Saint-Martin, l’exposition Fasnacht et 10 ans de coopération

Le 8 novembre 2014, le Museum der Kulturen Basel et le Verein Basler Fasnacht-Welt ont décidé que l’exposition « Basler Fasnacht » (le Carnaval de Bâle) serait ouverte au public du jeudi au dimanche.

Le musée fournira l’exposition et l’infrastructure, tandis que l’association en assurera la supervision. L’exposition Fasnacht est ainsi accessible toute l’année et encadrée par des experts en la matière.

Jusqu’à présent, quelque 45 000 visiteurs ont profité de l’occasion pour en apprendre davantage sur ce site unique inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco ou pour se remémorer des souvenirs.

Fasnacht 2022

L’exposition « Basler Fasnacht » donne un aperçu de l’histoire du Fasnacht moderne et de son évolution au cours des 100 dernières années à travers différentes salles thématiques.

L’exposition est ouverte du jeudi au samedi de 13h00 à 17h00 et le dimanche de 11h00 à 17h00. Elle peut être visitée séparément au Museum der Kulturen Basel à un prix d’entrée réduit.

(Source et plus d’informations : Museum der Kulturen Basel)

Impressions de l’exposition

Les ruines de Rötteln et Markgräflerland, les liens entre les deux rives du Rhin

Aujourd’hui, Rötteln (Rothelin en français) fait partie de Lörrach, une ville du Bade-Wurtemberg située de l’autre côté de la frontière, près de Bâle. Cependant, l’ancien village de Rötteln, à ne pas confondre avec le hameau de Röttelnweiler situé à quelques centaines de mètres de là, a été l’un des centres administratifs les plus importants de la région jusqu’en 1503.

Les margraves de Baden, homonymes du Markgräflerland, et leurs prédécesseurs, les Freiherren de Rötteln, ont résidé au château de Rötteln pendant des siècles (vers 1100-1503).

 Le château de Rötteln aujourd’hui

De là, ils gouvernaient non seulement le Wiesental, d’autres régions du Bade, mais aussi pendant longtemps le comté de Neuchâtel, les possessions du monastère de Saint-Alban (Bâle) sur la rive droite du Rhin et des parties de l’Alsace, de la Franche-Comté et du duché de Bourgogne.

De plus, les margraves et leurs prédécesseurs ont joué un rôle prépondérant dans le jeu des puissances européennes, sur un pied d’égalité avec le duché de Bourgogne, la France, les Habsbourg et le Saint Empire romain germanique, les diocèses (dont Constance, Bâle, Mayence, Strasbourg, Besançon), les puissantes abbayes (dont St. Blasien, Saint-Gall, Saint-Alban et Säckingen), la Confédération (Eidgenossenschaft), notamment avec Berne et Soleure, les comtes de Rheinfelden, les ducs de Zähringen et d’autres souverains.

Rötteln aujourd’hui

La ville avait noué des relations très étroites avec l’évêché de Bâle, qui à cette époque n’était pas encore membre de la Confédération. La ville en devint membre en 1501 après la querre de Souabe (Schwabenkrieg) et le traité de Bâle (1499).

Le château de Rötteln a été détruit par les troupes françaises lors de la guerre de Hollande, (1672-1678). Cependant, ses ruines trônent encore majestueusement sur une colline surplombant l’Alsace, le Wiesental, le Markgräflerland et Bâle.

La grandeur et le prestige des dynasties du château de Rötteln sont relatés dans la description du troisième volume (Topographia Alsatiae) de la Topographia Germaniae (1644) de Matthäus Merian. Le château apparaît comme l’un des « vornehmbsten Oerther ». Les deux autres volumes de la Topographia Germaniae étaient la Topographia Helvetiae et la Topographia Sueviae.

Le  château de Rötteln  dans la Topographia Alsatiae

Collection: Burgmuseum Rötteln

Pour bien comprendre l’histoire du château de la famille Rötteln, de la famille Rotenberg et de leurs héritiers, les margraves de Hachberg-Sausenberg, il faut non seulement franchir le Rhin, mais aussi s’éloigner des frontières nationales actuelles de la France, de la Suisse et de l’Allemagne.

