Le festival culturel romanche FESTIVALET

La langue romanche (Romontsch ou Rumantsch dans les Grisons, Romanisch pour le reste de la Suisse alémanique, le Romanche en Suisse romande, il Romancio en italien) n’est parlée en Suisse que dans le canton des Grisons. On utilise souvent l’expression Bündnerromanisch.

 Origines

Le romanche trouve son origine dans la langue des tribus rhétiques de l’actuel canton des Grisons (et plus au nord) et du latin de l’époque de l’occupation romaine jusqu’au cinquième siècle. Il s’agit donc de l’une des plus anciennes langues vivantes en Europe!

Ensuite, la langue s’est développée au cours d’un processus de plusieurs siècles. Les dialectes lombards, la langue alémanique (allemande), l’immigration des Walser (germanophones) et les influences françaises des francs et carolingiens ont marqué la langue. Le romanche est depuis 1938 la fière quatrième langue de la Suisse.

Aujourd’hui, environ un tiers des Romanches vivent en dehors de leur région linguistique d’origine. Dans le cadre du projet «Rumantsch en la diaspora», de la Lia Rumantscha, cinq communautés romanches ont déjà été fondées en Suisse alémanique. En 2021, la Confédération a déjà déclaré la promotion de la langue et de la culture en dehors des Grisons comme une priorité.

FESTIVALET

 L’association Cultura Rumantscha en la Bassa (CRB) organise maintenant le festival culturel romanche FESTIVALET les 20 et 21 juin à Zurich. L’objectif de l’association est de diffuser la culture romanche dans tout le Unterland (la Bassa).

Au FESTIVALET, la scène appartient aux musiciens et musiciennes de la scène musicale pop et chanson romanche vivante et colorée, ainsi qu’aux meilleurs chœurs romanches (et il y a en beaucoup).

Qui ne connaît pas l’écho familier de ‘Buna not, dorma bain’, ‘Chara lingua da la mamma’, ‘Il bös-ch rumantsch’, ou ‘Sch’eu füss ‘na randulina’? Au centre du festival se trouve donc la musique romanche, traditionnelle comme contemporaine.

Mais d’autres disciplines artistiques ont également leur place ici: littérature, performance de spoken word, projection de film, art, lectures, cuisine des Grisons et programme familial pour les plus jeunes.

FESTIVALET, emprim festival da cultura rumantscha

20 en 21 zercladur, juin 2025

Turitg/ Zurich: X-Tra Haus der Musik e Johanneskirche 

Tickets ed infuormaziun: FESTIVALET

 

Le Pont-du-milieu sur le Rhin, Augusta Raurica, Augst et Kaiseraugst

La légion romaine qui traversa le pont de Kleinbasel à Grossbasel le 11 mars 2025 ne comprenait pas grand-chose à ce sujet. Le centurion était convaincu qu’il y avait déjà un pont sur le Rhin il y a deux mille ans. Cependant, l’inscription sur le bâtiment du côté de Kleinbasel ne laissait aucun doute: ce pont a 800 ans.

La confusion chez les Romains était cependant compréhensible. Ils n’étaient pas dans cette région depuis plus de XVIème siècles, depuis leur retrait en 410 après J.-C. Ils ne pouvaient pas imaginer que le petit oppidum celtique avec des colonies sur le Münster et près de l’ancienne usine à gaz et le petit vicus Basilia (?) avait un pont, et encore moins un pont en pierre. Ce pont (die Mittlere Brücke) est le remplacement du pont partiellement en bois, partiellement en pierre, qui reliait Kleinbasel à Grossbasel depuis 1225.

En raison des véhicules lourds comme les tramways, les voitures et les camions, ce pont a été remplacé en 1905 par le pont actuel. Cette connexion a conduit à une augmentation massive du commerce et du trafic de personnes et a fait de Bâle la ville la plus importante de cette région en un instant.

Peu de temps après, la fusion de Kleinbasel et Grossbasel en une seule commune a eu lieu. Le Lallekönig à Grossbasel et le Vogel Gryff à Kleinbasel maintiennent cependant l’animosité en honneur. Kleinbasel appartenait jusqu’en 1803 au diocèse de l’évêché de Constance.

Le Lallekönig

La légion romaine a effectivement traversé un pont sur le Rhin il y a seize siècles. Cependant, ce pont se trouvait à Augusta Raurica (l’actuel Augst et Kaiseraugst). Les fondations et une œuvre de défense sont encore visibles. Il y a seize siècles, la colonie romaine Augusta Raurica était la seule ville de cette région.

Comme d’autres villes le long du Rhin (par exemple Rheinfelden et Laufenburg), l’Augusta Raurica romaine a également été divisée en deux parties au cours de l’histoire: Augst dans le canton de Bâle-Campagne et Kaiseraugst dans le canton d’Argovie. Jusqu’au XIVème siècle, Augst était le nom de l’Augusta Raurica romaine.

