Les villes de Paix d’Utrecht, de Rastatt, de Baden et les Catalans

Quel est le point commun entre Utrecht, Rastatt (Bade-Wurtemberg) et Baden (Bade en français, canton d’Argovie) ? Ces villes n’ont pas seulement joué un rôle important dans l’histoire constitutionnelle des Pays-Bas, de la République fédérale d’Allemagne et de la Suisse.

En 1713 et 1714, les traités (bilatéraux) les plus importants mettant fin à la guerre de Succession d’Espagne (1701-1713) ont été signés successivement dans ces villes, suivis par plusieurs traités de finalisation à La Haye, Madrid et Anvers.

La guerre de Succession d’Espagne avait pour enjeu la couronne espagnole (et la domination sur les Pays-Bas méridionaux, les territoires du nord de l’Italie, la Sicile, Naples et les colonies).

Europa vers 1700. Image: Wikipedia (Marco Zanoli)

Charles II (1661-1700), roi d’Espagne et de son empire (colonial et européen), fut le dernier Habsbourg espagnol. Dans son testament, il avait désigné Philippe d’Anjou (1683-1746), petit-fils de Louis XIV (1638-1715), comme son successeur.

Cependant, Léopold Ier (1640-1705), Joseph Ier (1678-1711) et son successeur Charles VI (1685-1740), les empereurs habsbourgeois du Saint-Empire romain germanique à cette époque, revendiquaient également le trône.

L’Angleterre et la République des Provinces-Unies des Pays-Bas en premier lieu (réunie sous le roi Guillaume (William) d’Angleterre et le Stadhouder Guillaume (Willem) III (1650-1702) de la République dans une union personnelle) ne l’acceptaient pas. L’expérience de la politique expansionniste agressive du Roi-Soleil leur donnait toutes les raisons de craindre une domination franco-espagnole.

Godfrey Keller (1646-1723), King William of England/Stadhouder Willem III. Collection National Galleries Scotland. Photo: Wikipedia

La guerre de succession d’Espagne est parfois également appelée Première Guerre mondiale, puisque celle-ci s’est aussi déroulée sur d’autres continents, en raison des colonies, notamment au Canada et en Amérique du Sud. Cet aspect sera laissé de côté ici.

Il convient toutefois de mentionner l’ascension d’une lignée qui allait sauver l’Europe et la civilisation lors de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). John Churchill (1650-1722), duc de Marlborough, fut l’un des commandants d’armée les plus efficaces de la coalition anti-française. En reconnaissance, il reçut le palais de Blenheim, lieu de naissance de Winston Spencer Churchill (1874-1965).

Pieter Schenk (1693-1775), John Churchill, duc de Marlborough, vers 1700, d’après une peinture de Godfrey Keller. Collection du Rijksmuseum Amsterdam (RP-P-1905-254). Image: Wikipedia

Après des années de guerre aux conséquences diverses et plusieurs tentatives de paix infructueuses, les parties étaient prêtes à faire la paix en 1713. Ces conférences devaient se dérouler dans des lieux appropriés et sûrs sur le plan politique, logistique et en termes de statut, de confort et d’hébergement pour la plus haute noblesse et des centaines de diplomates.

Utrecht était (et est) la capitale de la province d’Utrecht, l’une des sept provinces souveraines de la République des Pays-Bas unis (1581) et homonyme de l’Union d’Utrecht (1579), à l’origine de l’Acte van Verlatinghe (Acte de déposition, 1581).

Cette république fut reconnue comme État souverain en 1648 (traité de Münster) et était depuis en état de guerre permanent avec la France et parfois avec la puissance navale anglaise (en tant qu’alliée ad hoc de la France).

Le choix d’Utrecht comme lieu de la première conférence fut principalement déterminé par sa situation géographique, c’est-à-dire facilement accessible aux protagonistes militaires et politiques les plus forts qu’étaient la France, l’Angleterre et l’empereur.

Carte de la République des Sept Pays-Bas unis. Impression tirée de Johann Baptista Homann, Atlas novus Terrarum Orbis Imperia, Regna et Status, Nuremberg, vers 1720. Collection du Rijksmuseum Amsterdam (RP-P-AO-1-51. B). Image: Wikipedia

Le rôle de la République sur le continent, après l’âge d’or et les guerres (navales) épuisantes contre l’Angleterre et la France, avait d’ailleurs été joué. Comme le disait le diplomate français Melchior de Polignac (1661-1741), « nous traiterons de vous, chez vous, et sans vous ».

Quoi qu’il en soit, la France et l’Angleterre concluent le traité d’Utrecht le 11 avril 1713. Il s’agit en fait de plusieurs traités de paix bilatéraux entre la France et l’Angleterre, la France et la République, la France et la Prusse, la France et le Portugal et la France et la Savoie.

Philippe V reste roi d’Espagne, mais sans union personnelle avec la France. La Grande-Bretagne obtient la souveraineté sur Gibraltar et certains territoires français au Canada.

Les Pays-Bas méridionaux, les territoires italiens du nord, la Sardaigne (plus tard échangée contre la Sicile) et Naples restent ou rejoignent l’Autriche.

La Savoie obtient la Sicile, plus tard échangée contre la Sardaigne. La souveraineté portugaise sur le Brésil et l’Uruguay est reconnue, et les Pays-Bas reçoivent des concessions commerciales et des garnisons dans les Pays-Bas méridionaux.

Cependant, l’empereur n’accepte pas ce résultat bilatéral et poursuit la guerre (sans l’Angleterre, la République et d’autres alliés). Il finit par la perdre, ce qui provoque la conférence de paix de Rastatt entre la France et l’Autriche.

