L’Elsasserditsch, D’r Klein Prinz et les poètes alémaniques d’Alsace

Les langues restent le principal moyen de communication, à l’oral, à l’écrit, en mots et en gestes. En Suisse, pays plurilingue, on s’y connaît. Mais les régions voisines ont également une histoire et une évolution linguistique intéressantes.

C’est le cas de la Savoie, du Tyrol du Sud (Adige), du Val d’Aoste, du Piémont et de la Lombardie en Italie, du Tyrol et du Vorarlberg en Autriche, de la région du lac de Constance, du pays de Bade, de la Franche-Comté et de l’Alsace.

L’Alsace

La région alsacienne, à l’origine germanophone, est devenue progressivement bilingue après son rattachement à la France au XVIIème siècle. À partir de 1945, l’Alsace s’est de plus en plus développée en une région purement francophone.

Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les habitants de Baden, de Bâle et d’Alsace, par exemple, pouvaient bien communiquer entre eux en dialecte alémanique. Après 1945, ces régions ont toutefois suivi leur propre voie linguistique.

Image: Ecomusée d’Alsace

Depuis quelques années, l’Elsässerditsch (l’allemand parlé en Alsace) a commencé une nouvelle vie. Les noms de lieux sont (à nouveau) bilingues (en alsacien et en français) et les médias et la culture lui accordent plus d’attention.

La langue alémanique et francique séculaire en Alsace n’est donc pas encore totalement perdue. En raison de ses liens séculaires avec les cantons germanophones du nord-ouest de la Suisse (Soleure, Bâle-Ville, Bâle-Campagne et Argovie) et le canton francophone du Jura, l’évolution de l’Elsässerditsch et français est brièvement décrite ci-dessous, sur la base d’informations fournies par l’Ecomusée d’Alsace à Ungersheim.

Le musée s’efforce de promouvoir la langue régionale et présente donc un modèle de signalétique régionale pour les communes d’Alsace. Ces dialectes proviennent des mêmes langages à partir desquels se sont développés le Hochdeutsch et le français moderne.

Les dialectes germaniques

On distingue cinq dialectes germaniques ainsi que de nombreuses variantes :

Le haut alémanique dans le sud de l’Alsace (ou Sundgau), le Bas alémanique du Sud, le Bas alémanique du Nord, le francique rhénan palatin (nord de l’Alsace) et le francique rhénan lorrain  (das Frankische ou Lothringer Platt de l’Alsace Bossue).

Le musée présente différentes variantes de dialectes germaniques. Les dialectes germaniques d’Alsace se retrouvent dans les régions limitrophes de la Suisse, de l’Allemagne et de l’Autriche.

Les dialects romans et le yiddish alsacien

En outre, il existe plusieurs autres dialectes en Alsace : le yiddish alsacien, le roman-lorrain et le roman du Haut-Rhin.

Des parlers romans lorrains sont présents dans quatre hautes vallées vosgiennes d’Alsace : Bruche, Lièpvrette, Giessen et Weiss. Ils sont appelés « Welche » en Alsace (Welsch en suisse allemand !). Ces dialectes sont dérivés du latin populaire, diffusé par les soldats, les commerçants et les administrateurs, puis par les religieux.

Le roman du Haut-Rhin, historiquement présent dans le Sud du Haut-Rhin mais aussi en Franche-Comté et dans le Jura Suisse, est né vers le VIIème Siècle. La majorité des mots est issue du latin mais il subsiste des mots d’origine celte. Des termes germaniques l’ont aussi enrichi.

Quant au patois, il a pratiquement disparu ou ne joue plus aucun rôle, à l’exception de quelques régions, comme le Valais par exemple.

Dans les régions proches de la frontière linguistique francique et alémanique, des mots germaniques ont été introduits dans les parlers romans.

Ces dialectes romans d’Alsace font partie de la langue d’oïl, qui regroupe l’ensemble des parlers romans du nord de la Loire, dont la français moderne est devenue la forme standard et de référence.

Conclusion

Aujourd’hui, il est à peine imaginable que jusqu’en 1945, les Alsaciens pouvaient parler sans problème leur dialecte avec les Bâlois et les Badois ! De ce point de vue, le panorama linguistique (Sprachpanorama) de Laufenbourg est également une initiative intéressante.