Napoléon n’a rien à voir avec cette séparation pour une fois. Au XIVème siècle, Rheinfelden, sous la domination des Habsbourg, acquit le territoire de l’actuel Kaiseraugst, d’où le nom avec « Kaiser ».

Les seigneurs de Farnsburg obtinrent le territoire de l’actuel Augst en 1461 et la ville de Bâle quelques ans plus tard. Kaiseraugst tombe sous le canton d’Argovie depuis 1803 et Augst sous le canton de Bâle et à partir de 1833 sous le canton de Bâle-Campagne.

(Source et plus d’informations:, Die Stadtgeschichte Basel; Geschichte der Stadt Basel)

Huningue, neutralité suisse, l’Alémanique, pont des trois pays et coopération

Huningue est connue pour sa Passerelle des Trois Pays (Dreiländerbrücke), qui, depuis 2007, relie la Suisse, l’Allemagne (Weil am Rhein) et la France. Plus précisément, elle unit le Bade, l’Alsace et le canton de Bâle-Ville. Cette délimitation est d’autant plus intéressante en raison de l’histoire de cette petite ville sur le Rhin.

La première mention de Huningue remonte à l’année 828 dans un document qui la mentionne sous le nom de « Villa Huninga ». Il s’agit d’une charte de donation de l’abbaye de St. Gall, dans laquelle Villa Huninga est mentionnée comme lieu de signature. L’utilisation du terme « Villa » et le fait qu’elle figure dans une charte attestent déjà d’une certaine importance historique pour cette localité.

Après le XIème siècle, c’est le prince évêque de Bâle qui pendant des siècles en a été le propriétaire (Dinghof). Il y avait un lien fort culturel et l’alémanique était la langue parlée. De plus, Bâle n’est qu’à quelques kilomètres.

Cependant, au XIIème ou XIIIème siècle, les Habsbourg ont fait main basse sur ce lieu. En raison d’un manque chronique d’argent, les Habsbourg l’ont à nouveau mis en gage à Bâle en 1310. Quelque temps plus tard, les Habsbourg ont de nouveau régné sur la ville, mais Bâle a repris le contrôle après la conclusion d’une nouvelle charte de gage.

Huningue était également impliquée dans la rivalité entre les Habsbourg (avec leurs autres possessions en Alsace et dans certaines parties du Bade et des loyalistes nobles (chanoines/le chapitre à Bâle) et Bâle. En 1509, dans ce conflit (le soi-disant Pfennig turc) les habitants de Huningue se sont rangés du côté de Bâle

De nombreux citoyens de Huningue ont servi dans la milice de Bâle. Musée historique et militaire de Huningue.

En conséquence, Huningue, seule commune du Sundgau habsbourgeois à être catholique, s’est convertie au protestantisme lors de la Réforme de Bâle en 1529. Sous la tutelle de Bâle, la situation est restée stable jusqu’en 1623, lorsque la charte de gage a expiré et que les Habsbourg ont de nouveau acquis la pleine propriété. Par la suite, Bâle a encore tenté d’acquérir Huningue, mais sans succès.

C’était l’époque de la guerre de Trente Ans (1618-1648) et le lieu protestant sur le Rhin était d’un grand intérêt symbolique et stratégique pour les Habsbourg catholiques, qui étaient alors encore maîtres en Alsace.

En conséquence, ce territoire habsbourgeois dans le Sundgau est devenu français en 1648 par la paix de Westphalie. Louis XIV (1639-1715), le Roi-Soleil, a visité Huningue en 1681 après la conquête de toute l’Alsace, y compris Strasbourg (et temporairement le Brisgau et Fribourg en Bade). Le 20 octobre 1681, il est venu à Huninque après un voyage avec 400 carrosses via Sainte-Marie-aux-Mines, Sélestat, Breisach, Fribourg et Ensisheim.

À Ensisheim (l’ancienne capitale de l’Autriche antérieure), les 13 cantons de la Confédération et leur allié (zugewandter Ort) Mulhouse ont couvert le Roi-Soleil de louanges et d’honneurs. Mulhouse est restée jusqu’en 1798 (!) encore Mühlhausen, indépendante et membre associé de la Confédération. Le roi était (financièrement) généreux envers les députés des cantons et le gouverneur du fort, le marquis de Puisieux, l’a exprimé comme suit :

« que le roi l’avait chargé de veiller le mieux possible à l’amitié portée à la ville de Bâle et aux bonnes relations avec celle-ci. »

Modèle du fort de Vauban à Huningue. Musée historique et militaire de Huningue.

