Le Judengässli d’Allschwil–Hégenheim symbolise l’histoire juive régionale

Le beau village d’Allschwil (canton de Bâle-Campagne) se situe à la frontière avec l’Alsace. Chaque jour, des dizaines de milliers de Français franchissent cette frontière – les frontaliers – en raison d’emplois bien rémunérés dans le nord-ouest de la Suisse, sans compter les centaines de milliers de personnes qui, pour la même raison, vivent et travaillent en Suisse. Dans l’ensemble du pays, le nombre de ces « travailleurs frontaliers » s’élève à environ 400 000. La Suisse est en outre, en tant que pays, le plus grand employeur des régions environnantes.

Allschwil

La ville de Bâle est depuis des siècles une cité industrielle, commerciale et universitaire, et fut la capitale de l’humanisme au XVIᵉ siècle, au même titre que Genève fut celle du calvinisme. Depuis toujours, les frontaliers traversent quotidiennement la frontière dans la région bâloise. Parmi eux, on trouvait un groupe particulier, constitué de la population juive du Sundgau, région méridionale de l’Alsace.

Bâle

Après le pogrom de 1349 et une brève période de tolérance autour de 1400, il fut interdit aux habitants juifs de Bâle, à partir de 1405, de résider en ville. Beaucoup émigrèrent vers les villages environnants et vers l’Alsace voisine, tout en continuant souvent à travailler à Bâle. Ces frontaliers se rendaient quotidiennement à Bâle jusqu’à une période avancée du XIXᵉ siècle. La situation changea après 1798.

L’occupation française de l’ancienne Confédération conduisit à la fondation de la République helvétique (1798–1803). Les cantons souverains cessèrent (temporairement) d’exister, et les Juifs furent alors autorisés à s’installer à Bâle jusqu’en 1805, bien qu’il fallût attendre 1866 pour qu’ils obtiennent le droit de cité et un droit d’établissement permanent.

Bâle, la Synagogue (1869)

À Bâle aussi, une communauté juive put se reconstituer, notamment grâce à l’arrivée d’habitants juifs originaires d’Alsace. En raison des pogroms en Alsace, de plus en plus de Juifs vinrent même s’installer dans cette ville, où il y avait du travail et une relativement grande tolérance– malgré l’intolérance des siècles précédents.

Aujourd’hui, Bâle compte une communauté juive florissante, contrairement à cette région d’Alsace. Ce ne sont pas les années de l’occupation allemande (1940–1945), mais bien la période de 1900 à 1920 qui marqua la fin des communautés juives dans cette région.

Allschwil, le Judengässli aujourd’hui 

Divers villages du Sundgau symbolisent cette histoire, notamment Hégenheim, Hagenthal-le-Bas et Hagenthal-le-Haut. Un étroit chemin reliant Allschwil à Hégenheim (Alsace) en est le symbole. Le poète et artiste de récitation Victor Saudan, ainsi que le musicien Philippe Koerper ont récemment mis en valeur le Judengässli (la Ruelle des Juives) de manière poétique et musicale, en collaboration avec le Musée d’Allschwil.

Victor Saudan et Philippe Koerper

Pendant des siècles, jusqu’au début du XXème siècle, ces frontaliers empruntaient le Judengässli à hauteur d’Allschwil pour se rendre à Bâle et rentrer ensuite dans leurs maisons du Sundgau. Ce qui est aujourd’hui une belle promenade était alors souvent une marche de plusieurs heures à travers le froid, la neige, le vent et la pluie.

La ‘porte’ de Hégenheim

  Hégenheim

Aux XVIIème et XVIIIème siècles, Hégenheim comptait une importante communauté juive : 50 % de la population était juive. Il s’agissait même de la huitième plus grande communauté juive de France. Beaucoup de ses membres venaient du nord de la Suisse, notamment de Bâle, d’Allschwil et du Birseck.

La plaque commémorative en bois unique (Holz-Grabmal). Collection: Le Musée juif de Suisse/Jüdisches Museum der Schweiz

Le cimetière juif fut aménagé en 1673 et est encore utilisé aujourd’hui, y compris par des habitants juifs de Suisse (bien que la communauté juive de Bâle possède son propre cimetière depuis 1905). Le cimetière compte plus de 7 000 pierres tombales et une stèle funéraire en bois unique (l’originale se trouve au Musée juif de Suisse).

Bâle était le principal lieu de travail, et le Judengässli constituait alors tout simplement l’itinéraire du trajet quotidien. Jusqu’à l’époque française, Bâle se montrait peu accueillante envers les Juifs ; par la suite, une communauté juive s’y forma.

