Le serpent et le saxophone dans l’église Saint-Martin à Saint-Imier

Le 19 avril, l’église Saint‑Martin de Saint‑Imier (BE) a accueilli un concert hors norme rassemblant plus de quinze serpents. Le point culminant de l’événement fut un duo saisissant entre le serpent et le saxophone.

L’instrument a été inventé en France au XVIème siècle. Il servait à accompagner les chants grégoriens et d’autres cantiques. Le serpent est fabriqué en bois dur, le plus souvent en bois de noyer, en deux moitiés. Celles-ci sont ensuite collées ensemble et recouvertes d’une fine couche de cuir, semblable au parchemin. Enfin, l’instrument est enduit d’un vernis spécial.

À l’origine, le serpent avait six trous. Au fil du temps, plusieurs autres s’y sont ajoutés, dont certains étaient actionnés à l’aide de clés.

Comme sa partie supérieure, dotée d’une embouchure, est en métal, le serpent est classé parmi les instruments de cuivre, même si la majeure partie de son corps est en bois.

Michel Godard

Après la Révolution française, la pratique du serpent reprend. Il est toutefois de plus en plus utilisé dans la musique militaire. Jusqu’au XIXe siècle, le serpent perd peu à peu de son importance. L’ophicléide, un instrument de cuivre entièrement en métal et comportant également plusieurs tours, le remplace, probablement aussi parce qu’il sonne plus fort.

Le serpent est tombé dans l’oubli, jusqu’à ce que, dans les années 1970, le musicien français Michel Godard redécouvre cet instrument élégamment façonné et au timbre chaleureux.

Michel Godard a appris la trompette classique, il est ensuite passé au jazz via le tuba et il est aujourd’hui aussi le meilleur serpentiste au monde.

Stephan Berger est devenu facteur de serpent

Stephan Berger, originaire de Läufelfingen, a d’abord fait un apprentissage de mécanicien en machines agricoles. Plus tard, il a appris le travail du cuir et a ouvert son propre atelier. Il a notamment inventé une laisse spéciale pour les chiens guides d’aveugles. Cette invention a connu un grand succès.

Lorsque Stephan a assisté en 2005 à un concert de jazz de Michel Godard et de son groupe, il a été totalement séduit par le son chaud et profond de cet instrument.

Stephan, bricoleur dans l’âme et artisan très talentueux, a réussi à construire le serpent à partir de zéro. Jusqu’à aujourd’hui, il fabrique cet instrument pour des musiciens du monde entier et en joue lui-même avec passion.

Impressions du concert

Et de la Collégiale de Saint-Imier

 

Le château de Nidau et les travaux de régulation des eaux du Jura

Le comte de Neuchâtel fit construire à Nidau, vers 1140, ce château fort entouré d’eau, qui fut mentionné pour la première fois dans des documents en 1196. Au Moyen Âge, le niveau du lac de Bienne était 2 mètres plus haut et le château se trouvait directement au bord du lac. Il s’élevait vers le ciel tel une forteresse imposante et difficile à conquérir.

Les comtes de Nidau, dont le titre officiel était « Comtes de Neuchâtel, seigneurs de Nidau », jouèrent un rôle important dans la région jusqu’en 1375 (guerre des Gugler). Le dernier comte de Nidau, Rodolphe IV, tomba au combat en 1375 lors de la bataille contre les Gugler. Les Guglers étaient des mercenaires qui, pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453) entre les royaumes de France et d’Angleterre, se rendirent dans le Mittelland suisse.

Les mercenaires suisses des siècles suivants ne faisaient pas exception, mais ils étaient les meilleurs soldats et donc très recherchés par les grandes puissances de l’époque, notamment la République des Sept Provinces-Unies.

La ville de Berne (et Soleure) organisa la résistance et, en 1376, les Guglers se retirèrent. Le château passa ensuite à l’évêque de Bâle, puis au comte de Neu-Kyburg. Berne (et Soleure) s’emparèrent du château et de la ville en 1388.

Richard La Nicca (1794–1883)

Après la conquête, le château servit de siège au bailli de Berne. Au XIXème siècle, la partie sud de l’enceinte fut démolie et les douves comblées. Cela fut également rendu possible par la correction des eaux du Jura (1868-1891), qui abaissa le niveau du lac de Bienne de deux mètres.

En raison de sa situation à l’embouchure de la (vieille) Zihl (Thielle en français) et de sa position frontalière avec le prince-évêché de Bâle, Nidau fut jusqu’au début du XIXème siècle un important poste de douane. Aujourd’hui, le district administratif de Bienne a son siège au château de Nidau.