 Depuis 1516 et 1521, la France et la Confédération avaient la « Paix éternelle ». La première chose que le Roi-Soleil a fait à Huningue a été de visiter le nouveau fort de Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707), son constructeur de fortifications (voir entre autres les forts (disparus) de Neuf-Brisach, Breisach et Belfort). Lors de cette visite, sa Majesté a déclaré :

« que la nation suisse ne devait pas s’inquiéter de la construction du fort ; que la ville de Bâle n’avait rien à craindre, que son commerce ne pouvait que profiter de cette protection, qui garantissait l’inviolabilité de ses frontières ; que le fort de Huningue avait été construit pour empêcher les invasions et respecter la neutralité suisse

D’après un dessin d’Emanuel Büchel (1705-1775). L’extension (illégale) du fort de Vauban sur l’île de Schuster et le territoire de Bâle et en partie du Bade est visible sur la rive droite du Rhin. Le village en face de Huningue est Kleinhüningen dans le canton de Bâle (aujourd’hui c’est un quartier de Bâle). La rivière est la Wiese, de l’autre côté se trouve la ville de Bâle.

Plus d’un siècle plus tard, en 1796, Huningue était devenue une ville de front pendant la Première Guerre de Coalition (1792-1797). Les troupes autrichiennes avaient atteint le Rhin, tandis que la France avait déjà occupé l’île de Schuster (également connue sous le nom de Kälberinsel), située sur le Rhin, à la hauteur et au-delà de la frontière de Bâle. La garnison comptait plus de 3 000 officiers et soldats, placés sous le commandement du général Jean Charles Abbatucci (1770-1796).

Place d’Abbatucci 

L’église St. Louis (1700). L’église de la garnison du fort de Vauban. Seuls ces bâtiments du fort n’ont pas été détruits en 1815. Modèle : Musée historique et militaire de Huningue.

 La neutralité de la Confédération se trouvait mise en cause, car Bâle ne s’était pas opposée à la violation de sa neutralité par les troupes françaises. La situation a été encore compliquée par l’avancée autrichienne à travers le territoire bâlois, effectuée sans la moindre résistance, et même avec la collaboration de plusieurs citoyens éminents opposés à la France révolutionnaire, parmi lesquels Johann Rudolf Burckhardt (1750-1813), le père de Sheik Ibrahim ibn Abdallah.

Un autre Bâlois, Peter Ochs (1752-1821), qui a ensuite joué un rôle de premier plan dans la République helvétique (1798-1803), a principalement condamné la violation de la neutralité par l’Autriche. Ochs soutenait les idées de la Révolution française et voulait changer l’ancienne Confédération et son Ancien Régime.

La neutralité était déjà à l’époque une source de discussions et de désaccords. Ochs a écrit longuement sur cette neutralité dans son histoire de la ville et du pays de Bâle/Histoire de Bâle (1786-1821). Un sujet qui n’a rien perdu de sa pertinence !

Capitulation des troupes françaises devant l’Autriche. Musée historique et militaire de Huningue.

 Napoléon, ignorant les paroles du Roi-Soleil, a conquis l’ancienne Confédération et Bâle en 1798. Le fort de Vauban a été démoli après la capitulation française en 1815.

Les vestiges du fort.

Trois guerres (1870-1871, 1914-1918 et 1939-1945) et la neutralité de la Confédération plus tard, la Passerelle des Trois Pays relie l’Alsace, le Bade et Bâle. La séparation linguistique semble cependant définitive entre le français, l’allemand standard et l’allemand-bâlois.

Le Rhin à Huningue, avril 1945.

Les contacts éducatifs, culturels, politiques, économiques et sociaux, les projets et les échanges sont cependant intenses et réussis. Parmi les 6000 habitants de Huningue, environ 1500 travaillent à Bâle, et le Sentier des poètes des trois pays/DreylandDichterweg le long du Rhin a plus qu’une valeur symbolique. Autrefois, ils parlaient et écrivaient tous en alémanique.

(Source et plus d’informations: (Le Bulletin 2023, Societe d’Histoire Huningue, Village-Neuf et de la Région frontalière; Ville de Huningue)

 Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Musée historique et militaire de Huningue

De Dreiländerbrücke/la Passerelle des Trois Pays 

Le canal de Huningue et le parc Des eaux vives

L’église reformé

L’association « Kloster Schönthal 25 ans

L’ancien monastère de Schönthal près de Langenbruck (canton de Bâle-Campagne) est situé de manière idyllique au milieu de 100 hectares de forêts, de prairies et de paysages jurassiens. Sur le site du monastère médiéval, l’art et la nature dialoguent aujourd’hui.

Le site propose un parc de sculptures librement accessible avec plus de 30 œuvres d’art contemporain ainsi que des expositions temporaires et des manifestations culturelles.

