La Tour Blanche et Mulgens pour un Oscar?

Le Surses, dans le canton des Grisons, est une vallée où l’histoire s’est inscrite dans les maisons, les façades et les espaces. La vallée se trouve sur une très ancienne route de col. Aujourd’hui encore, ceux qui la parcourent voyagent sur les traces des Rhètes et des Romains (on parle encore romanche!). Et comme autrefois, voyager signifiait aussi faire halte : les demeures historiques qui bordent la route invitent à s’arrêter, à savourer un bon repas et à prendre un peu de temps.

Ce sont les maisons, les façades et les espaces du Surses qui racontent le mieux son histoire

Des hôteliers de Savognin partis jusqu’à Venise aux pâtissiers-confiseurs qui ont cherché  fortune à Paris et à Bordeaux, en passant par les fermes historiques de Mulegns jusqu’à la visionnaire Tour Blanche : différentes visites guidées ouvrent les portes d’une culture architecturale dont le rayonnement dépasse largement la vallée.

Le Sängersaal, le Café Carisch et l’Ustareia Taratsch à Riom

 La collaboration créative avec l’EPF de  Zurich se poursuit également à Riom et à Savognin. Les étudiants en architecture du Studio Cifuentes explorent l’utilisation des matériaux locaux et présentent leurs esquisses et leurs idées dans le Sängersaal à Riom, la grande grange située sur la place de l’école.

À Riom, le Café Carisch exhale comme un air de Paris : gâteaux et café invitent à s’attarder agréablement. L’Ustareia Taratsch propose une cuisine simple et de saison, élaborée à partir de produits de la région.

Savognin

 Grand Hotel Venezia à Savognin

C’est depuis une modeste auberge de Savognin que la famille d’hôteliers Pianta est partie à la conquête du vaste monde. Tandis qu’Anton Pianta dirigeait d’élégants hôtels à Milan et Trieste, son frère Alfonso Pianta fit du Grand Hotel Venezia, sur le Grand Canal, le lieu de rencontre de la société internationale par excellence.

Dans l’ancienne maison familiale de Savognin, cette histoire est toujours bien vivante : miroirs de cristal, lustres de Murano et salons vénitiens témoignent d’une époque où les hôteliers grisons conquéraient les grands hôtels d’Europe.

Une visite de l’Hotel Pianta permet de découvrir l’histoire d’une famille audacieuse, entre patrie montagnarde et cité de la lagune. Au Café Venezia de l’Hotel Pianta à Savognin, prendre un café dans le salon vénitien devient une petite escapade dans la cité des Doges.

 Mulegns

Mulegns, dont le paysage villageois revêt une importance nationale, avec notamment la Villa Blanche et l’Hotel Löwe, réunit dans un espace restreint une extraordinaire diversité de formes de l’architecture alpine.

La visite suit les traces du village, des fermes traditionnelles aux villas des pâtissiers-confiseurs, en passant par les grands édifices hôteliers et les histoires de celles et ceux qui ont façonné Mulegns et continuent de le faire aujourd’hui.

Au restaurant de l’Hotel Löwe à Mulegns, le voyage se poursuit à travers la gastronomie : la cuisine associe les influences méditerranéennes à l’esprit français de la Belle Époque, rappelant ainsi les hôtes internationaux qui franchissaient autrefois les cols alpins.

 Tor Alva ou la Tour Blanche à Mulegns

Jusqu’à la mi-octobre, il est encore possible de découvrir l’architecture délicate de la Tour Blanche dans sa forme ouverte. Ensuite, la tour revêtira à nouveau son habit d’hiver. Cette « architecture des pâtissiers-confiseurs » commence à rayonner dès la tombée du jour. L’édifice se transforme alors en lanterne le long de l’ancienne route du col.

La Tour Blanche et Mulgens pour un Oscar?

