Gurtnellen, strahlen, cristal et le col du Gothard

La plupart des Suisses n’ont probablement jamais entendu parler de strahlnen ou strahlen. Pourtant, le strahlen ou la recherche des cristaux de granit  a rendu célèbre le village de Gurtnellen, dans le canton d’Uri, ainsi que quelques autres localités helvétiques.

Les monarques de toute l’Europe possédaient des lustres et d’autres objets en cristal provenant d’Uri et d’autres cantons.

Strahl est une ancienne expression allemande pour le cristal de roche. Strahlnen (ou strahlen) est le mot suisse allemand qui désigne la recherche de cristaux dans les Alpes.

C’est pourquoi les personnes qui cherchent des cristaux dans les Alpes sont aujourd’hui encore appelées des cristalliers ou chasseurs de cristaux, Strahler en allemand.

Cristal avec quartz de Grimsel (Guttannen) Berner Oberland. Collection: Naturhistorisches Museum Basel. Photo: TES

Modèle du cristal de roche. Collection: Naturhistorisches Museum Basel. Photo: TES

L’histoire de Gurtnellen remonte au début du Moyen Âge. Le village est mentionné pour la première fois dans des documents du XIIIème siècle. Il se trouve sur la route du col du Gothard. De simples passerelles en bois (Stege en allemand), puis des ponts massifs en bois et enfin des ponts de pierre permettaient de franchir la Reuss et ses nombreux cours d’eau.

L’ouverture de la route du Saint-Gothard en 1826, puis la construction et l’ouverture du premier tunnel ferroviaire (1872-1982) ont entraîné une forte croissance de la population, de l’emploi et de la prospérité.

Les maisons caractéristiques du village ont été construites à cette époque. La population de Gurtnellen est passée de quelques centaines à plus de 1 600 habitants en 1920.

Cette évolution est due non seulement aux services de transport de passagers et de marchandises, mais aussi à d’autres industries : les mines de granit, de plomb, de cuivre et d’argent, ainsi que le strahlnen, constituaient également des piliers importants de l’économie locale.

Le « strahlnen » de minéraux et le cristal de granit ont rendu le village et d’autres lieux célèbres dans le monde entier ! (Voir aussi le livre sur le strahlnen dans les Grisons : Flurin Maissen, Mineralklüfte und Strahler der Surselva, Disentis 1988).

Flurin Maissen (1906-1999) était connu comme le « Père vert » (monastère de Disentis) en raison de son engagement en faveur de la protection de l’environnement et des énergies alternatives. En 1969, il a également cofondé l’Institut per studis retoromontschs à Rumein, qui est devenu plus tard la Fundaziun Retoromana Pader Flurin Maissen à Laax.

Comme dans de nombreux endroits, une centrale hydroélectrique pour l’énergie blanche a été construite très tôt à Gurtnellen, vers 1925. Aujourd’hui, ce village innovant aux multiples facettes est un lieu de villégiature apprécié et une halte intéressante sur la route du Saint-Gothard, tout en ayant conservé son aspect rural.

D’une certaine manière, Gurtnellen symbolise l’une des qualités de la Suisse : préserver l’ancien et les traditions et les combiner avec des connaissances nouvelles, innovantes et modernes, dans les domaines de l’économie, du climat et du mode de vie.

(Source et plus d’informations: Gemeinde Gurtnellen; Schweizer Strahlermuseum)

Révision: Lars Kophal (Neuchâtel), rédacteur et journaliste 

La ville de Cerlier et le château

Les premiers documents sur Cerlier (Erlach) datent du XIème siècle. Bourcard de Fenis (Burkhard von Fenis), évêque de Bâle (1072-1107) fit bâtir le château de Cerlier et son frère Cuno de Fenis (Kuno von Fenis), évêque de Lausanne (1093-1103) édifia l’abbaye Saint-Jean-Baptiste de Cerlier, réalisation qui permit aux seigneurs de Neuchâtel, en se désignant comme descendants des fondateurs de l’abbaye, d’asseoir leur statut d’héritiers des comtes de Fenis.

Le château de Cerlier est l’un des plus anciens du canton de Berne. Les comtes de Fenis et les comtes de Neuchâtel y vécurent. Au XIIIe siècle, le château devint la propriété de Pierre II de Savoie.

En 1474, la ville de Cerlier fut conquise par les troupes bernoises pendant les guerres de Bourgogne et resta sous le contrôle de la ville de Berne. En 1476, les Bernois en firent un baillage, en gardant le châtelain Rodolphe d’Erlach (1448-1507) comme bailli.

Aujourd’hui, le château de Cerlier, situé sur une colline et entouré de vignobles avec une magnifique vue sur le lac de Bienne, est reconnu comme bien culturel d’importance nationale.

Il abrite un institut de formation pour des enfants et des adolescents et depuis 2017 un musée consacré à Cerlier. Le château et la vieille ville de Cerlier forment la petite ville la plus originale de Suisse.

Cerlier et l’Ile Saint-Pierre

Depuis Cerlier, on atteint l’Île Saint-Pierre – endroit paradisiaque au milieu du lac de Bienne – à pied, en empruntant un chemin bordé de roseaux et de buissons.

L’île est aussi accessible par bateau. L’Île Saint-Pierre doit sa célébrité aux écrits de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), écrivain et philosophe genevois, qui y séjourna quelque temps lors de son exil en Suisse.

On peut visiter la chambre de Jean-Jacques Rousseau et des objets de l’époque dans l’ancien cloître de l’actuel hôtel-restaurant.