À Hégenheim et dans le Sundgau, c’était l’inverse : les difficultés pour la population juive ne commencèrent qu’après la Révolution française de 1789. Il y eut plusieurs pogroms. En France également, jusqu’à la Révolution, les Juifs n’étaient pas des citoyens libres, mais avaient un statut dépendant (mais relativement protégé) du roi et des propriétaires fonciers locaux.

En 1789 eut lieu le premier pogrom. De nombreux Juifs de Hagenthal-le-Bas et de Hagenthal-le-Haut se réfugièrent à Bâle. En 1848, autre année révolutionnaire en France, un nouveau pogrom frappa la région, poussant toujours plus d’habitants juifs à quitter ces villages pour Bâle ou ailleurs.

La synagogue

La synagogue, construite en 1740, fut détruite en 1815, puis reconstruite en 1821. En apparence, le bâtiment ne présente aucun signe distinctif d’une synagogue, tandis que l’intérieur reflète clairement la culture juive. Dans le Sundgau aussi, il était prudent de ne pas afficher trop ouvertement la culture et la religion juives.

Après la reconnaissance officielle des habitants juifs comme citoyens à part entière de la Suisse, dans le contexte de la guerre franco-allemande, de l’annexion allemande de l’Alsace (1870–1871) et de l’antisémitisme (affaire Dreyfus), la plupart des Juifs du Sundgau émigrèrent, nombreux étant ceux qui choisirent Bâle comme destination.

La communauté juive de Bâle grandit si rapidement que la première synagogue y fut inaugurée en 1869, tandis que la synagogue d’Hégenheim fut fermée en 1920, après la dissolution de la communauté juive. La synagogue, avec son remarquable intérieur, sert aujourd’hui de lieu de concerts. L’organisation Le Ventre rénove le bâtiment afin de l’utiliser comme maison de la culture.

Hagenthal-le-Bas en Hagenthal-le-Haut

Les villages de Hagenthal-le-Bas et de Hagenthal-le-Haut possédaient eux aussi une importante communauté juive au XVIIIème siècle. Le cimetière juif de Hagenthal-le-Bas a pu être préservé, tandis que celui de Hagenthal-le-Haut a presque entièrement disparu.

Le cimetière juif de Hagenthal-le-Bas

En 1784, Hagenthal-le-Bas comptait 356 habitants juifs et Hagenthal-le-Haut 271. La communauté juive représentait presque la moitié de la population de ces villages. Après la Première Guerre mondiale, ces communautés ainsi que la synagogue avaient disparu.

Seule la Rue de la Synagogue rappelle encore leur présence. Les habitants juifs de Hagenthal-le-Haut avaient déjà quitté le village avant la Première Guerre mondiale. La synagogue fut détruite en 1903.

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Impressions de Hégenheim

L’écrivain Johann Peter Hebel sous les projecteurs

Qu’ont en commun  Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832), Rainer Maria Rilke (1875-1926) et Walter Benjamin (1892-1940)? Ils admiraient, lisaient et étudiaient les œuvres littéraires de Johann Peter Hebel (1760-1826), même s’ils ne maîtrisaient pas l’allemand alémanique de la région de Bâle et du (Grand-)Duché de Bade.

Hebel n’était en effet pas simplement un écrivain et poète local (également en allemand standard) originaire de Bâle. Il était aussi théologien, pédagogue et surtout un observateur attentif du comportement humain – avec toutes ses faiblesses, ses absurdités, ses beautés et ses forces. Il reflétait tout cela dans ses poèmes, ses récits, ses sermons et ses lettres, toujours avec un humour léger, sans jamais tomber dans un moralisme dogmatique.

À l’occasion du 200ᵉ anniversaire de sa mort, la Basler Hebelstiftung organise, en collaboration avec plusieurs partenaires, une série de manifestations d’avril à octobre, à Bâle, à Lörrach, à Schopfheim et à Hausen (Bade-Wurtemberg).

Literaturhaus Basel, le 11 mars 2026: Présentation du livre ‘Hebel-Wirkungen. 30 Autorinnen und Autoren lesen Johann Peter Hebel’, (réd.). Andreas Lang), Wädenswil (Z), 2026.  

Le 15 avril, Hebel nous adressera à nouveau la parole – par l’intermédiaire de son buste sur la place de l’église Saint-Pierre (St. Peter) à Bâle. Dès le 6 avril, il sera ressuscité lors de l’un de ses sermons à l’église réformée de Grenzach, en bonne compagnie de ses contemporains. Le programme complet de la Basler Hebelstiftung  est disponible sur son site Internet.