Château résidentiel de Rastatt. Jupiter et son paratonnerre, vers la France toute proche.

Depuis 1705, Rastatt était la résidence du margrave (catholique) de Baden-Baden (Bade-Bade) dans son magnifique palais baroque. Cette région constituait un tampon important entre la France et les possessions des Habsbourg en Allemagne, et fut le théâtre de nombreuses violences et souffrances pendant le règne de Louis XIV.

Le marqrave avait traditionnellement des liens familiaux avec les plus hauts cercles européens, et son palais était idéalement situé entre Paris, Vienne et les autres possessions des Habsbourg. De plus, la nouvelle résidence baroque pouvait charmer les Français autant que les Autrichiens habsbourgeois. Le 7 mars 1714, le traité de paix entre l’Autriche et la France y est conclu.

Reconstitution des négociations avec carte au château résidentiel de Rastatt 

Philippe V est  reconnu roi par l’Autriche sous les mêmes conditions que lors du traité d’Utrecht ; l’Autriche conserve ses possessions italiennes et, en outre, l’amnistie des Catalans qui s’étaient rangés du côté des Habsbourg dans le conflit est à l’ordre du jour (!). D’autres questions sont également abordées, notamment les réparations pour les alliés et la restitution des territoires conquis.

L’organisation constitutionnelle du Saint Empire romain germanique pose toutefois problème : l’empereur doit obtenir l’approbation du Reichstag (la diète impériale). C’est la raison pour laquelle la conférence de Baden est organisée.

Baden, ville catholique d’Argovie, était depuis 1415 un territoire sujet (Untertanengebiet) de la Confédération (Eidgenossenschaft), conquis sur les Habsbourg. Jusqu’en 1712, les délégués des cantons de la Confédération se réunissaient à Baden dans le cadre de la diète (Tagsatzung).

En 1712, cependant, Baden se range du côté des cantons catholiques lors de la deuxième guerre de Villmerger (la première avait eu lieu en 1656). Les cantons protestants gagnèrent, Baden perdit et la diète se réunit alors à Frauenfeld (canton de Thurgovie, également un territoire sujet, conquis sur les Habsbourg en 1460).

La ville de Baden fut néanmoins choisie pour la conclusion du traité de paix entre la France et l’Autriche. La raison en était principalement la neutralité de la Confédération, qui avait été reconnue comme un État indépendant composé de 13 cantons souverains lors de la paix de Westphalie en 1648.

Située entre Vienne et Paris, Baden était une station balnéaire et thermale (ancienne) réputée et avait donc été pendant des siècles (c’est-à-dire jusqu’en 1712) le lieu de conférence de la diète et de ses centaines de diplomates venus des cantons et de l’étranger. En outre, elle se trouvait non loin de Soleure, résidence de l’ambassadeur de France auprès de la Confédération.

Bien que les principales décisions aient déjà été prises, et qu’il s’agissait avant tout de finaliser le traité de paix franco-autrichien, une soixantaine de délégations venues de tous les coins du Saint Empire romain germanique et d’Europe, de Savoie, de Venise, de Stockholm, de La Haye, de Madrid, de Berlin (Neuchâtel était un territoire prussien (!) ou de Spire (Speyer), sont présentes à ce congrès diplomatique européen, ainsi que des représentants d’abbés, d’évêques et d’autres dignitaires ayant tous leurs propres intérêts et prétentions.

Il se conclut le 7 septembre 1714 par la paix de Rastatt. L’équilibre des pouvoirs était à nouveau rétabli, jusqu’en 1756. En tout cas, l’ère des guerres de religion et des guerres dynastiques était (presque) terminée au XVIIIème siècle ; à la fin du XVIIIème siècle et au XIXème siècle, d’autres conflits trouveraient de nouveaux prétextes.

(Bron: R. de Bruin, M. Brinkman (Red.), Friedensstätte. Die Verträge von Utrecht, Rastatt und Baden 1713-1714, Petersberg, 2013)

PS: voire aussi l’exposition ‘Die Badische Revolution 1848/49‘ (Wehrgeschichtliche Museum Rastatt)

Révision: Lars Kophal (Neuchâtel), rédacteur et journaliste

Impressionen du Château résidentiel de Rastatt

Baroque

Et Rococo

   

Margrave Ludwig Wilhelm (Türkenlouis, 1655-1707), fondateur du château (1705). Collection château résidentiel de Rastatt 

La Triennale Bad Ragartz

La 9e Triennale suisse de sculpture se tient à Bad Ragaz (canton de Saint-Gall) et à Vaduz (Liechtenstein) du 4 mai au 30 octobre 2024. L’événement présente des œuvres de 88 artistes de 19 pays.

La Triennale Bad Ragartz est l’une des plus grandes expositions d’art en plein air au monde. Pendant six mois, les œuvres sont accessibles gratuitement.

Parallèlement, le Festival des petites sculptures se déroule dans l’Alte Bad Pfäfers. Une nouveauté est le « Laboratoire pour le jeune art », qui offre à des artistes sélectionnés de moins de 30 ans leur première plateforme internationale et une contribution à leur travail.

(Source et plus d’nformations: Triennale Bad Ragartz)

Impressions

Le coeur de la Confédération

La Suisse a célébré sa fête nationale le 1er août. Mais le pays s’est longtemps débattu avec son hymne national, son drapeau et sa Constitution. Après un long processus d’unification qui a débuté au XIIIème siècle, la coopération lâche  entre les cantons est devenue la Confoederatio Helvetica (CH) le 12 septembre 1848.

Mais le drapeau rouge à croix blanche n’a officiellement été reconnu comme symbole national qu’en 1889. L’histoire de l’hymne national est encore plus compliquée et n’est pas terminée. La date de la fête nationale est également contestée aujourd’hui. Le 1er août a été reconnu comme jour national en 1891.