(Source et plus d’informations: Schlossmuseum Nidau)

La tour de Nidau

Les deux corrections des eaux du Jura et Seeland

La correction des eaux du Jura dans la région du Seeland et des trois lacs de Neuchâtel, Morat et Bienne au XIXème siècle est un exemple exceptionnel d’ingénierie suisse. La première correction des eaux du Jura a débuté en 1868 et s’est achevée en 1891.

Les ingénieurs suisses ne se contentent pas de creuser des tunnels et de construire des voies ferrées, ils sont également d’excellents gestionnaires de l’eau.

Vue après l’abaissement du niveau d’eau du lac de Neuchâtel et vestiges d’habitations celtiques sur pilotis vers 1880

Elle portait sur des canaux entre les lacs : le canal de Hagneck (1), le canal de la Thielle (2), le canal de la Broye (3), le canal de Nidau-Büren (4), ainsi que sur l’abaissement du niveau d’eau des trois lacs.

Image: Musée d’Yverdon et région

Image: Amt für Wasser und Abfall (AWA, Kanton Bern).

La deuxième correction

Cependant, la première correction des eaux du Jura n’ayant pu enrayer définitivement le risque de crues et, partant, l’apparition de nouvelles inondations, une deuxième correction a été réalisée entre 1962 et 1973.

Nidau-Büren-Kanal

Elle a permis de remédier à ce problème avec, notamment, la construction du barrage de régulation et de l’usine hydroélectrique de Flumenthal, l’augmentation des capacités d’écoulement des canaux de la Broye, de la Thielle et de Nidau-Büren, qu’il a fallu approfondir et élargir.

La régulation du niveau des eaux aujourd’hui : maîtrise chevronnée d’un système hautement complexe

Aujourd’hui, le niveau des eaux du Jura est contrôlé et régulé en permanence. D’une part, le niveau des lacs de Bienne, de Neuchâtel et de Morat ne doit être ni trop haut, ni trop bas.

La Thielle entre Nidau et Büren avant la correction des eaux du Jura. L’état de crue en 1817. Archives de l’État de Berne, Atlanten 21

D’autre part, le débit de sortie de ces trois lacs doit être régulé afin de préserver les cantons de Soleure et d’Argovie, situés en aval, des inondations. Ces tâches sont nécessaires, compte tenu des nombreux intérêts en présence liés à l’agriculture, à l’utilisation de la force hydraulique, à la pêche, à la protection des oiseaux, à la préservation des rives ou à la navigation.

(Source et plus d’informations : centre de visiteurs Hagneck, www.bielerseekraftwerke.ch; www.schlossmuseumnidau.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Nidau, Richard la Nicca (1794-1883)

 L’île Saint-Pierre

The Bank of International Settlements (BIS) à Bâle

The Bank of International Settlements (BIS, The Bank of International Settlements ( fut créée en 1930 afin de gérer le paiement des réparations imposées à l’Allemagne, conformément aux dispositions du traité de Versailles de 1919. Plus de dix ans plus tard, dans un contexte marqué par une inflation galopante et un krach boursier (1929), il était devenu évident que ces réparations étaient économiquement irréalistes et politiquement dangereuses pour l’Allemagne.

C’est pourquoi la BIS porte également un nom en allemand, la Bank für Internationalen Zahlungsausgleich (BIZ). Elle a été fondée lors de la Conférence de La Haye, aux Pays-Bas. Une convention portant création de la BIS a été signée par la Belgique, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni, d’une part, et la Suisse, d’autre part. Bâle a été choisie comme siège en raison du statut neutre de la Suisse, de sa situation au cœur de l’Europe et de sa bonne accessibilité.

Depuis sa création jusqu’à aujourd’hui, la BIS a joué un certain nombre de rôles clés dans l’économie mondiale, allant du règlement des réparations imposées à l’Allemagne après la Première Guerre mondiale à l’aide apportée aux banques centrales dans leur quête de stabilité monétaire et financière.

La BIS est aujourd’hui détenue par 63 banques centrales et continue d’accueillir de nouveaux membres, issus de pays du monde entier, qui, ensemble, représentent environ 95 % du PIB mondial. Son siège social se trouve à Bâle, en Suisse, et elle dispose de deux bureaux de représentation: à Hong Kong et à Mexico, ainsi que de centres d’innovation à travers le monde.

Sa mission consiste à soutenir les banques centrales dans leur quête de stabilité monétaire et financière par le biais de la coopération internationale et à jouer le rôle de « banque des banques centrales ».