(Source et informations complémentaires: Basler Hebelstiftung)

Arlesheim, l’Ermitage et Le Congrès de Vienne

La commune d’Arlesheim (canton de Bâle-Campagne) est surtout connue pour son jardin anglais, l’Ermitage, créé en 1785, et sa cathédrale inaugurée en 1681. Arlesheim est un livre ouvert de l’histoire suisse.

Le château de Birseck

L’Ermitage a été conçu en 1785 par Balbina von Andlau-von Staal (1736-1798). C’est le plus grand jardin à l’anglaise de Suisse, conçu comme une solitude romantique près d’Arlesheim. Le château de Birseck, la porte en pierre, l’ancien et le nouveau moulin, le pressoir à tabac et les trois étangs sont encore aujourd’hui des éléments importants du jardin.

 

Les châteaux médiévaux de Birseck et de Reichenstein sont encore bien visibles sur les sommets des collines environnantes comme symboles de leur importance stratégique à cette époque.

Le château de Reichenstein

En juin 1814, Conrad von Adlau-Birseck (1766-1839) fit d’Arlesheim le centre administratif des forces d’occupation alliées d’une partie de la France et de l’évêché princier de Bâle.

Conrad von Andlau-Birseck avait été nommé gouverneur général de ces territoires (les anciens départements français du Doubs, du Jura, des Vosges, de la Haute-Saône, le comté de Montbéliard et l’évêché princier de Bâle) par les Alliés le 15 janvier 1814.

Après la défaite de Napoléon, Arlesheim fut un village d’importance politique en Europe. Cependant, les décisions furent prises à Vienne, Londres, Berlin et Moscou, capitales des vainqueurs.

Le Congrès de Vienne (1814-1815) et les différents traités conclus, dont ceux de Paris (30 mai 1814 et 20 novembre 1815) et de Turin (16 mars 1816), seront finalement décisifs pour l’avenir politique de la Suisse et pour le partage du territoire de la Principauté de Bâle.

Arlesheim, cependant, a figuré sur la carte politique durant ces années. Les souverains européens ont visité Arlesheim avant même les guerres napoléoniennes à cause du célèbre Ermitage, le plus éminent jardin paysager anglais de Suisse lors de sa création en 1785.

Klemens von Metternich, le tsar Alexandre, l’ancienne épouse de Napoléon, Marie-Louise, et les archiducs de Habsbourg Johann et Maximilien ont visité Arlesheim une ou plusieurs fois avant 1792 ou après 1814.

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Le Bauerngarten

Poésie du cor des Alpes « Lyôbâle » sur le Rhin

L’association Lyôbâle s’est donné pour objectif de remplir, une fois par an, pendant 30 minutes, l’air au bord du Rhin, à Bâle, de magnifiques sons de cor des Alpes.

Pour cela, les joueurs de cor des Alpes se regroupent sur les deux rives du Rhin, tandis que les solistes jouent depuis les bacs. L’événement a lieu pour la sixième fois.

Il a vu le jour à une époque où, en raison du coronavirus (2020), pratiquement aucun événement culturel n’était autorisé. Ces sons, tel est le message, doivent faire connaître cette musique typiquement suisse à travers le monde, portée par le courant du Rhin.

Ce concert en plein air, unique au monde, est également une rencontre entre des musiciens venus de loin. Ils sont originaires des environs de Stuttgart, du lac Léman, de France et du Tessin, et, bien sûr, de la région du nord-ouest de la Suisse.

Avec leur sonorité impressionnante, issue de plus de 100 cors des Alpes, ils font battre les cœurs plus fort. Le répertoire comprend des compositions spécialement écrites pour l’événement Lyôbâle.

(Source et plus d’informations: Lyôbâle)

Les monastères de Bâle

Il y a presque 500 ans, dans les années 1525-1529, les monastères de Bâle cessèrent d’exister et le gouvernement de la ville prit le relais. L’évêque quitta la ville et s’installa à Porrentruy.

La Réforme fut introduite à Bâle et 450 ans d’histoire s’achevaient, depuis la fondation du monastère de Saint-Alban – premier monastère – en 1083. Le deuxième monastère fut celui de Saint-Léonard (St. Leonhard), consacré vers 1133.

