Palais de Rumine, entrée de l'exposition Destination Archéologie. Photo/Foto: TES

L’exposition « Destination Archéologie » au Palais de Rumine

L’exposition au Palais de Rumine établit un lien original entre deux domaines : l’archéologie et les sciences naturelles (zoologie, géologie et botanique). Tous deux étudient le passé, en se concentrant sur l’homme pour l’archéologie ou sur la nature pour l’autre.

Ils effectuent tous deux des fouilles et explorent également le passé lointain. Parfois, les chercheurs sont parvenus à des conclusions opposées à partir de leurs découvertes, par exemple dans la théorie de l’évolution.

Au XIXe siècle, les sciences naturelles ont démontré que la Terre avait des milliards d’années et que le monde vivant relevait d’un processus d’évolution. Les archéologues ne sont pas allés beaucoup plus loin que quelques milliers d’années et, pendant longtemps, leurs découvertes n’ont pas contredit le récit de la création.

L’exposition présente un voyage à la découverte de l’archéologie et des sciences naturelles du XIXe siècle jusqu’à 1914. L’objectif est de montrer comment la science du XIXe siècle a façonné notre vision du passé.

Le canton de Vaud, ses scientifiques et ses découvertes, ses collègues européens et cinq périodes accompagnent les visiteurs. Chaque période commence par une machine à remonter le temps qui présente les événements les plus importants.

La machine 1798 commence par l’invasion française de la Confédération, l’établissement de la République helvétique et la fin de la domination bernoise sur le Vaud. Peu de temps après, Napoléon entreprenait sa campagne en Égypte, accompagné, entre autres, de scientifiques vaudois.

La culture romaine et grecque faisait déjà l’objet de recherches scientifiques depuis plusieurs siècles. Le XIXe siècle a toutefois marqué des progrès tant qualitatifs que quantitatifs. Des milliers d’objets et de villes romaines ont été mis au jour, notamment dans le canton de Vaud, à Avenches, à Vevey, à Lausanne et à Nyon.

La première momie en Suisse a été acquise vers 1819 par ce musée (le Musée cantonal de Lausanne, fondé en 1818).

La campagne d’Égypte a suscité un engouement pour l’Égypte antique. Le déchiffrement de la pierre de Rosette par Jean-François Champollion (1790–1832) en 1822 a même constitué une avancée majeure dans la recherche scientifique.

La machine 1815 présente la nouvelle Confédération et le canton de Vaud (canton depuis 1803). Le nouveau canton de Vaud cherchait alors son identité historique à une époque où l’on s’interrogeait sur l’origine de la Terre et de l’humanité.

Les sites et objets du patrimoine romain dans le canton de Vaud, cartographiés par Frédéric Troyon (1815-1866), dont Avenches est la principale ville romaine.

La religion et la plupart des scientifiques confirmaient alors un âge d’environ 4 000 ans pour l’humanité et la Terre. Les découvertes archéologiques remontaient également à cette époque.

L’archéologue Frédéric Troyon s’est basé sur le récit de la création et l’a mis en relation avec ses découvertes.

Il s’est basé sur les générations mentionnées dans l’Ancien Testament, les a additionnées et est arrivé à un âge de 4 000 ans pour la Terre. Voici deux pages issues de ses recherches et de ses calculs sur l’Ancien Testament.

Au même moment, les scientifiques faisaient d’autres découvertes qui indiquaient que la Terre était beaucoup plus ancienne et confirmaient la théorie de l’évolution.

Les scientifiques suisses ont joué un rôle de pionniers. Ferdinand Keller (1800-1881) a réuni des scientifiques spécialisés en zoologie, en géologie et en botanique, ainsi que des chercheurs en préhistoire. Cet exemple a été suivi dans d’autres pays et de nouveaux réseaux européens ont vu le jour. Les voyages de Frédéric Troyon à travers l’Europe et ses contacts, mentionnés précédemment, confirment cette nouvelle collaboration.

Cependant, la découverte de restes d’animaux et d’humains (notamment ceux des Néandertaliens) a conduit les scientifiques à d’autres conclusions. Cela a abouti, après 1850, à la théorie de l’évolution de Darwin.

La machine de 1848 introduit la Constitution de 1848 et la nouvelle Confédération. La nouvelle fédération, première démocratie du continent européen, cherchait son identité nationale dans le romantisme du XIXe siècle, après un processus séculaire de formation de l’État.

Auguste Bachelin (1830-1890), Musée national, Zurich, reproduction

L’historien et médecin Victor Gross près des maisons sur pilotis (870-850 av. J.-C.) à Cortaillod (canton de Neuchâtel) le 15 novembre 1884.

Le 24 août 1854, Adolphe Morlot (1820-1867), Frédéric Troyon et François Borel organisent, près de Morges, la première exploration sous-marine.

En 1854, on découvrait les premières habitations lacustres dans le canton de Zurich et sur les rives du lac de Constance. De nombreuses autres découvertes suivirent, grâce à la baisse du niveau des lacs dans la région des Trois-Lacs (Neuchâtel, Bienne et Morat). Ce mode de vie fut glorieusement idéalisé, notamment pour favoriser la cohésion nationale.

Albert Naef (1862-1936), documentation sur le château de Chillon, publication vers 1900

Le modèle illuminé de 1885 est un spectacle visuel et musical basé sur un mécanisme d’horlogerie complexe. Il raconte l’histoire du célèbre prisonnier François Bonivard en 1536. L’appareil a été créé par Édouard-Gabriel Wüthrich et Jean Perrin (musique).

C’était le siècle du nationalisme et la Confédération helvétique ne faisait pas exception. Parallèlement, la théorie de l’évolution faisait son apparition, et de plus en plus de découvertes et de recherches zoologiques, géologiques et botaniques repoussaient davantage l’ancienneté de la Terre et de l’humanité.

La machine de 1891 marque l’ère de la démocratie directe, depuis 1874 et 1891, l’organisation d’une armée fédérale, le drapeau national (l’hymne national a pris des décennies) et la première fête nationale, le 1er août, en souvenir des événements survenus 700 ans plus tôt. Cette période met l’accent sur l’intérêt pour le Moyen Âge et la préservation des monuments. Dans le canton de Vaud, la période de la Savoie (jusqu’en 1536) et les dynasties locales suscitent un grand intérêt.

La machine de 1914 ne se contente pas de clore une période de cent ans (1814-1914) et la fin du siècle ; elle se tourne également vers l’avenir de l’archéologie et des sciences naturelles et n’hésite pas à poser des questions. Une salle de classe du XIXᵉ siècle, reconstituée à l’identique, présente le système éducatif de l’époque ainsi que les stéréotypes et réalités qui l’accompagnaient.

Conclusion

L’exposition présentée dans l’imposant Palais de Rumine vise non seulement à mettre en perspective des milliers d’objets issus de sa collection et d’autres collections dans ce voyage à travers le XIXe siècle, mais aussi à aborder l’interaction et l’évolution des relations entre l’archéologie et les sciences naturelles. En tant que musée cantonal, le Vaud occupe une place particulière grâce à son vaste réseau européen et à la richesse de ses contacts.

(Source et plus ‘d informations: Palais de Rumine)

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice