est éteint à l’âge de 102 ans en 2008. Deux ans plus tôt, alors qu’il célébrait ses 100 ans à Bâle dans le cadre d’un congrès sur le LSD, il a raconté en avoir pris la dernière fois à l’âge de 97 ans ! Il a donc eu une longue vie, ce qui ne fut pas le cas de tous les consommateurs de LSD de l’époque Flower Power des années 1960 et 1970.

 Wolschwiller (l’Alsace)

Le chemin du Rittimatt fait partie d’un itinéraire de randonnée reliant Rodersdorf, en passant par Biederthal et Lutter, en France. La source de la petite rivière La Birsig se trouve du côté de Wolschwiller. De là, elle s’écoule en direction de la Suisse en marquant la frontière entre les deux pays, avant de rejoindre Bâle.

Puis, la rivière coule le long d’un canal bordé de parcs, passant dans un tunnel sur ses derniers kilomètres, sous le centre historique de Bâle, avant de se jeter dans le Rhin. La première ligne du tramway a été nommée Birsigtalbahn en 1887, d’après cette rivière, tout comme le viaduc de Birsig, à Bâle.

La région possède un sol argileux, fertile et favorable à l’agriculture. En outre, plusieurs châteaux témoignent de son importance économique dès le Moyen Âge.

Dans cette zone frontalière franco-suisse, les habitants peuvent également communiquer entre eux dans le dialecte local, l’alémanique du Rhin supérieur (Oberrheinalemanisch), bien que sa connaissance tende à diminuer.

L’ancienne frontière, Soleure

Le Club Alpin Suisse

Le Club Alpin Suisse (CAS) organise régulièrement des randonnées dans cette région. Toutefois, comme son nom ne le laisse pas présager, le CAS n’organise pas seulement des randonnées à ski, de l’alpinisme et d’autres sports en haute montagne et dans les Alpes, mais aussi d’autres activités comme, par exemple, l’escalade, la sauvegarde de l’environnement, des activités culturelles et bien sûr des randonnées dans d’autres régions.

(Plus d’informations : www.sac-cas.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice. 

La Landskron (l’Álsace)

Le Binnbach

Bättwil (canton de Soleure)

La frontière des cantons de Soleure et Bâle-Campagne

Therwil, et l’ancienne source de l’eau

Le canton de Soleure et le canton de Bâle-Ville (les tours de Roche et l’hôpital de Bruderholz)

L’actualité du Concile de Nicée

Cet événement a reçu peu d’attention, et pourtant il reste d’actualité: le premier concile de l’Église chrétienne en 325 à Nicée, l’actuelle Iznik (Turquie). Les empereurs de l’Empire romain régnaient depuis des siècles sur de vastes parties d’Europe, d’Asie et d’Afrique, y compris l’actuelle Turquie et la Suisse.

Le christianisme s’est principalement répandu au cours des premiers siècles dans le Moyen-Orient actuel, en Turquie et dans les régions avoisinantes. Ce qui caractérisait le christianisme dès ses débuts, c’était la grande diversité théologique. Des dizaines de scissions chrétiennes sont apparues.

 Nicée (Nikaia), IIIe siècle après J.-C. Image : Antikensammlung Basel und Sammlung Ludwig

Le Concile de Nicée voulait rétablir l’unité de l’Église, ou du moins fixer sa doctrine officielle. C’était, en quelque sorte, la première initiative œcuménique !

Comme on le sait, l’Église chrétienne s’est ensuite divisée à de nombreuses reprises (notamment le Grand Schisme de 1084 et la Réforme à partir de 1517), mais il est bon de s’arrêter à cette première initiative de 325, une médiation avant la lettre.

Monastère de Mégalo Météoron (Grèce), icône représentant le concile de Nicée, avec Arius, condamné, gisant au sol. Image : Wikipédia

Au Concile de Nicée, les évêques ont débattu de la doctrine chrétienne. Certaines décisions prises à l’époque demeurent importantes pour l’Église chrétienne actuelle! Leur contenu n’est pas pertinent d’un point de vue historique, mais cela montre à quel point les décisions peuvent avoir des répercussions à long terme, même si elles ont parfois des conséquences imprévues et pas toujours positives.

Pierres tombales provenant de Phrygie (actuelle Anatolie), IIIe siècle après J.-C. Collection : Antikensammlung Basel und Sammlung Ludwig

Ce n’est pas un hasard si c’est précisément en Suisse que ce concile est commémoré de manière aussi importante. Pendant la Réforme, la « Disputatio », le « Simultaneum », le compromis, « agree to disagree », l’esprit d’État et, surtout, la voix des citoyens (par exemple, Appenzell 1597) ont été des conditions préalables à la prévention de guerres de religion impitoyables, à l’exception de quelques conflits armés mineurs. Même, ou précisément, dans l’ancienne capitale calviniste et actuelle capitale juridique internationale du monde, « Nicée » est au centre de l’attention !

Ce qui est vrai pour le Concile de Nicée l’est aussi pour les traités institutionnels actuels, même si, heureusement, les évêques et la religion chrétienne ont laissé la place à des politiciens élus et à une législation non fondée sur la religion.

Via Engadina, Via imperiale, de Casaccia à Vinadi

La Via Engiadina est un sentier de randonnée (en partie également possible à vélo) de Casaccia (Bergell) en Haute-Engadine, à la frontière italienne, jusqu’à Vinadi en Basse-Engadine, à la frontière autrichienne. Le Bergell (Val Bregaglia) est limitrophe de la Valteline, qui, pendant plus de deux cent cinquante ans (1512-1798), a été un territoire soumis à la République des trois ligues, l’ancêtre du canton des Grisons.

Le parcours de 140 kilomètres peut être parcouru facilement par étapes à pied (ou à vélo) grâce aux excellentes possibilités d’hébergement. La différence d’altitude se situe entre 2 500 et 1 086 mètres dans le Vinadi.

L’art, le tourisme, l’histoire, la nature et les lieux mondialement connus, ainsi que les beaux villages à l’architecture engadinoise et les célèbres cols de montagne accompagnent le randonneur. Maloja, Sils Maria (et le lac) et St. Moritz (et le lac) sont les premiers grands villages de ce magnifique paysage de montagne.