St-Alban, artiste anonyme, XIXème siècle. Photo: Wikipedia

St-Alban aujourd’hui

La St. Leonhard et le Musée de la Musique (Musikmuseum) 

Au XIIIème siècle, le nombre de monastères explosa avec l’essor des nouveaux ordres mendiants, ordres religieux qui dépendent de la charité publique pour vivre. Entre 1231 et 1279, les ermites dominicains, également appelés prêcheurs car la prédication était leur principale occupation, franciscains et augustins s’établirent dans trois monastères destinés aux hommes : Barfüsser, Prediger et Augustins et les femmes dans quatre monastères : Gnadental, Sainte-Claire (St. Clara), Steinen et Klingental.

La Predigerkirche

Le monastère de l’ordre des Chartreux

Le monastère de l’ordre des Chartreux du XIVème siècle – avec l’église voisine Saint-Théodore (Theodorskirche) du XVème siècle – est le dernier et le mieux conservé. Les autres monastères n’ont pas subsisté comme celui de Steinen, situé sur le site de la fontaine de Tinguely, et il ne reste que des murs des monastères de Gnadental et des Augustins. Le monastère de Saint-Léonard est devenu le musée de la musique, qui se trouve au centre de la vieille ville de Bâle.

Sept églises issues des monastères existent toujours. Ainsi, les églises de Saint-Léonard (St. Leonhardskirche) et de Saint-Alban (St. Alban Kirche) possèdent encore de nombreux éléments authentiques.

Le monastère de Klingental est aujourd’hui le musée Kleines Klingental (Museum Kleines Klingental). Il témoigne de l’histoire du monastère et de la cathédrale de Bâle (Basler Münster) dont il abrite, entre autres, les reliques et les nombreuses sculptures médiévales.

La Barfüsserkirche, XVIème siècle. Collection: Musée historique de Bâle.

La Barfüsserkirche, le Musée historique de Bâle

La Martinskirche et le Martinsplatz

La Peterskirche

La Clarakirche

L’église de Prediger (Predigerkirche), consacrée en 1269, a été entièrement rénovée avec le souci du détail et dans le respect de la conservation de l’original remontant à la période médiévale, y compris une reconstitution de la célèbre Danse macabre (Totentanz). Cette symbolique du XVème siècle a été détruite en 1805. Aujourd’hui, la Barfüsserkirche est le musée historique de Bâle.

Sainte-Claire (Kirche St. Clara) est l’église du couvent de l’ordre des Clarisses, les moniales franciscaines. Elle est aujourd’hui encore en activité.

La vie monastique de Bâle fut liée à la présence de l’évêque. Il fut le chef du diocèse et prince du Saint-Empire romain germanique : il exerça un double pouvoir, religieux dans son diocèse et temporel dans sa seigneurie épiscopale.

Il fut également le principal seigneur séculier de la ville jusqu’au XIVème siècle. Par la suite, la bourgeoisie de la ville endossa ce rôle. La Réforme en fut l’évènement décisif.

(Source : F. Ackermann, Th. Wollmann, Klöster in Basel, Basel 2009)

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Webergasse, fresco.

Le monastère de Klingental

Klingentalmuseum

Une histoire française-allemande-suisse en Franche-Comté et la Porte de Bourgogne

Rares sont les Français, Allemands ou Suisses qui savent aujourd’hui où se situe la ville de Mömpelgard. Cela n’a rien d’étonnant, car son nom français est aujourd’hui Montbéliard (Franche-Comté).

Cette ville, dotée des droits de cité depuis 1283 et longtemps bénéficiaire de l’immédiateté impériale (Reichsunmittelbarkeit), se situe à la frontière linguistique franco-allemande et à la Porte Bourgogne, au bord du Doubs.

Du Moyen Âge jusqu’à la Révolution française, presque sans interruption, elle forma un comté indépendant en union personnelle avec le duché de Wurtemberg. Bien que la ville, qui compte aujourd’hui environ 27 000 habitants, se trouve en territoire francophone, les influences culturelles et linguistiques allemandes y sont indéniables.

Mons Beligardis, Montbéliard ou Mömpelgard

Le nom dérive de Mons Beligardis, devenu en français Montbéliard, d’abord Mümpelgard, puis Mömpelgard en allemand. Le comté francophone de Montbéliard appartenait jusqu’en 1032 au royaume de Bourgogne (888–1032), puis jusqu’en 1793 au Saint‑Empire romain germanique. Le comté et la ville ont toujours entretenu des contacts étroits avec les cultures et les langues françaises et allemandes de la Lorraine, du Sundgau, de la Bourgogne et de la Suisse.

