Pinocchio dans la Clavadeira de Riom

Le roman pour enfants Pinocchio de Carlo Collodi (1826-1890) est au programme de Noël dans la romantique Clavadeira de Riom (canton des Grisons). Cette histoire extraordinaire sur le passage à l’âge adulte est une méditation humoristique sur la liberté et une soirée émouvante pour toute la famille.

Tous les enfants connaissent Pinocchio, la marionnette têtue de l’atelier de menuiserie du maître Gepetto. Quand il ment, son nez pousse. Quand il est méchant, son père charpentier pleure. Mais le garçon de bois est bien plus qu’une marionnette désobéissante. Pinocchio veut devenir un vrai garçon. Le chemin pour y parvenir est long, audacieux et aventureux.

La nouvelle chorégraphie de Yaiza Coll (née en 1994) pour Origens Winter Theatre est dansée par Borja Bermudez, Marc Jubete, Nicolas Gläsmann, Alex Vazquez Gala et Júlia Martí Gasull. Les artistes sont des invités familiers des scènes d’Origens. Dernièrement, ils ont interprété la pièce anniversaire « 1524 » sur la naissance de l’État libre des Trois Ligues (Freistaat der Drei Bünde) sur la scène en plein air de Lantsch, en donnant vie aux personnages historiques.

Représentations : Riom, Clavadeira, 17h30 : 23, 27, 28, 29 et 30 décembre 2024 et 2, 3 et 4 janvier 2025.

(source et informations complémentaires : Nova Fundaziun Origen)

La Landsgemeinde et la démocratie directe

Pour bien comprendre les origines et le fonctionnement de la démocratie directe en Suisse, une connaissance – historique – de la Landsgemeinde, assemblée solennelle tenue dans certains cantons suisses au cours de laquelle les citoyens, jouissant du droit de vote, élisent les autorités et débattent des affaires du pays à main levée sur la place du village, est une condition importante.

Dans cet article, le sujet est traité dans les grandes lignes. Il montre que les fondements de la démocratie directe datent du Moyen Âge, mais que le choix politique fait au XIXe siècle fut le résultat de débats passionnés et de profondes controverses.

La Constitution de 1848, affiche. Musée national, Zurich. Photo: TES.

La Landsgemeinde

Au Moyen-Age en Suisse, la Landsgemeinde était une institution officielle des cantons campagnards – à laquelle seuls les hommes pouvaient participer – et qui incarnait un privilège réservé “aux gens du pays”.

Cette institution de démocratie directe s’imposa aux XIIIème et XIVème siècles dans les huit cantons actuels suivants : Uri, Schwytz, Unterwald (Nidwald et Obwald), Zoug, Appenzell Rhodes-Intérieures, Appenzell Rhodes-Extérieures (Appenzell jusqu’en 1597 avant la division du canton) et Glaris.

A l’époque, plusieurs pays sujets – d’une ville ou d’un canton campagnard – se dotèrent d’une Landsgemeinde, parfois instituée sous l’influence directe des cantons protecteurs.

En outre, il est possible d’assimiler la Landsgemeinde à l’assemblée populaire telle qu’elle se tenait dans les juridictions et hautes juridictions des Trois Ligues (Drei Bünde) (canton des Grisons) et dans les dizains valaisans (Zenden) (sauf celui de Sion), voire dans des territoires sujets d’une abbaye.

Aux XIIIème et XIVème siècles dans les cantons campagnards de Suisse, la Landsgemeinde fut issue du plaid (placitum – Landtag) lors duquel le bailli (Landvogt), représentant du souverain,rendait la justice, en présence non seulement des témoins, mais d’autres personnes (alii quam plures) incarnant le peuple.

Le Palais fédéral à Berne

Quand les droits de juridiction (tribunaux) passèrent globalement aux cantons, le bailli fit place à un landamman. Celui-ci rendait la justice devant une assemblée, la future Landsgemeinde qui était aussi appelée à élire les autorités, à légiférer et à gérer les affaires administratives.