Le Markgräflerland vers 1556. Image: Wikipedia

Les Freiherren de Rötteln

L’une des plus anciennes chartes de l’abbaye de Saint-Gall mentionne une villa Raudinleim (leim pour Lehm et Rau pour Rot) en 751. La famille Rötteln est évoquée pour la première fois dans un texte (1083) de l’évêque de Bâle, Burkhard von Fenis (1040-1107). L’évêque cite Theodericus, issu de cette famille Schirmvogt et les possessions du monastère de Saint-Alban à Bâle sur la rive droite du Rhin.

Au cours des siècles suivants, cette dynastie a acquis de plus en plus de biens dans le Wiesental et elle a construit de nombreux autres châteaux, notamment à Minseln, Schopfheim, Brombach, Wies, Lörrach (qui n’était alors qu’un village) et Nordschwaben. Une branche latérale, la dynastie des Rotenberg, a construit dans cette région les châteaux de Hammerstein, Rotenberg, Steinen et Hasel.

Les contacts avec l’évêché et la ville de Bâle étaient particulièrement intenses. Les seigneurs de Rötteln appartenaient au « cercle très fermé» de la ville et de l’évêché. Ils participaient non seulement aux prestigieux tournois de Münster, mais soutenaient également trois évêques (Walter, Liutold II et Liutold III).

La cathédrale de Bâle (Basler Münster), l’armoire de Rötteln 

A gauche l’armoire de Neuenburg am Rhein)

La dynastie s’est éteinte en 1316, marquant l’avènement de l’ère des margraves de Hachberg-Sausenberg. À son tour, cette dynastie a disparu en 1503. Cependant, en près de deux siècles, elle n’a pas manqué de faire de Rötteln le centre administratif du margrave de Bade.

Basler Münster, Katharina,  Markgräfin (Comtesse) de Baden

De plus, c’est à cette époque que le territoire du Markgräflerland (après l’acquisition de Badenweiler en 1444) a été agrandi pour le distinguer de la partie nord du Margraviat.

Cette dynastie et sa branche latérale, les Hochberg, ont acquis non seulement le comté de Neuchâtel, mais aussi des territoires en Franche-Comté et dans le duché de Bourgogne. En partie à cause des contacts étroits avec les ducs de Bourgogne, l’ancien château médiéval a été reconstruit vers 1470 dans le style bourguignon en vogue à l’époque.

Collection: Dreiländermuseum Lörrach

Le marquis de Rothelin était également actif dans d’autres domaines, notamment au service diplomatique des ducs de Bourgogne et en tant que gouverneur du Luxembourg vers 1470, en tant qu’évêque de Constance et patron du concile de Bâle (1431-1439) à une époque antérieure et pendant longtemps en tant que médiateur entre les Habsbourg et la Eidgenossenschaft ainsi qu’entre la Bourgogne et la France.

L’armoire de von Hachberg-Sausenberg

L’église romane de Rötteln, reconstruite en 1403 dans le style gothique, fut la dernière demeure de cette dynastie. À l’époque, le complexe avait plutôt un caractère collégial avec une école, des habitations et des bâtiments. Les ecclésiastiques y exerçaient notamment des fonctions administratives pour le Margraviat.

1503-1678

Les héritiers et les nouveaux margraves de Bade ont décidé de déplacer petit à petit leurs résidences vers le nord, à Baden-Baden, Rastatt et enfin Karlsruhe. Toutefois, le château de Rötteln est resté le centre administratif régional (Oberamt) du Markgräflerland du Margraviat jusqu’en 1678. Sa destruction en 1678 a marqué la fin du château, physiquement et aussi en tant que centre administratif.

Ça a alors été le début de l’ère de Lörrach. Ce lieu tenait son importance de l’époque des Freiherren de Lörrach. Ils résidaient dans leur château de Lörrach, mais ils avaient la malchance d’être à proximité de Bâle.

Bien que la situation de Lörrach ait été favorable, le développement économique n’a pas eu lieu en raison de sa proximité de Bâle. La localité avait déjà obtenu des droits de marché en 1403, mais elle restait un nain économique et politique. Les Margraves du château de Rötteln ne toléraient pas la concurrence politique.