L’occasion était le sept centième anniversaire du serment (mythique et au moins légendaire), le Rütlischwur, des trois premiers Orte (cantons) Schwytz, Uri et Unterwalden sur les rives du lac des Quatre-Cantons (Vierwaldstättersee).

L’ Ägerisee

La chapelle de Morgarten

L’ancienne Confédération

Légende ou mythe, la réalité est qu’en 1315, ces trois Orte ont infligé une défaite tout aussi surprenante que dévastatrice au Duc Léopold de Habsbourg (1290-1326) près de l’Ägerisee, à proximité de la ville de Morgarten (canton de Zoug). Les paysans d’une région montagneuse inhospitalière ont vaincu les chevaliers de leur seigneur.

Le village de Morgarten et ses environs. On ne sait pas exactement où la bataille a eu lieu

Ce scénario s’est répété plusieurs fois en 1386 (Sempach), 1388 (Näfels), 1415 (conquête de l’Argovie), 1460 (conquête de la Thurgovie) et contre le Duc de Bourgogne (1474-1477). Avec une Confédération (Eidgenossenschaft) de dix cantons, la guerre de Souabe s’est conclue par la paix de Bâle en 1499 et la « paix éternelle » avec les Habsbourg.

Le monument de Morgarten

Le fait est que le traité des trois Confédérés de 1291 (confirmé en 1315) était devenu une alliance entre 13 cantons souverains en 1513.

La République helvétique (1798-1803), créée par Napoléon après la conquête de l’ancienne Confédération, a mis fin à cette situation. La nouvelle Confédération (1803-1813), également créée par Napoléon par l’Acte de Méditation, a reconnu les nouveaux cantons de Vaud (francophone) et du Tessin (italophone), ainsi que les langues françaises et italiennes à côté de l’allemande comme langues officielles du pays.

Les autres nouveaux cantons (germanophones) sont Saint-Gall, les Grisons (à l’époque encore largement de langue romanche, avec quatre vallées italophones), la Thurgovie et l’Argovie.

La nouvelle Confédération de 1815, après la défaite de la France, s’est encore élargie pour inclure les cantons francophones de Neuchâtel et de Genève et le canton franco-allemand du Valais/Wallis. Le canton francophone du Jura n’a vu le jour qu’en 1979.

La nouvelle Confédération de 1815, après la défaite de la France, s’est élargie pour inclure les cantons francophones de Neuchâtel et de Genève et le canton franco-allemand de Valais/Wallis. Le canton francophone du Jura n’a vu le jour qu’en 1979.

.

Image: l’Office fédéral de la statistique

Un système politique compliqué et durable

Cette genèse séculaire entre des régions linguistiques et des cantons culturellement, religieusement, politiquement et économiquement si différents est une sorte d’Union européenne avant la lettre. Mais personne n’avait prévu la Confédération de 1848 en 1291, 1440 (la Guerre de Zurich), 1513, 1648 ou même 1798.

Johann Martin Veith (1650-1717),  Allégorie de la foi protestante, 1698. En 1698, six cantons protestants se réunissent à Schaffhouse pour former leur propre Diète. La foi protestante à gauche, à droite la foi catholique. Collection: Musée national Zurich

La Réforme a également divisé l’ancienne Confédération de 13 cantons après 1525. Cantons catholiques contre cantons protestants et discorde religieuse dans les cantons, les villes et les villages. Certains conflits armés – les guerres de Kappel (Kappelerkriege) en 1529 et 1531, les guerres de Villmergen (Villmergerkriege) en 1656 et 1712 et la guerre de Sonderbund en 1847 en ont résulté.

Villmergen (canton d´Argovie), le monument des guerres de Villmergen

Les Troubles des Grisons (die Bünder Wirren, 1619-1639) étaient aussi une guerre (civile) religieuse et une lutte de pouvoir entre les grandes puissances à l’époque (la France, l’Espagne, l’Autriche et Venise) de la guerre de Trente Ans (1618-1648). Toutefois, ces conflits militaires n’étaient rien en comparaison des guerres (civiles) dans d’autres régions jusqu’en 1798.

En fait, l’ancienne Confédération était une oasis de paix et de neutralité au milieu de l’Europe. Les conflits religieux étaient le plus souvent réglés démocratiquement par les citoyens: les églises étaient parfois partagées par les protestants et les catholiques (Simultaneum) et le  canton Appenzell fut même divisé en un canton catholique (Appenzell Rhodes-Intérieures) et un canton protestant (Appenzell Rhodes-Extérieures).

Simultaneum à Sta. Maria (Val Müstair, canton des Grisons)

Il n’y avait pas encore de démocratie au sens actuel du terme, mais dans sept cantons ainsi que dans le pays allié (zugewandter Ort) des Grisons, les citoyens masculins âgés de 14 ou 16 ans décidaient de la politique, de la guerre ou de la paix et de la nomination des postes clés de la Landsgemeinde. Les cantons urbains (Berne, Soleure, Zurich, Schaffhouse, Lucerne, Bâle et Fribourg) disposaient d’une structure oligarchique ou basée sur des guildes, mais là encore, il n’y avait pas de dynastie ni un seul individu dominant.

Les citoyens avaient beaucoup plus leur mot à dire que dans le reste de l’Europe. Mais là encore, les juifs, les femmes et les non-citoyens étaient exclus.

Quelles que soient les divisions entre les cantons, la Confédération a tenu bon grâce au compromis, au pragmatisme, à la recherche du réalisable et du dialogue. Ces siècles de coopération, d’expérience et de politique (internationale) dans les bons et les mauvais temps, ainsi que l’implication et la participation des citoyens dans leur société, caractérisent toujours la Suisse.