Peu avant sa métamorphose hivernale, la Tour Blanche redevient également la protagoniste principale d’une nouvelle production télévisée. Le documentaire « Der Weiße Turm von Mulegns. Wie Kultur ein Dorf rettet. », réalisé pour l’ORF par Carina Jielg, accompagne la création du plus haut bâtiment au monde effectué par impression numérique.

Il retrace également l’histoire du village et s’interroge sur la capacité de la culture à redonner vie à un lieu. Diffusion le samedi 10 octobre 2026 à 16 h 20 sur ORF 2, dans l’émission « Unterwegs beim Nachbarn ».

(Source et plus d’informations: Nova Fundaziun Origen)

Les terres d’origine des Habsbourg dans une perspective européenne

C’est ce qui est arrivé à un habitant de Habsbourg (Habsburg, canton d’Argovie). Lorsqu’il a réservé une chambre dans un hôtel en Autriche en indiquant comme lieu de résidence « Habsburg », on lui a répondu avec incrédulité. Habsburg en Suisse ? Mais Habsburg, c’est une dynastie autrichienne et un nom autrichien!

Dans d’autres pays voisins de la Suisse également, Habsburg n’est pas immédiatement associé à la Suisse, et encore moins au village et au château. Si les racines historiques de la dynastie des Habsbourg remontent certes aussi à l’Alsace, puis au Brisgau, dans le Bade (Allemagne), c’est toutefois le château de Habsbourg, qui a donné son nom au village de Habsbourg, qui est le berceau de la plus puissante dynastie d’Europe, celle sur laquelle « le soleil ne se couche jamais » et le canton d’Argovie fut, jusqu’en 1415, le centre de cette dynastie.

Maximilian II von Habsburg (1527-1576) et Rudolf II von Habsburg (1552-1612). Image: Château de Habsbourg

Le premier roi romain-allemand de la dynastie des Habsbourg fut Rodolphe Ier. (1281-1291). Il choisit d’abord Bâle comme résidence principale, mais pour diverses raisons, cela ne se concrétisa pas. En 1281, un magnifique caveau funéraire orné de blasons a été réalisé dans la cathédrale de Bâle pour la reine Anne et son fils Charles.

Bien que les dépouilles des défunts aient été transférées à Saint-Blasien en 1770, puis à Saint-Paul-im-Lavanttal (Carinthie, Autriche) en 1809, ce tombeau témoigne de l’intérêt des Habsbourg pour Bâle.

Le dernier empereur Charles I et son épouse Zita. Image: exposition itinérante au château de Habsbourg

L’association Terres d’origine des Habsbourg

L’association « Terres d’origine des Habsbourg » (Stammlande der Habsburger) a été fondée le 23 octobre 2024 au château de Habsbourg et est soutenue par les membres suivants : Baden, Bremgarten, Brugg, l’abbaye de Muri, Laufenburg, Rheinfelden, le Musée d’Argovie et ses six sites (le château de Habsbourg, le monastère de Königsfelden, le château de Hallwyl, le château de Wildegg, l’abbaye de Wettingen et le château de Lenzbourg) ainsi que par Aargau Tourismus.

Ils témoignent tous de l’Argovie comme le berceau et la terre d’origine de cette famille qui allait devenir si influente, qui partit d’ici pour conquérir le monde et qui marqua l’histoire mondiale pendant près d’un demi-millénaire.

Image: exposition itinérante au château de Habsbourg

L’objectif de l’association

Le projet a été présenté au public le 17 septembre au château de Habsburg. L’association s’est fixé pour objectif de rendre accessible au grand public, en Suisse et dans d’autres pays européens, le patrimoine culturel immatériel et matériel ainsi que l’histoire de cette dynastie.

Le 17 septembre 2026, la présentation du projet ‘Stammlande der Habsburger’

Il cherche notamment à établir une collaboration avec des organisations locales en Alsace et dans certaines régions du Bade (Allemagne). Pour leur premier projet, l’association et ses partenaires organisent une exposition itinérante sur les origines de cette dynastie, en partant du château de Habsbourg.