(Source et plus d’informations : www.museumerlach.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice

Le château de Cerlier

  

Autres impressions

 

Martin Disler (1949-1996), sculpture de la série ‘Häutung und Tanz’, 1990. Leihgabe Galerie Mayhaus, Erlach

Image: Musée de Cerlier

Image: Musée de Cerlier

Les villages de Göschenen et Wassen, les tunnels du Gothard et le général russe Suvorov

Les villages de Göschenen et Wassen sont entrés dans l’histoire avec la construction du premier tunnel du Saint-Gothard de 1872 à 1881, un tunnel ferroviaire à double voie de 15 km de long et dont l’aura est unique. Il reliait Göschenen au nord (canton d’Uri) à Airolo au sud (canton du Tessin).

Aujourd’hui, la route du col, le tunnel ferroviaire, le tunnel autoroutier et le tunnel ferroviaire de base relient l’Europe du Nord à l’Europe du Sud ainsi que le nord de la Suisse au Tessin.

Wassen

L’essor du col du Saint-Gothard n’a commencé que vers 1220-30 avec l’ouverture d’un passage dans les gorges de Schöllenen, entre Göschenen et Andermatt, et l’histoire du général russe Alexander Souvorov (1739-1800), du général français Claude-Jacques Lecourbe (1759-1815).

De nos jours, la route du col du Saint-Gothard, la plus importante liaison nord-sud d’Europe, est plutôt empruntée par les amoureux de cols aux paysages pittoresques.

La route du Gothard fut ouverte vers 1830 sur le tracé d’un chemin muletier. Le transport des voyageurs et des envois postaux se fit par voiture dès 1831, puis par diligence dès 1835.

Image: « Historische Reisepost » avec la Gotthardpost

Dès 1842, la légendaire diligence du Gothard, une voiture postale tirée par des chevaux, faisait un aller-retour journalier entre Chiasso et Flüelen. Marchands, savants, ambassadeurs et autres voyageurs auraient pu dire combien le trajet de l’ascension du col resta pénible bien que la route fût rendue carrossable. Les voyageurs et les chevaux devaient faire escale dans le village de Göschenen et Wassen pour se ravitailler et se reposer.

Göschenen

Göschenen, un village de quelques centaines d’habitants, comptait plus de 3 000 habitants après 1872. Pour mener à bien la construction du premier tunnel du Saint-Gothard entre 1872 et 1881, la Suisse dut faire appel, pour la première fois, à un grand nombre d’ouvriers originaires pour la plupart de la région du Piémont et de Lombardie, en Italie.

Puis vint le tunnel ferroviaire de base du Saint-Gothard – conçu à faible altitude afin d’éviter une phase d’ascension durant le trajet – dont la construction a débuté en 1996 et s’est achevée en 2011. Sa mise en service commerciale a eu lieu le 11 décembre 2016. Il s’agit d’un tunnel bi-tube passant sous le massif du Saint-Gothard. Mesurant 57,1 km de long, il est en 2020 le plus long tunnel du monde.

Le Tunnel de base du Saint-Gothard comprend deux tubes à une voie d’une longueur de 57 kilomètres chacun, 2 300 mètres sous les Alpes.

Images: Musée suisse des transports (Verkehrshaus der Schweiz), Lucerne

Chef d’œuvre du génie civil, il relie Erstfeld dans le canton d’Uri à Bodio dans le canton du Tessin et est essentiellement destiné au trafic ferroviaire à grande vitesse. Pour les voyageurs, le temps de trajet en train entre Zurich et Milan est ramené à 2 h 40!

Aujourd’hui, Göschenen et Wassen méritent d’être visitées, non seulement pour leur histoire en lien avec la construction du premier tunnel du Saint-Gothard et la construction de la ‘Zweite Röhre Gotthard’, mais aussi pour son charme empreint d’histoire et de modernité.

À l’entrée du village se trouve le rocher monumental du Diable (Teufelsstein), qui commémore la construction du légendaire pont du Diable au-dessus des profondes gorges de Schöllenen, dernier obstacle à l’important passage nord-sud à travers les Alpes.

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Simulation de la construction du premier tunnel ferroviaire, y compris les explosions et les autres travaux dans la montagne (1872-1882)

La Zweite Röhre Gotthard

 

Impressions de Wassen

 

Impressions de Göschenen

 

Dada et le club Aviron Romand à Zurich (1914-1918)

1916 n’est pas seulement l’année de la création de Dada. Dada est né à Zurich d’une initiative d’artistes qui avaient fui, au sens propre comme au sens figuré, la Première Guerre mondiale et « l’ancienne Europe » (1914-1918). À leurs yeux, l’ancien monde de l’art avait contribué à rendre cette catastrophe possible. Les citoyens suisses étaient également de la partie.

Les réunions de Dada avaient lieu au Cabaret Voltaire, dans la Spiegelgasse 1. Dada en tant que mouvement n’a existé que peu de temps, jusqu’en 1920, mais son influence s’étend jusqu’à aujourd’hui.

Quelques membres du club Aviron Romand vers 1910. Photo: 125 ans Aviron Romand

À un kilomètre de là, un autre événement remarquable a eu lieu à Zurich. En 1892, cinq clubs d’aviron avaient leur clubhouse au bord du lac : le Seeclub, le Nordiska (des quatre pays nordiques : Finlande, Norvège, Suède et Danemark), le Polytechniker Ruderclub Zürich, un club hongrois et le Club d’Aviron Romand (fondé en 1892).

Au moment où se creuse le Röstigraben, pendant les années de guerre, 36 membres français, suisses romands et alsaciens de l’Aviron Romand se portent volontaires dans l’armée française.

Ils rejoignent la composante d’élite de l’armée : les forces aériennes. Plus remarquable encore : l’escadrille française BR 218, l’unité dans laquelle ils sont engagés, adopte même le logo du Club d’Aviron Romand.