L’association « Kloster Schönthal » fête cette année ses 25 ans d’existence et profite de cet anniversaire pour proposer aux amateurs d’art et de nature un programme culturel varié.

Ce programme est conçu en accord avec le cycle des saisons. Le coup d’envoi sera donné au printemps par l’artiste britannique Richard Long (*1945), dont l’œuvre Cowshed Ellipse est déjà visible dans le parc de sculptures: sur place, il crée une nouvelle œuvre spécifique au site dans l’église et une autre dans la cour du monastère.

Du 1er mai au 7 décembre 2025, ces nouvelles œuvres seront exposées aux côtés d’autres travaux issus d’autres périodes de création de Richard Long.

(Source et informations complémentaires: Der Verein Kloster Schönthal)

La Fête des tulipes à Morges et le jardin du château Vullierens

Morges accueille à nouveau la Fête des tulipes, un événement avec plus de 140 000 fleurs et environ 350 variétés de tulipes. Du 28 mars au 11 mai 2025, le thème de cette année est « l’eau » et les visiteurs pourront s’immerger dans le monde de « l’eau » et du lac Léman.

La fête est organisée par l’association Morges Fleur du Léman et célèbre la beauté des fleurs et de la nature, tout comme la Fête des Dahlias qui a lieu chaque année de juillet à octobre.

PS : Le château de Vullierens rouvre également ses jardins.

(Source et plus d’informations: Schloss Vullierens; Verein Morges Fleur du Léman)

Maelwael, les frères Van Lymborch et la Bible de Moutier-Grandval

Le 21 mars, l’année des frères Van Lymborch (Gebroeders Van Lymborch) et Johan Maelwael a été inaugurée à la Stevenskerk à Nimègue (Nijmegen). Herman (1385-1416), Paul (1386-1416), Johan (1388-1416) van Lymborch et leur oncle Johan Maelwael (1370-1415) sont reconnus comme les fondateurs des primitifs flamands (Vlaamse Primitieven) et de l’âge d’or de la peinture néerlandaise et flamande. (Voir entre autres la fondation Maelwael Van Lymborch,  l’association des frères Van Lymborch et le musée Maelwael Van Lymborch Huis).

Les Rembrandts du Moyen Âge

Nimègue était leur ville natale et ils travaillaient pour le puissant duc de Gueldre (jusqu’en 1543, le dernier territoire indépendant des Pays-Bas!). Cependant, ils étaient si talentueux, innovants et polyvalents que les ducs de Bourgogne et les membres de la famille royale française (le duc de Berry) les ont engagés après 1400.

Maelwael, dérivé de l’allemand Malen (peindre) et wael (bien), donc il était un bon peintre et venait à l’origine de la région de Xanten. La Maelwael et Gebroeders Van Lymborch Huis dans la Burchtstraat à Nimègue et l’ l’année 2025 sont consacrées à leurs arts novateurs, polyvalents et d’une beauté éblouissante. À Dijon, Saumur, Bourges, Paris et Chantilly, ces ‘Rembrandts’ du Moyen Âge tardif ont particulièrement laissé leur empreinte.

Les Belles Heures (à gauche) du duc de Berry, les Très Riches Heures (à droite) du duc de Berry, fac-similés, maison Van Lymborch, Nimègue

En d’autres termes, entre 1375 et 1420, des artistes du duché de Gueldre ont donné le ton pour les primitifs flamands et la haute culture à la cour française et bourguignonne. Les Très Riches Heures et les Belles Heures (livres d’heures) du duc de Berry (1340-1416) sont les œuvres les plus connues des frères.

Des pages (folios) des Belles Heures ont été exposées en 2005 au Valkhof à Nimègue, au Getty Museum à Los Angeles et en 2010 au Metropolitan Museum à New York. À New York, une procession de chevaliers, de dames et de leur suite du duché de Gueldre a même défilé dans les rues et le Grand Central!

Les Très Riches Heures seront bientôt partiellement exposées (du 7 juin au 5 octobre) au Musée Condé au Château de Chantilly près de Paris. Ici aussi, la noble suite de Gueldre apparaîtra!

Maelwael Van Lymborch Huis 

Fresque murale à la Maelwael Van Lymborch Huis. Très Riches Heures (Ms 65, fol. 2r), Collection: Musée Condé au Château de Chantilly.

Maelwael Van Lymborch Huis, Johan van Maelwael, Pietas, vers 1400. Original au Louvre.

Johan van Maelwael, vers 1400, copie, original au Louvre. Maelwael Van Lymborch  Huis

La Bible de Moutier-Grandval

Le musée de Delémont (Musée jurassien d’art et d’histoire) présente une œuvre tout aussi exceptionnelle: la Bible de Moutier-Grandval. L’abbaye de Moutier-Grandval appartenait au diocèse de Bâle à partir de 999.