Schellen-Ursli (Uorsli) Museum Guarda

Réplique de la Schellen-Ursli Haus, Europapark  à  Rust (Bade-Wurtemberg)

Giovanni Segantini (1858-1899) et le musée qui lui est consacré à Saint-Moritz confèrent à ce paysage une dimension artistique. De Sils avec son célèbre hôtel Waldhaus et son musée (Nietzsche-Haus), la maison de Friedrich Nietzsche (1844-1900), l’Inn (En en romanche) mène le randonneur après Sils à Vinadi.

Le circuit passe par Celerina, Bever, Zuoz (avec ses belles maisons (Chesa Planta) et sa place (Plazzet), Brail (la frontière entre la Haute-Engadine (Putèr-Romanche) et la Basse-Engadine (Vallader-Romanche) Zernez (et le plus haut sommet de l’Engadine, le Piz Linard à 3 410 mètres), château Wildenberg et le centre du parc national suisse), Susch, Lavin, Guarda, Ardez, Ftan, Scuol (Bogn Engiadina et le musée de la Basse-Engadine), Vulpera Tarasp (château Tarasp et Trinkhalle, Fondation Nair à Vulpera), avec des vues sur les Dolomites de l’Engadine, Sent, Vnà, Val Sinestra, Ramosch, Tschlin, Martina et enfin Vinadi.

Vinadi est la vieille ville frontalière ; le château d’Altfinstermünz, du côté autrichien, la rappelle.

Susch

La Via imperiale

La Via imperiale est l’ancienne voie romaine reliant Côme au Tyrol, à travers la Basse-Engadine, et suit en partie la Via Engiadina. À Ardez, dans l’ancien hameau de Chanoua, aujourd’hui abandonné, se trouve une auberge qui a fonctionné jusqu’en 1867. La route Lavin-Scuol dans la vallée a été mise en service cette année-là et l’auberge a été abandonnée.

Pendant des siècles, elle a servi de lieu de change pour les chevaux et les calèches, d’étable pour le bétail, de lieu de repos pour les voyageurs et les commerçants, et d’entrepôt pour les marchandises. L’impressionnante ruine est un témoin silencieux du grand complexe, déjà mentionné dans un document du IXe siècle.

La Via imperiale à Guarda

   

Les ruines de Chanoua, la Via imperiale à Ardez

Image: Stiftung Chanoua, Grafik Atelier George Jenny Grusch/ Gravure SA Erlach

(Quelle: A. Planta, T. Planta, Alte Talwege im Unterengadin (Chur, 2022)

Impressions de Guarda

 

La Fondation Beyeler réunit plus de 300 œuvres de Yayoi Kusama

La Fondation Beyeler présente pour la première fois en Suisse une exposition consacrée à Yayoi Kusama (*1929), l’une des artistes les plus avant-gardistes des XXe et XXIe siècles. Conçue en étroite collaboration avec l’artiste et son studio, l’exposition réunit plus de 300 œuvres provenant du Japon, de Singapour, des Pays-Bas, d’Allemagne, d’Autriche, de Suède, de France et de Suisse.

Image de l’exposition  ‘Yayoi Kusama’. © Yayoi Kusama. Photo: TES

L’exposition retrace l’extraordinaire parcours de Yayoi Kusama, depuis ses premières œuvres dans le Japon d’après-guerre jusqu’à la reconnaissance internationale dont elle jouit aujourd’hui.

Taihaku leaves, Loquat leaves

Untitled (Monkey sketches). Les premières œuvres sur papier, 1948. Collection: © Yayoi Kusama

L’exposition débute par ses premières peintures et ses œuvres sur papier des années 1950, réalisées dans sa ville natale, Matsumoto, et rarement exposées jusqu’ici, avant de mettre en lumière son audacieux séjour à New York à la fin des années 1950, où elle occupe une place centrale au sein des avant-gardes des années 1960.

De retour au Japon au début des années 1970, Kusama continue de réinventer son langage artistique, alliant une approche profondément intime à une portée politique saisissante.

Infinity Mirrored Room – The Hope of the Polka Dots Buried in Infinity Will Eternally Cover the Universe, 2025. © Yayoi Kusama. Foto: TES

Aujourd’hui, elle demeure probablement l’artiste femme vivante la plus célèbre, conservant toute sa puissance créatrice et sa pertinence, et poursuivant son œuvre avec une intensité intacte.

Son œuvre embrasse une remarquable diversité de médiums – peinture, dessin, sculpture, installation, performance, collage, mode, littérature et cinéma – faisant d’elle l’une des artistes les plus polyvalentes et influentes de notre époque.

Mirrored Room. © Yayoi Kusama. Photo: TES

L’exposition offre un panorama des œuvres iconiques de Yayoi Kusama, dont plus de 130 pièces jamais présentées en Europe, ainsi que des créations inédites conçues spécialement pour l’occasion.

(Source et plus d’informations: Fondation Beyeler)

Les quatre sociétés de lecture séculaires de Suisse

Dans de nombreuses grandes villes européennes, du XVIIIe  siècle au début du XIXe siècle, on trouvait des sociétés de lecture (Lesegesellschaft). Fait étonnant, seule la petite Suisse abrite encore aujourd’hui ce type d’organisation dans ses quatre villes principales, Bâle, Genève, Lausanne et Zurich.

Ainsi depuis plus de deux siècles, les membres peuvent lire ou emprunter un grand nombre de journaux et de magazines nationaux et étrangers, des œuvres littéraires, des publications scientifiques, des cartes, des dictionnaires et divers autres écrits, réunis dans de vastes salles de lecture.

Salon dans la Société de lecture de Genève

De plus, ces organisations avaient à l’origine une fonction sociale en tant que centres de rencontre, dotés de salles de billard, d’un bar et d’autres installations. Aujourd’hui, ce rôle social est assuré par une programmation variée d’événements littéraires, musicaux et culturels.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’adhésion était réservée aux hommes. Par la suite, le processus d’émancipation s’est accéléré, et aujourd’hui, les femmes et les hommes participent à égalité à la vie des sociétés de lecture.