L’avant-dernier empereur, François-Joseph II, et la plus célèbre des Habsbourg, son épouse Sissi. Image: exposition itinérante au château de Habsbourg

Le canton d’Argovie

L’association est l’organisme responsable des 12 sites du canton d’Argovie  étroitement liés à l’histoire ancienne de la dynastie mondiale des Habsbourg. Elle présente au grand public les témoignages argoviens qui remontent aux débuts de la dynastie des Habsbourg (entre 950 et 1415) en tant que sites touristiques culturels. Elle renforce ainsi leur visibilité aussi bien en Argovie qu’à l’échelle nationale ou internationale.

Image: exposition itinérante au château de Habsbourg

Outre l’héritage matériel des Habsbourg en Argovie, l’association montre que leur histoire repose également sur un patrimoine immatériel : l’histoire d’une famille noble suisse transmise oralement de génération en génération. C’est sur cette histoire que s’est notamment construit le mythe particulier des Habsbourg.

Deux descendants de la maison de Habsbourg-Lorraine, le 17 septembre 2026 au château de Habsbourg

Les Habsbourg en Suisse

L’histoire des Habsbourg en Suisse ne s’achève pas avec l’intégration du Fricktal dans le canton d’Argovie et de Tarasp (canton des Grisons) en 1803. Le transfert de Rhäzuns au canton des Grisons en 1819 n’a pas non plus marqué la fin de la saga des Habsbourg en Suisse.

En effet, Eugen von Habsburg (1863-1954) vécut à Bâle de 1919 à 1934 et Zita von Habsburg (1892-1989) à Zizers (canton des Grisons) de 1960 à 1989. Les cœurs du dernier empereur, Charles Ier (1887-1922), et de son épouse Zita reposent dans l’abbaye de Muri, fondée en 1027 par le comte Radbot de Habsbourg et son épouse Ita de Lorraine.

Le comte Radbot de Habsbourg. Image: exposition itinérante au château de Habsbourg

(Source et plus d’informations: Stammlande der Habsburger)

La huitième Journée du plurilinguisme à Berne

À l’occasion de la huitième Journée du plurilinguisme, le 24 septembre, cinq vidéos donnent la parole à des parlementaires des quatre régions linguistiques, invité∙e∙s à répondre à des questions sur les langues nationales et le plurilinguisme suisse.

 Que retenons-nous de notre premier contact avec une autre langue nationale ? Quel a été notre premier livre de cours pour apprendre une langue étrangère ? Quels mots, quelles phrases ou quelles situations sont restés gravés dans notre mémoire ? Et comment jure-t-on dans les différentes langues de Suisse ?

Voici quelques-unes des questions au coeur de « La Suisse répond », une série de cinq courtes vidéos tournées au Palais fédéral à l’occasion de la huitième Journée du plurilinguisme, célébrée le 24 septembre.

Dans la Salle des pas perdus, des parlementaires issu∙e∙s des quatre régions linguistiques ont évoqué leur rapport aux langues nationales, en répondant à des questions allant de leurs souvenirs scolaires aux aspects les plus informels et les plus insolites de la réalité linguistique de la Suisse.

Ce projet vise à mettre en lumière la diversité culturelle et linguistique de la Suisse à travers des témoignages personnels, en soulignant le lien entre les langues et les expériences, les souvenirs et le quotidien de chacun∙e, afin de restituer la dimension affective des langues. Cette mini-série alterne des moments plus sérieux et plus réfléchis avec d’autres nettement plus légers, pour laisser place à l’humour et à la spontanéité.

(Source et plus d’informations: Forum Helveticum)

Le Concilium totius Galliae, Lugdunum, Augusta Raurica, Aventicum et Helvetia

Auguste (63 av. J.-C. – 14 apr. J.-C.) s’imposa progressivement comme le principal dirigeant de Rome à l’issue des guerres civiles qui déchirèrent la République romaine. Cependant, conscient de l’attachement des Romains à leurs institutions républicaines et de leur méfiance à l’égard de la monarchie, il évita de se présenter comme un roi et il se fit appeler, à partir de 27 av. J.-C., Princeps.