Un de ses manuscrits était cette Bible.L’origine de cette Bible remonte à environ 840 à l’abbaye de Saint-Martin à Tours(France). Cette belle Bible carolingienne a ensuite voyagé jusqu’à l’abbaye deMoutier-Grandval. Les Carolingiens étaient les mécènes de l’abbaye et elle a prospéré aux IXème et Xème siècles.

L’abbaye a été détruite en 1499, l’église abbatiale pendant la Réforme en 1531. La Bible et d’autres trésors artistiques ont été transférés à Soleure et Delémont. Les chanoines (nobles) de Moutier-Grandval ont construit des palais urbains et un château à leur manière bien connue.

L’église collégiale de Moutier-Grandval. Collection: Musée jurassien d’art et d’histoire

Pendant des siècles, tout s’est bien passé jusqu’à l’invasion française et l’occupation de Delémont en 1792. La Bible de Moutier-Grandval a de nouveau échappé au pillage et est réapparue en 1822 entre les mains de Joseph Alexis Bennot (1753-1837), maire de Delémont.

Il a ensuite vendu la Bible grâce à la médiation du baron Konrad Karl Friedrich von Andlau (1766-1839), ancien gouverneur (1814-1815) de l’ancien prince-évêché de Bâle à Arlesheim. Le nouveau propriétaire était Johann Heinrich von Speyr-Passavant (1782-1852) de Bâle. Von Speyr-Passavant était un collectionneur de manuscrits. La bibliothèque universitaire de Bâle gère aujourd’hui sa grande collection.

Impression de l’exposition ‘Le Bible de Moutier-Grandval. Sur les traces d’un chef-d’oeuvre’

À cette époque, l’intérêt pour les manuscrits médiévaux illuminés et l’art a également augmenté, et Von Speyr était non seulement un collectionneur, mais aussi un marchand d’art. En 1836, il a vendu la Bible au British Museum.

Depuis lors, Londres est son nouveau foyer, mais elle reste un patrimoine culturel mondial. En 1981, la Bible de Moutier-Grandval est retournée pour la première fois à Delémont. Près de cinquante ans plus tard, la Bible revient pour une courte période près du château du chapitre.

Impression de l’exposition ‘Le Bible de Moutier-Grandval. Sur les traces d’un chef-d’oeuvre’

Conclusion

Ce que les Très Riches Heures et les Belles Heures du duc de Berry, des frères Van Lymborch et la Bible de Moutier-Grandval ont en commun, c’est leur beauté exceptionnelle, leur savoir-faire et leur innovation. Pourquoi le Moyen Âge est-il si sombre?

Comment une personne médiévale réagirait-elle aux XXème et XXIème siècles avec leurs bombes atomiques, gaz toxiques, camps de concentration, Holocauste, communisme, nazisme et pollution? Chaque époque a ses péchés.​

Cependant, l’art apporte de la lumière, même dans les temps les plus sombres. Tant l’exposition (8 mars au 8 juin) à Delémont qu’au Musée Condé au Château de Chantilly (7 juin au 5 octobre) sont une occasion unique d’admirer l’art médiéval sur place et peut-être qu’une visite peut être chronologiquement combinée.

(Source et plus d’informations:: L. Marti, Le Bible de Moutier-Grandval. Sur les traces d’un chef-d’oeuvre, Delémont, 2025; A. Stufkens, Cl. Verhoeven, Johan Maelwael en de Gebroeders van Lymborch. Grondleggers van de Nederlandse schilderskunst, Nijmegen, 2025)

Démocratie directe, le Conseil fédéral et le peuple suisse

C’est totalement passé inaperçu à l’étranger, mais le 12 mars 2025, l’Assemblée fédérale (le Conseil national et le Conseil des États) a élu un nouveau membre du gouvernement national (Conseil fédéral) sur la base de la formule magique. Martin Pfister du parti du Centre succède ainsi à une collègue de parti qui a démissionné prématurément pour des raisons personnelles.

Pour plus d’informations sur le fonctionnement du gouvernement et les procédures de nomination des membres du gouvernement, il vous suffit de vous référer aux publications précédentes. Mais ce qui rend cette nomination particulière, c’est la nomination par le Parlement d’un candidat contre la préférence officielle du parti du Centre lui-même.

Palais fédéral, salle de réunion du Conseil fédéral. Photo: www.admin.ch

Élection et composition du gouvernement fédéral

Sur la base de la formule magique, le gouvernement est composé depuis les années 1950 des quatre plus grands partis suisses: aujourd’hui, deux sièges pour l’UDC, deux sièges pour la PLR, deux sièges pour la PS et un siège pour le Centre. En gros, cela correspond à l’humeur du pays : environ 60-65 % conservateur-libéral-centre et environ 35-40 % gauche-vert.