Le Cercle de littérature de Lausanne

Jusqu’à la Première Guerre mondiale (1914-1918), les membres étaient principalement issus de la bourgeoisie, comme les fondateurs. Après 1918 et surtout après 1945, cette distinction a en grande partie disparu.

Les salles remplies de fumée (de cigares) appartiennent autant au passé que les « clubs réservés aux hommes », mais ce qui caractérise encore ces sociétés de lecture après plus de deux siècles, c’est leur qualité, leur continuité, leur bonne gestion, leur capacité d’innovation et d’adaptation aux évolutions sociales. À cet égard, elles symbolisent aussi, d’une certaine manière, la Suisse.

Vous trouverez ci-dessous un bref aperçu chronologique, par année de fondation, des quatre sociétés de lecture (die Allgemeine Lesegesellschaft Basel, la Société de lecture de  Genève, le Cercle de littérature de Lausanne et le Verein Museumsgesellschaft in Zürich) du pays.

L’Allgemeine Lesegesellschaft Basel

L’Allgemeine Lesegesellschaft de Bâle

Bâle ne se distingue pas uniquement par sa prestigieuse université, fondée en 1460 (la première du pays), ni par sa collection publique d’art, établie dès 1671 et considérée comme l’un des tout premiers musées au monde. Elle est aussi le berceau de la première société de lecture suisse, l’Allgemeine Lesegesellschaft, fondée en 1787 par quelques notables éclairés.

C’était l’époque des Lumières, des salons des sociétés, de Voltaire, de Rousseau, de Diderot et de son Encyclopédie, ainsi que de l’essor de la « bourgeoisie cultivée ». L’aristocratie ne jouait certes pas de rôle politique significatif en Suisse, mais la classe supérieure aisée s’orientait principalement vers la culture française (et la langue).

À Bâle, proche de la France, il n’en allait pas autrement. Dotée d’une université prestigieuse et d’une élite économique dynamique, la ville réunissait les ingrédients nécessaires à la fondation d’une société de lecture : un public cultivé et les ressources nécessaires pour concrétiser l’initiative.

Reinacherhof 18

Le bâtiment de la société de lecture se trouvait, dès sa fondation, sur la Münsterplatz.Le Reinacherhof abritait, jusqu’en 1832, la bibliothèque et les salles de lecture. À cette époque, la société de lecture était aussi une « Casino-Gesellschaft » avec une fonction sociale et un centre de rencontre. Mais en 1826, Bâle avait obtenu un Stadt-Casino pour les concerts et, en 1831, un Stadttheater. Ces institutions ont de plus en plus la fonction sociale de la Casino-Gesellschaft.

En 1830, une occasion s’est présentée pour répondre à l’évolution de la société. Cette année-là, le bâtiment situé au Münsterplatz 8, aujourd’hui encore siège de la société de lecture, était à vendre.

L’édifice se trouve non seulement sur la rive du Rhin, mais aussi juste à côté de la Münster et de sa porte romane de Gallus. Jusqu’à la Réforme (1529), il appartenait aux chanoines. Ensuite, il a longtemps servi d’entrepôt.

La société de lecture a abordé le projet avec énergie, en nommant une commission de construction et les premiers travaux de rénovation ont commencé dès 1830. Peut-être que les bâtiments prestigieux des sociétés de lecture fondées à Genève (1818) et à Lausanne (1819) y ont apporté une motivation supplémentaire. Ces villes étaient les capitales des nouveaux cantons de Genève et de Vaud, et une concurrence (inavouée) entre les cantons servait de catalyseur.

La salle de café 

Quoi qu’il en soit, c’est à cette époque qu’a pris forme le style décoratif néogothique, intégré à une conception architecturale classique. Deux personnalités ont particulièrement marqué la rénovation : Johan Huber (1767-1832) et Marquard Wocher (1760-1830), surtout connu pour le Panorama de Thoune, mais qui a également laissé ses traces néogothiques à Bâle.

Ce bâtiment est l’un des premiers édifices néogothiques de Suisse. L’inspiration pour ce style néogothique est également liée à la proximité de la Münster gothique. Même la couleur est assortie à la Münster.

Après l’inauguration festive du nouveau bâtiment le 26 octobre 1832, diverses adaptations, rénovations et modifications ont encore été nécessaires. Le caractère est cependant resté inchangé. De nombreux détails authentiques ont été précieusement conservés, certains remontant à l’époque des chanoines.

La petite salle de lecture

La grande salle de lecture

À l’origine, la Lesegesellschaft était exclusivement réservée aux hommes ; ce n’est qu’à partir de 1901 que les femmes ont été admises en tant que membres à part entière. Aujourd’hui, la société de lecture compte environ 1 300 membres, qui peuvent non seulement utiliser la bibliothèque, la salle de café et les salles de lecture, mais aussi assister régulièrement à des conférences, des lectures littéraires et d’autres événements culturels.

La baie vitrée gothique (1528) dans la grande salle de lecture

La chouette, symbole de la déesse de la sagesse Athéna – et donc aussi du club de lecture –, est estampillée sur la couverture de chaque livre.

Pour la deuxième fois, la Lesegesellschaft organise, le 21 novembre, une nuit portes ouvertes avec hébergement pour les enfants (Kindernacht am Münsterplatz). Car qui dit jeunesse, dit avenir pour cette organisation, vieille de près de 240 ans.

La bibliothèque avec environ 80 000 publications et de nombreuses places assises

(Source et plus d’informations: Allgemeine Lesegesellschaft Basel; Doris Huggel, Haus der Allgemeinen Lesegesellschaft in Basel, Berne, 1996)

La Société de lecture de Genève

 La Société de Lecture de Genève

Genève s’affirmait depuis des siècles comme une ville de marchands, d’industriels (horlogers), de théologiens, de juristes, d’écrivains, de scientifiques et d’éditeurs lorsque la Société de Lecture de Genève fut fondée en 1818. À partir de 1536, la ville fut même la capitale calviniste de l’Europe, avec une académie (précurseur de l’université) et au cœur d’un vaste réseau intellectuel européen.