L’Ecomusée d’Alsace met son modèle linguistique en perspective avec l’Alsace des siècles passés, un peu comme le Ballenberg suisse.

De plus, Le Petit Prince observe à une petite distance. Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) aurait été fier de voir D’r Klein Prinz, l’édition en dialecte alsacien de son histoire mondialement connue.

Le sentier de poésie Dreyland (DreylandDichterweg) le long du Rhin présente 24 poètes alémaniques d’Alsace, de Baden et de Bâle. L’itinéraire va de Bâle à Huningue et Weil am Rhein.

(Source et plus d’informations: Ecomusée d’Alsace in Ungersheim)

Révision: Lars Kophal (Neuchâtel), rédacteur et journaliste 

Impressions de l‘Ecomusée d’Alsace

   

 

50 ans du Musée international d’horlogerie à La Chaux-de-Fonds

Le demi-siècle d’existence du Musée international d’horlogerie (MIH) au coeur du Parc des musées à La Chaux-de-Fonds sera célébré de façon grandiose le week-end des 19 et 20 octobre, 50 ans jour pour jour après son inauguration publique.

Outre le programme de visites guidées, d’ateliers et de démonstrations d’automates, le musée offrira au public des performances artistiques en hommage à son emblématique bâtiment brutaliste.

Dès 10h le samedi 19 octobre, les marionnettes de La Turlutaine dans une création inédite, les chanteuses et chanteurs d’Evaprod et les Blind Tests de L’Amuse-Bar porteront la fête à son paroxysme avec un grand soufflé de bougies d’un géant gâteau d’anniversaire programmé à 22h30.

Bis repetita le dimanche 20 octobre jusqu’à 16h, moment où huit danseuses et danseurs de la compagnie MOOST, menée par Marc Oosterhoff sur les toits du MIH en coaccueil avec ADN – Danse Neuchâtel, constitueront autant le point d’orgue que le point final de ce week-end de célébration.

Une pièce surprise, d’une rareté exceptionnelle, acquise récemment par le MIH sera dévoilée au public les deux jours à 13h30 et 15h30.

Musée international d’horlogerie: samedi 19 octobre, 10h-17h et 20h-00h. Dimanche 20 octobre, 10h-17h,  entrée gratuite

(Source et plus d’informations: www.mih.ch)

Tissage artisanal Tessanda et le prix European Textile & Craft Award

L’Académie européenne du textile, une plateforme indépendante et internationale pour le transfert de connaissances interdisciplinaires dans l’industrie textile, organise le Prix européen du textile et de l’artisanat.

L’objectif est de reconnaître les réalisations exceptionnelles dans les professions artisanales et artistiques contemporaines et traditionnelles, ainsi que leur lien avec le monde du design. Tessanda a reçu le premier prix dans la catégorie 2024 Textile Craft.

L’atelier de tissage manuel de Tessanda à Sta. Maria (canton des Grisons) a été fondée en 1928 pour offrir aux femmes un emploi et la possibilité d’une formation professionnelle reconnue en tant que tisseuses à la main. Tessanda a été fondée sous le patronage de l’association « Società ütil public Val Müstair », qui existait depuis 1910.

Parallèlement à la création de Tessanda, la « Società ütil public Val Müstair » a également fondé l’école professionnelle Sta. Maria, qui est toujours en activité et propose trois fois par an des cours en bloc de deux semaines pour les apprentis tisseurs de Suisse.

L’école professionnelle de Sta. Maria est la plus petite de Suisse et est toujours gérée par la « Società ütil public Val Müstair ». Tessanda est une fondation indépendante depuis 1955.

Aujourd’hui, Tessanda est l’une des trois dernières usines professionnelles de tissage à la main en Suisse et un important patrimoine culturel du Val Müstair. Elle tisse encore à la main sur des métiers à tisser en bois, dont certains sont plus que centenaires. Actuellement, 17 tisserands et couturières formés et expérimentés travaillent à Tessanda.

Le lin

Il y a cent ans, le lin était encore cultivé dans le Val Müstair. Les femmes du Val Müstair tissaient à la main, sur leurs métiers traditionnels, des chemises, des draps, des torchons, etc., à partir du fil qu’elles filaient elles-mêmes. Il s’agissait principalement de textiles destinés à leur propre usage.