La destruction du château de Rötteln a donc entraîné une revalorisation logique de Lörrach. En 1678, la ville a obtenu le droit de cité et elle a pu devenir le centre administratif de l’Oberamt.

Fazit

L’histoire de cette ruine est l’histoire de cette région d’Alsace, de Bade et de Bâle. De nombreux aspects ne peuvent être abordés dans cette courte contribution, notamment les relations avec d’autres lignages (par exemple Reich von Reichenstein, Münch, Rotberg), villages et villes (Inzlingen, Schopfheim, Hausen, Kandern, Rottweil), abbayes ou conseils municipaux et évêques de Bâle, Strasbourg et Constance.

Kandern

En soi, cela n’a rien à voir, même si c’est intéressant. Cette ruine, bien entretenue par le Röttelnbund e.V. Haagen, est le symbole de siècles d’interdépendance et de liens économiques, politiques, religieux et sociaux entre les deux rives du Rhin.

(Source et plus d’informations: R. Wagner, U. Brachthäuser, M. Volk (réd.), Burg Rötteln. Herrschaft zwischen Basel und Frankreich, Neulingen, 2020; Markgräfler Museum à Müllheim)

 Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Impressions des ruines  du château de Rötteln

La viticulture (Kaiserstuhl) dans le Markgräflerland

Le Markgräfler Musée  à Müllheim

Diemtigen, colonnes doriques, Prix Wakker, agriculture et parc naturel

La plupart des villages de Suisse offrent une ou plusieurs attractions historiques, culturelles, architecturales ou naturelles. Diemtigen (canton de Berne) en possède les quatre.

Le nom Diemtigen est dérivé de « Thenno », « Thietmar » ou « Diemo », un nom alémanique. Dans un document de 1257, le village est mentionné comme propriété de l’évêque de Sion, qui a cédé cette année-là le château (castrum) de Diemtigen au comte de Kybourg. Berne a acquis la région et le village en 1439.

La commune de Diemtig, qui jouxte le Simmental, est aujourd’hui composée des villages d’Oey (centre administratif), Diemtigen, Bächlen, Horben, Riedern, Entschwil, Zwischenflüh et Schwenden.

Oey et le Chirel

Le village a donné son nom à la vallée du Diemtigen (Diemtigtal), un magnifique parc naturel avec vue sur les Alpes, du moins lorsqu’elles ne se cachent pas occasionnellement derrière un voile de brouillard comme les dieux grecs.

Cette influence grecque se manifeste notamment dans les colonnes doriques d’une maison d’habitation, peut-être les seules colonnes doriques en bois au monde. En tout cas, cette maison présente elle aussi des colombages vieux de plusieurs siècles.

Ce n’est pas pour rien que ce village a reçu le Prix Wakker de Patrimoine suisse en 1986. Les maisons en bois monumentales et les fermes sont le résultat d’une culture séculaire de la construction, du travail du bois, de l’artisanat et de la préservation du patrimoine du Simmental.

La chapelle Saint-Nicolas

La chapelle Saint-Nicolas a des fondations romanes datant des environs de l’an 1000. En 1314, l’église apparaît dans des documents. Vers 1490, l’église a été rénovée. La Réforme a eu lieu en 1527. Les derniers changements majeurs ont eu lieu au XVIIe siècle dans le style baroque. Paul Zehnder (1884-1973) a peint la fresque en style Art nouveau en 1915-1917.

Parc national, agriculture et sylviculture

La commune de Diemtigen (130 km²) est située au cœur du parc national et dispose, avec 100 alpages exploités, de l’une des plus grandes surfaces agricoles du pays. La réserve forestière de 600 hectares revêt également une importance particulière dans ce paysage.

Comme en de nombreux endroits de la Suisse, parfois densément peuplée, la protection de la nature, le respect de la flore et de la faune, le tourisme et l’exploitation économique vont de pair dans le Diemtigtal.

(Source et plus d’informations: Gemeinde Diemtigen)

Club Alpin Suisse CAS

Impressions du Diemigtal

 

L’île Saint-Pierre dans le lac de Bienne

L’île Saint-Pierre dans le lac de Bienne était une véritable île jusqu’en 1868, et même la plus grande de Suisse. Dans le cadre de la première correction des eaux du Jura, le niveau du lac a été abaissé de plus de deux mètres entre 1868 et 1875. C’est ainsi que sont nés la passe (4,5 km) et la réserve naturelle entre la ville d’Erlach et l’île.