Le système de milice dans la politique, l’administration, l’armée et les nombreuses sociétés (Genossenschaften, Gesellschaften), associations et autres organisations, pour la plupart séculaires, en est l’expression.

Même si ces traditions peuvent également favoriser la rigidité, la particularité de la Suisse est précisément de s’adapter et de se moderniser tout en conservant ses traditions. Certes, cela prend parfois du temps, mais on ne jette pas le bébé avec l’eau du bain.

 Un creuset, un miracle d’intégration, le Schwyzertütsch et le patois suisse

La Suisse est aussi un creuset, un vrai « melting pot » depuis des siècles. Beaucoup de nouveaux immigrants possèdent le passeport suisse aujourd’hui. En outre, de nombreux Suisses immigrent ou émigrent dans d’autres cantons, mais plus de 25 % de ses habitants sont encore des immigrés sans passeport suisse

Le plus grand obstacle à l’intégration est peut-être le suisse allemand, le dialecte local qui est la langue de communication. Pour les Suisses francophones ou italophones qui ont appris le Hochdeutsch, il s’agit souvent d’un obstacle, voire d’une frustration, dans la communication ou dans les débats politiques et publiques. Mais jusqu’au XIXème siècle, la Suisse romande était aussi une région de dialectes aussi: les patois de la Suisse!

(Voire aussi Andres Kristol, Histoire linguistique de la Suisse romande, Neuchâtel, 2023).

 L’intégration

Un grand nombre de résidents n’a pas un passeport suisse. Il faut adapter le système, mais le passeport suisse et la citoyenneté se méritent et ne sont pas un droit seulement basé sur 5 ou 10 ans de résidence ou sur le paiement d’impôts. En tant que souverain, le citoyen a un grand pouvoir politique ainsi que des devoirs envers la société aux niveaux communal, cantonal et national. Cela découle également de l’importance séculaire de la citoyenneté d’une commune ou d’un canton.

 Conclusion

L’échelle humaine est (encore) déterminante en Suisse. La structure fédérale et décentralisée du pays, et donc les bureaucraties relativement petites et accessibles au niveau local, la démocratie directe ainsi que l’implication et le respect de (la plupart) des citoyens pour leur environnement sont des facteurs importants. En outre, l’excellent enseignement professionnel et les bons services publics et sociaux jouent un rôle.

Le pays n’est pas un paradis, ni une île, et connaît tous les problèmes des autres pays européens. La Suisse n’a pas de modèle à suivre et ses décisions sont parfois difficiles à comprendre pour l’étranger (le débat actuel sur la neutralité, par exemple). Cependant, sa trajectoire à long terme mérite de l’attention, du respect et de l’appréciation’.

La Suisse n’est peut-être pas le pays le plus heureux au monde, mais la population est au cœur de la société. Le grand historien anglais Edward Gibbon (1737-1794), admirateur de l’ancienne confédération, lui a consacré en 1767 un livre intitulé  Introduction à l’histoire générale de la République des Suisses (Die Freiheit der Schweizer, Zurich 2015).

Il en est toujours ainsi. Et cela se voit dans la célébration discrète, élégante et festive de la fête nationale, le 1er août, avec toujours une touche locale.  Après tout, les cantons et leurs citoyens dans les communes en sont les souverains. La société et les nombreux nouveaux arrivants en profitent dans ce pays et sa nature merveilleuse.

Bâle. le 1er août sur la Mittlere Brücke

Les Innauen de Strada et Scuol

Dans l’Innauen près de Strada (Unterengadin, canton des Grisons), des galets ont été dragués de l’Inn pendant des décennies et des débris ont été déversés dans la rivière. Des barrages ont également été construits.

En conséquence, le cours de la rivière a changé depuis 1950 et la flore et la faune se sont détériorées. À partir des années 1990, les activités industrielles ont cessé et les barrages ont été supprimés. En conséquence, l’Inn retrouve son ancien cours.

En raison des quantités d’eau très variables, d’une rivière sauvage à un ruisseau de montagne tranquille, un paysage avec des berges et des marécages est créé, un paradis pour les mammifères, les insectes, les oiseaux, les amphibiens, la flore.

La nature a eu besoin de deux décennies, mais elle est ensuite partiellement rétablie dans son état antérieur. Dans certains cas, elle est même plus diversifiée que jamais dans cette région.

(Source et plus d’informations: www.wwf.ch)

La langue romanche et le paysage de la Basse-Engadine

Le cours annuel du romanche (en Vallader) a repris le 22 juillet à Scuol (canton des Grisons). La Lia Rumantscha, organisatrice du cours, a dénombré cette année encore 153 participants suisses et étrangers.

La langue romanche suscite un intérêt croissant en Suisse et à l’étranger. La Semaine fédérale de la langue et de la culture romanches (Eivna (Emma) rumantscha) en témoigne.

D’autres localités grisonnes accueillent des cours de romanche (Puter, Surselvan, Surmeiran ou Sutselvan), organisés non seulement par la Lia Rumantscha, mais aussi par d’autres organisations.

Scuol

La sensibilisation à la diversité, au respect des autres langues et cultures et au fonctionnement d’une société multiculturelle est l’un des fondements de la Suisse multilingue et cosmopolite.

Il y a trente ans, le soutien et le développement de la langue et de la culture romanches ne suscitaient que peu d’intérêt (et donc d’argent) au niveau national. La population romanche a également perdu son engagement en raison des nouveaux médias, du tourisme, du manque de possibilités d’emploi et de carrière dans la région et de l’afflux d’entreprises et de projets provenant d’autres régions linguistiques et d’autres pays.