 Jules Pizzetta (1820-1900), Augustin-Pyramus de Candolle (1778-1841), 1893. L’un des fondateurs  La Société de Lecture, Wikipédia

Les Lumières y trouvèrent un terrain particulièrement fertile et la France, et plus encore Paris, fut une source d’inspiration (artistique et culturelle). Bien que francophone, Genève demeura indépendante : l’évêché (jusqu’en 1536) puis la république souveraine (jusqu’en 1798) ne furent jamais rattachés à la France. Seul le duché de Savoie représenta une menace pendant des siècles, avec l’Escalade de 1602 comme dernier assaut.

Cependant, l’annexion par Napoléon (1798-1813) réduisit considérablement l’engouement pour la France et, en 1815, les citoyens choisirent massivement de rejoindre la nouvelle Confédération suisse.

Cela ne signifiait toutefois pas que la culture française et les idéaux des Lumières avaient perdu de leur importance. Au contraire, même après 1815, des liens culturels, sociaux et économiques étroits avec la France perdurèrent.

De plus, de nombreux exilés français trouvèrent refuge à Genève ou dans ses environs, mais beaucoup étaient déjà arrivés avant 1789 (Révolution française) et après Napoléon (restauration de la monarchie française). À Genève, l’idée d’une Société de Lecture était déjà familière ; en 1818, le moment parut propice à la concrétiser.

La Société de Lecture est installée dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle. La bibliothèque possède aujourd’hui une collection de 200 000 livres. Cette collection s’est constituée au fil des siècles grâce aux achats et dons à partir de 1818, parmi lesquels des éditions uniques, notamment la première édition d’ Un Souvenir de Solférino (1862) du membre Henry Dunant (1828-1910), l‘Histoire universelle de Théodore-Agrippa d’Aubigné (1616), le Discours de la méthode, de Descartes (1637), l’Histoire naturelle de Buffon (1749) ou encore De la démocratie en Amérique de Tocqueville (1835). Les collections possèdent également des livres annotés par Jean Calvin et par Lénine.

Sa renommée internationale fut rapidement établie. Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873), futur empereur Napoléon III (1852-1870), y rencontra, par exemple, en 1835 Camille Benso di Cavour (1810-1861), l’un des fondateurs de l’indépendance et de l’unification italiennes en 1861, et Vladimir Ilitch Oulianov (1870-1924), plus connu sous le nom de Lénine, en devint membre en 1904. Il fréquentait régulièrement l’une des salles de lecture qui regorgeait de magazines et de journaux en allemand, en anglais et en français.

La Société de Lecture propose deux rencontres littéraires par semaine et depuis trois ans, durant le premier week-end du mois de novembre, un festival de littérature jeunesse appelé le « Croque-Livres ».

Le jury du prestigieux Prix Europa Nostra a motivé son attribution en 2020 comme suit:

« Cette bibliothèque universelle et lieu de discussion existe sans interruption depuis 200 ans. Pendant tout ce temps, la Société de Lecture est restée fidèle à ses objectifs initiaux de rassembler les personnes intéressées par la littérature, la science et les arts.

Elle est devenue un centre pour les représentants les plus éclairés des différentes cultures européennes et ses activités expriment l’esprit d’ouverture et la volonté d’innover, qualités que la Société continue de promouvoir dans ses murs.

La contribution de la Société de Lecture à la promotion et à la diffusion des valeurs culturelles, sous leurs diverses formes, est reconnue comme un cas exceptionnel de multilinguisme suisse et est pertinente à un niveau européen plus large ».

(Source et plus d’informations: la Société de lecture)

Le Cercle littéraire de Lausanne

 Le Cercle littéraire de Lausanne

La Société de Lecture de Genève existait depuis moins d’un an lorsque le Cercle littéraire de Lausanne fut fondé le 24 janvier 1819. Le nouveau canton de la nouvelle Confédération de 1815 débordait d’énergie et d’un nouvel élan après des siècles de domination bernoise. Tout comme Genève, Lausanne était une ville cosmopolite :

« Fréquenté par les élites, habité par les familles distinguées qui entretenaient une vie mondaine de bon aloi, le chef-lieu du département du Léman affichait un cosmopolitisme intellectuel et artistique excitant pour l’esprit et de nature à nourrir autant les conversations que les rêves » (Maurice Denuzière, Helvétie, Paris 2010).

Depuis des siècles, le canton était un carrefour européen des cultures, du commerce et des sciences. Nyon et Avenches étaient des villes importantes à l’époque romaine. Lausanne devint une ville épiscopale peu après le départ des Romains, et le diplomate Frédéric-César de la Harpe (1754-1838) fut pendant de nombreuses années gouverneur du jeune tsar Alexandre Ier (1777-1825). Il entretenait des relations étroites avec Napoléon pendant la République helvétique (1798-1803) et joua un rôle important pour la Suisse et le canton lors du Congrès de Vienne (1814-1815).

L’influence culturelle française dans le canton francophone était en outre indéniable. Les contacts sociaux et économiques avec la France et le duché de Savoie (le royaume de Piémont-Sardaigne) étaient étroits. La viticulture a marqué, pendant des siècles, le paysage des rives du lac Léman. Le commerce et le trafic maritime étaient florissants entre Montreux, Vevey, Nyon, Lausanne et Genève, d’une part, et les rives françaises et suisses du lac Léman (Saint-Gingolph, canton du Valais), d’autre part.

Joueurs de billard au Cercle littéraire de Lausanne, 1955. Archive: Cercle littéraire de Lausanne

De plus, le salon de Madame de Staël (1766-1817) à Coppet était l’un des lieux de rencontre les plus connus d’Europe pour les scientifiques, les écrivains (entre autres l’historien Edward Gibbon, 1737-1794), les politiciens et les exilés. D’autres femmes ont également marqué la vie littéraire à Lausanne, notamment l’écrivaine Isabelle de Charrière (1740-1805), qui vivait à Colombier.