A cette époque, les Habsbourg furent d’importants souverains en Europe. Dans les cantons d’Uri, de Schwytz, d’Obwald et de Nidwald (Unterwald) la Landsgemeinde naquit entre 1231 et 1309.

Uri, Schwytz et Unterwald, suite à l’ouverture du col du Saint-Gothard en 1230, entrèrent en relations avec les républiques italiennes situées de l’autre côté du col, ce qui a peut-être aussi pu constituer une source d’inspiration.

En outre, la maison de Habsbourg accorda l’immédiateté impériale aux cantons d’Uri, de Schwytz et d’Unterwald (Reichsunmittelbarkeit) au XIIIème siècle et au début du XIVème, de sorte qu’ils furent gouvernés par ce seul souverain et ne furent pas assujettis à un seigneur local.

La République de Gersau. Photo: TES.

Concept politique

L’institution de démocratie directe qu’est la Landsgemeinde s’imposa – comme nous venons de le voir – d’abord dans les cantons primitifs. Elle fut ensuite adoptée par Zoug (1376), Glaris et Appenzell (1387). En 1433, la Landsgemeinde fut même pratiquée dans le petit État libre de Gersau, aujourd’hui dans le canton de Schwytz.

Dans les cantons campagnards, la Landsgemeinde fut l’instance suprême (les sources disent höchste Gewalt). En effet, la séparation des pouvoirs n’existait pas encore et elle détenait ainsi des compétences universelles.

Elle élisait les magistrats, les juges de haut rang, les délégués à la Diète, les principaux fonctionnaires. Elle promulguait les lois nouvelles et devait approuver les décisions de la Diète pour qu’elles puissent entrer en vigueur.

La majorité des affaires que traitait la Landsgemeinde furent de nature administrative, dont, entre autres : résolution des problèmes collectifs, négociations et traités, relations extérieures, mercenariat, impôts, finances, attribution du droit de bourgeoisie, frontières internes. Elle avait aussi un rôle judiciaire (procès politiques notamment). La souveraineté était exercée par le peuple.

La réunion annuelle ordinaire eut lieu une fois par année et le vote s’effectuait à main levée. Si nécessaire, des séances supplémentaires (Nachgemeinde) ou extraordinaires furent organisées.

À cette époque, la démocratie n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui. De plus, dans les  républiques régnèrent quelques familles puissantes et la corruption fut chose courante. Toutefois, cela ne changea rien au fait que les citoyens continuèrent à prendre position lors de la Landsgemeinde.

Pouvait participer à la Landsgemeinde tout homme apte au service militaire et jouissant des droits civiques, qu’il ait hérité ou acheté la bourgeoisie, depuis l’âge de 14 ans, parfois 16 ans.

Forme de démocratie directe, la Landsgemeinde acquit une grande notoriété en Suisse et bien au-delà. À certaines époques, elle joua même un rôle de modèle.

En 1513, en revanche, dans les cinq cantons-villes de la Confédération, soit Berne, Soleure, Zurich, Bâle et Schaffhouse, prévalaient une oligarchie, une aristocratie de guildes et de vieilles familles bourgeoises comme cela fut le cas, entre autres, dans la République des Sept Provinces Unies, à Amsterdam, à Haarlem (Pays-Bas).

Altdorf, canton d’Uri. Photo: TES

1798-1891

De nombreux écrivains, hommes d’État, philosophes et voyageurs européens des XVIIe et XVIIIe siècles furent impressionnés par cette institution de démocratie directe par laquelle la souveraineté appartenait au peuple et non à un roi, un prince ou des aristocrates, ce qui était unique en Europe.

Mais la Landsgemeinde ne devint vraiment populaire que lorsque Napoléon Bonaparte l’abolit en 1798. La République helvétique (1798-1803) – les cantons suisses alors transformés en république unitaire – fut en rupture avec des siècles d’acquis de la démocratie et surtout de la politique de décentralisation.

L’Acte de médiation de 1803 rétablit les structures d’avant 1798 et les anciens cantons – avec leurs institutions traditionnelles, dont la Landsgemeinde – furent ainsi restaurés dans leur souveraineté.