Les jeunes ont quitté la région pour des raisons d’études ou de travail et n’y sont souvent pas revenus. Mais même dans ce groupe, la langue et la culture romanches gagnent rapidement en prestige et en notoriété.

Breil/Brigels (Surselvan): Stai si, defenda romontsch, tiu vegl lungatg (Giacun Hasper Muoth (1844-1906)

Aujourd’hui, les enfants chantent, jouent, étudient et parlent à nouveau le romanche dans les rues, les maisons et les écoles des villages, et c’est (à nouveau) une identité dont les habitants plus âgés peuvent être fiers.

La Lia Rumantscha contribue également à la création d’organisations romanches locales,  principalement en Suisse alémanique, mais aussi en Suisse romande et peut-être en Suisse italienne.

La Lia Rumantscha, en collaboration avec l’Uniun dals Grischs, organise également son cours annuel de romanche (Vallader) à St-Mustair du 7 au 11 octobre.

Le romanche est l’une des plus anciennes langues vivantes d’Europe. Il descend directement du latin (vulgaire) et de ses prédécesseurs raethiens.

De plus, il s’agit d’une belle langue belle et mélodieuse qui s’intègre parfaitement dans le paysage musical et culturel de la région et dans sa beauté naturelle.

(Source et plus d’informations: www.liarumantscha.ch)

Le Corbusier, le Mundaneum et la Suisse

La carrière du célèbre architecte suisse a puisé son fondement dans sa formation à l’académie des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds. Charles-Édouard Jeanneret, né le 6 octobre 1887 à La Chaux-de-Fonds (canton de Neuchâtel), adopta le pseudonyme de Le Corbusier en 1920.

Après une carrière d’architecte, d’urbaniste, de peintre, de créateur de meubles, de sculpteur et de théoricien (il a également écrit de nombreux articles et ouvrages sur l’art en général et sur la peinture et l’architecture en particulier), il est décédé le 27 août 1965 en tant que citoyen français (il avait acquis la nationalité française en 1930).

Dès 1906/1907, Le Corbusier construisit sa première villa dans le cadre d’un projet commun d’étudiants à l’école d’art (la villa Fallet). Ce fut un an avant d’entreprendre son voyage à l’Est, en Autriche, en Italie, en France, en Hongrie et en Allemagne (1906-1912).

Sept bâtiments emblématiques signés Le Corbusier en Suisse.  Pavillon Le Corbusier à Zurich.

On se situe en pleine apogée de la Sécession viennoise, de la Wiener Werkstätte et de l’Art nouveau. Visitant l’Allemagne, il ne manqua pas de faire la connaissance de Walter Gropius (1883-1969), Mies van der Rohe (1886-1969) et Peter Behrens (1868-1940), qui devaient bouleverser l’architecture (Bauhaus) dans les décennies qui suivirent.

En février 1912, il ouvrit son premier bureau à La Chaux-de-Fonds, période où il construisit la Maison Blanche, ainsi que la villa Favre-Jacot au Locle. En 1917, il conçut la villa Turque, véritable point de départ de sa conception de l’architecture moderne.

La Chaux-de-Fonds, Villa Turque, 1917

Après cette réalisation, Le Corbusier s’installa à Paris, peignant le matin et travaillant comme architecte l’après-midi ; il publia également de nombreux articles traitant de l’art.

À Paris, il se familiarisa avec le mouvement de l’art et de l’architecture moderne et avec les nouveaux matériaux de construction, en particulier l’utilisation du béton armé. En 1908, au retour de sa tournée, il imagina deux nouvelles villas à La Chaux-de-Fonds, la villa Stotzer et la villa Jaquemet.

Le Corbusier réalisa de nombreux bâtiments publics et privés en France et dans le monde francophone, mais il connut aussi des déceptions.

Ses projets (1927-1929 : l’époque de l’optimisme et de la Ligue des Nations, l’ancêtre de l’ONU) de cité mondiale et d’un musée international du monde, le Mundaneum, n’ont jamais été réalisés.

Corseaux, Villa « Le Lac » Le Corbusier, 1923

En Suisse, deux bâtiments du Corbusier sont désormais célèbres : la Villa Le Lac à Corseaux (1923) et l’appartement Clarté à Genève (1932).

Le Corbusier a introduit des conceptions novatrices et des doctrines révolutionnaires dans les méthodes de construction et les concepts architecturaux. Il est toujours considéré comme l’un des plus grands architectes et designers du XXème siècle.

Le Pavillon Le Corbusier à Zurich et la Maison Blanche à La Chaux-de-Fonds (www.maisonblanche.ch) témoignent de sa vie et de son œuvre.

(Source: C. Courtiau, Le Corbusier. Education and Training, Projects and Constructions in Switzerland, Berne 2012)

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

La Chapelle Notre Dame-du-Haut in Ronchamp (Alsace), 1953

Porrentruy, l’évêque et le canton du Jura

Porrentruy (Pruntrut en allemand, canton du Jura) était déjà un point de passage important entre l’Alsace, le Jura et Bâle à l’époque romaine (15 av. J.-C. – 410 ap. J.-C.). Bien qu’aucune découverte archéologique de cette époque ne soit connue, il existait une voie romaine à cet endroit.

Le Doubs était également une voie d’eau (romaine) importante reliant Mandeure (Epamanduodurum) à Porrentruy. Mais la plus ancienne construction de Porrentruy est l’église Saint-Germain (vers 1050).

L’église Saint-Germain (vers 1050), la plus ancienne construction de Porrentruy, a été commandée par l’abbaye de Moutier-Grandval.