La transformation des plantes de lin récoltées en fil de lin naturel prend beaucoup de temps et nécessite une main-d’œuvre importante. C’est pourquoi les champs de lin ont progressivement disparu du Val Müstair et de la Suisse. La transformation est devenue trop coûteuse.

Pourtant, les champs de lin ne sont pas seulement une bonne source de fil, ils sont aussi très précieux pour la promotion de la biodiversité. Le parc naturel Biosfera Val Müstair et Tessanda ont donc lancé le projet « Replanter le lin dans le Val Müstair » (Wiederanbau von Flachs im Münstertal (Val Müstair) en 2021. Depuis, deux agriculteurs et plusieurs particuliers ont planté et récolté du lin.

En octobre 2023, le premier Flachs-Brächete (brunch de lin) a eu lieu. Après avoir récolté les plantes de lin séchées, les gens se réunissent pour les traiter ensemble. Les tiges sont froissées, cassées puis égrenées sur de vieux équipements. Et puis, c’est la fête et l’heure du déjeuner. La dernière Brächete a eu lieu à Tessanda le 12 octobre.

(Source et plus d’informations: Handweberei Tessanda, Sta. Maria)

Museum d’engiadina bassa Scuol

Une exposition sur ‘Handweberei Tessanda, inclus le Chalandamarz

bâtisseurs des ponts, le fromage, le cor des Alpes, le Hegeloch et la nature dans l’Emmental

Le village de Langnau (canton de Berne) dans le Haut-Emmental (Oberes Emmental) est mentionné pour la première fois dans des chartes en 1139. Les seigneurs de Kyburg, Langnau et Spitzenberg ont régné sur cette région jusqu’en 1300.

À cette époque, les Spitzenberg vendirent aux Habsbourg leur château de Spitzenegg, y compris les droits sur Langnau. Le monastère de Trub, fondé en 1130, a également acquis de nombreux domaines dans la région et à Langnau après 1300.

Après la bataille de Sempach (1386), Berne prend le dessus dans la région. Depuis 1406, Langnau fait partie du Landvoogdei Trachselwald et du canton de Berne.

Comme beaucoup de villages en Suisse, Langnau a une allure urbaine, avec notamment le droit de marché obtenu au XVème siècle et d’autres privilèges. Aujourd’hui, c’est en fait une petite ville (un bourg, Flecken en allemand) pour une région d’environ 50 000 habitants.

Bien sûr, la production et le commerce du fromage Emmental y occupent une place importante, mais la localité était également connue pour ses activités de céramique, de tissage, de textile et de fabrication d’orgues (Schwyzerörgeli ou « Langnauerli »), ainsi que pour d’autres activités et services.

Malgré le paysage idyllique de l’Emmental, dont Vikar Albert Bitzius alias Jeremias Gotthelf est le défenseur le plus connu, la région a également été le théâtre d’une persécution impitoyable des anabaptistes et de soulèvements paysans au XVIIème siècle jusqu’en 1730. L’Obere Emmental n’est donc pas seulement un beau paysage avec des prairies verdoyantes, des forêts et de belles fermes.

Le Chüechlihus de Langnau, l’un des plus grands musées régionaux de Suisse, met également en lumière cette histoire.

Le Holzbrückenweg et l’Emme

Il est surréaliste d’imaginer l’Emme, une rivière souvent au calme gazouillant, comme une masse de bois, de pierres et de rochers, pulvérisant tout sur son passage, y compris les nombreux ponts en bois. Et pourtant, même cette belle rivière change de forme plusieurs fois par an, une sorte de Jekyll et Hyde parmi les rivières (ce n’est d’ailleurs pas la seule).

Le Horbenbrucke (1834) près d’Eggiwil, par exemple, est le seul pont qui ait survécu à la crue de l’Emme en août 1837. En 2007, ce pont a été remplacé par un pont en béton en raison du poids croissant des voitures (de marchandises), mais par respect, l’ancien pont Horbenbrücke a été préservé et peut être vu à côté du nouveau pont.

Le chemin dit « Holzbrückenweg » de l’Obere Emmental ne compte pas moins de 18 ponts couverts en bois sur l’Emme et ses affluents sur moins de 25 kilomètres, sans compter les petits ponts en bois (Stegge) et les ponts modernes . Au XIXème siècle, il existait même un véritable « Brückenfieber » !