La BIS offre aux banques centrales et aux autorités de surveillance financière un forum de dialogue et de coopération, où elles peuvent échanger librement des informations, parvenir à une compréhension commune et décider d’actions communes.

Réunions bimestrielles

Les gouverneurs et autres hauts responsables des banques centrales membres de la BIS se réunissent tous les deux mois, généralement à Bâle, pour discuter de l’actualité et des perspectives de l’économie mondiale et des marchés financiers. Ils échangent également leurs points de vue et leurs expériences sur des questions qui intéressent les banques centrales.

Autres réunions des gouverneurs

Le Groupe des gouverneurs des banques centrales et des responsables de la surveillance est un forum de haut niveau chargé de la collaboration internationale en matière de surveillance bancaire. Il se réunit périodiquement pour statuer sur la réglementation bancaire mondiale et superviser les travaux du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire.

L’Institut de stabilité financière aide les banques centrales et les régulateurs à renforcer leurs systèmes financiers. Il encourage l’application de règles mondiales et une surveillance rigoureuse. Il y parvient par le biais de travaux sur les politiques, du partage des connaissances et de la formation.

Grâce à ce programme de réunions régulières et de soutien aux principaux organismes mondiaux de normalisation du système financier international, la BIS contribue à promouvoir le dialogue entre les banques centrales et les autorités de surveillance afin de favoriser la stabilité monétaire et financière mondiale.

L’avenir des banques centrales est indissociable de l’innovation. Pour répondre au besoin croissant de collaboration entre les banques centrales dans ce domaine, les centres d’innovation de la BIS offrent une plateforme d’innovation responsable, tandis que le Centre de coordination de la cyber-résilience permet aux banques centrales de se protéger des risques associés.

Le bâtiment Botta

C’est une banque

Comme son nom l’indique, la BIS fait également office de banque. Elle offre des services financiers exclusivement aux banques centrales, aux autorités monétaires et aux organisations internationales. Ses opérations bancaires financent ses activités, ses salaires, ses locaux et ses projets. La BIS est financièrement autonome, ce qui constitue une exception au sein des organisations internationales!

Tower headquarters building

Les locaux actuels et futurs

La BIS dispose actuellement de deux bâtiments principaux à Bâle: le Tower (conçu par Martin Burckhardt en 1977) sur la Centralbahnplatz et le bâtiment Botta (conçu par Mario Botta en 1986) sur l’Aeschenplatz. Elle possède également deux bâtiments plus anciens donnant sur la Centralbahnstrasse et la Gartenstrasse.

Issue d’un concours international, la BRI a décidé de poursuivre le développement de son complexe en y ajoutant une nouvelle tour. La phase initiale devrait s’étendre jusqu’en 2027.

(Source et plus d’informations: Bank for International Settlements)

Les gorges de Taubenloch, Petinesca, l’évêché de Bâle et Berne

L’histoire des gorges de Taubenloch, en tant qu’axe de liaison nord–sud et porte d’entrée du Jura, remonte à l’époque romaine. L’axe principal reliant Marseille au Rhin via le lac Léman formait une branche, tandis qu’un second axe partait de Berne (Engehalbinsel) et s’enfonçait profondément dans le Jura. Le point de croisement de ces deux axes était Petinesca, près de Studen.

Petinesca, site du complexe de temples romains près de Studen

L’époque romaine 

En gravissant le mont de Boujean, le chemin romain du Jura passait bien au‑dessus des gorges de Taubenloch – l’ancienne tour de guet du Geissrücken, au‑dessus de Frinvillier, témoigne de l’importance stratégique de cette liaison – puis longeait la Schüss jusqu’à Sonceboz, avant de franchir la Pierre‑Pertuis, rocher percé par les Romains (piedra pertusa), pour atteindre la vallée de la jeune Birse.

L’époque bernoise 

Jusqu’au début du XIXème siècle, cette route reliant l’Erguel et l’évêché de Bâle suffisait aux besoins du trafic. Avec la séparation de l’évêché de Bâle et son intégration au canton de Berne en 1815, la situation des transports devint critique.

La centrale hydroélectrique

La nouvelle route de Bienne à Sonceboz, avec son pont en arc, fut achevée en 1859. La ligne ferroviaire jurassienne fut construite en 1874, marquant la fin du trafic des diligences postales.

À l’entrée des gorges du Taubenloch

Depuis 1889, un sentier pédestre traverse les gorges, initié par le Club alpin suisse (CAS). Pour l’entretien et la préservation du site, la Société du Taubenloch fut fondée. En 1969 débuta la construction de la route du Taubenloch. Des travaux de minage, des ponts, des viaducs, des piliers de soutien et de nombreux autres ouvrages d’art durent être ancrés directement dans les gorges du Taubenloch.