Porrentruy fut longtemps le siège de l’évêque de Bâle après qu’il eut quitté son palais épiscopal de Bâle en 1528 suite à la Réforme. Le grand complexe épiscopal sur la colline en est encore aujourd’hui le témoin. Et le drapeau du canton du Jura contient toujours la crosse épiscopale rouge qui rappelle l’ancien évêché de Bâle. Porrentruy a été le siège de l’évêque de Bâle jusqu’en 1792.

Porrentruy est devenue en 1528 la capitale de l’un des plus puissants au nord des Alpes. C’est ce qui définit encore aujourd’hui le paysage urbain. L’évêché avait acquis de l’abbaye de Moutier-Grandval, en 999, le territoire de l’actuel canton du Jura, et depuis lors, Porrentruy est aussi leur ville.

L’évêque, également prince du Saint-Empire romain germanique, d’où le titre officiel de prince-évêque, résida à Porrentruy jusqu’à l’invasion française en 1792.

La tour de Coq avec la crosse épiscopale rouge et le coq de la famille Blarer de Wartensee

Les troupes révolutionnaires françaises envahirent la région en 1792 et fondèrent la République rauracienne qui ne dura que quelques mois, puis disparut en 1793. La France annexa alors une partie du territoire du nord de l’évêché de Bâle et forma le département du Mont-Terrible.

Après l’annexion par la France de la partie restante de l’Évêché de Bâle en 1797, la région de l’ensemble de l’Évêché fut intégrée en 1800 au département du Haut-Rhin, lequel absorba entièrement le département du Mont-Terrible.

La Résidence (de l’évêque) à  gauche et la Chancellerie (XVIIIème siècle). Dans son intérieur se trouvent les portraits des évêques de 1528 à 1792. En face se trouve le Pavillon (XVIIIème siècle) de la Princesse Christine (de Saxe). Elle fut abbesse de l’abbaye de Remiremont en France et séjourna quelque temps à Porrentruy. En outre, la Tour du Trésor et la Maison de Luppach. Ci-dessous : les jardins du complexe.

Après l’annexion par la France de la partie restante de la principauté épiscopale de Bâle en 1797, la région de l’ensemble de la principauté fut intégrée en 1800 au département du Haut-Rhin, lequel absorba entièrement le département du Mont-Terrible.

Après la défaite de Napoléon à Waterloo en 1815, la majeure partie de l’ancienne principauté de Bâle, y compris Porrentruy, fut rattachée au canton de Berne, selon décision prise par les grandes puissances européennes lors du Congrès de Vienne. Depuis 1979, la ville de Porrentruy fait partie du canton du Jura.

 

Église Saint-Pierre (1333, puis rénovée à plusieurs reprises, comme en témoignent les éléments centraux et les fresques de style roman et gothique)

L’évêque ne revint jamais à Porrentruy après 1792. Par ailleurs, les chanoines du chapitre de la cathédrale de Bâle s’étaient établis en 1678 (avant à Freiburg i. Breisgau) à Arlesheim (canton de Bâle-Campagne depuis 1833, anciennement canton de Bâle), près du canton catholique de Soleure.

La ville d’Arlesheim leur doit, notamment, la cathédrale et les maisons des chanoines. Depuis 1828, la résidence de l’évêque du diocèse de Bâle se trouve à Soleure. Il s’agit là, en bref, d’un pan de l’histoire religieuse complexe de la Suisse.

Hôtel-Dieu (1675), aujourd’hui le musée historique 

La grandeur et la présence de l’évêque sont encore visibles à Porrentruy, notamment sur les monuments, au Musée de l’Hôtel-Dieu et dans l’ancienne glacière du XVIIIème siècle, endroit où l’on entreposait des blocs de glace pour conserver les aliments et rafraîchir les boissons servis à l’évêque et à son entourage, sur le château de la ville.

Ses rues – médiévales – et son centre bien conservé, l’omniprésence de l’industrie horlogère, entre autres, la Fondation Horlogère, qui a pour mission la promotion et la sauvegarde du patrimoine horloger jurassien, et la proximité de la chaîne du Jura confèrent à cette ville un attrait particulier.

Et pour celles et ceux qui s’intéressent aux changements climatiques : la ville était située sur une mer subtropicale il y a environ 20 millions d’années. Plus en arrière dans le temps, il y a environ 150 millions d’années, des dinosaures parcouraient le Jura. Il y a environ 20 000 ans, La région se trouvait sous une couche de glace, caractéristique d’un climat polaire.

Le château

Les origines du château remontent au XIIIème siècle. De 1528 à 1792, il a été agrandi et rénové par les évêques. En raison d’incendies, de dégradations et de démolitions après 1792, le complexe actuel est beaucoup plus petit, mais reste imposant.

Reconstruction du complexe, 1650. Source: Château de Porrentruy

Une collection unique de projectiles de catapultes médiévales.

La tour Réfous (1270) et, à côté, le Corps du Garde. À cette époque, l’évêque de Bâle (avec siège à Bâle) et les comtes de Férrette et de Montbéliard se disputent le pouvoir à Porrentruy et en Ajoie.

Plafond de la chapelle de Roggenbach, nommée d’après le prince-évêque Jean Conrad de Roggenbach (1618-1693)

Jurassica

Jules Thurmann (1804-1855), le fondateur

Le Musée Jurassica

Jurassica est un nom collectif pour un musée, un jardin botanique et une coopération universitaire pour les géosciences. Le jardin est le deuxième plus ancien jardin botanique de Suisse après celui de Bâle. Jurassica présente en particulier la flore de la région du Jura.

(Source: J.-C. Rebetez, D. Bregnard (Ed.), De la Crosse à la Croix. L’ancien Évêché de Bâle devient suisse (Congrès de Vienne-1815), Neuchâtel, 2002).