Cela voulait dire « premier parmi ses pairs » ou « premier citoyen ». Ce n’était pourtant pas n’importe qui, puisqu’il était le fils adoptif de Jules César (100-44 av. J.-C.). Né sous le nom de Gaius Octavius, il se fit appeler Gaius Jules César après son adoption.

Reconstruction. Collection: Lugdunum-Musée et théâtres romains

Le culte de l’empereur

En réalité, il instaura bel et bien une autocratie, c’est-à-dire une monarchie. La résistance au sein de l’élite de la Rome antique était cependant forte et, dans les nouveaux territoires conquis également, la propagande, les perspectives de carrière, la paix et la prospérité devaient justifier et maintenir sa monarchie. Le culte impérial constitua l’un des principaux instruments de cette intégration au monde romain.

L’imperator César Auguste et les membres de sa famille jouissaient d’un statut quasi divin. Ce statut se concrétisait par des statues placées aux côtés des divinités et même par la construction de temples qui leur étaient consacrés. Il se manifestait tout particulièrement lors des nombreuses fêtes et célébrations religieuses organisées en l’honneur de l’empereur et de sa famille.

Rome était une société profondément religieuse. Les prêtres ou magistrats de l’Ordo Decurionum (l’élite des administrateurs et des prêtres) dirigeaient le culte de l’empereur au niveau local. Le culte de l’empereur constituait également une institution importante de propagande et d’autoreprésentation dans les territoires celtiques conquis, situés sur les territoires actuels de la France et de la Suisse.

Une Carte des Tres Gallae. Collection: Lugdunum-Musée et théâtres romains

Le Concilium totius Galliae

Lugdunum (l’actuelle Lyon) était, pour les tribus celtiques des provinces de la Gaule lugdunensis, de la Gaule belgique et de la Gaule aquitaine, le lieu de la réunion annuelle du Concilium totius Galliae, ou Concilium Galliarum, le Conseil des tribus gauloises. Des délégations de 60 villes gauloises se rassemblaient à cette occasion, y compris celles provenant des territoires des Helvètes (dont la capitale était Aventicum, l’actuelle Avenches) et des Rauraciens (dont la capitale était Augusta Raurica, l’actuelle Augst/Kaiseraugst).

Lugdunum était la capitale provinciale de la Provincia Gallia Lugdunensis. La Gallia Narbonensis (avec Genava/Genève) n’en faisait pas partie. Le fondateur de Lugdunum en 43 av. J.-C. était Lucius Munatius Plancus (87-15 av. J.-C.), qui avait déjà fondé la Colonia Augusta Raurica en 44 av. J.-C  et peut-être la Colonia Iulia Equestris, Nyon!  Il n’était donc pas le fondateur de Basilia, un petit village celtique.

Maquette du mausolée de Lucius Munatius Plancus à Gaéte.Collection: Lugdunum-Musée et théâtres romains

La réunion annuelle avait lieu au sanctuaire des Trois Galliae, sur la colline de la Croix-Rousse. Ce Conseil avait des fonctions politiques et religieuses. Il s’inscrivait dans le cadre du culte impérial, délibérait et discutait des questions gauloises, entretenait une correspondance avec Rome (c’est-à-dire le Sénat et l’empereur), examinait les questions fiscales et de nombreuses autres affaires. Au cours de cette réunion, les délégués élisaient également un prêtre chargé de présider la cérémonie religieuse au sanctuaire.

Jean-Claude Golvin, dans ‘L’Antiquité retrouvée’, 6e édition, Actes Sud, 2025. Reconstitution de l’amphithéâtre. Collection: Lugdunum-Musée et théâtres romains

Plus tard au Ier siècle, un amphithéâtre fut même construit à l’emplacement du sanctuaire. Il s’agissait, pour autant que l’on sache, du premier amphithéâtre des trois Gaules et, après divers agrandissements, il pouvait accueillir 20 000 spectateurs.