Le recrutement des membres du gouvernement est l’une des tâches les plus importantes d’un parti gouvernemental en raison de la formule magique. Ce concept ne fonctionne que si les ministres de droite à gauche sont qualifiés et peuvent également travailler ensemble, non pas sur la base d’un programme gouvernemental, mais sur la base de la nécessité d’une stratégie et des dossiers actuels.

Les membres du Parlement sont donc libres de leur choix. Et il est déjà arrivé que d’autres candidats que ceux officiellement proposés par le parti obtiennent la majorité absolue des 246 voix. Souvent, plusieurs tours de scrutin sont nécessaires. Le gouvernement est basé sur les principes de coopération et de recherche du compromis (la Concordance). Il est tenu de parler d’une seule voix (la collégialité).

Le vote pour un nouveau gouvernement ou ministre lors de la session unie du Parlement. Photo: www.admin.ch

L’élection d’un ministre n’est pas non plus une affaire d’une seule personne, comme pour un Premier ministre, d’ailleurs la Suisse n’en a pas. Le gouvernement est sans hiérarchie et les sept membres sont totalement égaux. Chaque année, le Parlement élit l’un des membres du gouvernement comme chef de l’État ou président avec principalement une fonction cérémonielle. Une réélection est possible, mais pas deux années de suite.

De plus, les candidats à l’élection au Parlement sont déjà minutieusement examinés au niveau du parti dans les cantons (les pépinières de la démocratie suisse). Outre les traits de caractère et les qualités, l’accent est mis sur le parcours politique, l’expérience sociale et la participation avérée à l’administration publique.

Le premier Conseil fédéral a été élu le 16 novembre 1848. Photo: www.admin.ch 

En fait, ces sept ministres sont enfermés dans un espace imaginaire de collégialité sans chef et sans possibilité de proclamer une politique divergente à l’extérieur, que ce soit en public ou face aux médias (la concordance).

Il est impossible que des candidats soient simplement amenés à diriger un parti ou même devenir ministre après une longue absence du pays. C’est en effet une affaire sérieuse qui concerne l’un des plus hauts postes du pays. Il n’y a pas de place pour l’opportunisme, la démagogie et un homme ou femme fort(e) dans le système suisse.

De plus, cette procédure et la composition du gouvernement méritent quasiment une place dans le Livre Guinness des records. Depuis 1848, le gouvernement suisse compte 7 membres et 7 départements (principe départemental), ni plus ni moins. Ce système particulier dans ce pays multiculturel, plurilingue et multireligieux avec ses 26 cantons souverains a prouvé sa valeur et son utilité.

Réformes

Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas de besoin et de nécessité de réformes dans certains domaines, par exemple en ce qui concerne l’émergence de nouveaux partis (Verts et Verts libéraux) et un siège possible au gouvernement au détriment d’un autre parti.

Une augmentation du gouvernement de deux membres est également envisagée en raison des tâches gouvernementales accrues et de la complexité (internationale). Le fondement est cependant le respect de la collégialité et la volonté de faire des compromis (concordance).

De plus, le nombre de référendums facultatifs et d’initiatives populaires est en phase d’inflation. Lors de leur introduction en 1874 et 1891, il n’était pas facile de recueillir les signatures nécessaires. Aujourd’hui, il n’est pas difficile de recueillir les 50 000 et 100 000 signatures nécessaires avec l’aide des médias modernes et sociaux.

Genève, le 25 septembre 2022, le referendum facultatif

Démocratie directe

 Ce système de milice de 1848 fonctionne depuis plus de 175 ans. La volonté et la nécessité de faire des compromis, de droite à gauche, viennent également de la démocratie directe : lorsqu’une loi ou une politique européenne est débattue, c’est sa faisabilité qui est principalement prise en compte en raison du référendum (obligatoire ou facultatif).

Ce système est satisfaisant, bien qu’il ne soit évidemment pas parfait. En général, la société et les citoyens acceptent la (nouvelle) politique grâce à la consultation approfondie des organisations et des parties prenantes et aux discussions publiques fondamentales.

Berne, alais fédéral, le siège du Conseil fédéral et du parlement

Et pourtant, même en Suisse, la polarisation, les attaques personnelles de certains médias et de politiciens opposés aux membres du gouvernement et la collégialité décroissante au sein du gouvernement vont bon train. Cela sape le fondement même du système basé sur la concordance et la collégialité.

La société et la politique suisses sont également largement basées sur le principe de la milice. Si la polarisation et l’agressivité augmentent, notamment en raison du rôle des médias sociaux, de moins en moins de bons candidats seront prêts à abandonner leur carrière pour prendre une fonction publique.