La correction des eaux du Jura. Image: L’île Saint-Pierre

Dans la préhistoire et l’époque celte, trois villages lacustres se trouvaient au sud, à l’est et au nord de l’île. Plus tard, l’île devint un lieu de culte romain avec des temples, puis un lieu d’inhumation pour les familles mérovingiennes. Une première église fut construite à l’époque mérovingienne (VIIe-VIIIe siècles).

L’île Saint-Pierre

Au début du XIe siècle, l’île fut offerte à l’ordre de Cluny et les fondations d’une grande basilique à trois nefs furent posées. Elle s’est cependant rapidement effondrée. Les nouveaux bâtiments du monastère et l’église du monastère ont été construits vers 1120.

Le monastère était dédié aux apôtres Pierre et Paul, d’où son nom d’île Saint-Pierre. Après la Réforme, l’île a été remise à Berne en 1530. L’église fut détruite et le complexe a longtemps été utilisé par Berne comme hôpital.

L’île a acquis une importance européenne en 1765 après le séjour de Jean-Jacques Rousseau. L’île devint une destination de choix pour les empereurs, les rois, les aristocrates, les hommes d’État, les artistes et les écrivains.

Wolfgang Goethe, James Cook, l’impératrice Joséphine Bonaparte et les rois de Prusse (qui était alors, jusqu’en 1857, également prince de Neuchâtel), de Suède et de Bavière visitèrent l’île.

L’île est aujourd’hui une zone pour les randonneurs, une réserve naturelle et agricole, un musée en plein air et un monument avec un hôtel-restaurant.

(Source: D. Gutscher, A. Moser, St. L’île Saint-Pierre, Bern, 2010)

Un avenir pour le passé de qui ?

ICOMOS Suisse, l’ETH Zurich, l’EPFL et le Centre NIKE organisent du 22 au 24 octobre 2025 sur le Monte Verità au-dessus d’Ascona le congrès ‘Un avenir pour le passé de qui ? Le patrimoine des minorités, des groupes marginaux et des personnes sans lobby‘.

Le colloque est interdisciplinaire et s’adresse à des spécialistes des domaines de la conservation du patrimoine bâti et d’archéologie, des études patrimoniales, de l’anthropologie sociale, des sciences historiques et sociales, de l’histoire de l’architecture et de l’art, à des représentants des minorités, des groupes marginaux et des personnes sans lobby ainsi qu’à des personnes du domaine de l’intégration.

Tous les documents et informations complémentaires sur l’appel à communications et le colloque sont disponibles sur le site web du colloque.

Le monastère de l’île Saint-Pierre et Jean-Jacques Rousseau

Une première église – un bâtiment monastique complété d’une église maçonnée à nef unique – a été construite sur l’île Saint-Pierre dans le lac de Bienne (canton de Berne) entre le VIIe et le VIIIe siècles, à l’époque mérovingienne.

Les églises el les bâtiments du monastère VIIème – XXème siècle

L’église à gauche (construite vers 1120) a été détruite lors de la Réforme (1530). À droite, la reconstruction de la basilique (XIe siècle), qui n’a jamais été achevée. Image: L’île Saint-Pierre

Ce bâtiment fut agrandi plus tard par l’ajout d’un chœur quadrangulaire. Et l’agrandissement des bâtiments conventuels du monastère carolingien en bois au niveau de l’aile sud et est, donna naissance à un nouvel établissement érigé selon le schéma bénédictin.

Au XIe siècle, le monastère devint un prieuré de l’ordre de Cluny et les fondations d’une première basilique imposante à trois nefs furent posées. Les trois nefs projetées n’ont cependant jamais été réalisées.

Le plan de l’église exprime une relation directe avec Cluny II et Romainmôtier III. En 1484, le monastère fut incorporé à la collégiale Saint-Vincent de Berne, appelée cathédrale. Dans le sillage de la Réforme (1528), les biens furent sécularisés et en 1530 le prieuré devint un hôpital de la ville de Berne.