Raoul Coquard (1892) dans son Breguet XIV. Photo: 125 ans Aviron Romand (Archive Famille Coquard)

Ils combattent dans les airs sur tous les fronts : Verdun, la Somme, Noyon, Saint-Quentin, les Flandres, le Mont Kemmel et la Marne. Ils détruisent même deux grosses Berthas  (Dicke Bertha en allemand, avec un obusier de 420 mm).

! Leur prestige est tel que l’escadrille 218 reçoit pas moins de sept distinctions. Cependant, cinq volontaires n’ont pas survécu à la guerre, et six ont été blessés.

Cette guerre s’est déroulée il y a plus de 100 ans. Cependant, le Club d’Aviron Romand Zurich (ARZ) existe toujours dans le beau complexe du lac de Zurich, tout comme Nordiska Roddföreningen, le Seeclub, le Polytechniker Ruderclub Zürich, Ruderclub Industrieschule Zürich, Grasshopper Club section aviron, Ruderclub Kaufleuten Zürich, Club Nautique Français et Belvoir Ruderclub.

L’Aviron Romand ne se bat plus dans les airs, mais rame exclusivement sur l’eau, parfois avec d’autres clubs romands (par exemple avec la Société Nautique Neuchâtel), mais encore dans un cadre international avec un club français également présent dans le complexe.

Le logo du club d’Aviron Romand est aussi simple que ses actes sont grands : trois bandes rouges horizontales, qui ornent toujours le bâtiment du club !

(Source : D. Schaller, D. Masson (réd.), J. Bonhomme, F. Huber, D. Masson, G. de Morsier, R. Obi, M. Sigrist, 125 ans Aviron Romand, Zurich 2017)

 Révision: Lars Kophal (Neuchâtel), rédacteur et journaliste 

Le premier master tri-national dans en Europe

L’un des projets de coopération européenne les plus réussis est mis en œuvre dans la région du Rhin supérieur depuis des décennies. La Regio Basiliensis en Suisse et les organisations du Bade-Wurtemberg (Allemagne) et de l’Alsace (France) en sont les moteurs.

Le 20 septembre dernier, par exemple, a eu lieu l’ouverture du nouveau programme de master trinational « European Digital and Sustainable Business ». L’EM Strasbourg Business School propose ce programme d’études en coopération avec la Hochschule für Wirtschaft FHNW de Bâle et la Hochschule Offenburg en Allemagne.

Les entreprises doivent de plus en plus contribuer à la réalisation des objectifs mondiaux en matière de développement durable. Ce nouveau programme de master de deux ans forme les futurs managers dans un contexte européen caractérisé par des changements numériques et écologiques.

Le master European Digital and Sustainable Business permet aux étudiants d’acquérir un triple diplôme combinant l’expertise managériale et technologique, l’expérience professionnelle grâce à la gestion de projets et de business modèles durables, couplé à l’alternance en 2ᵉ année. Le programme est interdisciplinaire et fortement orienté vers la pratique.

Il permet d’acquérir des connaissances et des compétences dans les domaines du développement durable, de la gestion d’entreprise, des technologies environnementales et de la numérisation.

Des projets concrets sont mis en œuvre avec des entreprises et des organisations, les étudiants apprennent ainsi à considérer des problèmes complexes sous différentes perspectives et à mettre en pratique des solutions globales, innovantes et compétitives.

Photo: EM Strasbourg Business School 

Les études en trois langues (allemand, anglais et français) et dans trois pays permettent aux diplômés d’assumer des responsabilités dans des équipes internationales. Une fois leur diplôme obtenu, ils reçoivent un triple diplôme – un diplôme de master de chacune des trois universités partenaires renommées – qui les qualifie de spécialistes en gestion d’entreprise numérique et durable.

  • La 1ʳᵉ année du master (M1) se déroule en formation initiale, à temps plein. Elle se partage entre les cours à la Hochschule Offenburg en Allemagne (de septembre à mi-février) et à la Hochschule für Wirtschaft FHNW à Bâle en Suisse (de mars à juin).
  • La 2ᵉ année du master (M2) se déroule sous contrat d’apprentissage, à temps plein, à l’EM Strasbourg.

La Regio Basiliensis propose depuis longtemps une telle mise en réseau et coopération transfrontalière des établissements d’enseignement supérieur. Elle adresse des demandes concrètes aux responsables politiques de la région du Rhin supérieur et aux ministères compétents en Allemagne, en France et en Suisse, ainsi qu’à la Commission Européenne L’élément central est une association rapide et complète de la Suisse à Horizon Europe et Erasmus+.

Elle a également accompagné ce projet de près dès le début et l’a soutenu avec son savoir-faire, ses réseaux et ses relations publiques.

(Source et plus d’informations: EM Strasbourg Business School)

The sky is the limit à Binningen et à Franeker

Comme on le sait, l’unité de compte d’une année est le temps mis par la planète Terre pour effectuer son orbite autour du Soleil. La lune et les étoiles jouent également un rôle dans cette mesure du temps.

En Suisse, il existe 46 observatoires, dont 26 sont affiliés à l’organisation nationale (Société astronomique suisse). L’un d’entre eux est l’observatoire de St. Margarethen, près de Binningen (canton de Bâle-Campagne).

Bernoullianum

Fondé au milieu du XIXème siècle, il était initialement situé dans la ville de Bâle, près du Bernoullianum. En 1928, elle a été déplacée à son emplacement actuel et a appartenu à l’Université de Bâle jusqu’en 2007. Depuis, une association gère le complexe.

L’observatoire de St. Margarethen

Les anciens Égyptiens, les Phéniciens navigateurs, les Grecs et les Romains avaient déjà fait des recherches et des découvertes pionnières sur l’univers et la mesure du temps en années et en jours.