Cela s’explique notamment par le lien de près de quatre cents ans avec le duché de Wurtemberg (1397–1793), par la possession habsbourgeoise du Sundgau germanophone (jusqu’en 1648) et de l’Alsace (jusqu’en 1681). En bref, Montbéliard — pour continuer à utiliser ce nom — fut, tout comme Mulhouse/Mühlhausen (jusqu’en 1792 alliée de la Confédération suisse), l’un des derniers bastions indépendants à l’époque du Roi‑Soleil français Louis XIV (1638–1715).

Louis XIV annexa la Franche-Comté (possession espagnole des Habsbourg) et le Sundgau (possession autrichienne des Habsbourg) en 1648 (paix de Westphalie), ainsi que l’Alsace en 1681. Seuls Montbéliard et Mulhouse ne furent pas (encore) annexés.

Montbéliard et le duc de Wurtemberg

La lignée masculine des comtes de Montbéliard s’éteignit en 1407. La fille du dernier comte avait déjà épousé, en 1397, le duc de Wurtemberg. Cette dynastie avait son centre administratif à Stuttgart en Souabe, mais possédait de nombreux autres biens (terres, villages et petites villes) sur la rive gauche du Rhin, notamment Héricourt, Blamont, Clémont, Franquemont et Châtelot, et constituait une puissance importante dans la région du Rhin supérieur et au sein du Saint‑Empire romain.

Musée d’Art et d’histoire Hôtel Beurnier-Rossel

Pour Montbéliard, cela signifia toutefois une intégration dans la sphère d’influence souabe. Cette possession ne fut pas paisible pour le duc : l’évêque de Bâle, jusqu’en 1477 le duc de Bourgogne, puis le roi de France, les Habsbourg et des seigneurs locaux (comme les comtes de Ferrette) convoitaient la ville et ses territoires. La Confédération suisse, en tant que puissance alliée, manifesta elle aussi un intérêt marqué pour la conclusion d’une alliance.

Après 1477, la politique du Wurtemberg et de ses possessions dans cette région fut surtout marquée par le conflit franco-habsbourgeois. Grâce à son habileté politique et diplomatique, le Wurtemberg parvint à tenir ces deux puissances à l’écart des portes de Montbéliard (« La ville ne voulait ni se donner ni tomber aux mains des Welsches, mais plutôt mourir et périr afin de rester à la nation allemande »).

Le statut juridique joua également un rôle important. À partir du XVIᵉ siècle, Montbéliard et le Wurtemberg formèrent une union personnelle, sans que Montbéliard soit représenté au parlement du Wurtemberg à Stuttgart. Montbéliard demeura une principauté. Le duc ne résidait que rarement à Montbéliard, préférant Stuttgart ; des parents éloignés administraient le comté.

Le château et le musée du château  et des ducs de Wurtemberg

Il se développa néanmoins un lien culturel, linguistique et — après la Réforme vers 1524 — religieux très fort entre Montbéliard francophone et le Wurtemberg germanophone. Le duc adopta la foi luthérienne en 1534, après l’avoir introduite à Montbéliard. La ville fut même le premier État réformé sur le territoire de la France actuelle. Guillaume Farel (1489-1565), bien connu en Suisse romande, fut la figure motrice de la Réforme à Montbéliard.

La petite principauté devint un refuge pour les huguenots et, en même temps, un champ de conflit religieux entre luthériens et calvinistes, les luthériens finissant par s’imposer. Pour les rois catholiques de France, Montbéliard était une épine protestante dans le flanc, mais ils ne parvinrent jamais à la conquérir.

La culture allemande exerça une influence croissante sur Montbéliard, à l’origine francophone, non seulement depuis le Wurtemberg et la Souabe, mais aussi depuis le Sundgau, l’Alsace et la Confédération suisse. La vie de cour, l’administration, ainsi que des pasteurs, commerçants, architectes et artisans germanophones marquèrent profondément la culture locale. L’exemple le plus célèbre est sans doute celui de l’architecte Heinrich Schickhardt (1558-1635).

L’église Saint‑Martin

Ses constructions — notamment le château, l’église Saint‑Martin, l’urbanisme, les moulins, les ponts et le Collégium — façonnent encore aujourd’hui le paysage urbain. Inversement, la culture francophone de Montbéliard exerça une influence notable sur la vie de cour du Wurtemberg.

Montbéliard était, au sens propre, une société franco‑allemande. Un diplomate l’exprima ainsi en 1681 : « Je vis pour la première fois avec étonnement les mœurs allemandes ». De fait, les vêtements, l’architecture, le mobilier, la langue et la culture allemands étaient omniprésents.