Aujourd’hui, le bâtiment, doté d’une valeur historique, est un hôtel-restaurant.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), qui séjourna sur l’île en 1765, a écrit :

« De toutes les habitations où j’ai demeuré – et j’en ai eu de charmantes – aucune ne m’a rendu si véritablement heureux et ne m’a laissé de si tendres regrets que l’île de Saint-Pierre au milieu du lac de Bienne ». Extrait de Les Rêveries du promeneur solitaire : cinquième promenade (1776-1778) de Jean-Jacques Rousseau.

 

Musée Jean-Jacques Rousseau 

 Lors des derniers travaux d’assainissement de 1984 à 1987, le complexe fit l’objet de recherches archéologiques. Il a été rendu accessible au public grâce à un parcours – précisément – archéologique.

Colonne romaine d’un temple

Sacrophage mérovingienne, vers 700

Le mur d’enceinte, vers 1770

L’île St-Pierre est atteignable en bateau depuis Bienne ou l’un des charmants villages viticoles environnants. Il est également possible de s’y rendre à pied ou à vélo en longeant le chemin des Païens depuis Erlach.

L’île Saint-Pierre est atteignable en bateau depuis Bienne ou l’un des charmants villages viticoles environnants. Il est également possible de s’y rendre à pied ou à vélo en longeant le chemin des Païens depuis Erlach.

(Source: D. Gutscher, A. Moser, L’île Saint-Pierre, SHAS, Berne, 2010)

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Die Eiserne Hand et le mémorial commémoratif de Riehen

Les frontières tortueuses de la Suisse d’aujourd’hui, avec leurs nombreux tours et détours et même quelques enclaves étrangères, sont le résultat de la nature, de la politique et parfois du hasard.

Les frontières des 26 cantons présentent généralement la même configuration. Dans plusieurs cantons, il y a même des enclaves d’autres cantons et, parfois, la frontière ressemble davantage à un collage de cantons.

Collection: Dreiländermuseum Lörrach

Depuis 1803, le Haut-Rhin et le lac de Constance constituent la frontière naturelle entre la Confédération suisse, sur la rive gauche du Rhin, et l’Allemagne, (Grand-Duché de) Bade,  le Royaume de Wurtemberg et Bundesland Baden-Wurtemberg depuis 1947.

Cette frontière fluviale comporte toutefois des exceptions : le canton de Schaffhouse se trouve en grande partie sur la rive droite du Rhin, le canton de Zurich s’étend également sur plusieurs kilomètres carrés le long de la rive droite.

Mais c’est le canton de Bâle-Ville qui présente l’aspect suisse le plus frappant sur la rive droite du Rhin. Celui-ci se compose de trois communes : Bâle, Riehen et Bettingen. Riehen et Bettingen se trouvent sur la rive droite, mais une partie de Bâle (le Petit-Bâle) se trouve également du côté « allemand », la Badische Bahnhof de la Deutsche Bahn (DB) dans le Petit-Bâle étant en outre un territoire allemand en Suisse.

Aujourd’hui, cela ne constitue pas un obstacle pour le trafic de personnes. Cependant, au cours de la période 1933-1945, et plus particulièrement à partir de 1938, elle a représenté pour beaucoup de réfugiés une frontière entre la vie et la mort, entre la liberté et la dictature.

Die Eiserne Hand aujourd’hui

1933 – 1945

La prise de pouvoir par les nazis, le 30 janvier 1933, a entraîné dès le début la terreur et la persécution des opposants politiques et des citoyens juifs. Après le pogrom du 9 novembre 1938 (Nuit de Cristal) et jusqu’à l’occupation et la capitulation de l’Allemagne en 1945, des milliers de civils juifs, de réfugiés des territoires occupés, de soldats alliés et de travailleurs forcés ont traversé cette frontière suisse sur la rive droite du Rhin.

Bien que la campagne allemande contre les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France en mai 1940 n’ait pas débouché sur une invasion allemande de la Suisse, les plans étaient là (opération Tannenbaum).

La capitulation rapide de la France a peut-être empêché cette invasion. Pour l’Allemagne (et l’Italie), les coûts ne l’emportaient plus sur les avantages d’un pays voisin neutre, doté d’importantes voies de communication et d’une industrie (d’armement et financière) qui ne pouvait pas être bombardée.