Impressions de Porrentruy

Rue des Capucins

La Porte de France (14e siècle). Des quatre portes de la cité, seule reste la Porte de France, avec la crosse épiscopale rouge et le coq de Blarer de Wartensee

Fontaines (XVIème siècle)

L’Hôtel de Ville (1764) et son sanglier

 

Le quartier de la Belle Epoque, construit à l’apogée de la ville après l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne en 1871. La ville prospère et se construisent de grandes demeures bourgeoises. Ci-dessous le site de l’ancienne synagogue de ce quartier

Le Couvent d’Urselines

Hôtel des Halles (1766)

Hôtel de Gleresse (1750). Les archives de l’ancien évêché de Bâle se trouvent ici

Grand Rue

Jacques-Christophe Blarer de Wartensee. Source: Château de Porrentruy

Ancienne résidence de Joseph de Billieux (1717-1783), baron von Ehrenfeld, depuis 1965 cure catholique.

Les anciens remparts

Temple réformé 

Impressions de Porrentruy

La Vierge à l’Enfant (1689) ou Vierge Sous-les-Portes ou Vierge Entre-les Portes, en raison de son ancien emplacement sur la porte Saint-Germain démolie, qui se trouvait entre les portes de la Tuilerie et de la Buissère.

Prix Wakker, Association Birsstadt et sensibilisation à la nature et au climat

Patrimoine suisse (Heimatschutz) a décerné le Prix Wakker 2024 à l’association (Verein) Birsstadt. Cette association, qui regroupe les communes d’Aesch, Arlesheim, Birsfelden, Duggingen, Grellingen, Muttenz, Münchenstein, Pfeffingen et Reinach (canton de Bâle-Campagne) ainsi que la commune de Dornach (canton de Soleure), montre que les défis des agglomérations peuvent être mieux résolus par une collaboration transcommunale et transcantonale.

Au sein de l’association, des stratégies d’ordre supérieur dans les domaines du paysage, de l’urbanisation, de la mobilité et de l’adaptation au climat sont négociées, élaborées et présentées ensemble à l’extérieur. Sous son égide, le passé industriel est développé, le patrimoine architectural enrichi et l’espace naturel renforcé.

La remise du prix le 22 juin à Arlesheim par le président du Conseil national Eric Nussbaumer

La Birse et la Nepomukbrücke à Dornach

La Birse à Birsfelden

Birsfelden, le dernier pont avant l’embouchure dans le Rhin

La vallée de la Birse s’est développée pour devenir une partie importante de l’espace métropolitain de Bâle. Depuis l’an 2000, les communes sont arrivées à la conclusion que des changements positifs ne pouvaient être apportés qu’ensemble, unies au sein de l’agglomération.

Schänzli à Muttenz

La Mühlematt et Münchenstein

 

Des projets pionniers entre plusieurs communes, comme le « Birspark Landschaft », ont mis en évidence le potentiel d’une collaboration renforcée. La création de l’association Birsstadt en 2018 a créé un cadre solide pour la coordination du développement territorial.

 La Reinacherheide et le Widenacker

La Reinacherheide est, avec le Widenacker, une oasis naturelle au bord de la Birse. Plus de 600 espèces végétales et d’innombrables espèces animales y vivent. Autrefois, la région était marquée par des inondations et l’alternance d’habitats humides et secs.

Après la correction de la Birse au XIXème siècle, le niveau de la nappe phréatique a baissé de plusieurs mètres et un paysage sec est apparu à côté d’un paysage alluvial humide le long de la Birse.

Grâce à la création d’une zone de protection des eaux souterraines et potables (1932) et d’une réserve naturelle (1974), le Widenacker et le paysage alluvial ont pu se développer avec une flore et une faune précieuses dans la zone d’habitation en constante expansion : avec des prairies maigres riches en orchidées, de nombreuses herbes sauvages rares des champs, des surfaces de gravier et de culture variées, des buissons secs riches en épines ainsi que des buissons humides frais et des forêts alluviales.

Le Forum Würth Arlesheim se trouve le long de la Birse et l’exposition actuelle Waldeslust peut être vue « en direct » quelques mètres plus loin dans la Reinacherheide.

 Le castor et la cohabitation

Le ruisseau du village (Dorfbach) fait partie du territoire d’une famille de castors. Les castors construisent de petits barrages et retiennent ainsi le cours d’eau. La nappe phréatique de cette zone de protection de l’eau potable ne doit toutefois pas être polluée par les inondations du ruisseau et, de toute façon, aucune construction n’y est autorisée. Le castor est cependant un animal protégé.

L’installation de tuyaux le long du ruisseau permet de remédier à ce conflit. Ils évacuent l’eau excédentaire, le niveau d’eau peut être réglé à un certain niveau, et le castor peut en même temps continuer à construire des barrages.

Swiss Ranger Yannick Bucher

Primeo Energie Kosmos

Comme partout dans le pays, une grande attention est accordée aux relations entre l’homme, la nature et le climat aux niveaux local, régional et national. Les initiatives d’entreprises et de citoyens jouent un rôle important à cet égard, notamment le long de la Birse.

L’entreprise énergétique Primeo Energie a permis par exemple la création du Primeo Energie Kosmos, un centre de découverte et de science sur le climat et l’énergie.

Conclusion

L’attribution du Prix Wakker souligne particulièrement le concept de cohabitation entre l’homme et la nature. Au niveau micro, la Reinacherheide illustre la cohabitation entre l’animal, en l’occurrence le castor, et l’homme.

Le projet Primeo Energie Kosmos le long de la Birse est l’un des nombreux exemples de l’engagement et de la participation active des citoyens et des entreprises.