Au‑delà de son caractère frontalier franco‑allemand, la Porte de Bourgogne, au sud de Montbéliard, constituait également une grande ligne de partage des eaux entre le bassin versant francophone du Rhône et celui, majoritairement germanophone, du Rhin. La puissante forteresse de Belfort, construite au XIᵉ siècle par le comte de Montbéliard et transformée au XVIIᵉ siècle par  Sébastien Le Prestre, seigneur de Vauban (1633-1707), en était l’ouvrage défensif principal.

Le lion de Belfort

Avec l’annexion française du 10 octobre 1793, le comté de Montbéliard et l’union personnelle avec le Wurtemberg prirent fin. L’ancien comté appartint successivement à la République rauracienne (1793), au département du Mont‑Terrible (1793–1800), au département du Haut‑Rhin (1800–1815), puis finalement au département du Doubs, dans la région Bourgogne‑Franche‑Comté.

Département Mont-Terrible (1793-1800). Image: Wikipedia

Porrentruy, Delémont et l’Ajoie

Le comte de Montfaucon acquit le comté de Montbéliard en 1162. Il obtint non seulement de vastes territoires dans le Pays de Vaud et l’Ajoie, mais aussi la ville de Porrentruy (Pruntrut) en fief de l’évêque de Bâle. Des siècles plus tard, sous la domination française de 1793 à 1813, Porrentruy et Delémont (Delsberg) furent les capitales des deux arrondissements des départements du Mont‑Terrible et du Haut‑Rhin. Ce n’est qu’en 1815, lors du Congrès de Vienne (1814–1815), que le lien (suisse) avec Montbéliard (et Mulhouse) fut définitivement rompu.

Conclusion

Cette brève histoire de Montbéliard illustre non seulement les relations suisses, françaises et allemandes intenses et pluriséculaires, marquées par des influences réciproques et des échanges, mais aussi leur rupture brutale à partir du XIXᵉ siècle et la naissance des États‑nations.

Toutefois, cet enchevêtrement historique ne constitue pas une raison de se fondre dans un modèle politique, bureaucratique et juridique européen incompatible avec le modèle suisse, éprouvé depuis des siècles, un modèle qui n’est pas dépassé, mais au contraire porteur d’avenir.

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Peugeot et Montbéliard

Impressions du château

Impressions de Belfort et de la Forteresse Vauban

   

   

   

Joséphine Baker et Belfort

Säckingen, Glaris et Fridolin

Le 6 mars marquait la fête de Saint Fridolin, plus connu sous le nom de Fridolin de Säckingen, figure associée à la région du Bade-Wurtemberg. Ce moine irlandais fonda un monastère, à l’instar d’autres compatriotes tels que Gallus,  Columbanus,  Pirminus et Romanus. Il l’accomplit, pour sa part, au VIe siècle, à Säckingen.

L’abbaye actuelle, qui porte encore son nom pour cette raison, existe encore aujourd’hui et est considérée comme le plus ancien monastère du sud de l’Allemagne.

A l’époque, le bien le plus précieux du monastère était le territoire de l’actuel canton de Glaris en Suisse. L’abbaye joua d’ailleurs un rôle important dans la sécurisation des liaisons de transport via le lac de Walenstadt et les cols alpins des Grisons vers l’Italie. Elle connut son apogée entre le Xe et le XIIe siècle.

Ses possessions se concentraient dans le Fricktal (aujourd’hui canton d’Argovie), en Bade-Wurtemberg et à Glaris. Glaris rejoignit la Confédération en 1352 et se libéra de la domination des Habsbourg en 1388 lors de la bataille de Näfels.

En 1395, Glaris s’affranchit définitivement de l’abbaye. Les armoiries du canton de Glaris, qui représentent Saint Fridolin, rappellent encore aujourd’hui l’ancien et profond lien qui unissait la région au monastère.

L’église abbatiale, appelée Fridolinsmünster, est un édifice gothique construit entre 1343 et 1360 sur les fondations d’anciens bâtiments ottoniens et romans. La restauration baroque en 1678 et la restauration dans le style rococo en 1753 caractérisen encore aujourd’hui l’apparence de l’église.

Des délégations des cantons de Glaris et de Zurich étaient présentes le 6 mars aux festivités, à la procession et aux cérémonies officielles.

Outre des dignitaires locaux, de Salzbourg et des groupes de Säckingen, des représentants de différentes régions du sud de l’Allemagne, notamment de Herrischried et de St. Blasien, étaient présents.