Les Vikings, lors de leurs voyages maritimes (lointains), avaient également l’expérience nécessaire de la navigation et de la mesure du temps en fonction des étoiles, des planètes, du soleil et de la lune.

Les Égyptiens ont mis au point les premiers calendriers basés sur leurs mesures; les Grecs et surtout les Romains ont perfectionné ce système. C’est aux Romains que nous devons non seulement les noms des mois et des jours, mais aussi le calendrier julien, qui était en vigueur dans la majeure partie de l’Europe jusqu’en 1582.

François Ducommun (1763-1839), Planétaire, 1816. Collection: Musée international d’horlogerie

Les scientifiques de l’Antiquité avaient déjà découvert que le soleil avait besoin d’un peu plus de 365 jours pour tourner autour de lui. Cette différence se manifeste aujourd’hui par des années bissextiles, soit 366 jours par an, le 29 février.

Cependant, la mesure du temps en heures et en secondes n’a pas été possible que des siècles plus tard, avec le développement des horloges mécaniques aux XVème et XVIème siècles. Le Musée d’horlogerie du Locle et le Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds, qui fête cette année son 50e anniversaire, lui sont consacrés. Aujourd’hui, même une mesure en femtoseconde est possible, soit 0,000 000 000 000 001 seconde.

Dans le monde occidental, le calendrier grégorien a été introduit en 1582 par le pape Grégoire XIII (1502-1585). Aujourd’hui, c’est le calendrier en vigueur dans presque tous les pays. Cependant, les anniversaires chinois, juifs, japonais, bouddhistes et les calendriers de certaines autres religions et pays sont encore (formellement) différents.

L’introduction du calendrier grégorien en Suisse. Image: L’observatoire de St. Margarethen

L’introduction de ce calendrier (catholique) n’allait pas de soi non plus dans les pays européens. En Suisse, il a même fallu attendre 1812 pour que les 22 cantons de la Confédération utilisent ce calendrier. La République des Pays-Bas unis s’est également étendue jusqu’en 1701, avec la Frise, Groningue, Utrecht et enfin Drenthe comme dernières provinces.

Torùn, Nikolaus Copernic

Un autre aspect intéressant de cette science est sa mondialisation séculaire depuis l’Antiquité. Les contacts des scientifiques du XVIe et XVIIe siècles sont plus récents. Nikolaus Copernic (1473-1543), originaire de Torun (Pologne), et Galileo Galilei (1564-1642), originaire de Florence, sont les noms les plus connus.

Le bâlois Peter Megelin (1623-1686), professeur à l’université de Bâle, a publié son livre pionnier Systema Mundi Copernicanum à Amsterdam en 1682. Johannes Hevelius (1611-1687), originaire de Gdansk (Danzig), a publié Selenographia sive Lunae Descriptio et d’autres études importantes, dont certaines sont encore valables aujourd’hui!

Images: l ‘observatoire de St. Margarethen

L’ancien observatoire de Binningen est dédié à cette histoire et est toujours utilisé comme instrument de mesure pour diverses applications météorologiques. L’observatoire est géré par l’Astronomische Verein Basel.

Certains jours, l’observatoire est ouvert au public qui, par temps clair, peut utiliser les télescopes sous la direction d’experts. Même si le ciel est nuageux, l’observatoire vaut la peine d’être visité pour ses informations (scientifiques et historiques) et ses simulations d’un ciel sans nuages.

Images: l ‘observatoire de St. Margarethen

L’univers, le soleil, les étoiles, les planètes, les galaxies et les autres corps célestes, partout dans le monde, indépendamment de la religion ou du système politique, ont une chose en commun: le ciel est la limite et on ne s’y ennuie jamais.

Eise Eisinga (1744-1828) ne s’est jamais ennuyé à Franeker non plus. Il a achevé le plus ancien planétarium (UNESCO-World Heritage) en activité au monde en 1781.  Récemment, en raison de l’année bissextile, le calendrier a été avancé manuellement d’un jour!

(Source et plus d’informations: Astronomischer Verein Basel)

 Jupiter:  Image: l ‘observatoire de St. Margarethen

Les Galaxies. Images: l ‘observatoire de St. Margarethen

Vals et ses Walser, phénomènes naturels, époque de la Réforme et sources minérales

Avalanches, inondations et éboulements, dans le village de Vals, dans la vallée de Vals (Valsertal, canton des Grisons), on en parle depuis des siècles. Une chronique (die Lawinechronik) en tient même un décompte précis depuis 1598.

En effet, les inondations de 1868 ont été si dramatiques que tout le village a envisagé d’émigrer en Amérique ! Le 20 janvier 1951, une avalanche de neige a coûté la vie à 19 habitants. Pour les locaux, de tels événements sont une vraie catastrophe.

Dans le parc national suisse en l’Engadine (canton des Grisons), on ne parle pas de catastrophes, mais de phénomènes naturels. En effet, aucun être humain ne vit dans ce parc, et les animaux et les plantes on n’en parle pas du tout.

Même à l’époque préhistorique, la nature a fait sentir sa présence. Le Flimser Felzsturz, par exemple, est un événement datant d’il y a 10 000 ans. La Rheinschlucht entre Ilanz et Reichenau en est le résultat, une œuvre d’art de la nature. À l’époque, il n’y avait pas d’habitants dans cette zone, ce n’était donc pas une catastrophe.

Vals, situé dans la vallée du Valserberg, n’existait pas à l’époque. Cependant, le Valserberg était une voie de communication entre Ilanz et le Tessin, via le col du Bernhardino. La première colonie (romanche) n’est apparue qu’au XIème siècle.