La Birse, le castor, le loup, le Rhône, le Rhin, les avalanches (de pierres), les éboulements, les tremblements de terre, le va-et-vient des mers, les glaciers et le changement climatique n’ont rien de nouveau sur cette planète.

Mais l’homme est un retardataire qui a pris le dessus, surtout depuis 1800, avec une population multipliée par vingt, des zones d’habitation gigantesques et la colonisation et l’exploitation de régions inhabitées il y a encore 200 ans.

La nature fait ce qu’elle a toujours fait, et la flore et la faune s’adaptent, c’est ce qu’on appelle l’évolution, à commencer par les virus, les bactéries et les microbes. La Suisse devra peut-être elle aussi rendre des vallées et des lits de rivière à la nature, tout comme aux Pays-Bas les polders redeviennent (doivent redevenir) des zones humides.

Quoi qu’il en soit, la réserve naturelle, relativement petite, de Reinacherheide et d’autres projets le long de la Birse montrent une fois de plus le grand engagement pour la nature et le climat en Suisse.

(Source et plus d’informations: Schweizer Heimatschutz)

Les monastères, les bâtiments et l’histoire de Stans

Stans, chef-lieu du canton de Nidwald, est-il un village, une bourgade (Flecken) ou une ville ? Comme les autres chefs-lieux de cantons de la Suisse primitive (et les deux Appenzell), Stans a l’apparence d’une ville. Des bâtiments monumentaux, des églises colossales, de grands complexes monastiques et d’autres bâtiments (publics) caractérisent le paysage des rues.

St. Peter und Paul (1647) est une église de style baroque précoce avec un clocher roman (XIIème siècle) sur la place.

Cette question est aussi compliquée que la naissance des cantons d’Obwald et de Nidwald, également appelés ensemble Unterwald, au Moyen Âge. Quoi qu’il en soit, le nom d’Unterwald a été le premier à être mentionné dans un document. Le roi Rodolphe de Habsbourg (1218-1291) a acquis cette région en 1291 auprès des monastères de Murbach, Engelberg et Beromünster.

La Beinhaus à côté de St. Peter und Paul

Après 1330 et la formation de la première Confédération, deux Orte ont vu le jour dans l’Unterwald : Obwald avec Sarnen comme chef-lieu et Nidwald avec Stans comme centre régional.

Pendant longtemps, Obwald et Nidwald n’avaient chacun qu’une voix partagée à la Diète fédérale (deux tiers pour Obwald et un tiers pour Nidwald), puis une voix tournante jusqu’en 1798. L’identité croissante et les intérêts divergents des deux cantons ont parfois conduit à des désaccords.

Stans au XVIIème siècle. Peinture anonyme dans l’église du couvent de Sainte-Claire.

Pendant la République helvétique (1798-1803), le canton d’Unterwald est réapparu brièvement. Stans en était la capitale. De 1803 à 1999, les demi-cantons d’Obwald et de Nidwald avaient chacun une voix au Conseil des États (tout comme les deux cantons de Bâle et les deux cantons d’Appenzell).

Depuis la modification constitutionnelle de 1999 (en vigueur depuis le 1er janvier 2000), les demi-cantons sont formellement des cantons, mais ont toujours une voix au Conseil des États.

Mais pourquoi Stans n’est-il pas formellement une ville, alors que Fürstenau (canton des Grisons), par exemple, est une ville ? Stans avait certes d’autres privilèges importants d’une ville, comme le droit de marché et la juridiction. Toutefois, Stans n’avait pas de mur d’enceinte au Moyen Âge et n’était donc pas une ville selon le droit médiéval. En raison d’autres privilèges, elle n’est pas non plus un village, mais ce qu’on appelle une « Flecken ».

Stans

Ces définitions juridiques n’enlèvent rien à l’importance de ces ‚Flecken‘ et du chef-lieu de Nidwald (et d’Obwald) dans le développement de la Confédération, à commencer par 1291 (Grütli), 1309 (juridiction indépendante) et 1315 (Morgarten et renouvellement de l’alliance des trois Orte).

Des bâtiments monumentaux (religieux) et des traités importants confèrent à Stans l’attrait d’une capitale. Le Convenant de Stans du 22 décembre 1481 a constitué une nouvelle étape dans le développement de la Confédération.

Le monument Winkelried, les palais baroques de la ville, l’hôtel de ville, le château de Rosenburg (XIIIe siècle), l’ancien et le nouveau arsenal, la maison Winkelried (XIVe siècle), l’ancien couvent des capucins (1583) et l’ancien couvent des femmes de Sainte-Claire (1618) complètent l’image urbanistique de ce coin de pays.

(Source et plus d’informations: Gemeinde Stans)

Révision: Lars Kophal (Neuchâtel), rédacteur et journaliste 

L’ancien couvent des Capucins (Culinarium Alpinum)

L’ancien couvent St Klara (Kapuzinerinnenkloster)

Retable, XVIIème siècle

Les reliques 

Saint Prostor (ci-dessus) et en linceul dans une projection alternative !

Peinture du XVIIème siècle (anonyme) dans une salle de réception, à gauche le roi de France, à droite (probablement) les soldats Ursus, Victor et Maurice, au milieu des saints et autres personnalités religieuses.

Les palais baroques, leurs intérieurs et leurs jardins

A gauche la Rathaus 

Le Château de Rosenburg/Höfli (XIIIème siècle)

Impressions de Stans

Impressions de Stans

Monument de Winkelried (Winkelriedmonument/Winkelriedbrunnen)

La Maison de Winkelried (Winkelriedhaus, Nidwalder Museum)

Das alte Zeughaus

Das neue Zeughaus

  

Bâtiment Art nouveau, vers 1905

Bâtiment du gouvernement cantonal