En 1815 fut établi le Pacte fédéral qui unit les vingt-deux cantons souverains de la Confédération suisse. Et en 1848, une nouvelle Constitution fédérale fut votée. Elle définit un nouvel État fédéral et centralisé où les cantons ne sont plus indépendants mais « souverains » et cèdent certains de leurs privilèges à l’État fédéral : une des étapes de formation de la Confédération suisse.

Après 1815, on se référa souvent à la tradition de la Landsgemeinde jouissant d’une grande popularité dans les campagnes. Au sein de la Confédération des XXII cantons, la Landsgemeinde eut cours dans les cantons d’Uri, de Schwytz, d’Unterwald, de Glaris, de Zoug, d’Appenzell Rhodes-Intérieures et Appenzell Rhodes-Extérieures.

Outre la démocratie directe, il exista quatre autres régimes politiques : république aristocratique, démocratie censitaire, république fédérale et monarchie (canton de Neuchâtel), sous lesquels vécurent les autres cantons.

Après 1830 et les révolutions que connut l’Europe, apparut la Restauration (1813-1831) qui se caractérisa par des systèmes politiques conservateurs dans quelques cantons et l’apparition d’une opinion publique bourgeoise libérale.

Alors que le patriciat revint au gouvernement dans certains cantons, les cantons qui appliquèrent la Landsgemeinde rétablirent les anciennes inégalités juridiques et les villes à régime corporatif imposèrent à nouveau leur domination sur les campagnes.

Il y eut alors une confrontation entre les partisans de l’Ancien régime – surtout dans les villes – et la nouvelle bourgeoisie libérale, inspirée par les idéaux de la Révolution française, de la Constitution américaine de 1786 et de la démocratie directe telle qu’appliquée par la Landsgemeinde.

Puis vint la Régénération (1830-1848) durant laquelle furent introduites l’égalité des droits pour tous les habitants des cantons et, entre autres, la séparation des pouvoirs et la liberté du commerce et de l’industrie.

Le canton de Vaud fut le premier canton à introduire la démocratie directe en 1845, puis d’autres cantons suivirent. La Constitution fédérale de 1848 ne prévoyait qu’un référendum constitutionnel obligatoire. Mais ces droits populaires furent complétés au fil du temps.

L’initiative populaire et le référendum populaire sont les deux instruments clés de la démocratie directe moderne en Suisse. Depuis leur adoption respectivement en 1874 (référendum) et en 1891 (initiative), ils ont souvent été utilisés pour promouvoir des idées et scruter les décisions du Parlement, à Berne.

Les cantons et les communes disposèrent également des instruments de la démocratie directe, introduits au XIXème siècle dans les constitutions cantonales et les lois communales.

Glaris. Photo: TES.

Conclusion

La Landsgemeine n’existe désormais plus que dans deux cantons : Appenzell Rhodes-Intérieures et Glaris. Peu à peu, elle a été abandonnée dans les autres cantons à partir de 1848 jusqu’aux années 1990.

Cependant, la démocratie directe demeure et constitue une spécificité du système politique suisse qui a fait ses preuves au niveau communal, cantonal et fédéral.

Enraciner ce système politique en Suisse après 1815 n’alla pas de soi. La démocratie directe fut introduite par la volonté des cantons et du peuple, fondateurs de la Confédération suisse et de la Constitution fédérale.

La démocratie directe – qui fait partie de l’ADN de la Suisse – est le fruit d’une histoire complexe en lien avec d’autres aspects de la politique suisse, comme le fédéralisme et le sens du consensus. Après tout, les citoyens ne sont-ils pas aussi des politiciens ?

Le concept de la Landsgemeinde et de la démocratie directe n’est pas désuet ou folklorique, mais, au contraire, il est transparent, efficace, tourné vers l’avenir, que les citoyens votent en se rendant aux urnes, par correspondance, par internet ou à main levée.