L’Obere Emmental offre en outre d’autres curiosités (naturelles). Le Rämisgummen est considéré comme l’un des plus beaux pâturages alpins de l’Emmental. Le Räbloch, dans les gorges de l’Emme, est également une impressionnante construction de la nature.

Les gorges se sont formées sous la glace des glaciers. Lors de la dernière période glaciaire, le Räbloch était encore recouvert de glace, contrairement au reste de l’Emmental. Le glacier de l’Emme s’étendait jusqu’à l’extrémité nord du plateau de Siehen, près du Chnubel. La Schrattenfluh, près du village de Schangnau, est également une œuvre d’art de la nature.

Cependant, la main de l’homme a également été à l’œuvre. L’un des premiers tunnels de circulation construit par l’homme en Suisse n’est pas le tunnel du Gothard de 1882, mais le Hegeloch de 1840. Situé sur la route menant du hameau de Hüpfenboden au Girsgrat, ce tunnel a été construit en 840 par des agriculteurs locaux avec le soutien financier et logistique du gouvernement.

Eggiwil

Eggiwil (canton de Berne, Bezirk Signau) est un village de l’Obere Emmental situé à l’endroit où la rivière Röthenbach se jette dans l’Emme. Le village est donc entouré d’eau et accessible par des ponts, dont trois ponts en bois et un pont en béton (Beisatzgasse-Brücke).

Le village est le berceau de plusieurs produits légendaires, dont das Bachmann Alphorn, le fromage Emmentaler et est le lieu de restaurants et d’hôtels réputés, dont le restaurant et l’hôtel Hirschen et le Gasthof Bären et sa dépendance zum Bären.

Le tourisme est aujourd’hui un pilier économique aussi important qu’il l’était autrefois la Köhlerei, l’exportation de bois avec les radeaux en bois (Holzflössen). Les environs ont donc beaucoup à offrir !

(Source et plus d’informations: Tourismus Emmental)

 Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Impressions de l’Emmental

  

La Villa de Clavel, Auguste et Augusta Raurica

À Augst (canton de Bâle-Campagne), sur le domaine de Castelen, la statue de l’empereur Auguste (63 av. J.-C. – 14 ap. J.-C.) porte son regard sur la Villa Clavel. À l’époque de l’empereur, Bâle n’existait pourtant pas encore et le Rhin coulait encore dans divers affluents à travers des terres vierges. Il n’y avait que quelques petites colonies celtes, notamment sur la colline de Münster et sur le site de l’actuel complexe Novartis.

Vue de Bâle et du genou du Rhin depuis la Villa Clavel en 2024

Il est vrai que Bâle s’est également « romanisée » en quelques générations et que la région a été connue sous le nom de Basilea plus tard à l’époque romaine, mais Augusta Raurica était la ville la plus importante de cette région du Rhin. Augusta Raurica a été fondée en 44 av. J.-C. par Lucius Munatius Plancus (87 – 14 av. J.-C.), probablement à l’initiative de Jules César (100 – 44 av. J.-C.).

La ville comptait environ 20’000 habitants à son apogée, au deuxième siècle de notre ère. Elle était aménagée selon le modèle romain, avec un théâtre en pierre, deux (!) amphithéâtres, un forum, une basilique, des thermes, des temples, des palais, des quartiers résidentiels, un port et un pont sur le Rhin.

Le théâtre romain et Augusta Raurica, vue de la villa Clavel

Après le départ des Romains au Vème siècle, la structure urbaine romaine a lentement disparu et l’essor de Bâle a commencé. Sur le site d’Augusta Raurica, les villages d’Augst et de Kaiseraugst (canton d’Argovie) ont vu le jour au Moyen Âge, avec plusieurs centaines d’habitants.

Pendant des siècles, les ruines romaines ont surtout servi de matériau de construction. Ce n’est qu’à la fin du XVIème siècle que l’on a commencé à s’intéresser au passé romain.

Cela a conduit finalement à l’ouverture du musée en plein air d’Augusta Raurica en 1957, qui offre une image fascinante de la ville à l’époque de l’Empire romain. C’est surtout au XIXème et au début du XXème siècles que les bases scientifiques, financières et organisationnelles de ce musée ont été jetées.