Collection: Gedenkstätte Riehen

Toutefois, la crainte permanente d’une invasion allemande (voir aussi l’occupation allemande de l’Italie en 1943 et de la Hongrie en 1944) a dominé la vie quotidienne et politique dans le canton de Bâle-Ville et en Suisse.

Quoi qu’il en soit, à partir du 10 mai 1940, la frontière sur la rive droite du Rhin fut et resta hermétiquement fermée par des barrages et des patrouilles. Pour de nombreux habitants, cela mit fin à des siècles de contacts et de relations sociales et économiques, ainsi qu’à des liens familiaux.

En outre, de nombreux Allemands (déjà à l’époque) vivaient ou travaillaient dans ce canton et soutenaient le nouveau régime. Cependant, la grande majorité des citoyens suisses n’appréciait pas le « Hilter-Zeug », ce qui entraîna des tensions avec l’importante communauté allemande.

Collection: Gedenkstätte Riehen

Les réfugiés

La peur permanente de l’Allemagne, les problèmes économiques, le chômage, la pauvreté d’une partie de la population et un sentiment d’antisémitisme ont causé des tragédies pour de nombreux réfugiés (juifs).

A partir de 1940, la Suisse fut une oasis démocratique et multiculturelle entourée de régimes impitoyables. Hitler avait qualifié la Suisse d’« Ungeheuer » et le terme « Heim ins Reich » s’appliquait également à la Suisse alémanique. Mussolini avait en tête les régions italophones de la Suisse (l’irrédentisme). Concessions, compromis et coopération avec ces dictateurs étaient une question de survie pour le petit pays au milieu d’un désert de milliers de kilomètres de dictature.

Collection: Gedenkstätte Riehen

Les détails de l’attitude officielle de la Suisse à l’égard des réfugiés juifs et autres sont bien décrits et connus (voir, entre autres, le rapport Bergier-Kommisson du 22 avril 2022). Le président de la Confédération Kaspar Villiger avait déjà bien résumé cette attitude au nom du gouvernement suisse dans une déclaration du 9 mai 1995 :

„Nous ne pouvons ignorer le fait que la Suisse, elle aussi, a commis des erreurs. Il y a lieu de se demander si l’on n’entendait pas, à certains moments et par zèle, se montrer complaisant envers cet encombrant voisin. Mais qui sait aujourd’hui comment il aurait lui-même agi, conscient que sa démarche aurait pu entraîner la Suisse dans l’abîme ?

 À l’heure actuelle, il y a un sujet que les « circonstances extérieures » qui prévalaient à l’époque ne nous permettent pas de justifier. Il s’agit en substance des nombreux Juifs qui attendaient une mort certaine après qu’ils furent refoulés à la frontière suisse.

 Il est pour moi hors de doute que la politique pratiquée par le peuple et par le Parlement à l’égard des Juifs nous fait porter une grande part de responsabilité. De pénibles conflits d’intérêts, dans le sillage de peurs démesurées, furent aussi réglés au détriment de l’humanité.

 Le Conseil fédéral regrette profondément cette erreur et tient à s’en excuser, tout en restant conscient que pareille aberration est en dernier lieu inexcusable“.

Collection: Gedenkstätte Riehen

Die Eiserne Hand de Riehen

La tragédie des réfugiés juifs en particulier s’est jouée à tous les postes frontières suisses, au Tessin, à Genève, à Saint-Gall, à Schaffhouse, aux Grisons et dans d’autres cantons frontaliers. Cependant, la situation sur la rive droite du Rhin, dans le canton de Bâle-Ville, était exceptionnelle.

Tout d’abord, il y avait les liaisons ferroviaires vers la Badische Bahnhof à travers le territoire suisse (Wiesentalbahn), de Weil am Rhein à Grenzach en passant par Kleinbasel et de St-Louis à la gare française de Bâle. Les réfugiés utilisaient parfois ces trains pour en sauter sur le territoire suisse.