Vers 1300, des Walser s’installèrent dans le village et devinrent rapidement majoritaires. Le romanche a cédé la place à la langue walser (germanophone), comme dans la région voisine d’Obersaxen.

L’ église St. Peter und Paul

La Réforme

La Réforme a également donné lieu à des débats animés et à quelques débordements de violence à Vals. Les habitants de Walser voulaient rester majoritairement catholiques. C’était possible en vertu des articles d’Ilanz de 1524 et 1526 : les habitants d’une commune choisissaient eux-mêmes et non le gouvernement, en l’occurrence le Graue Bund (la Ligue grise) ou le Freistaat der drei Bünde (L’État libre des Trois Ligues). Vals, comme la plupart des villages walser, est resté catholique.

Le village a vécu de l’agriculture et de l’élevage jusqu’à la fin du XIXème siècle. Le commerce du bétail et des produits agricoles s’effectuait en toute saison entre Valserberg et le Hinterrhein, Bellinzona et Lugano.

Comme dans de nombreux endroits des Grisons et d’autres régions de Suisse, l’exploitation des sources minérales et des stations thermales ainsi que l’essor du tourisme ont radicalement changé la vie des lieux. La source de St Peter (St. Petersquelle) a rendu le village célèbre dans le monde entier et des entreprises d’envergure mondiale affluèrent.

Le « Kurhaus Therme », d’une capacité de 60 lits, a été inauguré en 1893. Le Therme Vals, entièrement rénové, a ouvert ses portes le 14 décembre 1996. L’ouverture de la centrale hydroélectrique de Zervreila en 1958 et des installations de ski en 1975 et 1996 ont également donné un élan économique important. Vals est d’ailleurs l’une des stations de ski les plus élevées du canton.

La Valser Wasserwelt

Une chose n’a cependant pas changé : le village n’est pas relié au réseau ferroviaire. La voiture postale ou le transport individuel permettent de traverser un paysage magnifique, où le temps s’est arrêté et où les avalanches, les inondations et les éboulements demeurent encore des phénomènes naturels.

(Source et informations complémentaires : Gemeinde Vals; Museum Gandahus)

 Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Impressions de Vals et la nature

Brüggastall-Stallgeschichten et la bibliothèque pour une future heureuse

Le jardin (der Garten)

Le pont et le Valser Rhein

St. Martin

Evian et Vevey, protagonistes des relations mutuelles dans la région lémanique

Politiquement, linguistiquement, économiquement et culturellement, la région du lac Léman a toujours été une région de contacts mutuelles intenses. Les évêques de Genève, la ville de Genève, les abbés, comtes et ducs de Savoie, les rois du royaume de Piémont-Savoie et de France, la Confédération des cantons, le Valais et d’autres acteurs encore ont déterminé la politique, le commerce, la guerre et la paix jusqu’en 1798.

Cependant, les villes d’Évian dans le Chablais (département de la Haute-Savoie) et de Vevey (canton de Vaud), toutes deux situées au bord du lac Léman, n’ont partagé politiquement que deux brèves périodes.

Aix-les-Bains, millénaire de la Savoie et de la Maison de Savoie (1003-2003)

En 1536, Berne conquiert la totalité du canton de Vaud. La même année, alliés avec la République des Sept-Dizains (Haut-Valais), les Bernois prennent également le Chablais, y compris Thonon et Evian, au duché de Savoie. L’actuel Chablais vaudois était déjà passé sous l’autorité bernoise depuis 1475.

Thonon, la frontrière française depuis 1860

Berne ne dirigera pourtant Thonon, et la République des Sept-Dizains la ville d’Évian, que pour une courte période. Le Traité de Lausanne (1567) et celui de Thonon (1569) restituent ces territoires à la Savoie et fixent la frontière a Saint-Gingolph.

Comté depuis des siècles, duché depuis 1416, la Savoie devient en 1720 la principale région du royaume de Piémont-Savoie (ou royaume de Sardaigne) avec Turin pour capitale. En 1796, Napoléon vainc ce royaume et le Traité de Paris (15 mai 1796) rattache la Savoie à la France.

Abbaye de Hautecombe (XIIème siècle) sur le lac du Bourget, de l’autre côté du lac, la ville d’Aix-les-Bains. Depuis le XIIe siècle, c’est la dernière demeure de la dynastie savoyarde. Le dernier roi italien Umberto II (1904-1983), descendant direct de la famille, y a également été inhumé en 1983, ainsi que son épouse Marie-Josée de Belgique (1906-2001) en 2001.

Deux ans plus tard, l’empereur fonde l’État unitaire de la République helvétique (1798-1803), avec le canton du Léman comme district. En 1803, le canton souverain de Vaud rejoint la nouvelle Confédération (1803-1813). La Savoie, de son côté, est annexée par la France et incorporée au département du Mont-Blanc.

Le Congrès de Vienne (1814/15) rétablit largement l’ordre ancien, l’Ancien Régime, du moins en ce qui concerne le royaume de Piémont-Savoie, qui récupère la Savoie. Le canton de Vaud, quant à lui, conserve son statut et reste un canton souverain dans la seconde Confédération de 1815.

Aix-les-Bains, 150ème anniversaire du rattachement de la Savoie  à la France (1860-2010)

Le royaume de Piémont-Savoie est finalement scindé en 1860 : la Sardaigne et la partie orientale (y compris le Piémont et Aoste) reviennent à l’Italie, le reste (y compris la Savoie) à la France (après un référendum).

Le destin politique n’aura donc réuni le Chablais, Evian, Vaud et Vevey que pendant une courte période, entre 1536 et 1567 et de 1798 à 1813. Cependant, le lac Léman est le trait d’union depuis l’époque romaine.