Bref, à Lausanne aussi, le temps était venu de créer une Société de Lecture, baptisée « Le Cercle littéraire ». L’objectif était aussi de mettre à la disposition des membres des journaux, des magazines, des livres et des ouvrages spécialisés dans les principales langues, dans des salles de lecture et une bibliothèque.

Salon du Cercle littéraire de Lausanne, 1955. Archive: Cercle littéraire de Lausanne

Depuis 1821, le Cercle littéraire est installé dans le bâtiment Saint-François, place Saint-François, en face de l’église du même nom, à quelques pas de la cathédrale. Ce bâtiment a également une valeur symbolique pour cette organisation littéraire : il est la maison natale de Benjamin Constant (1767-1830).

La bibliothèque gère aujourd’hui plus de 70 000 publications, dont plusieurs œuvres uniques datant des siècles précédents, couvrant de nombreux domaines, ainsi que des magazines et des journaux en plusieurs langues. Aujourd’hui, le bâtiment accueille également des conférences et divers événements culturels.

(Source et plus d’informations: Le Cercle littéraire)

La Museumsgesellschaft de Zürich

La Museumsgesellschaft de Zürich

La plus grande ville du pays abrite depuis 1834 la Museumsgesellschaft, autre nom donné à une Lesegesellschaft. Le terme « musée » ne désignait pas principalement un espace d’exposition, mais plutôt un lieu où se déroulaient des activités savantes.

La ville commerçante était non seulement à l’aube d’une révolution industrielle, inspirée, entre autres, par Alfred Escher (1819-1882) et la Schweizerische Kreditanstalt, qui allait devenir plus tard le Crédit Suisse, en tant que principal bailleur de fonds.

Extrait du premier rapport annuel de la Société du musée de 1934. Collection: Archiv Museumsgesellschaft 

En 1830, le canton venait de connaître une révolution démocratique, avec des libertés constitutionnelles et des garanties pour les citoyens, uniques à l’époque. De plus, l’université avait été fondée en 1833.

Tout comme Bâle, Lausanne et Genève, Zurich était depuis toujours une ville cosmopolite et un refuge pour les réfugiés politiques d’autres pays européens, au grand dam des pays voisins autoritaires. Pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918) et la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), la ville était également un centre d’accueil pour les émigrants politiques et les réfugiés.

La grande salle de lecture. Photo: Verein Museumsgesellschaft

En 1834, il était nécessaire de disposer d’un lieu abritant une grande collection de journaux nationaux et étrangers, de magazines, d’ouvrages spécialisés dans divers domaines et de littérature. Tout le monde pouvait devenir membre, indépendamment de sa religion, de sa profession ou de ses opinions politiques, y compris les femmes à partir de 1894.

Sophie Heim (1845-1916), entrée à la Société du musée en 1894 et première femme médecin suisse. Image : Verena E. Müller, Marie Heim-Vögtlin, die erste Schweizer Ärztin (Baden, 2008).

Conformément à l’esprit libéral de la Constitution cantonale, l’offre de salles de lecture et de bibliothèque reflétait également un large éventail d’opinions (politiques), de milieux (sociaux) et de religions. Diverses personnalités étrangères avaient adhéré à la société et fréquentaient régulièrement les salles de lecture et les bibliothèques.

Le Zurichois Gottfried Keller (1819-1890), l’un des auteurs germanophones les plus connus de l’époque, était l’un des membres et des visiteurs célèbres de la salle de lecture et de la bibliothèque. Des personnalités étrangères, dont (encore) Lénine, Kurt Tucholsky (1890-1935), Stefan Zweig (1881-1942), James Joyce (1882-1941), Lev Bronstein, alias Trotzki (1879-1940), et les Dadaïstes, en étaient également membres.

Collection: Archiv Museumsgesellschaft

Dans les années 1860, la Museumsgesellschaft commanda la construction de son propre bâtiment sur le Limmatquai, inauguré en 1867.

La Museumsgesellschaft s’est ensuite agrandie en 2000 avec la création d’une maison de la littérature (Literaturhaus). L’offre s’est ainsi élargie avec des conférences et d’autres événements.

(Source et informations complémentaires: Museumsgesellschaft et Literaturhaus Zürich)

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

L’abbaye de St. Blasien, son dôme, la production de verre et le sentier des monastères

L’abbaye de St. Blasien (Bade-Wurtemberg) dans le Naturpark Südschwarzwald et  l’ Albsteig a été fondée au XIème siècle. Un document de l’abbaye de Rheinau, près de Schaffhouse, mentionne vers l’an 800 une communauté de moines sur ce site de la vallée de l’Alb (Albtal).

L’abbaye bénédictine était dédiée à saint Blaise (IIIème siècle), martyr d’Arménie. L’abbaye de Cluny reprit le monastère au XIème siècle et construisit la première grande église en pierre sur les fondations de l’« Alten Münster » (IXème ou Xème siècle).

L’armoirie (datée de 1563) du Bläsihof (démoli en 1909) situé au 27-29 de la Unterer Rebgasse à Bâle. Au Moyen Âge, ce bâtiment abritait le siège de l’intendant bâlois du monastère de Saint-Blaise.

Le complexe s’est encore agrandi au cours des siècles suivants. Les innovations, les extensions et les styles romans, gothiques et baroques se sont succédés. En 1768, un incendie détruit l’église, qui ressuscita vers 1783, tel un phénix renaissant de ses cendres, sous la forme d’une imposante église à coupole, sur le modèle de l’église Sainte-Marie, le Panthéon, à Rome.

L » abbé Martin II. Gerbert

Le prince-abbé (l’abbé et prince du Saint-Empire romain) Martin II. Gerbert (1729-1793) en fut l’initiateur. C’était un homme vivant entre le baroque et le siècle des Lumières et le nouvel édifice présente les styles des deux époques.

Il a été influencé non seulement par Rome, mais aussi par les églises de Saint-Geneviève, Saint-Sulpice et du Val-de-Grâce, ainsi que par le style architectural du Dôme des Invalides à Paris.