(Source et plus d’informations: L’association Taubenlochschlucht)

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Erlenbach, Pfannenstiel, Meilen et le château de Friedberg

Au cours des 150 dernières années, le lac de Zurich, ainsi que sa faune et sa flore, a connu plusieurs crises écologiques. Les rives du lac se sont formées lors de l’avancée des glaciers du Rhin et de la Linth au cours de la dernière période glaciaire. Le lac doit en grande partie son existence à la fonte de ces glaciers.

En raison de l’urbanisation intensive des rives et de la pollution par les eaux usées, une grande partie de l’habitat naturel terrestre et lacustre a été perdue. Ces dernières années, cependant, la qualité de l’eau ainsi que la régénération de la nature terrestre se sont améliorées de manière quasi spectaculaire – au bénéfice tant des humains que de la faune et de la flore.

La situation n’est pas encore parfaite, mais l’impact humain sur la nature a été ramené à un niveau acceptable, compte tenu de la forte densité de construction ainsi que de l’utilisation intensive à des fins de loisirs et d’agriculture. La plus grande menace provient aujourd’hui des espèces dites « exotiques », des animaux et des plantes originaires d’autres continents, comme les écrevisses d’Amérique.

Dans le village d’Erlenbach, situé à quelques kilomètres en amont, tout cela reste encore peu perceptible. Le ruisseau du même nom coule depuis des millénaires vers le lac et se jette dans le lac de Zurich, près de Meilen.

Cette situation stratégique n’a pas échappé aux dirigeants locaux. Vers l’an 1200, ils ont construit le château de Friedberg. Vers 1350, le château a été détruit et n’a pas été reconstruit.

L’hôtel-restaurant Pfannenstiel

Le Greifensee et Uster

Le Schnebelhorn

L’hôtel-restaurant Pfannenstiel occupe aujourd’hui une autre position stratégique sur le plan touristique, offrant une vue imprenable sur les Alpes, le lac de Greifen, Uster et le Schnebelhorn (1 291 m), le plus haut sommet du canton de Zurich.

(Source et plus d’informations: Gemeinde Meilen)

Meilen

Wasserfels, ancienne centrale électrique et usine textile

Ortsmuseum Meilen

Et le paysage

 

Gottstatt et la première correction des eaux du Jura

Un village, une ville ou tout autre lieu en Suisse possède généralement une particularité culturelle, industrielle ou historique, ou encore un environnement remarquable. L’ancien monastère prémontré de Gottstatt, situé dans la commune d’Orpund (canton de Berne), offre un peu de tout cela.

L’ancien monastère prémontré de Gottstatt est situé entre le Büttenberg et le canal de Nidau-Büren, construit au XIXème siècle à l’époque de la première correction des eaux du Jura (1868-1891). Ces travaux de régulation des eaux avant la lettre (un siècle avant les travaux du plan Delta aux Pays-Bas) ont modifié à jamais le régime hydrologique de cette partie du pays.

Le Nidau-Büren-Kanal

Le monastère prémontré de Gottstatt

L’ordre des Prémontrés a été fondé vers 1120 à Prémontre (département de l’Aisne en France). Le monastère prémontré de Gottstatt fut le dernier établissement de cet ordre sur le territoire de la Suisse actuelle. Les comtes de Neuchâtel-Nidau en furent les fondateurs en 1247. L’église  du monastère fut consacrée en 1255. Plusieurs générations de comtes de Neuchâtel-Nidau sont enterrées dans l’église. L’abbaye de Bellelay était l’abbaye mère, Lausanne était le diocèse.

 

Berne

Les comtes de Kyburg acquièrent Nidau et le monastère en 1375, mais le mirent en gage au duc Léopold III de Habsbourg. Après la défaite de ce dernier à Sempach (1386) face aux Confédérés, Berne acquit Nidau et le monastère en 1388. Cela conduisit à la Réforme en 1528 et, jusqu’en 1798, à une intendance bernoise. Le complexe a aujourd’hui diverses fonctions, notamment religieuses et résidentielles.

Le village voisin de Safnern

Le village voisin de Safnern est mentionné pour la première fois en 1251. Ulrich von Biel fit don de Safnern (prairie humide, lieu aux herbes luxuriantes) à l’abbaye de Bellelay. Après la rectification du cours de l’Aar dans le Jura, le village connut un essor économique et la magnifique réserve naturelle de Häftli, au bord de l’ancienne Aar, vit le jour.