Cependant, la principale voie d’évasion était l’Eiserne Hand, dans la commune de Riehen. Il s’agit d’une bande d’environ 2 kilomètres de long et 300 mètres de large qui s’étend comme une main (ou un doigt) vers l’Allemagne.

Les Allemands avaient cessé d’entourer cette zone de barbelés et d’autres barricades, faute de matériel, et le gouvernement suisse refusait de le faire, malgré les exhortations allemandes. Des milliers de réfugiés atteignirent cette frontière, malgré de nombreuses patrouilles. La ferme de Maienbühl fut souvent la première adresse d’accueil où un abri hospitalier fut proposé.

Maienbühl aujourd’hui

Cependant, les réfugiés devaient se présenter à la police des frontières et les procédures bureaucratiques avec les autorités commençaient alors. Selon le gouvernement fédéral, les réfugiés juifs n’étaient pas des réfugiés politiques et devaient donc être renvoyés. La frontière de l’espoir et de la vie devint alors une frontière de la déception et de la mort.

La plupart des citoyens considéraient la politique d’asile telle qu’elle était appliquée comme allant de soi. Cependant, une minorité d’organisations, d’églises, de fonctionnaires, de gardes-frontières et de politiciens se sont opposés à la politique du gouvernement fédéral et ont aidé les réfugiés à obtenir un abri et des papiers.

Si certains gardes-frontières n’ont pas renvoyé les réfugiés, la grande majorité d’entre eux a rempli ses obligations bureaucratiques, bien que souvent, comme en témoignent les archives, avec beaucoup de réticence.

À la borne frontière 51, de nombreux réfugiés ont été repoussés au-delà de la frontière allemande, mais pour beaucoup d’autres, cela signifiait la liberté et la vie. Collection : Gedenkstätte Riehen

Le gouvernement du canton de Bâle-Ville n’était pas non plus d’accord avec la politique du gouvernement et a utilisé sa liberté cantonale pour accorder malgré tout des permis de séjour au plus grand nombre possible de réfugiés. Cela dit, pour beaucoup, l’Eiserne Hand ne fut pas d’un grand secours.

Le mémorial commémoratif de Riehen (Gedenkstätte Riehen)

La commune de Riehen donne un visage et parfois même une voix à cette histoire, et surtout aux récits des réfugiés, sauvés ou rejetés. Un centre de documentation, de nombreux témoignages personnels de gardes-frontières, d’habitants, de bénévoles, de politiciens et de journalistes mettent cette tragédie en perspective.

Ce lieu ne juge pas. En revanche, le témoignage de Kaspar Villiger y figure en bonne place, aux côtés de certains citoyens, fonctionnaires et politiciens qui n’ont pas suivi la politique du gouvernement fédéral.

Collection: Gedenkstätte Riehen

La Suisse n’est pas le seul pays rattrapé par ce passé. Il est facile de juger et surtout de condamner avec le recul. Il est impossible de prédire, en temps de paix et dans une démocratie, qui seront les vrais héros au moment opportun. Il en va de même aujourd’hui pour les nombreux activistes dans divers domaines.

En tout cas, il n’est pas vrai que la Suisse ait échoué en tant que nation face aux agresseurs allemands et italiens. Le pays n’avait pas le choix et a résisté à ces dictatures au mieux de ses capacités et de ses moyens.

L’Eiserne Hand est avant tout un lieu qui symbolise des attitudes morales, politiques et (in)humaines à une époque (in)humaine. Le mémorial est un lieu de réflexion (personnelle).

Image: Gedenkstätte Johann George Elser, Königsbronn

Enfin, du côté allemand, certains, peu nombreux, ont également risqué leur vie pour aider les Juifs et d’autres réfugiés. Cependant, une personne en particulier mérite d’être mentionnée. Johann Georg Elser (1903-1945), un charpentier de Koningsbrönn, a commis un attentat manqué contre le Führer à Munich le 8 novembre 1939. Il fut ensuite arrêté près de Constance, à la frontière suisse.

Révision: Lars Kophal (Neuchâtel), rédacteur et journaliste 

Impressions de l’Eiserne Hand 

La borne frontière 60 de l’ Eiserne Hand. Collection: Dreiländermuseum Lörrach

Impressions du mémorial commémoratif

Impressions de la région

Inzlingen (Allemagne)