(Source  Hans Stadler, « Landsgemeinde » dans: Dictionnaire historique de la Suisse;  Louis Carlen, ‘Die Landsgemeinde’, in : Andreas Auer (e.a.): Die Ursprünge der schweizerischen direkten Demokratie, Basel 1996; B. Adler, Die Entstehung der direkten Demokratie, Zurich 2006).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice. 

L’hôtel de ville de Fribourg et la  Paix éternelle

Après la défaite des Confédérés contre le roi de France en Italie (Marignan en 1515), un traité de paix (la paix éternelle (der ewige Friede) avec la France est conclu à l’Hôtel de Ville/Rathaus de la ville bilingue de Fribourg/Freiburg le 29 novembre 1516. Cette paix dura jusqu’à l’invasion française de 1798.

La réforme, quelques années plus tard, vint tout bousculer. Fribourg devint un bastion catholique dogmatique, avec notamment la présence de jésuites. L’hôtel de ville survécut à cette tempête.

Cheminer avec Jean-Jacques Rousseau

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) est l’un des philosophes les plus importants du siècle des Lumières, expression souvent employée pour désigner le XVIIIème siècle français.

Ses ouvrages politiques, éducatifs et littéraires ont remporté un vif succès déjà de son vivant, ce qui lui apporta la célébrité, mais en raison du caractère révolutionnaire de ses idées, à contre-courant de la confiance de son époque dans le progrès, il rencontra des ennuis avec les autorités.

Sa passion pour la randonnée est en revanche moins connue. Il préférait autant que possible voyager à pied. Il a parcouru plusieurs milliers de kilomètres dans les régions du Rhône, des Alpes et du Jura.

Jean-Jacques Rousseau, musée Antoine Lécuyer, Saint-Quentin

Jean-Jacques Rousseau naquit à Genève, à l’époque république indépendante et siège du calvinisme. Le lac Léman, les Alpes et la nature l’ont fasciné dès son plus jeune âge.

En 1728, à 16 ans, il quitta sa ville natale à pied et se rendit à Annecy chez la baronne de Warens, vaudoise convertie au catholicisme, sur les conseils du curé de Confignon (canton de Genève). Elle l’envoya à Turin, capitale des ducs catholiques de Savoie qui furent aussi les rois du royaume de Sardaigne-Piémont afin, qu’il embrassât la religion catholique.

Il se convertit la même année. Le contraste avec la République calviniste de Genève fut immense. En 1754, Jean-Jacques Rousseau revint à Genève et retourna au protestantisme.  Officiellement, il a été successivement protestant, catholique et de nouveau protestant.

C’est dans sa ville natale que commença sa vie itinérante. Ses nombreux périples le conduisirent à Lyon, Grenoble, Chambéry (ancienne capitale des ducs de Savoie), Lausanne, Fribourg, Vevey, Nyon, Soleure, Neuchâtel, Bienne, Boudry, Môtiers et plusieurs fois à Paris. De 1766 à 1767, il passa un an en Angleterre. Il ne s’y rendit pas à pied, c’est sûr.

Sa préférence pour les déplacements à pied était remarquable. Et, dans la société de l’Ancien Régime – période historique qui débuta au XVIème siècle et prit fin en 1789 quand la République française fut créée – marcher ou voyager à pied était symbole de pauvreté.

On est philosophe ou on ne l’est pas et Rousseau a dit : « Je voyageais, voyageais à pied, et je voyageais seul en me jetant, en quelque sorte, dans l’immensité des êtres. La vue de la campagne, la succession des aspects agréables, le grand air, le grand appétit, la bonne santé que je gagne en marchant, la liberté du cabaret, tout cela dégage mon âme ».

Auvernier, Tjeerd Alkema, Les randonneurs, 2006. Photo: TES.

Entre 1762 et 1765, il vécut en exil dans le canton de Neuchâtel et sur l’île Saint-Pierre, reliée par un isthme long et mince avec le rivage du lac de Bienne (canton de Berne). Alliant randonnée et passion pour la botanique, il écrivit « La ferveur pour des activités botaniques à un tel point spécialisées est le véritable amusement d’un solitaire qui se promène et ne veut pas penser à rien ».