(Source et plus d’informations: D. Amacher, B. Blaser, Die reformierte Kirche und das ehemalige Prämonstratenserkloster Gottstatt, Bern, 2005)

L’érosion de la Confoederatio Helvetica

De l’Eidgenossenschaft suisse à une « EUgenossenschaft », certains observateurs voient dans cette évolution une érosion des fondements démocratiques, sociaux et sociétaux de l’une des plus anciennes démocraties d’Europe. De nombreux Suisses hautement qualifiés — universitaires, fonctionnaires, journalistes — en viennent même à considérer la Confédération pluriséculaire comme un vestige d’un autre âge, insuffisamment adapté aux dynamiques contemporaines portées par l’Union européenne.

 Le dénigrement systématique de la Confédération

Dans leurs nombreuses publications, ils ne manquent jamais une occasion de dénigrer la Confédération. Leur idéologie a peu de rapport avec l’histoire. Selon eux, la Suisse ne devrait son existence qu’à la France après 1515 (Marignan et la Paix perpétuelle de 1516/1521) et le Congrès de Vienne (1814/1815).

Historiquement, cette affirmation est cependant incorrecte. Dès 1648, la Confédération suisse de 13 cantons souverains fut reconnue comme État indépendant, au même titre que la République des Sept Provinces-Unies souveraines des Pays‑Bas.

De plus, jusqu’en 1515, la Confédération était une grande puissance militaire, ayant vaincu non seulement les Habsbourg mais aussi le duché de Bourgogne. Sans cette Confédération, le royaume de France vacillant aurait très bien pu être rayé de la carte par ce duché, lequel serait alors devenu le royaume.

La France a souvent bénéficié de sa relation avec la Confédération: elle servait de tampon contre les Habsbourg, fournissait des mercenaires et offrait un accès aux cols alpins, aux voies de transport et au commerce.

Grandson 1476-2026

 Anachronisme politiquement motivé

Un historien engagé pour la France et l’Allemagne en vient même à relativiser, voire à banaliser, le caractère singulier du système suisse de démocratie directe, pourtant unique au monde (« la démocratie directe est surestimée »). Il faut oser l’affirmer tout de même, surtout depuis une France si centralisée, bureaucratique et instable, et depuis une Allemagne en déclin.

Dans une autre publication, certains ont comparé les Confédérés suisses pillards des XVème et XVIème siècles aux clans mafieux d’aujourd’hui. Cette comparaison est non seulement anachronique, mais aussi trompeuse. Toutes les formations militaires de l’époque se livraient au pillage et à la dévastation de villes et de régions.

Les compromis et les brèves guerres qui ont marqué les conflits religieux des XVIe et XVIIe siècles, le Simultaneum, la brève guerre du Sonderbund ainsi que l’administration conjointe de territoires soumis, par exemple dans les cantons de Vaud, d’Argovie et de Thurgovie, ouvrent une perspective tout à fait différente.

De même, lorsqu’un universitaire parle de « Confédérés envieux » (Neidgenossen), il oublie que les rivalités entre villes, provinces et principautés étaient répandues dans l’ensemble des Pays‑Bas, de l’Allemagne, de l’Italie et de toute l’Europe. Ces comparaisons sélectives simplifient un phénomène historique.

Le château de Grandson, Berne et Fribourg administrent conjointement Grandson jusqu’à 1798

Les compromis et les brèves guerres qui ont marqué les conflits religieux des XVIe et XVIIe siècles, le Simultaneum, la brève guerre du Sonderbund ainsi que l’administration conjointe de territoires soumis, par exemple dans les cantons de Vaud, d’Argovie et de Thurgovie, ouvrent une perspective tout à fait différente.

L’ardeur absurde à vouloir démontrer l’inexistence de Guillaume Tell (Wilhelm Tell) ou celle des premières alliances entre les cantons actuels aux XIIIème et XIVème siècles s’inscrit également dans ce schéma. Romulus et Rémus, la déesse Athéna et Kenau Simonsdochter Hasselaer ou Marianne ne sont jamais remis en question en Italie, en Grèce, en France ou aux Pays‑Bas. Il s’agit de symbolisme, et Guillaume Tell l’incarne particulièrement efficacement.

Romeyn de Hooghe (1645-1708), 1690, Le siège espagnol de Haarlem en 1572 et 1573. Kenau Simonsdochter Hasselaer, au premier plan à gauche.

 Appauvrissement démocratique aux Pays‑Bas

On dit du poisson qu’il pourrit toujours par la tête. Cette idée s’applique aux pays, aux entreprises et aux universités : leur fonctionnement démocratique, économique et scientifique peut être sapé par le sommet. Il ne s’agit pas seulement des actions politiquement marquées et idéologiquement chargées des universitaires suisses mentionnés ci‑dessus, mais bien de la démocratie elle‑même.