C’est ainsi que l’édifice de la Forêt-Noire, situé non loin des sources de la Wiese et d’Alb au Feldberg, est doté de l’un des plus grands dômes d’Europe. Depuis 1716, la haute fontaine de Saint-Blasien le couve jalousement depuis la place du marché.

Mais en 1806, le monastère a été dissous et l’orgueilleux dôme a été rétrogradé au rang d’église paroissiale. Pour ne rien arranger, cette église paroissiale dotée d’une des plus grandes coupoles d’Europe a été entièrement détruite par un incendie en 1874.

La reconstruction de l’église à coupole a eu lieu en 1913. Dans les années 1970 et 1980, une rénovation complète a eu lieu pour restaurer autant que possible la construction de 1783 avec son narthex, ses loggias et ses colonnes doriques.

La rotonde et son architecture classique, la décoration avec des éléments du baroque tardif (notamment des peintures dans la coupole et sur les arcs du chœur), les quatre grandes fenêtres, les colonnes ioniques et corinthiennes, ainsi que la simplicité de l’intérieur témoignent de l’esprit de l’année 1783 dans cette partie de l’Allemagne.

Le chœur des moines, avec ses chaises en bois, fut la dernière phase de la rénovation de 1983, juste à temps pour commémorer le 200e anniversaire de sa consécration (Domweihe).

Le diamètre du dôme est de 36 mètres et sa hauteur de 32 mètres. Le dôme intérieur mesure 18 mètres de haut, tandis que le dôme extérieur mesure 14 mètres. Les colonnes qui le soutiennent mesurent 18 mètres de haut. La hauteur totale de l’édifice est de 62 mètres. La première structure en bois, détruite en 1874, a été remplacée par une structure en acier en 1913.

En 1783, l’abbé Martin II Gerbert fut déjà critiqué par ses contemporains, qui considéraient le projet comme une idée mégalomaniaque. Il y répondait en affirmant:

« Si les puissants de ce monde bâtissent leurs magnifiques châteaux et palais, c’est une maison glorieuse qui convient au majestueux Seigneur et Dieu » (Wenn schon die Mächtigen der Welt ihre Prunkschlösser und ihre Paläste bauen, sei doch wohl dem majestätischen Herrn und Gott ein glanzvolles Haus angemessen.

La somptuosité de l’ancien dôme est toujours là, sous l’œil vigilant de saint Blasien, mais après 1806, le pouvoir séculier et la dispersion des terres, des autres possessions et des relations politiques en Bade, en Autriche et en Suisse appartiennent au passé. Le sentier des monastères (Klosterweg) reliant St. Blasien à Klingnau rappelle toutefois cette époque.

La production de verre (Glasherstellung)

Le porteur de verre professionnel (le Glasträger) est apparu pour la première fois dans les sources du 16e siècle. Il était indispensable à la chaîne de production. Image: Gemeinde St. Blasien. Photo: TES

La production de verre dans une Glashütte était une industrie cruciale pour l’abbaye. Les installations de production et les temps de fonctionnement étaient :

1480-1515  Bernau am Todtmooserweg

1516-1567  Glashof St. Blasien

1560-1587  Bernau am Rechberg

1579-1684  Blasiwald Habsmoos

1597-1684  Blasiwald Munchenland ob Neuhäuser Bach

1611-1716  Grünwald bei Kappel

1622-1684  Blasiwald Schmalzberg Althütte

1684-1712  Glashütte am oberen Windbergbach

1716-1878  Glashütte Äule

Impression de la production dans une Glashütte. Image: Gemeinde St. Blasien. Photo: TES

(Source et plus d’informations: J. Adamek, St. Blasien: Kirche-Kloster-Kolleg, St. Blasien, 1992)

 Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Impressions du complexe

L’anniversaire de la cathédrale Notre-dame de Lausanne

La construction de la cathédrale de Lausanne vit se succéder plusieurs maîtres d’œuvre jusqu’à la première moitié du XIIIe siècle. L’évêque Landry de Durnes prit l’initiative de la construction vers 1170.

Débutée par l’abside de facture romane, la poursuite de l’édification du monument affirma rapidement l’orientation gothique de son architecture et se termina vers 1235 par l’ajout, sur la façade sud, d’un portail peint. Le 20 octobre 1275, la cathédrale fut consacrée par le pape Grégoire X (1210-1276) en présence de l’empereur Rodolphe de Habsbourg (1218-1291).

Collection: Musée Historique Lausanne

La première étape de la construction de la cathédrale se déroule, à partir de 1173, avec la réalisation du déambulatoire de l’abside par un premier maître d’œuvre. Vingt ans plus tard, le second maître corrigea l’implantation de l’édifice, modifia la composition de son architecture et construisit l’église que nous connaissons aujourd’hui jusqu’en 1215.

Le troisième maître d’œuvre poursuivit le chantier vers l’ouest et bâtit le massif occidental, le dotant d’un porche et de deux tours, dont l’une porte le beffroi, l’autre n’étant jamais achevée.

Le portail peint offre l’exemple d’une conception originale, tant par son architecture que par son iconographie et sa polychromie. Il a été érigé entre 1230 et 1235. Il illustre un programme complexe. Le thème général est l’évocation du mystère de l’incarnation et de l’Intercession de la Vierge dans le cadre du pèlerinage de Notre-Dame.

Le portail peint de la façade sud compléta le monument vers 1225-1235. Deux parties de l’ensemble du dispositif architectural d’origine, l’ancien cloître et le passage de la grande travée, ne survécurent hélas pas jusqu’à aujourd’hui. Un cloître vint s’ajouter à l’ensemble monumental de Lausanne dans la seconde moitié du XIIe siècle. Mais, tombé peu à peu en ruines, le cloître fut détruit après la réforme au XVIIe siècle.

Le château Saint-Marie, résidence de l’évêque de 1430 jusqu’à la Réforme

 Après la Réforme

Après la Réforme de 1536, plusieurs cycles de restauration furent entrepris. L’une des plus importantes interventions fut menée dans la seconde moitié du XIXe siècle par l’architecte français Viollet-le-Duc (1814-1879). Le dernier cycle de travaux de restauration débuta en 1968, avec l’intervention sur la tour du chevet nord.