Evian est également le site de la célèbre eau minérale, commercialisée par Gabriel Cachat en 1789. Le comte Jean Charles de Laizer découvrit les effets bénéfiques de cette eau de source et Evian devint rapidement un lieu réputé pour le beau monde. La source Cachat est aujourd’hui encore l’une des sources les plus célèbres de la ville.

Les liens entre Vevey et Evian sont intenses. Le commerce, la viticulture, la navigation, la construction navale, les établissements thermaux et le tourisme sur les deux rives du lac témoignent de relations séculaires.

Haven van Evian et le Musée des Traditions et des Barques du Léman ( (Saint-Gingolph 

Maurice Denuzière (1926) a utilisé un citation de Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947) dans son roman  Helvétie (Fayard, 2010) sur Vevey, le Pays de Vaud et l’autre coté du lac léman :

« N’oublions pas le rôle historique qui a été revendiqué, placés comme nous le sommes entre trois grands pays, c’est-à-dire entre trois cultures, de servir d’intermédiaire, de les réunir et, jetant au creuset l’apport de ces différents métaux, de produire une sorte d’alliage, j’imagine.  Cela s’appelait l’esprit européen”. (Raison d’être, 1914)

Ce livre a pour thème l’entrelacement des relations autour du Lac Léman dans la période 1800-1819, avec Vevey et ses habitants comme protagonistes. Un beau roman pour mieux connaître les origines du canton de Vaud et de ses relations extérieures.

Impressions d’Aix-les-Bains

 

Derniers vestiges de l’époque romaine

Impressions d’Evian   

 

  

L’origine des Grisons 1524-2024

Depuis le 5e siècle, la langue parlée dans les Grisons actuels était principalement le rhéto-roman. Peu à peu, l’influence des immigrants germanophones (les Alamans) venus du nord et de l’ouest (les Walser) s’est accrue.

Politiquement, la région (alors appelée Rhétie) était divisée en plusieurs seigneuries, monastères, comtés et se trouvait en partie en possession des comtes du Tyrol et plus tard des Habsbourg. Au cours du Moyen Âge tardif, ces seigneuries perdirent de plus en plus d’importance.

Celerina

Les communes judiciaires autonomes devinrent de plus en plus fortes. De nombreuses communes s’érigèrent de facto en petites républiques ou États. L’empereur et le Saint Empire romain germanique et leurs souverains locaux en tant que représentants conservaient une importance formelle en tant qu’instance supérieure, mais principalement sur le papier. Cette situation était unique en Europe.

Ces communes n’étaient pas des démocraties au sens actuel du terme. Les postes les plus importants restaient généralement au sein des mêmes familles et les abus de pouvoir (religieux), l’achat de voix et la corruption faisaient partie du quotidien. Il y avait également toujours une division sociale entre les nobles et les clercs, et d’autre part les paysans (citoyens/commerçants).

Zuoz, les Plantas étaient, par exemple, la famille la plus puissante et dirigeante de la Haute-Engadine.

Et pourtant, cette forme de gouvernement politique et constitutionnel était unique en Europe. La Landsgemeinde a joué un rôle important dans l’indépendance croissante vis-à-vis du souverain. Au sein de la Landsgemeinde, les citoyens (masculins) décidaient des lois, des fonctions politiques, des juges, de la guerre ou de la paix, des alliances et d’autres questions pertinentes.

Les communes étaient toutefois intégrées dans la constellation des pouvoirs européens et chaque village avait des liens avec les grandes puissances de l’époque, à savoir les Habsbourg, la France, l’Espagne, Venise, le pape et le duc de Milan, par le biais de dynasties, de traités et d’intérêts mercenaires.

Samedan, Chesa Planta

Les mercenaires grisons (et confédérés) étaient très demandés après Morgarten (1315), Sempach (1386), Näfels (1388), Argovie (1415), Thurgovie (1460), Morat/Grandson/Nancy (1476-77) et enfin la guerre des Souabes/la guerre des Suisses/la guerre des Engadins (1499).

La situation des Grisons était également idéale : la région était proche des principaux théâtres de guerre en Italie à l’époque (vers 1500). Et au début du 16e siècle, les Trois Ligues ont elles-mêmes commencé à conquérir des territoires italiens (la Valteline, Bormio et Chiavenna). Après 1515 (Marignano), ce fut la fin.

En 1367 fut fondée la Ligue de la Maison-Dieu (Gotteshausbund), suivie en 1395 par la Ligue grise/Haute Ligue (Grauer Bund/Oberer Bund) et en 1426 par la Ligue des Dix-Jurisdictions (Zehngerichtebund). Ces trois alliances coopéraient dans le domaine de la politique étrangère, de la justice et de l’économie. La région faisait formellement partie du Saint Empire romain germanique, mais agissait de plus en plus indépendamment.

Borne de la Ligue de la Maison-Dieu. Collection : Musée rhétique de Coire

Ces trois ligues coopéraient dans le domaine de la politique étrangère, de la justice et de l’économie. Ces ligues étaient des organisations décentralisées dont les éléments constitutifs étaient les nombreuses communes autonomes. Ce système n’était pas compatible avec le centralisme et l’organisation top-down des monarchies.

La Ligue de la Maison-Dieu et la Ligue grise (1406), la Ligue de la Maison-Dieu et la Ligue des Dix-Juridictions (1450/55) ainsi que la Ligue grise et la Ligue des Dix-Juridictions (1471) ont également conclu des liens entre elles. Il y avait des délibérations communes et elles se présentaient à l’extérieur comme un État global.