Il fut tout particulièrement enthousiasmé par la nature du Jura et son séjour dans le canton de Neuchâtel. Il reçut la citoyenneté neuchâteloise le 16 avril 1763 et le 1er janvier 1765, il fut fait communier de Couvet (canton de Neuchâtel).  Le 12 mai 1763, il renonça à la bourgeoisie de Genève.

En raison de sa grande dévotion et de son respect pour la nature, Jean-Jacques Rousseau fut considéré comme le précurseur de l’écologie. Il serait certainement devenu membre du Club Alpine Suisse (CAS) fondé en 1863.

Source : R. Bourgeois, Rousseau. Ses itinérances entre Rhône et Alpes, Veurey (France).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Carte blanche le long du lac de Constance

L’ Internationale Bodensee-Konferenz (IBK) est une organisation pour la coopération transfrontalière sur le lac de Constance (Bodensee). L’IBK comprend la Conférence des chefs de gouvernement et un réseau d’experts des États de Bade-Wurtemberg et de Bavière (Allemagne), du Vorarlberg (Autriche), des cantons de Saint-Gall, de Thurgovie, de Schaffhouse, de Zurich, d’Appenzell Rhodes-Extérieures et d’Appenzell Rhodes-Intérieures (Suisse) et de la Principauté du Liechtenstein.

L’IBK coopère avec d’autres associations et organisations transfrontalières, telles que celles des députés et des villes, les comités pour la protection de l’environnement, la régulation des eaux et la navigation, le programme Interreg Alpenrhein-Bodensee-Hochrhein et le Wissenschaftsverbund Vierländerregion Bodensee.

En collaboration avec ses partenaires, l’IBK s’efforce de faire de la région du lac de Constance une région européenne, caractérisée par une grande force économique, l’innovation et le développement, la conscience sociale et l’engagement en faveur de la durabilité. À cette fin, il cultive également la diversité des cultures régionales et renforce leur cohésion.

Avec la Carte Blanche, l’IBK offre aux experts une plateforme où ils peuvent donner des impulsions à la coopération transfrontalière et présenter leurs visions.

(Source et informations complémentaires : Internationale Bodensee-Konferenz)

Voire aussi: la coopération transfrontalière le long du Rhin supérieur

Le Landeron et son site naturel

Avant le bourg du Landeron (canton de Neuchâtel), il y eut sur le coteau au-dessus du lac de Bienne, une première ville fortifiée, Nugerol, que le comte de Neuchâtel fit construire face à l’Évêché de Bâle, tout proche.

Nugerol fut détruit au XIIe siècle, au cours du conflit frontalier armé opposant le comte à l’évêque de Bâle.

En 1325, le comte de Neuchâtel entreprit de reconstruire sur un nouvel emplacement la ville dévastée. Il choisit un îlot morainique, appelé Le Landeron, seule commune neuchâteloise riveraine du lac de Bienne.

Lac de Bienne (Bielersee)

Située à peu de distance de la Thielle et des lacs de Bienne et de Neuchâtel, la nouvelle ville bénéficia des communications fluviales alors si importantes.

Le XIXème siècle marqua le début de l’époque moderne et la création du canton neuchâtelois (1815), le développement des communications routières et ferroviaires, les premières industries, l’assainissement du grand marais consécutif à la première correction des eaux du Jura (1868-1891), le développement des cultures maraîchères, de l’agriculture et de la viticulture.

La présence des pittoresques témoins architecturaux des siècles écoulés et sa localisation confèrent au Landeron un charme tout particulier qui s’ajoute à celui de son site naturel.

(Source: Les plus beaux villages de Suisse, www.borghisvizzera.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice

La nostalgie, du kitsch et de la culture du chalet

Qu’est-ce qu’un «chalet » ? Existe-t-il des caractéristiques qui font de cette résidence de vacances un véritable chalet? Est-ce sa structure en bois, ou son toit débordant ? S’agit-il des géraniums aux fenêtres, des poutres finement sculptées ? Ou bien le chalet est-il avant tout le reflet d’une nostalgie de la nature alpine, une création de l’imaginaire collectif – un mythe?