Le nouveau Conseil fédéral, le 12 mars 2025, à droite le chancelier  (Photo: www.admin.ch)

Conclusion

Le système suisse unique et bon n’est donc pas évident. Ce ne sont pas seulement les ministres qui font la différence, mais aussi les citoyens, les médias et la société. En Suisse, ce sont les citoyens qui sont en fin de compte les souverains, mais cela leur confère également une obligation. Le citoyen est la fine fleur politique du pays, noblesse oblige, et les ministres n’en sont « que » le pouvoir exécutif.

Ou en d’autres mots :

« La démocratie peut être fatigante, laborieuse et les décisions prennent souvent plus de temps que dans d’autres formes d’État. Néanmoins, la démocratie directe reste une bonne forme d’État pour des raisons éthiques.

Le lien est sous-jacent : les personnes concernées par une décision la prennent ensemble. Et les personnes qui ont pris une décision en assument également les conséquences ensemble.

La demande libérale de plus de responsabilité personnelle est la plus pleinement mise en œuvre dans une démocratie directe. Il est également évident que dans un État avec des droits de participation bien développés, il existe une meilleure relation de confiance entre les citoyens et l’État.

Si le citoyen ne considère pas l’État comme un ennemi, mais comme une communauté à laquelle il est intégré et à laquelle il peut participer, il accepte plus facilement les décisions et il est plus disposé à apporter sa contribution.

Cela peut expliquer pourquoi les Suisses ne veulent absolument pas adhérer à l’Union européenne. Après tout, la Suisse a déjà connu son Union des Confédérés (Eidgenossen) en 1848 et l’a remplacée par un système plus moderne et durable. Peut-être que l’Union européenne devrait adhérer à la Suisse ? » (Th. Lötscher, Démokratie mit Zukunft, Thun, 2022)

Ou peut-être l’Alsace, Baden en Bade-Wurtemberg et le Vorarlberg ?  Et l’Union européenne serait-elle admise en raison de son fonctionnement démocratique ?

(Literature et source: A. Vatter, Der Bundesrat, Zürich 2020; G.Malinverni, M. Hottelier, M. Hertig Randall, A. Flückiger, Droit Constitutionnel suisse, Berne 2021; Zwitserse regering; Zwitsers parlement)

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Mulegns, la Weisse Turm et un centre de technologies de construction numérique

Après des années de bons et loyaux services et de représentations artistiques, la tour de Juliers (Julierturm) a été démolie il y a deux ans. La nouvelle tour, la Weisse Turm (la tour blanche) de Nova Fundaziun Origen de Riom (canton des Grisons) est toutefois déjà à nouveau debout.

Riom

Alors que la tour de Juliers était la plus haute salle de théâtre et de concert d’Europe, la Weisse Turm est la plus haute, la plus audacieuse, la première et la plus originale tour numérique du monde! Elle se trouve dans le village de la Weisse Villa et du Posthotel Löwe à Mulegns.

Le Weisse Turm se dresse entre les toits de Mulegns. Haute de trente mètres, elle s’érige sur les murs de l’ancienne forge. Trente-deux colonnes soutiennent une coupole filigrane qui couronne l’édifice. En été, le vent souffle à travers les colonnes torsadées. En hiver, la tour s’habille d’une robe de fête et invite à un concert. La Tour blanche sera inaugurée le 20 mai 2025.

La Weisse Turm se compose de trente-deux colonnes imprimées numériquement; huit par étage. Chaque colonne est unique, avec des textures différentes, des hauteurs différentes, des motifs virtuoses.

Les colonnes ont été conçues, testées et imprimées à l’EPF (ETH) de Zurich. À Savognin, des artisans ont assemblé les différentes parties des colonnes. À Mulegns, les colonnes organiques ont été empilées à l’aide d’une grue géante. La tour est conçue de manière élémentaire et peut être entièrement démontée.

Un autre projet est en train de voir le jour dans le village de montagne de Mulegns: le Zentrum für digitale Bautechnologien (ZDBT, Centre pour les technologies de construction numérique).

En collaboration avec le groupe de recherche sur les technologies de construction numérique de l’EPF de Zurich et des partenaires de l’industrie et de l’artisanat, Origen réalise un centre de compétences sur les technologies de construction numérique dans la remise historique pour calèches.

Ce centre permet d’acquérir des connaissances approfondies sur les processus de la construction numérique. Les technologies numériques, les méthodes de fabrication robotisées, les processus artisanaux et les conditions techniques des matériaux sont expliqués à l’aide de projets concrets. Le ZDBT est inauguré le 23 mai 2025.

(Source et plus d’informations: Nova Fundaziun Origen)

Le Lido de Weggis, du bain honteux au Lido moderne

La période qui a suivi la Première Guerre mondiale (1914-1918) a également été marquée par de nombreux changements dans les domaines de la politique, de l’art et de la société en Suisse.