Image: Cathédrale de Lausanne 

(Source et plus d’informations: Cathédrale de Lausanne)

 

Collection: Musée Historique Lausanne

Les évêchés et la diversité culturelle et linguistique de la Suisse

Au cours des siècles qui séparèrent la – lente – dissolution de l’Empire romain, survenue au Ve siècle, de l’avènement des grandes monarchies (du Xe au XIIIe siècles), l’Église, les monastères et les évêchés furent les principales institutions sociales, économiques et politiques dotées d’un grand pouvoir temporel de la Suisse actuelle.

La nouvelle souveraineté de l’évêché s’appuya sur une circonscription ecclésiastique (le diocèse), des propriétés (foncières) et un pouvoir temporel, politique et militaire au sein de ce territoire et parfois bien au-delà.

L’évêque fut l’autorité religieuse suprême avec, au-dessus de lui, l’archevêque à la tête de l’archevêché (province ecclésiastique) et le pape à Rome. Il eut comme adversaires directs ou alliés des souverains et des princes séculiers locaux. La division de la Suisse en évêchés donna une bonne idée de la richesse de l’héritage culturel : les évêchés, propriétaires terriens fortunés, marquèrent le développement de l’agriculture ainsi que celui de la politique.

Les monastères jouèrent également un rôle important, les abbés étant nommés par les souverains politiques du Saint-Empire romain germanique.

Bâle

Le palais épiscopal du premier évêque de Bâle fut édifié dans la ville romaine d’Augusta Raurica, l’actuelle commune d’Augst (canton de Bâle-Campagne). Probablement que l’évêque quitta cette ville au Ve siècle pour des raisons de sécurité, en raison des invasions germaniques.

La colline bâloise (der Münsterhügel), avec ses murs de défense, sur laquelle fut construite la cathédrale de Bâle (Basler Münster), offrit une meilleure protection.

L’évêché de Bâle relevant, depuis le Moyen Âge, de l’archevêché de Besançon (France), le Jura, l’Aar et Bâle furent dès lors imprégnés de la culture francophone. L’évêché de Bâle s’étendit sur une bonne partie de l’Alsace, du Bade et du nord-ouest de la Suisse. Le Petit-Bâle, en revanche, dépendit de l’évêque de Constance et de l’archevêché de Mayence jusqu’en 1803.

En 1529, à la suite de la Réforme, l’évêque de Bâle, également prince du Saint-Empire romain germanique, quitta Bâle pour s’établir dans la ville francophone de Porrentruy, située dans l’actuel canton du Jura. Depuis 1828, Soleure est le siège du diocèse de Bâle.

Soleure

Dans le petit village d’Arlesheim, ancré dans le canton de Bâle-Campagne, qui ne comptait alors que quelques centaines d’habitants, les chanoines construisirent à la fin du XVIIe siècle une cathédrale, entourée de maisons de maître. Restaurée et agrandie au XVIIIe siècle, elle est un exemple édifiant des édifices baroques de l’époque. Arlesheim, commune catholique, n’était pas très éloignée de Bâle protestante!

Lausanne

La ville romaine d’Aventicum, aujourd’hui Avenches (canton de Vaud), capitale de l’Helvétie romaine, fut le siège de l’évêque au VIe siècle. Il se trouvait auparavant à Vindonissa, l’actuelle commune de Windisch (canton d’Argovie). Lausanne (Lousonna) devint la nouvelle ville épiscopale à la fin du VIe siècle.

Le diocèse de Lausanne fut dissous en 1536 après l’occupation du canton protestant de Berne. L’évêque se réfugia alors en Savoie. Le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg engloba des territoires qui appartinrent originairement à deux diocèses : celui de Lausanne et celui de Genève. Le territoire de ces diocèses ayant beaucoup évolué au cours des siècles, comprend actuellement le territoire de quatre cantons romands : Vaud, Genève, Fribourg et Neuchâtel.

Fribourg

Ce n’est qu’en 1924 que la collégiale Saint-Nicolas de Fribourg devint cathédrale du diocèse, alors nouvellement nommé diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg.

L’église rouge de Neuchâtel, Notre-Dame de l’Assomption, ayant été officiellement élevée au rang de basilique mineure en 2008, suite à la réponse favorable du Vatican, Neuchâtel rejoignit, dans le même diocèse, Lausanne, Genève et Fribourg, qui abritaient déjà une basilique mineure.

Le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg dépend directement du Saint-Siège. Son siège est à Fribourg.

Coire et Constance

Jusqu’en 1803, le diocèse de Constance (aujourd’hui en Allemagne) s’étendit également sur des territoires de la Suisse centrale et du nord-est, notamment sur le Petit-Bâle, l’Argovie, la Thurgovie, Appenzell Rhodes-Extérieures, Appenzell Rhodes-Intérieures et Saint-Gall. Le diocèse fit partie de l’archevêché de Mayence depuis 843. L’évêché a été supprimé en 1821. L’évêque s’était déjà réfugié à Meerburg en 1527 à cause de la réforme.

La cathédrale de Constance

L’origine de l’évêché de Coire (Curia en latin) remonte à l’époque romaine. Le premier évêque connu de Coire, en 451, se nomma Asinio. Coire est l’une des plus anciennes villes épiscopales au nord des Alpes. L’évêché de Coire dépendit de l’archevêché de Milan jusqu’en 843 (traité de Verdun).

La cathédrale de Coire

À cette époque, les influences culturelles provinrent de la Lombardie, des évêchés de Côme et d’Aquilée, ainsi que, plus tard, de la République de Venise et de sa culture byzantine.

Depuis 843, l’évêché de Coire fait partie de l’archevêché de Mayence, ce qui renforce l’influence de la culture allemande. L’évêché survécut aux nombreux bouleversements politiques et même à la Réforme, bien que la ville de Coire – comme la moitié des communes très catholiques des Grisons – adhère au protestantisme.