Dans les régions francophones de Suisse, de simples cabanes de montagne étaient appelées chalets jusqu’au 18e siècle. Les premiers jardins paysagers d’Angleterre ont été créés au XVIIIème siècle. Des bâtiments du monde entier ont enrichi ces jardins, y compris le type de « chalet » des montagnes suisses. Les aristocrates anglais avaient appris à connaître et à apprécier ces chalets en tant que touristes.

En Suisse et dans d’autres pays européens, le style chalet de luxe n’a commencé à s’épanouir que dans la seconde moitié du XIXème siècle. Ils sont désormais adaptés aux besoins des citoyens aisés et de la classe supérieure. Dans toute l’Europe, des catalogues proposent des chalets préfabriqués, construits dans des ‘usines à chalets’.

Musée de plein air (Freilichtmuseum) Ballenberg, affiche fin XIXème siècle, chalets à vendre

En abordant ce sujet à travers les thèmes de la nostalgie, du kitsch et de la culture du bâti, l’exposition dans la Villa Patumbah explore ce phénomène suisse et révèle comment le chalet est devenu un symbole et un succès à l’exportation. Cette exposition est conçue par das Gelbe Haus Flims.

L’exposition est présentée en allemand. Les textes français sont disponibles via un QR code.

(Source et plus d’informations: Maison du Patrimoine suisse)

Le cheikh balois Ibrahim ibn Abdallah

L’un des premiers musées ethnographiques d’Europe se trouve à Bâle, tout comme cette ville a également eu le premier espace public que l’on appelle aujourd’hui musée. Il n’est pas surprenant que de nombreux chercheurs et collectionneurs d’art de l’ancienne Confédération (Eidgenossenschaft) aient été actifs sur les cinq continents.

Par exemple, la plus grande collection européenne sur la langue et la culture afghanes se trouve dans le village de Bubendorf (canton de Bâle-Campagne) et il existe plusieurs musées ethnographiques, facultés universitaires et autres instituts de renom en Suisse.

Haus zum Kirschgarten aujourd’hui

Mais, il n’y a qu’un seul Cheikh originaire de Bâle et enterré au Caire. L’industriel et négociant Johann Rudolf Burckhardt (1750-1813) et son épouse Sara Rohner (1761-1825) habitaient la maison Haus zum Kirschgarten à Bâle en 1784. À cette époque, Bâle était la ville la plus peuplée (15 000 habitants) de la Confédération de 13 cantons.

La ville était également un centre international pour le commerce, la science et l’industrie (textile). L’arrivée des huguenots au XVIIème siècle permit l’essor du secteur financier, de l’industrie (textile) et du commerce. Cela s’est également traduit par la construction de palais urbains.

L’un des premiers bâtiments fut le Markgräflerhof (1705). Il fut, entre autres, suivi par le Ramsteinerhof (1732), le Weisse et le Blaue Haus am Rheinsprung (1762-1775) et, en 1780, le Haus zum Kirschgarten. Burckhardt appartenait à l’une des familles les plus en vue de Bâle. En été, il séjournait souvent au bord du lac Léman, près de Lausanne.

Anton Graff (1736-1813), Johann Ludwig Burckhardt à l’âge de deux ans. Collection: Musée historique de Bâle (Haus zum Kirschgarten)

Il y fut en contact avec la plus haute aristocratie anglaise, des écrivains et des artistes (dont Edward Gibbon (1737-1794) et Benjamin Constant (1767-1830). C’est au cours d’un séjour à Lausanne que naquit Johann Ludwig Burckhardt (1784-1817). Il s’agit du second mariage de Johann Rudolf Burckhardt, qui avait déjà épousé Anna Maria de Barry (1749-1808).