Alexander Zschokke (1955), buste de René Clavel à l’Antikenmuseum Basel

L’une des principales personnalités ayant contribué à la réalisation du musée est René Clavel (1886-1969), qui a donné son nom à la Villa Clavel. Clavel, riche industriel bâlois (et frère d’Alexander Clavel (1881-1973) du Wenkenhof à Riehen), était non seulement un pilote passionné, mais il s’intéressait également à l’Antiquité et à Rome en particulier.

Invitation à une garden party à la Villa Clavel. René Clavel a également participé aux célèbres compétitions de vol Gordon Bennett de l’époque.

En 1918, Clavel a acheté ce terrain, le plateau de Castelen, dans le but d’intégrer les bâtiments existants dans un nouveau manoir, l’actuelle Villa Clavel. Le site ne surplombait pas seulement l’ancienne Augusta Raurica, mais avait également un riche passé antique. À l’époque romaine, il s’y trouvait une grande villa (domus) et des quartiers résidentiels (insulae) pour l’élite : de nos jours, nous parlerions d’un quartier de villas.

Mosaïque romaine dans la villa

Ce « quartier de villas » est également tombé en désuétude après le Vème siècle et ce n’est qu’au XVIIème siècle que des documents mentionnent des vignobles, des bâtiments militaires et des canons à cet endroit. C’est probablement à cette époque que remonte le nom de Castelen, « auf Cästellein ».

En 1955, Clavel a fait don de la Domus Romana, entre autres, à la fondation Augusta Raurica. Depuis 1969, la villa appartient à la Römer-Stiftung René Clavel, qui travaille en étroite collaboration avec le Musée Augusta Raurica et le canton de Bâle-Campagne.

Le complexe, son intérieur et son jardin sont restés en grande partie dans leur état originel, à l’exception de quelques extensions (dont la salle de réunion (Plenarsaal) et de rénovations. Le maître d’ouvrage et son architecte Max Alioth (1883-1968) ont atteint leur objectif : créer une atmosphère historique en s’attachant à l’artisanat, aux antiquités et aux détails dans ce qu’on appelle le Heimatstil.

La façade et le jardin architectural de la Villa 

et l’arrière

Les cinq copies en bronze dans le jardin à l’avant de la maison et les statues à l’arrière proviennent de Naples et sont l’œuvre de l’entreprise Chiurazzi. La décoration de plusieurs pièces de la villa, dont le Pompeianum, est en quelque sorte la précurseure de la Domus Romana.

Le mur de la Clavel-Villa et Auguste

L’entrée de la Clavel-Villa

Auguste regarde désormais la villa Castelen, et même Romulus et Remus, avec respect, satisfaction et approbation. Ces derniers, liés aux origines légendaires de Rome, se tiennent à distance du loup dans le jardin français à l’arrière de la villa.

Le loup dans le jardin architectural à l’ avant de la villa

Romulus et Remus dans le jardin français 

Aujourd’hui, la villa est un lieu de rencontre pour divers événements culturels, notamment les Jacob Burckhardt-Gespräche, les Colloquia Raurica, les réunions universitaires et, bien sûr, pour le personnel et les chercheurs du Museum Augusta Raurica.

(Source et informations complémentaires : H. Reinau, M. Schwezier, Castelen. Geschichte und Gegenwart, août 2010)

Révision: Lars Kophal (Neuchâtel), rédacteur et journaliste 

Impressions de l’intérieur

Tableau de Gilbert Clavel (1883-1927), frère de René, artiste et résident en Italie

Les armoiries de Clavel

Un moulin symbolise la stabilité du canton et de la Confédération

En 1461, Peter Reich von Reichenstein a acheté le château de Landskron, qui comprenait en outre un moulin sur le Mühlbach à Flüh. Aujourd’hui, le château de Landskron se trouve en France, près du village de Leymen (Alsace), juste après la frontière avec le canton de Soleure. À l’époque, l’Alsace appartenait toutefois encore aux Habsbourg.