Cet article met en lumière Glaris et Säckingen du point de vue de Saint Fridolin, afin de ne pas davantage décevoir ce saint-là.

Le Pont de lain 

Impressions de Säckingen

 

 

Impressions de la procession

Herrischried et l’Ödlandkapelle

Fridolin sur le pont 

St. Gall le long du Rhin

Le Carnaval de Bâle est aussi une affaire sérieuse

Le Carnaval de Bâle (la Fasnacht, du lundi 23 février à 4 h 00 au jeudi 26 février à 4 h 00), hormis les trois Bummelsonntage (dimanches de Bummel)  qui prolongent encore un peu la fête, s’est refermé dans la bonne humeur et l’effervescence habituelles.

Après les événements de la période pré‑carnavalesque (Vorfasnacht) et la messe du carnaval (Fasnachtsmesse) à l’Elisabethenkirche, l’appel annuel « vorwärts, marsch » (« en avant, marche ») a retenti avec ponctualité à quatre heures du matin près de la Martinskirche, et des milliers de participants ont entamé leur procession à travers la ville donnant le coup d’envoi.

Lundi, le 23 février, 03.59

Lundi, le 23 février, 04.01

Démocratie directe, subsidiarité et fédéralisme

Chaque année, un rituel renouvelé, et pourtant à chaque fois une expérience émotionnelle différente. Non seulement la musicalité, la créativité, la discipline, l’organisation et le décor féerique caractérisent cet événement, mais aussi ses acteurs. Et c’est sans parler de la démocratie directe, de la subsidiarité et du système fédéral décentralisé qui s’y expriment vaillamment.

Les citoyennes et citoyens de la ville partagent en fait leurs préoccupations concernant les évolutions locales, nationales et internationales, expriment publiquement leurs opinions et leurs sentiments à l’attention des responsables politiques et d’autres autorités, et interpellent sur leurs décisions ou leurs manquements, non seulement dans la rue, mais aussi dans les Schnitzelbänke.

Une affaire sérieuse et la suissitude

Le carnaval est donc aussi une affaire assez sérieuse. Outre la préparation longue et intensive (musicale et créative) des participants — qu’ils soient organisés en cliques ou non — et les coûts financiers qu’elle implique, il faut considérer le choix d’un « sujet » qui fait d’ailleurs l’objet de discussions et est finalement soumis au vote, puis le choix du costume, de la lanterne (Laterne) ainsi que du masque (Larve). Tous les participants ne sont pas organisés en cliques et ne suivent pas cette procédure. Beaucoup participent en petits groupes, voire seuls, sans sujet choisi ni lanterne.

Tous partagent cependant la musicalité, la créativité, la discipline, l’organisation et le respect mutuel ainsi que le respect de leur environnement. Deux exemples : lors d’un festival d’une telle ampleur, les services de secours doivent parfois se frayer un chemin dans la foule tard dans la nuit.

Les spectateurs et les participants au carnaval s’écartent et n’entravent pas le travail du personnel médical. Ou alors, lorsqu’une grande clique de quelque 100 membres rencontre une poignée de musiciens, la priorité est spontanément accordée au petit groupe.

Il n’y a jamais de disputes, même dans les ruelles les plus étroites ou en pleine affluence.

Les spectateurs, eux aussi, se comportent (jusqu’à présent) de manière respectueuse et exemplaire, ce qui n’est pas peu dire avec cette immense foule amassée et la consommation d’alcool. Cette constatation ne constitue toutefois aucune garantie pour l’avenir.

 Conclusion

Quoi qu’il en soit, la qualité et le ton sérieux du carnaval apparaissent peut‑être le plus clairement dans le musée en plein air des lanternes sur la place de la cathédrale (Münsterplatz) et dans les explications écrites distribuées par les cliques pour justifier le choix de leur sujet.

Où ailleurs peut‑on trouver, lors d’un tel événement, des discussions approfondies sur la démocratie, avec des références à des philosophes, des lauréats du prix Nobel et d’autres penseurs ? Friedrich Nietzsche, Léon Tolstoï, Thomas Paine, Albert Einstein ou encore « Tic Tac au lieu de TikTok », par exemple, faisaient à nouveau partie intégrante du carnaval cette année.

Le Carnaval de Bâle est certes un événement unique dans le canton de Bâle‑Ville, mais il exprime aussi la Swissness. Puissent Helvetia et Frau Fasnacht continuer à protéger ce pays particulier et sa démocratie unique, son système de gouvernement, sa société cosmopolite et sa qualité de vie.