Aux Pays‑Bas — où la démocratie pratique est compromise par une corruption institutionnalisée (la corruption à la néerlandaise) — les citoyens ont rarement leur mot à dire sur l’ampleur, le rythme ou les thèmes de l’intégration européenne. La seule exception fut le référendum de 2005 sur la Constitution européenne.

Lors des élections au Parlement européen (avec un taux de participation de 30 à 40 %) ou au Parlement national, les questions européennes n’y jouent aucun rôle. En revanche, lors du référendum de 2005, la participation atteignit 63,3 %, et 62 % des votants s’opposèrent à une intégration supplémentaire. La réaction de l’establishment fut non seulement d’ignorer le résultat, mais aussi d’abolir le référendum lui‑même, le premier en 200 ans !

Les référendums prévus dans dix autres pays furent également annulés. Depuis lors, la démocratie néerlandaise s’est érodée : les promesses concernant la migration, l’euro, la bureaucratie et l’UE ne sont pas tenues, et les élections deviennent des exercices routiniers de rhétorique.

Les citoyens sont désormais insensibles à cette corruption à la néerlandaise. Selon les sondages, seuls 4 % d’entre eux font encore confiance à cette politique de promesses non tenues et à la politique en tant que modèle économique offrant des emplois lucratifs (européens et internationaux).

Charles Howard Hodges (1764-1837), 1809, Louis Bonaparte (1778-1846), roi des Pays-Bas de 1806 à 1810. Collection: Rijksmuseum d’Amsterdam

La République des Sept Provinces‑Unies et la Confédération des cantons

Alors, quel est le rapport avec la Suisse ? Énorme. Napoléon Bonaparte (1769‑1821) dissout la République des Sept Provinces‑Unies, qui devint d’abord la République batave, puis le Royaume de Hollande sous le règne de Louis Bonaparte (1778‑1846), de 1806 à 1810, avant d’être annexée à l’Empire français de 1810 à 1813. Au Congrès de Vienne (1814/15), la monarchie (maison d’Orange‑Nassau) et l’État unitaire centralisé furent confirmés.

Napoléon Bonaparte fut contraint d’abandonner la République helvétique (1798‑1803) en raison de la forte résistance des cantons. Les cantons souverains de la nouvelle Confédération (19 cantons) furent rétablis comme prolongement de la Confédération de 1648 (1803‑1813). En 1815, les grandes puissances (Prusse, France, Angleterre, Russie et Autriche) reconnurent la Suisse comme une confédération économiquement significative et neutre au cœur de l’Europe.

Cela n’avait rien d’une faveur, mais résultait de siècles d’histoire diplomatique, politique, sociale, culturelle, scientifique, militaire et économique remontant au XIIIe siècle.

Trogen (canton d’Appenzell-Rhodes Extérieures)

Appauvrissement politique en Suisse

 Et quel est le lien avec le présent ? Considérable. La politique de la Suisse centrale (Innerschweiz ou les cantons primitifs) se caractérise encore aujourd’hui par la démocratie directe, le pragmatisme, le réalisme et la retenue, et elle a renoncé aux aventures politiques depuis 1515.

Fait unique en Europe, les villages de la Suisse centrale furent reconnus aux XIIIe et XIVe siècles comme entités libres (l’immédiateté impériale) au sein du Saint‑Empire romain germanique, sur un pied d’égalité avec de grandes villes telles que Bâle, Strasbourg, Cologne, Berne et les villes hanséatiques.

Ce statut favorisa un caractère urbain marqué par le commerce, les succès militaires, les réseaux européens, la diplomatie et les échanges. À la lumière de cette histoire, les élites urbaines pourraient faire preuve de respect envers la Suisse centrale et ses cantons « médiévaux ».

Stans (canton de Nidwald)

Cependant, par opportunisme, l’establishment politique de cette démocratie directe ignore aujourd’hui la Constitution, la majorité des cantons et les cantons souverains. Il privilégie au contraire une aventure politique avec l’Union européenne.

Peut‑être l’establishment politique pourra‑t‑il abolir la monstruosité médiévale de la Ständemehr, à l’image de l’abolition du référendum aux Pays‑Bas. L’activisme, la baisse de la qualité et de l’expérience, et l’érosion de la suissité (pour diverses raisons) caractérisent désormais aussi la politique suisse. Ce n’est en aucun cas un présage favorable pour cette société et ce pays.