Trun. Les députés de la Ligue grise se réunissaient dans l’actuel musée Sursilvan Cuort Ligia Grischa

Le 23 septembre 1524, les trois ligues devinrent la République de l’État libre des Trois Ligues. Cette république avait déjà des contacts étroits avec la Confédération et le statut d’un allié (zugewandter Ort). Cette république a duré jusqu’en 1798. La Diète, la session des députés de l’État libre, se tenait tour à tour à Ilanz, Coire et Davos.

La nouvelle alliance était une répétition presque littérale des traités plus anciens (de 1406, 1450-55 et 1471), mais il y avait aussi de nouveaux textes concernant l’administration des territoires sujets (La Valteline, Bormio et Chiavenna), les relations avec la Confédération, le mercenariat, la politique étrangère, les guerres nationales et la religion (les articles d’Ilanz de 1524 et 1526).

Image: Marco Zanoli/Wikipedia

Au cours des siècles qui ont suivi 1524, la Réforme et les ingérences étrangères (par exemple pendant les troubles grisons de 1618-1639) ont eu une grande influence sur la nouvelle république et ses nombreuses communes autonomes et leurs intérêts.

Les armoiries : en haut à gauche la Ligue grise, en haut à droite la Ligue des Dix-Jurisdictions avec les couleurs de Davos et en bas la Ligue de la maison-Dieu, la plus grande ligue, et donc la moitié des armoiries.

Les villages et leurs principales familles pensaient et agissaient à l’échelle européenne en fonction de leurs propres intérêts. Ils avaient des liens avec les protestants, les catholiques, les Habsbourg, la France, Venise ou d’autres dirigeants locaux. Le commerce des mercenaires était florissant et Jörg Jenatsch (1596-1639) n’était qu’un des nombreux chefs de guerre grisons dont les partenaires changeaient – République ou pas.

Scuol, image de Jörg Jenatsch

Les réformes politiques de Napoléon (1798-1813) ont finalement été décisives pour l’émergence du canton des Grisons. Le canton est né en 1803 en tant que membre de la nouvelle confédération (1803-1813). Celle-ci a succédé à la République helvétique (1798-1803). Depuis 1815 et 1848, le canton est membre de la nouvelle confédération.

Coire, bâtiment du gouvernement cantonal depuis 1803.

Source: E. Meyer-Marthaler, Studien über die Anfänge gemeiner Drei Bünde (Chur 1973); Website: Graubünden – Freistaat der Drei Bünde. Eine Chronologie 1524-2024 (https://500.gr.ch)

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Les bornes de la Ligue des Dix-Jurisdictions et de la ligue grise. Collection: Rätisches Museum Chur

Les anabaptistes de Zurich, de Zollikon, des Pays-Bas et les humanistes de Bâle

Alors que de nombreux citoyens protestants des Pays-Bas, et plus tard de la République des Sept-Provences Unies, effectuèrent leur apprentissage à l’académie (fondée en 1559) de Jean Calvin (1509-1564) à Genève, d’autres citoyens protestants durent fuir les Pays-Bas précisément à cause de Calvin et de ses enseignements.

Martin Luther (1483-1546) fut l’initiateur de la Réforme en 1517. De nombreux prédécesseurs avaient déjà tenté en vain de réformer l’Église, souvent au prix d’une condamnation au bûcher. C’est en partie grâce à l’imprimerie et au soutien de puissants princes allemands que Luther a, lui, réussi. La Réforme a atteint la Confédération (Eidgenossenschaft) dès les années 1520.

Zurich, Grossmünster, Huldrych Zwingli

Huldrych Zwingli (1484-1531) fut le principal réformateur de Zurich et, en 1524, la ville était déjà réformée. Zwingli était cependant en désaccord avec Luther sur certains points religieux.

En revanche, ils étaient tous deux d’accord sur un point : les anabaptistes représentaient une menace pour la nouvelle foi et l’ordre social et devaient être impitoyablement persécutés : « Eine verdorbene Art von Menschen, die Pest der Wiedertäufer und das Unkraut der Wiedertäufer » (Huldrych Zwingli, Schriften IV, Theologischer Verlag Zürich 1995).

Reproductions de dessins colorés de différents manuscrits du XVIème siècle : scènes de Suisse d’un culte clandestin dans la forêt et de la levée d’une assemblée (1575), ainsi que l’expulsion des anabaptistes de Berne (1585) . Collection : Bibliothèque centrale de Zurich

La loi impériale allemande (d’influence catholique) du 23 avril 1529 était aussi claire : Les anabaptistes qui ne renonçaient pas à leur foi étaient condamnés à la peine de mort par le bûcher, l’épée ou d’autres moyens, sans procès. À Zurich, la noyade dans la Limmat était l’un de ces moyens.

Zollikon, la maison de la première réunion des anabaptists

Les anabaptistes

 Ce mouvement issu de la Réforme s’est formé vers 1525-1527 à Zurich et à Zollikon. Felix Manz (1498-1527) et Konrad Grebel (1498-1526) en furent les principaux dirigeants. Ils rejetaient le baptême des enfants, la conscription et l’Église en tant qu’institution de l’État. Seuls les adultes pouvaient être baptisés, l’Église n’était pas un organe de l’État mais une association privée d’individus, et la conscription militaire était refusée.

La persécution aux Pays-Bas était exceptionnellement impitoyable par rapport à d’autres pays. T.J. van Bracht a publié « Miroir des martyrs » en français en 1660. Collection : Association Française d’Histoire Anabaptiste Mennonite

Luther, Calvin, Zwingli et son successeur Heinrich Bullinger (1504-1575) ainsi que d’autres réformateurs considéraient ce mouvement comme un grand danger. Ils persécutèrent les anabaptistes au moyen d’une « inquisition protestante », y compris par des exécutions. À Zurich, sur les rives de la Limmat, une table commémorative rappelle encore l’exécution de dirigeants et d’autres anabaptistes.