Flüh se composait alors de quelques fermes. Le village voisin était Hofstetten. Aujourd’hui, cette commune s’appelle Hofstetten-Flüh (canton de Soleure). Hofstetten n’était pas n’importe quel village, mais jusqu’en 1408, l’un des sept villages impériaux libres du Blauen (Reichsdörfer am Blauen). En 1408, les seigneurs de Rotberg acquirent les sept villages.

Hofstetten

Witterswil

Ils perdirent ensuite leur indépendance (y compris la juridiction et la propriété des prés et des forêts), après que d’autres seigneurs (dont l’évêque de Bâle et les seigneurs de Hofstetten) eurent déjà obtenu de plus en plus de droits.

En 1515, Soleure acquit Hofstetten et Flüh des seigneurs de Rotberg, et à partir de ce moment-là, Hofstetten et Flüh ont fait partie du canton de Soleure. Le canton de Soleure a vécu de près l’histoire européenne et les guerres de religion (civiles), mais il en est sorti relativement indemne.

Par conséquent, le moulin Flühmühle n’a jamais été détruit par la guerre et est toujours debout aujourd’hui, et depuis 2004 il a une fonction essentiellement résidentielle. Pendant plus de cinq cent cinquante ans, il a servi de moulin à céréales et, à partir du XIXème siècle, également de moulin à huile (Ölerei) et de cidrerie (Mosterei).

Soleure

Soleure, la France et Habsbourg

La Réforme dans les années 1520 et 1530 a entraîné d’importants changements politiques et religieux dans la région. Bâle et Berne devinrent protestants, Soleure resta (finalement) catholique.

La France fit main basse sur le sud de l’Alsace, y compris le Sundgau, et le Landskron lors de la paix de Westphalie (fin de la guerre de Trente Ans) en 1648, d’abord avec le margrave de Baden, puis comme unique propriétaire à partir de 1663. Sébastien le Prestre, seigneur de Vauban (1633-1707), transforma le château en forteresse. En 1813, les troupes alliées détruisirent la forteresse lors de la lutte contre Napoléon.

Le Landskron depuis 1813

Hofstetten-Flüh, la chapelle de la Vierge et le moulin Flühmühle

La première mention écrite du Flühmühle date du contrat de vente du Landskron de 1461. Un meunier louait alors le moulin.

Le moulin  figurait depuis 1543 à une place spéciale aussi dans la Marienkapelle (chapelle de la Vierge) ou Siebenschmerzenkapelle (chapelle des Sept Douleurs, XVème siècle). Le monastère de Mariastein (construit en 1655) n’existait pas encore à cette époque.

L’an 1541 fut une date importante pour le moulin. Le jour de la Sainte-Lucie (13 décembre), le chevalier Hans Thüring, fils du châtelain Jacob Reich von der Landskron, eut un accident à proximité de la chapelle de la Vierge en tombant de la falaise. Pendant la peste qui sévissait à l’époque, il s’était réfugié avec ses proches de Pfirt et de Landskron dans la chapelle de Marie pour profiter d’un air plus sain.

Selon la légende, il y monta ensuite seul. Il s’est accroché à une branche pour regarder en bas dans la gorge. La branche a cassé et il est tombé dans le précipice. Il survécut, seule sa mâchoire a été brisée.

Un peintre anonyme a immortalisé cet événement en 1543 sur le tableau dit « Miracle » (Mirakelbild). Sur ce tableau, l’épisode est représenté avec la chapelle de la Vierge et le Bruderhaus à gauche, le moulin au milieu et la Landskron à droite. L’histoire de la chute à l’issue miraculeuse est représentée au verso du tableau.

Le meunier Werner Küry et son valet Simon amenèrent Hans Thüring à cheval au moulin. Il fut soigné pendant huit jours au moulin avant d’être emmené à Landskron. À gauche, on voit le prêtre Jakob Augsburger de la chapelle de la Vierge. Le tableau a probablement été commandé par le châtelain en guise de remerciement de l’issue favorable.

La chapelle de la Vierge en a également profité, car le châtelain a redécoré la chapelle en l’honneur de Marie, notamment avec les armoiries de la famille et le tableau des miracles, et depuis, cette chapelle est également appelée chapelle Reichenstein (Reichensteinische Kapelle).

Dans le contexte de la Réforme et de la Contre-Réforme de l’époque, le canton catholique de Soleure pouvait ainsi mettre en avant la grâce de Dieu et donc la supériorité catholique.