La suppression de la majorité des cantons n’entraîne pas seulement un appauvrissement politique, mais elle est également anticonstitutionnelle et marque la fin de la démocratie directe suisse, unique en son genre, ainsi que de la Confédération des cantons et du peuple. La confiance dans la politique a disparu, comme aux Pays-Bas, en France, en Allemagne, en Belgique et en Italie, pays fondateurs de l’Union européenne.

En 1848, l’homme politique et entrepreneur Alfred Escher (1819-1882) a formulé ce qui constitue encore aujourd’hui le fondement du système fédéral et démocratique :

„Der schöne Baum unseres neuen Bundes, der seine schützenden Zweige über das ganze Vaterland ausbreitet, hat zu seinen Wurzeln die Kantone. Würden wir diese Wurzeln verkümmern und absterben lassen, so wäre damit auch dem Baum der sichere Untergang bereitet. Die Kantone sind die Säulen, auf denen das ganze Bundesgebäude ruht“ (J. Jung, Alfred Eschers Thronreden, Zürich 2021).

Berne, Palais fédéral, les 26 cantons

Conclusion

Après plus de deux cents ans, l’ancienne République des Sept Provinces‑Unies souveraines et la Confédération des cantons souverains se retrouvent intégrées dans un appareil administratif européen centralisé. Le centre de cette administration se trouve à Bruxelles et ses juges à Luxembourg.

La Suisse, forte de ses traditions anciennes et de son esprit d’innovation en matière de démocratie, d’économie, d’enseignement et de gouvernance constitutionnelle, est aujourd’hui confrontée à des changements institutionnels majeurs et à la perte de ses spécificités au profit d’intérêts européens plus vastes, avec de nouvelles opportunités et de nouveaux défis pour ceux qui s’engagent dans des carrières et des réseaux prestigieux européens.

L’ère des « Sept sages » du Conseil fédéral est révolue. L’activisme, la démagogie et l’opportunisme ont fait leur apparition. Dans dix ans, la Confoederatio Helvetica connaîtra elle aussi les conditions sociales et politiques ainsi que les tensions propres aux Pays-Bas, à l’Allemagne ou à la Suède. L’histoire de l’ascension et de la chute d’une société unique au cœur de l’Europe.

La Confédération suisse est en passe de devenir une coopérative au service de l’UE et de ses bureaucrates, technocrates et lobbyistes hautement privilégiés. La démocratie directe, le fédéralisme, la subsidiarité, la responsabilité individuelle des citoyens et la décentralisation appartiennent désormais au passé.

Et ce n’est pas une bonne perspective (économique, démocratique, morale et sociale) pour maintenir ce pays, déjà très multiculturel, ensemble. La Suisse, avec sa démocratie multiculturelle tournée vers l’avenir, son innovation, son économie, son système éducatif et sa Constitution, est en train de se saborder elle-même, et c’est précisément l’objectif de l’establishment. La Confoederatio Helvetica, si démodée, doit enfin devenir la Suisse, un pays européen « normal », et ce n’est pas un compliment.

La crainte des sanctions de l’UE, les postes européens lucratifs, le prétendu prestige européen et la fraternité multiculturelle fictive entraînent le pays dans un marécage européen de plus en plus profond, tant sur les plans monétaire, mégalomane, économique, démocratique que social. L’histoire de l’ascension et de la chute d’une société unique au cœur de l’Europe.

Langenbruck, le monastère de Schönthal et Hauenstein

Le village de Langenbruck (canton de Bâle-Campagne) n’est pas seulement la commune la plus haute du canton et une ancienne station de ski (la dernière piste de ski a fermé en 2025), mais aussi un village de col doté d’ouvrages défensifs datant de la Première Guerre mondiale (1914-1918) et le site du monastère de Schönthal et de son magnifique portail roman. La route qui longe la Schräiegg mène de Langenbruck à cet ancien monastère bénédictin. Aujourd’hui, c’est un centre culturel qui sert également de lieu d’habitation.

Hauenstein

Le Kretenweg, à environ 1000 mètres d’altitude, mène au Hauenstein et offre un panorama s’étendant jusqu’à Bâle, au Mittelland et aux Alpes. Le Hauenstein était une fortification de 42 km de long. Le point de vue de Lauchflue, également appelé Panzertümli, et le tronçon de tranchée de Lauchweid rappellent encore cette époque. De plus, les militaires de l’époque ont laissé, tout comme à Grellingen, diverses gravures dans la pierre. De nombreuses bornes frontalières délimitent également les territoires des communes environnantes.fortification

Cette fortification se trouve à environ 1000 mètres d’altitude, au milieu des chaînes de montagnes du Jura, notamment la Schöntalflue, le Rehag, la Lauchflue, le Schellenberg, le Schneelochberg, la Belchenflue, le Dürstelberg et le Spalenberg.