Sion

Dans le canton du Valais, la ville romaine de Forum Claudii Vallensium, l’actuelle Martigny, fut la première ville épiscopale. Au VIe siècle, l’évêque s’établit à Sion (Sitten en allemand, Sedunum en latin). L’évêché bilingue de Sion dépendit de l’archevêché de Tarentaise (France) jusqu’en 1801. L’évêché fut en rapport direct avec la Savoie et sa culture francophone, d’une part, et avec la culture germanophone du Haut-Valais, d’autre part.

Genève

Le diocèse de Genève fit partie de l’archevêché de Vienne en France. Par conséquent, la culture et la langue francoprovençales y eurent une grande influence.  Isaac fut le premier évêque attesté par écrit vers 400. Les fondations initiales de la cathédrale remontent à la fin du IVe siècle. Sur place, le site archéologique, l’un des plus vastes d’Europe, offre un aperçu fascinant des débuts de cet évêché et de la cathédrale Saint-Pierre de Genève.

Toutefois, depuis l’arrivée de la Réforme, au cours de la première moitié du XVIe siècle, Genève n’est plus une ville épiscopale. Au contraire, la ville est même devenue la capitale du calvinisme : le Musée international de la Réforme à Genève (MIR), le seul musée au monde consacré au protestantisme dans sa dimension historique et internationale, en retrace l’histoire.  L’évêché a été supprimé lors de la Réforme en 1536 et fait aujourd’hui partie du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg.

1801

Depuis 1801, tous les évêques des diocèses suisses dépendent directement du Saint-Siège, au Vatican, et ne font plus partie d’un archevêché en dehors de la Suisse.

Saint-Gall

L’évêché de Saint-Gall fut fondé en 1847 et comprend les cantons d’Appenzell Rhodes-Intérieures, d’Appenzell Rhodes-Extérieures et de Saint-Gall. La célèbre abbaye de Saint-Gall, exemple parfait d’un grand monastère carolingien, existe depuis le VIIe siècle et fut, jusqu’à sa sécularisation en 1805, l’un des plus importants centres culturels d’Europe. Il représente 1200 ans d’histoire d’architecture monastique, un ensemble typique et exceptionnel d’un grand couvent bénédictin.

Lugano

Ce diocèse existe depuis 1971 et couvre le canton du Tessin. Après son indépendance vis-à-vis de l’Italie, le Tessin fut rattaché à l’évêché de Bâle jusqu’en 1971. En 1971, fut nommé le premier évêque du diocèse de Lugano, devenant de facto également un diocèse indépendant.

Conclusion

Depuis le début du Moyen Âge, les diocèses situés sur le territoire suisse côtoyèrent différentes langues et cultures. C’est notamment pour cette raison que la Suisse était et reste un carrefour culturel. Les six diocèses actuels de Saint-Gall, Lugano, Sion, Bâle, Coire, Lausanne, Fribourg et Genève reflètent toujours le caractère multiculturel du pays.

(Sources : K. Speich, H. Schläpfer, Églises et monastères suisses, Zurich 1979 ; F. Mazel, L’Évêque et le territoire.) L’invention médiévale de l’espace (Ve-XIIIe siècles, Paris 2008).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

La Foire d’automne de Bâle 1471-2025

La foire d’automne (Herbstmesse) de Bâle a lieu cette année du 25 octobre au 9 novembre. Le premier marché d’automne a eu lieu le 27 octobre 1471. Le marché est le plus grand de Suisse et l’un des plus grands d’Europe, avec 500 stands proposant de toutes sortes de produits, de nourriture et de boissons. Il attire de nombreux visiteurs de la ville, du pays et d’ailleurs.

Au Moyen Âge, la tenue du marché n’était possible qu’avec l’autorisation de l’empereur. En 1471, Bâle faisait encore partie du Saint-Empire romain germanique. En outre, Bâle n’était pas seulement une ville épiscopale; l’évêque était également prince, Reichsfürst, du Saint-Empire romain germanique, et donc un souverain important.

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En 1471, l’empereur Frédéric III (1415-1493) accorda enfin l’autorisation tant attendue. Grâce au concile de Bâle (1431-1449) et au soutien du pape Pie II (1405-1464), qui a également fondé l’université de Bâle en 1460, la ville jouit d’une bonne réputation.

La présence d’éditeurs, d’imprimeurs, d’érudits, d’humanistes et d’une bonne accessibilité a également renforcé son statut. L’infatigable maire Hans von Bärenfels (c. 1430-1495), maire de 1457 à 1494, parvient à obtenir l’autorisation en 1471.

La Bärenfelserstrasse, au Petit-Bâle, porte son nom. Von Bärenfels fut d’ailleurs l’un des derniers maires nobles de Bâle. En 1501, Bâle a adhéré à la Confédération des cantons (Eidgenossenschaft), ancêtre de l’actuelle Confoederatio helvetica (Constitution de 1848).

Selon la charte, le marché d’automne doit avoir lieu au plus tard le 11 novembre, jour de la Saint-Martin. Le dernier samedi d’octobre, cette année le 25 octobre, les cloches de l’église Saint-Martin sonnent à midi et le marché s’ouvre par un service religieux.

Barfüsserplatz

À l’exception de quelques brèves interruptions (sur le marché aux grains devant l’hôtel de ville et sur la place St Peter, 1877-1982), le marché a lieu sur la Münster. La Münster est traditionnellement le lieu (médiéval) des défilés militaires, de l’entrée des princes et d’autres visiteurs de marque, des tournois, des processions et d’autres événements.

Il existe aujourd’hui six autres sites: Petersplatz, Barfüsserplatz, Messeplatz, Rosentalanlage et Kaserneareal.

Kasernenareal

Outre les artisans, l’artisanat et la nourriture, il y a toujours eu des attractions. Des animaux sauvages, des jeux, le carrousel de chevaux (Rösslìritti), l’autoscooter (autos tamponneuses), les montagnes russes, le cabaret, les pistes de danse, les stands de tir, une tour de chute libre, une grande roue toujours plus haute et diverses autres installations étaient ou sont encore présentes. C’est une fête pour les jeunes comme pour les moins jeunes.

(Source et plus d’informations: www.herbstmesse.ch)

Münsterplatz

St. Petersplatz