L’association Kurverein Weggis, par exemple, a ouvert le Lido de Weggis en 1919 au bord du lac des Quatre Cantons. C’est la première installation en Suisse où les hommes et les femmes se baignent ensemble sur la plage ouverte, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas séparés dans leurs zones distinctes.

Le nouveau bain dans la région de la Rigi connut un grand succès et devint un modèle pour d’autres bains à Lucerne, Genève, Fürigen au pied du Bürgenstock, Wesen sur le lac de Walen, Zurich, Stansstad, Flüelen, Gersau, Vitznau et Buochs.

Bien entendu, il y avait aussi des opposants (« une activité honteuse », « le bain honteux ») qui attiraient l’attention des journaux et de la politique (locale).

Il y avait aussi des bruits satiriques: « Autrefois, cela aurait été mauvais pour le moral, mais aujourd’hui, les bains de plage sont partout. Cela a commencé à Weggis, puis Lucerne (le Lido) a emboîté le pas…

Ou encore le mélancolique: « C’était encore l’époque de la “poésie”, quand les gens se promenaient en maillot de bain et regardaient secrètement à travers les fentes des deux côtés… » (Der Nebelspalter, 8 août 1922).

La piscine du Lido de Weggis existe toujours et a été considérablement agrandie depuis 1919. Toutefois, le concept et l’emplacement n’ont pas changé.

Impressions de Weggis

 

Lanternes, un centenaire bâlois et un musée numérique du Fasnacht

Le Basler Fasnacht (le carnaval de Bâle) vient à nouveau de tirer le rideau ; il a duré du 10 au 13 mars. Ou pas. Lors des « Bummelsonntage», les trois dimanches suivant le 13 mars, les participants actifs se présentent à nouveau au public avec leurs tambours, piccolos, instruments à vent et percussions en cliques ou formations informelles.

Cependant, cette fois ils le font sans costumes du Fasnacht, cortège ou lanternes. Cette pratique symbolise surtout un aspect social important du carnaval: il existe pour et par les citoyens et leurs associations, sans distinction aucune, que ce soit de personne, d’origine, d’âge, de titre, de profession, d’homme ou de femme.

Ils n’ont rien à cacher, ni à craindre des sanctions pour leurs opinions sociales, politiques et les sujets traités lors du Fasnacht. Le Fasnacht est un théâtre public impliquant les habitants de la ville comme participants et comme spectateurs. De plus, le Fasnacht fait partie intégrante de la société bâloise et il réunit tous les rangs, les classes et autres nouveaux arrivants.

 

 

De plus, ce Fasnacht avait quelque chose de spécial à célébrer et Frau Fasnacht l’a fait avec style. Le Fasnächtler le plus célèbre, Jean Tinguely (1925-1991), est né il y a tout juste un siècle.

Le musée qui porte son nom à Bâle attire l’attention sur son époque en tant que participant actif et créatif au Fasnacht, même s’il ne jouait d’aucun instrument. Pas moins de dix-huit cliques ont choisi Tinguely comme thème pour leurs costumes, lanternes, wagons et objets.

Syni Kunscht und syni Skulpture sin Wältbekannt, erschaffen am Rhy, no iim e Museum isch benannt, Basel isch stolz uff sy bekannt Soon, das isch woor, und so lauft äär voruss duur syni Stadt, au mit 100 Jahr“ (Clique Schlössli-Schränzer), « Mir danke dangge dir, Jean Tinguely, fir dy Kunscht, du bisch und blybsch aine vo uns » (Glaibasler Schränz-Brieder).

Tinguely (et sa femme Niki de Saint Phalle, 1930-2002) a son musée (et pas seulement à Bâle). Malheureusement, les lanternes souvent magnifiques qui lui sont dédiées ne sont plus accessibles au public. Et cela s’applique également à d’autres lanternes.

Cette fumée commémore un incident survenu en 1974. Tinguely a allumé des feux d’artifice avec beaucoup de fumée dans le Cortège, ce qui a conduit à un procès et à des réactions de colère. Cinquante ans plus tard, ce péché est pardonné.

De plus, il est intéressant pour les historiens d’avoir un aperçu de la politique internationale et des thèmes locaux, régionaux et nationaux d’il y a 100 ans, voire plus tôt.

Lanterne et masques de la Clique Verschnuuffer

Les lanternes et les sujets (et les Schnitzelbängg) reflètent les préoccupations des citoyens, ils constituent un miroir de l’esprit du temps et de la société. Par exemple, ils sont tous d’accord sur Trump : « Em Trump sy Arroganz isch e Dootedanz » et « Putin und Trump, das isch bekannt – gänn sich gärn die rächti Hand« .

Une idée pour un musée numérique du Fasnacht?

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Initiative pour un musée numérique du Fasnacht basé sur les lanternes, sujets, wagons et costumes

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