Pour les prairies et les forêts du monastère de Schönthal, datant du XIIème siècle, des artistes suisses et internationaux ont créé des sculptures in situ à Langenbruc. Ils façonnent un paysage culturel sur 100 hectares, au cœur d’un magnifique paysage jurassien.

Le monastère de Schönthal et son parc des sculptures

Auparavant, chacun d’entre eux s’est familiarisé avec le monastère et son histoire. La collection s’enrichit au fur et à mesure, dans l’esprit d’un «work in progress». Actuellement, une trentaine d’œuvres réalisées par plus de 20 artistes bordent les chemins et les sentiers.

(Source et plus d’informations: www.schoenthal.ch).

Laufenburg, Habsburg, le Rhin et les pilotis d’Amsterdam

Depuis la fonte des glaciers, à la suite de la dernière période glaciaire (vers 12 000 avant J.-C.), le Rhin s’est frayé un chemin à travers la Suisse. À l’emplacement de l’actuelle ville suisse et allemande de Laufenburg, une gorge et une cascade se sont formées, dont la largeur atteignait 12 mètres à son point le plus étroit.

C’est pourquoi cette cascade a également été appelée Klein Lauffen (Petit Laufen), par opposition aux chutes du Rhin près de Schaffhausen, le Grosse Laufen (Grand Laufen). Lors de la construction de la centrale hydroélectrique de Laufenburg, de 1909 à 1914, les rochers près de Laufen ont été dynamités, scellant ainsi la fin du Petit Laufen.

Laufenburg vers 1850. Image: www.salzstrasse.salz.ch

La tribu celtique des Rauriques fonda ici une colonie au bord du « Louffen » et sur sa montagne, d’où le nom de Louffenberg. La « montagne », facile à défendre, la pêche (au saumon) ainsi que le commerce (du bois, du sel et du bétail) furent probablement les principales raisons de s’installer à cet endroit. À la fin du Moyen Âge, une industrie du bois, du papier, de l’huile et des moulins à céréales s’est rapidement développée, ainsi que des forges d’armement et d’objets usuels.

 

Les flottages du bois/ die Flösserei

Matthäus Merian (1593–1659), Laufenburg, vers 1644.

Le monastère de Säckingen administrait la ville jusqu’en 1173. Cette année-là, la maison de Habsbourg a pris possession du lieu. Le Schlossberg était leur résidence. Après la mort du comte Rodolphe II (1168-1232), ses fils se partagèrent l’héritage et fondèrent la dynastie des Habsbourg-Laufenbourg, qui s’éteignit toutefois dès 1408. Laufenbourg fut ensuite, de 1408 à 1803, possession autrichienne des Habsbourg.

Le Schlossberg

L’histoire de Laufenburg, sur la rive droite du Rhin, en tant que ville allemande, commence après la paix de Lunéville (1801). La partie allemande fut rattachée au Grand-Duché de Bade. Laufenburg, sur la rive gauche du Rhin, fut rattachée en 1803 au canton d’Argovie, nouvellement créé par l’Acte de médiation de 1803. Cette histoire est clairement visible dans la vieille ville, qui est restée en grande partie intacte.

Laufenburg en Allemagne

Laufenburg en Suisse

Le pont de Laufen est mentionné pour la première fois en 1207 et fut longtemps le principal point de passage sur le Rhin supérieur. Outre la pêche, le commerce et les activités industrielles (moulins, forges), le flottage du bois a constitué pendant des siècles un secteur économique important.

Collection: Musée De Bastei, Nijmegen

De grands flottages du bois, provenant de la Forêt-Noire et de Suisse, partaient d’ici pour rejoindre les pilotis des maisons d’Amsterdam! Les bateaux à vapeur et le transport ferroviaire ont toutefois pris le relais à partir du XIXème siècle.

L’église Saint-Jean (St. Johann)  a été construite au XIIème siècle. La rénovation baroque a eu lieu entre 1753 et 1755. Le panorama linguistique (das Sprachpanorama)  et le musée Schiff sont deux exemples parmi les nombreuses curiosités de cette ville. Le « Laufenburger Acht » permet également de découvrir l’histoire des deux rives du Rhin sur un parcours d’environ six kilomètres.

(Source et plus d’informations: www.laufenburg.ch)

Impressions de Laufenburg

Osterbrunnen in Laufenburg