La représentation du moulin à la chapelle de la Vierge et du Landskron est une source historique et culturelle importante. Bien que la peinture du moulin ne reflète probablement pas entièrement la réalité, elle donne une bonne impression du moulin, de sa fonction et de son emplacement.

La Flühnühle aujourd’hui

Après 1543

Après 1543, le moulin à céréales (Getreidemühle) a été transformé à plusieurs reprises, des parties ont disparu ou ont été remplacées et le site a été agrandi. Néanmoins, les fondations permettent de bien reconstituer son évolution.

Le moulin a changé plusieurs fois de propriétaire, mais il est resté fidèle à son utilité première : un moulin à céréales. Les céréales provenaient principalement des environs immédiats et, dans une moindre mesure, du Sündgau. Au XIXème siècle, l’installation a été complétée par un moulin à huile et une cidrerie.

Artiste inconnu, les bains de Flüh et le monastère Mariastein, XVIIIème siècle, Image: Wikipedia

Les bains de Flüh : 1560-1970

Outre le moulin de Flüh, Flüh se distingua de 1560 à 1970 par une autre attraction: Bad Flüh (les bains de Flüh). Depuis 1560, le village fut connu pour ses sources d’eau et son établissement de bains. Les moines et les visiteurs de Mariastein affirmaient toutefois que l’intérêt principal de ce lieu résidait dans les rencontres entre hommes et femmes (peu vêtus). Quoi qu’il en soit, le site a été démoli en 1970 après une longue période de déclin.

Mariastein

1900-aujourd’hui

En 1953, la grande roue en bois du moulin a été remplacée par une turbine qui a ensuite été alimentée en électricité. Le moulin a continué à fonctionner pendant plusieurs décennies. Le dernier rapport date de mai 2004, après quoi le moulin a été utilisé à des fins résidentielles. Cependant, les structures du moulin sont encore en grande partie intactes et la nouvelle fonction résidentielle rend pleinement justice au moulin.

Le moulin Flüh (même s’il ne moud plus), le Talbach et le Mühlbach sont les témoins d’un passé qui a de l’avenir. Le Talbach et le Mühlbach se rejoignent cinquante mètres plus loin et continuent à s’écouler pour se jeter dans la Birse.

Conclusion

Cette continuité a été possible grâce à des rénovations, à l’innovation, à une bonne gestion, à la stabilité politique et à la diplomatie du canton et de la Confédération, même en période de guerres (civiles) dans les pays voisins et au sein de la Confédération, et certainement aussi à un coup de pouce de la chance.

Cette stabilité (relative) ne va pas de soi, mais elle est une des caractéristiques fondamentales de la Confédération : la recherche de ce qui est réalisable, le compromis empreint de pragmatisme, et ce même à l’époque de la Réforme, des guerres de religion (européennes et suisses) des XVIème et XVIIème siècles et de la guerre du Sonderbund en 1847.

Église de Sta. Maria (Val Mustair, canton des Grisons), exemple d’église du Simultaneum du XVIème siècle jusqu’au XIXème siècle, catholiques d’un côté, protestants de l’autre.

Le simultaneum (l’utilisation commune des églises), la disputatio, les articles d’Ilanz dans l’Etat libre des Trois Ligues (1524/1526) et même la séparation des cantons (les Appenzeller en 1597) à l’époque des troubles catholiques et protestants sont des solutions bien suisses.

Soleure

Weissenstein, Bruder Klaus Kapelle

La ville de Soleure honore à juste titre un des premiers représentants de cette caractéristique helvétique, Nicolas de Flüh (1417-1487).

La Suisse a également la particularité d’apprécier l’ancien et les traditions, de leur accorder une place à côté des nouveaux développements et de s’y adapter.

L’innovation, la modernisation et la haute technologie à côté, et pas forcément toujours à la place, des anciennes structures sont le fondement de cette société et de la participation des

citoyens, grâce à la démocratie directe, la subsidiarité, le fédéralisme et la décentralisation.

Bref, c’est une incompatibilité d’humeur et contradictio in terminis avec le fonctionnement de l’Union européenne actuelle.