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Impressions du Carnaval de Bâle

 

Und der Besenwagen

 

Le Carnaval de Bâle 2026 entre dans l’histoire, le 15 mars 2026

The End 

Les cols du Jura, du Kienberg et des Clarisses d’Erlinsbach

Le col du Gothard, le col du Simplon, le col du Grand-Saint-Bernard, le col de Maloja, le col du Julier ou le col de l’Ofen sont quelques noms bien connus parmi les nombreux cols qui traversent les Alpes suisses et qu’on connaît moins.

En effet, qui a entendu parler de La Vue des Alpes, du col du Chasseral, du col de Pierre Pertuis, du col du Mont d’Orzeires, du Benkerjoch, du Wasserflue ou du Saalhöhe, quelques‑uns des nombreux cols du massif du Jura, pourtant situés dans les cantons de Berne, de Neuchâtel, du Vaud, du Jura, de Bâle‑Campagne et d’Argovie?

La Vue des Alpes, canton Neuchâtel

Pour les habitants de ces cantons, ce sont des voies de circulation très fréquentées, mais peu connues en dehors de ces régions. Si c’est le cas pour beaucoup de Suisses, ça l’est en tout cas pour la plupart des étrangers. L’altitude des cols (entre 600 et 1500 mètres) est certes moins spectaculaire que celle des cols alpins, mais leurs panoramas et leurs paysages ont leur propre beauté.

Le Kienberg et sa ruine 

Ces cols ont toujours été d’importance pour le commerce, les opérations militaires, les pèlerins, les diplomates, les papes, les évêques, les voyageurs ou les Anglais effectuant leur Grand Tour.

En août 2011, les Clarisses ont repris le complexe. Dès 1349, les  Clarisses ont commencé à jouer un rôle important à Erlinsbach. Les Clarisses de Königsfelden ont alors repris un grand domaine appartenant aux bénédictins d’Einsiedeln. À cet endroit se trouvait la petite église dédiée à Saint Laurent. Les Gugler l’ont détruite en 1375. Berne a conquis l’Argovie en 1415 et a introduit la Réforme en 1526, après quoi la petite église a disparu pour toujours. C’est ici que jaillit la source Laurenzenbrunnen. Elle alimentait en outre des bains thermaux. Une grande partie des bâtiments actuels a été construite en 1839 pour servir de station thermale et de bains publics. En 1908, le complexe a été reconverti en hôpital, mais la Laurenzenbrunnen continue d’alimenter en eau potable toute la commune d’Erlinsbach.

Le Staffelegg culmine à « seulement » 621 mètres dans le canton d’Argovie. Ce col relie le Fricktal à la ville d’Aarau. Une randonnée de plus de six kilomètres mène de ce col à la Saalhöhe (787 mètres) en traversant le parc jurassien argovien. La Saalhöhe est la frontière entre les cantons de Soleure, de Bâle-Campagne et d’Argovie. La vue sur le Fricktal, la Forêt-Noire et les Alpes est à couper le souffle et, avec un peu de chance, vous apercevrez même des chamois.

De plus, cette région a longtemps été la frontière entre l’Autriche et la Confédération suisse. Cela semble inimaginable aujourd’hui, mais jusqu’en 1803, le Benkerjoch (847 mètres) était le poste frontière entre Küttingen et Oberhof, près de la Saalhöhe, entre l’Autriche des Habsbourg et le canton de Berne.

Cette région, le Fricktal, appartenait aux Habsbourg depuis le XIVe siècle. La conquête du reste du canton d’Argovie en 1415 par la Confédération de l’époque n’y a rien changé. En 1803, Napoléon a rattaché le Fricktal au canton d’Argovie nouvellement formé.

Lors de la promenade, on n’en trouve aucune trace, à l’exception des armoiries du canton de Berne cachées derrière un grand hêtre sur la Saalhöhe. Berne administrait cette partie de l’Argovie comme un « Untertanengebiet » (territoire sujet). C’est d’ailleurs pour cette raison que le Fricktal est resté catholique, contrairement aux autres régions de l’Argovie.

Même une épaisse couche nuageuse n’altère en rien la beauté du paysage, du parc naturel, de ses villages médiévaux, de ses châteaux et de sa riche faune et de sa flore. Elle stimule même l’imagination avec les géants alpins, bien visibles par temps dégagé.

Jurapark Aargau, Fricktal et le Staffeleggpas. 

 

Erlinsbach (les cantons d’Argovie et de Soleure)

La Moiren Stiftung (Fondation de Moiren)

La Moiren Stiftung

Impressions de Kienberg (canton Soleure)