Ni Johann Rudolf Burckhardt ni Sara Rohner ne pouvaient se douter qu’ils avaient donné naissance à un futur cheik en 1784. Certes, Johann Ludwig, son frère Georg Rudolf (1783-1866) et sa sœur Rosine Valérie (1786-1875) reçurent une éducation aux voyages ainsi que musicale, artistique et linguistique courante à l’époque des Lumières, des salons et des sociétés, mais le monde arabe et oriental était un territoire en grande partie inconnu

Haus zum Kirschgarten aujourd’hui

Sans la Révolution française et l’occupation française de l’ancienne Confédération en 1798, Johann Ludwig aurait pu devenir commerçant et politicien local à Bâle, comme son père. Mais son père était un opposant à la Révolution française et à la République helvétique (1798-1803).

C’est pourquoi il envoya Johann Ludwig au gymnase de Neuchâtel, alors gouverné par le roi de Prusse en sa qualité de prince de Neuchâtel. La Prusse était un adversaire de la France et de son expansion révolutionnaire.

Johann Ludwig étudia ensuite à Leipzig et à Göttingen de 1800 à 1805 avant de partir pour Londres en 1805. En 1808, il rejoignit la « British Association for Promoting the Discovery of the Interior Parts of Africa » dans le but de tracer la route commerciale du Caire à Tombouctou.

Johann Ludwig était un bon choix pour l’African Association. Il combinait des intérêts ethnologiques, religieux, géographiques, cartographiques, linguistiques, historiques et commerciaux. En peu de temps, il apprit l’arabe et le turc et étudia le Coran. Il visita plusieurs villes de la région, dont Assouan, Esna, Amman, Le Caire, Alep, Damas, Hama, Palmyre et Homs.

Johann Ludwig correspondait régulièrement avec sa famille. La plupart de ces lettres sont conservées à la bibliothèque universitaire de Bâle et ont été partiellement publiées en 1956. Collection : Musée historique de Bâle (Haus zum Kirschgarten)

Il s’habilla comme un Cheikh local et se fit appeler Ibrahim ibn Abdallah. Il collectionna de précieux manuscrits arabes, qu’il légua à l’université de Cambridge après sa mort.

Il voyagea plusieurs fois avec des Bédouins et publia des articles sur leur mode de vie et écrivit des rapports à l’African Association. Il fut l’un des premiers Européens à visiter Petra, à remonter le Nil et à visiter et étudier les pyramides et les tombes. Il fut le premier Européen à faire un reportage sur le temple d’Abou Simbel.

Il visita la Nubie et la péninsule arabique et il participa au « Hadj » à la Mecque. Il fut le premier Européen à rédiger un compte rendu détaillé du « Hadj » après un séjour de trois mois.

Certificat du Cheikh Ibrahim pour sa participation au Hadsch. Collection : Musée historique de Bâle (Haus zum Kirschgarten)

Il se rendit ensuite au Soudan et dans l’importante ville commerçante de Chendi. Les principales marchandises échangées étaient des Africains capturés par d’autres Africains et vendus comme esclaves par des Arabes à d’autres Arabes et à des Turcs.

Il voyagea ensuite à Taif, Savakin, Djeddah, Medina, Suez, le désert du Sinaï, le golfe d’Aqaba, le déjà célèbre monastère de Sainte-Catherine et le mont Moïse, le Djebel Musa.

De ses nombreux voyages, expériences et même découvertes au cours de la période 1810-1817, il publia des rapports réguliers pour l’ African Association. Il évoqua également des caravanes commerciales, des marchandises et des opportunités pour l’industrie textile anglaise. Après tout, son père était également fabricant et négociant en textile et il savait de quoi il parlait.

Il y a cependant un objectif qu’il n’atteignit pas. En raison de plusieurs guerres locales et d’épidémies, il ne put cartographier la route commerciale du Caire à Tombouctou et explorer les opportunités pour le commerce anglais.

Aperçu de ses voyages 1810-1817. Collection : Musée historique de Bâle (Haus zum Kirschgarten)

Cependant, ses mérites scientifiques, ses publications et ses rapports sur d’autres opportunités commerciales étaient d’un tel niveau que l’African Association soutint financièrement le Cheikh Ibrahim patiemment pendant de nombreuses années.