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Impressions de Hofstetten-Flüh, Witterswil et environs

Le Schöpfliweg entre Hotstetten et Flüh, un ancien sentier et un ancien village celtes

Hofstetten

St. Johanneskapelle 

 

St. Niklauskirche

Le château de Binningen et l’anabaptiste David Joris

Le château aux douves  (Weiherschloss) de Binningen est mentionné pour la première fois en 1299. Son propriétaire est inconnu, mais le Bâlois Heinrich von Zeise l’a probablement construit.

Johann von Brügge alias David Joris et Joachim van Berchem achètent le château, le domaine de St Margarethen et les Holeeschlösschen en 1545. En 1574, Nikolaus von Hatstatt reprend le château.

De nombreux autres propriétaires ont habité le château, qui a fait l’objet de diverses rénovations et extensions jusqu’en 1960. L’Imhof-Haus (construit en 1591) et la Bürgerhaus du XVIe siècle font partie du complexe.

La municipalité de Binningen a acquis le complexe en 1960. Aujourd’hui, le Schloss Binningen abrite un restaurant et un hôtel.

La Bürgerhaus (à gauche), l’Imhof-Haus (à droite) 

(Source et plus d’informations: Schloss Binningen)

Le château d’ Inzlingen et les relations centenaires dans la région

Le château aux douves  (Wasserschloss) d’Inzlingen (Bade-Wurtemberg) est le seul château aux douves  de cette région de  Bade-Wurtemberg à avoir été conservé dans son état d’origine.

Dans les environs immédiats, seuls les châteaux aux douves (Weiherschloss) de Binningen et de Bottmingen subsistent dans le canton de Bâle-Campagne.

L’histoire du château d’Inzlingen, près de Bâle, Bettingen et Riehen, est étroitement liée à celle de la famille bâloise Reich von Reichenstein.

Cette famille était au service de l’évêque de Bâle au XIIIème siècle. L’évêque a fait don à la famille du château de Reichenstein à Arlesheim (canton de Bâle-Campagne) vers 1250. Les Reichenstein ont été représentés dans l’administration de Bâle du XIIIe au XVème siècle.

Aux XVIème et XVIIème siècle, la famille fait partie de l’élite de la principauté de Bâle avec quatre chanoines et des hauts fonctionnaires. Des membres de la famille sont entrés au service du duc d’Autriche et du margrave de Bade à partir du XVème siècle.

Les possessions dans la région de Bâle, du Sundgau et du sud de la Forêt-Noire (Schwarzwald) comprenaient les châteaux et domaines de Reichenstein à Arlesheim, de Brombach dans le Wiesental et d’Inzlingen dans le Bade-Wurtemberg et Buschweiler, le Landskron avec Leymen et Biederthal, Thann et Pfirt en Alsace.

Le Wasserschloss à Inzlingen

Le « Wasserhus » d’Inzlingen est mentionné pour la première fois dans un document datant de 1470. Les Reichenstein ont probablement construit le château à la fin du XIVème siècle, après que le margrave Rudolf von Hachberg-Rötteln (1343-1428) leur eut prêté le village en 1394.

La famille est restée en possession de ce fief jusqu’en 1819 et les Reichenstein ont habité le château en tant que seigneurs d’Inzlingen jusqu’à la dissolution du fief d’Inzlingen en 1813, soit une histoire de plus de quatre siècles!

Le château entouré d’eau a pris sa forme actuelle en 1562/63. Au milieu du XVIIIème siècle, l’intérieur et l’extérieur du château ont été reconstruits dans le style rococo.

Inzlingen

En 1819, les Reichenstein vendent le château à la famille d’industriels bâlois Kern – de Crousaz, qui y installe un atelier de tissage de la soie. En 1875, la famille Saner, également originaire de Suisse, achète le domaine et l’associe à une ferme.

En 1969, la municipalité d’Inzlingen a acheté le château et le domaine. Aujourd’hui, le château est la Gemeindehaus et abrite un restaurant avec des possibilités d’hébergement et d’événements.

L’histoire d’Inzlingen, situé au pied du Dinkelberg (522 mètres), la seule montagne du canton de Bâle-Ville, est aussi l’histoire de siècles de relations politiques, économiques, linguistiques et sociales dans cette région du Bade-Wurtemberg, de l’Alsace et de Bâle.

(Source et informations complémentaires : Schlossverein Inzlingen)