Zurich, Grossmünster

Malgré tout, le mouvement connut un grand succès et se répandit rapidement dans les régions catholiques et protestantes, y compris aux Pays-Bas, qui étaient encore catholiques à l’époque. Cependant, les anabaptistes furent également persécutés dans les pays catholiques. Là aussi, ils étaient considérés comme une menace et, de plus, ils étaient protestants, c’est-à-dire hérétiques.

Zurich, la maison de Konrad Grebel

Seuls quelques théologiens,  dont le catholique Érasme de Rotterdam et le protestant Sébastien Castellio à Bâle, ainsi que des souverains locaux, dont le duc de Wurtemberg et les comtes de Hesse et d’Oldenbourg, plaidèrent en faveur de la tolérance religieuse. En vain. La persécution fut implacable.

Les disputes dogmatiques entre Luther, Zwingli, Calvin et leurs successeurs avaient démontré l’absence de tolérance au sein de l’Église protestante. Cette intolérance fut rendue encore plus évidente par la persécution de l’« Inquisition protestante » à l’égard des anabaptistes.

Persécution, liberté de religion et réconciliation

Ce mouvement n’a été reconnu qu’après la création française de la République batave (1795) et de la République helvétique (1798) au XIXème siècle. La Constitution de la République helvétique (1798-1803) prévoit la liberté de religion des anabaptistes.

La première église anabaptiste a été consacrée à Bâle en 1847 et le premier congrès mondial anabaptiste s’est tenu en 1925. La réconciliation par l’Église évangélique réformée suisse a pris de l’ampleur plus tard au 20e siècle.

Enfin, le 26 juin 2004 à Zurich, l’Église évangélique a procédé à un rapprochement formel et a présenté des excuses sous le slogan « Die Reformation und die Täufer. Gegeneinander – nebeneinander-miteinander », y compris la pierre commémorative sur la Limmat.

L’exécution de Félix Manz et des autres anabaptistes, le 5 janvier 1527. Illustration:  Heinrich Thomann (1544-1619), Abschrift (1605) sur Heinrich Bullingers Reformationsgeschichte (Source: Zentralbibliothek Zürich, Ms. B 316, Fol. 284v)

 Érasme , Sebastian Castellio et son De haereticis an sint persequendi

L’humaniste Érasme (1469-1536), Sebastian Castellio, son alter ego Martin Bellius alias Basilius Montfort (1515-1563), David Joris alias Jan von Brugge/Johann von Bruck (1505-1556) et d’autres ont fait et publié ce qu’ils pouvaient à Bâle.

L’érudit bâlois Bonifaz Amerbach et son Erasmus-Stiftung, fondé en 1538, ont soutenu Castellio financièrement. Un numéro récemment publié de l’Internationale Castellio Gesellschaft met en lumière de manière unique cette contribution humaniste de Bâle.

Après un travail de dix ans, une équipe éditoriale internationale a publié l’ouvrage révolutionnaire de Castellio, De haereticis an sint persequendi, dans l’original latin (Johannes Oporins publishers, Bâle, 1554), allemand (Von Ketzeren, Strasbourg 1555), français (Traicté des heretiques, Lyon 1557) et dans l’édition de Joachim Clutensius (Strasbourg, 1610).

Sebastian Castellio, De haereticis an sint persequendi, Bâle, 1554. Collection Universitätsbibliothek Basel, VD16 C 2130

La première partie présente les textes latins, allemands et français en parallèle, avec de nombreuses références aux textes pertinents des pères de l’Église (notamment Augustin, Hieronymus et Chrysostomus) et des auteurs contemporains (notamment Érasme, Calvin, Luther).

La deuxième partie présente un contexte historique complet et une discussion sur les débats religieux de cette période. En outre, un compte-rendu complet des traductions allemandes et françaises et de la publication de 1610 ne manque pas.

Barbara Mahlmann-Bauer, Kilian Schindler (HrsG.) en coopération avec Sonja Klimek et Daniela Kohler, Sebastian Castellio De haereticis an sint persequendi (Schwabe Verlag, Bâle, 2024)

Conclusion

Cette édition en deux volumes de plus de 1’300 pages est non seulement un exploit courageux de la part de l’éditeur, mais présente aussi un contenu et une conception réussis de la part des rédacteurs et des auteurs dans ce monde numérique.

Surtout, le contenu n’a rien perdu de sa pertinence ou, comme l’a dit Stefan Zweig (1881-1942) en 1936:

« Als Manifest der Toleranz und mit der Toleranzargumentation von Sebastian Castellio (1515-1563) wurde eine neue Stufe im neuzeitlichen Diskurs der Toleranz erreicht » (Castellio gegen Calvin, 1936).

Ce n’est pas une coïncidence si Zweig avait publié son livre Triumph und Tragik des Erasmus von Rotterdam (1934) deux ans plus tôt, après 16 ans de terreur et de dictature communiste et un an de terreur et de dictature nationale-socialiste.

Ou, pour reprendre les termes de Winston Churchill (1874-1965) :

« Le fascisme était l’ombre ou le vilain enfant du communisme ». (The Second World War, The Gathering Storm, Londres 1947). Un avertissement de l’histoire toujours d’actualité, y compris contre un nouvel « isme » religieux.

Source : Barbara Mahlmann-Bauer, Kilian Schindler (HrsG.) en coopération avec Sonja Klimek et Daniela Kohler, Sebastian Castellio De haereticis an sint persequendi (Schwabe Verlag, Bâle, 2024) ; M. Baumann (red.), Gemeinsames Erbe. Reformierte und Täufer im Dialog, Zurich 2007)

Révision: Lars Kophal (Neuchâtel), rédacteur et journaliste 

Impressions de Zollikon