En outre, il envoya plusieurs objets à Londres et au British Museum, dont la statue colossale de Ramsès II, en consultation avec les autorités locales qui ne s’intéressaient pas à ces objets.

Les gouverneurs turcs de la région furent également impressionnés par ses mérites et le reçurent avec grandeur dans leurs palais du Caire, de Damas, de Taïf et d’autres lieux.

Cependant, au début du mois d’octobre 1817, le destin frappa le Cheikh Ibrahim qui contracta une infection intestinale. Le 15 octobre 1817, il mourut au Caire. En tant que Cheikh, participant au Hadj, érudit et orientaliste bien estimé, il fut inhumé au cimetière de Bab el Nasr selon les rites islamiques.

Haus zum Kirschgarten, modèle de l’instruction finale à Henry Salt

Peu avant sa mort, il donna au consul anglais Henry Salt (1780-1827) d’ultimes instructions écrites, dont un message à sa mère Sara Rohner.

Ses carnets de voyage et sa monographie sur les Bédouins et les Wahhabites furent publiés en plusieurs langues après sa mort. Il plaça ses expériences et ses impressions, issues de son éducation et de sa formation humaniste et scientifique, dans un contexte historique, politique et culturel, sans porter de (pré)jugement. C’est pour cette raison que ses écrits sont toujours d’actualité.

ollection : Musée historique de Bâle (Haus zum Kirschgarten)

En fait, ses écrits étaient si précieux que les services secrets britanniques les ont encore utilisés comme manuel pendant la Seconde Guerre mondiale ! La maison royale de Jordanie a décerné au Cheik Ibrahim ibn Abdallah alias Johann Ludwig Burckhardt une haute distinction à titre posthume en 1991 pour ses mérites.

Collection : Musée historique de Bâle (Haus zum Kirschgarten)

Lawrence d’Arabie (1888-1935) est connu d’un large public, mais le Cheik Ibrahim ibn Abdallah de Bâle a jeté les bases de la connaissance du monde, de la langue et de la culture arabes et orientales cent ans plus tôt.

(Source et plus d’informations: Haus zum Kirschgarten; G. Piller, D. Suter (Red.), Scheich  Ibrahim. Der Basler Kaufmannssohn und seine Reisen durch den Orient, Basel 2017)

 Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Sebastian Gutzwiller (1798-1872), vers 1830, Johann Ludwig Burckhardt. Collection : Musée historique de Bâle (Haus zum Kirschgarten)

Un manuscrit du XVème siècle pour le prince-évêque de Bâle

Un manuscrit exécuté à Bâle pour le prince-évêque Jean de Venningen (1409-1478) a été acquis par la Fondation Gottfried Keller. Ce document d’importance pour le patrimoine jurassien vient compléter un ensemble composé de trois manuscrits conservés dans le Fonds ancien de la Bibliothèque cantonale à Porrentruy.

 Le manuscrit liturgique est un Bénédictionnaire réalisé pour le prince-évêque Jean de Venningen. Élu en 1458, il est notamment connu pour avoir racheté aux comtes de Montbéliard l’Ajoie et Porrentruy.

Il fut aussi le premier chancelier de l’Université de Bâle à sa fondation en 1460. Ce manuscrit est la pièce manquante d’un ensemble de quatre volumes ; les trois autres sont encore conservés à Porrentruy.

Daté de 1462-1463, ce manuscrit latin est calligraphié en caractères gothiques à l’encre brune, bleue et rouge sur vellum (parchemin) avec dix miniatures (initiales).

Le manuscrit, qui appartenait initialement à la Bibliothèque du Collège des Jésuites à Porrentruy, a refait surface pour la première fois en 2000. Il a été acquis le 29 mars 2023 par la Fondation Gottfried Keller.

Le Fonds ancien de la Bibliothèque cantonale jurassienne à Porrentruy tiendra le manuscrit à la disposition des chercheuses et chercheurs. Les descriptions et les fac-similés numérisés se trouvent sur la plateforme e-codices.ch.

(Source et plus d’informations: République et Canton du Jura)