Une transcription originale du discours prononcé par l’empereur Claude devant le Sénat en 48 apr. J.-C. Claude demanda au Sénat d’accorder le statut juridique romain le plus élevé à 60 villes et localités gauloises du Concilium totius Galliae. Collection: Lugdunum-Musée et théâtres romains

Le vaste complexe comprenant l’amphithéâtre, le sanctuaire et leurs nombreuses statues a pratiquement disparu. Diverses inscriptions, des fondations et notamment la tablette en bronze rapportant un discours de l’empereur Claude (10 av. J.-C. – 53 apr. J.-C.) font référence à ce Conseil et à son emplacement à la Croix-Rousse.

Reconstruction du complexe du Théâtre et de l’Odéon. Collection: Lugdunum-Musée et théâtres romains

Le théâtre romain

Romanisation

Tout comme à Aventicum, Augusta Raurica et la ville voisine de Vienna (l’actuelle Vienne, dans la province romaine de Gaule narbonnaise), le culte de l’empereur était omniprésent à Lugdunum. La romanisation de cette région, habitée par la tribu celtique des Allobroges, fut rapide. En l’espace de deux générations elle s’est bien intégrée au monde romain, de nombreuses découvertes en témoignent : sculptures, magnifiques mosaïques, théâtre, odéon, amphithéâtre, villas, forum, basilique, thermes et autres édifices publics romains.

Collection: Lugdunum-Musée et théâtres romains

De plus, Lugdunum était, avec Vienna, un important centre commercial sur le Rhône (Rhodanus), entretenant des relations avec Genava, Augusta Raurica, Aventicum et de nombreuses autres localités de l’actuelle Suisse.

Collection: Lugdunum-Musée et théâtres romains

Conclusion

Selon certains historiens, la chute de l’Empire romain serait due à l’essor du christianisme, à l’immensité de cet État multiethnique, à la dégénérescence de l’élite dirigeante ou à une combinaison de facteurs (chaos économique, fiscal et administratif, guerres civiles ou invasions d’autres peuples). Il s’agit probablement d’une combinaison de facteurs, sans oublier que l’Empire romain d’Orient, ou Byzance, a perduré jusqu’en 1453.

Collection: Lugdunum-Musée et théâtres romains

Pourtant, il existe encore un autre point de vue. Il faut commencer par se demander comment cet immense empire, aux moyens de communication limités et aux cultures multiples, a-t-il pu perdurer aussi longtemps ?

Une explication réside dans la décentralisation administrative, la qualité de vie romaine et la romanisation. Les territoires conquis en Europe occidentale n’ont pas hésité à adopter la langue, la culture et le mode de vie romains. Cela ne s’est pas toujours vérifié pour les cultures encore plus anciennes de Grèce, de certaines régions de Turquie et du Moyen-Orient.

Collection: Lugdunum-Musée et théâtres romains

Dans l’Empire romain, la décentralisation et l’autonomie relative au niveau local constituaient le principe de base. Tant que les impôts étaient payés, qu’il n’y avait pas de révoltes et que l’empereur était vénéré comme une divinité, Rome laissait les dirigeants locaux tranquilles. De plus, les carrières politiques, commerciales et militaires offraient des perspectives attrayantes. Rome ne s’immisçait que pour mettre fin aux révoltes sporadiques, dues notamment à la corruption des autorités (romaines), en recourant alors à une violence impitoyable.

Non seulement Lugdunum, mais aussi Augusta Raurica et Aventicum sont des exemples de romanisation rapide et d’administration décentralisée dans les Trois Gaules. La Pax Romana des premiers siècles de la domination romaine a transformé à jamais l’Europe et le territoire de l’actuelle Suisse.

Contrairement à l’Empire romain, les habitants des pays européens actuels possèdent déjà une tradition et une histoire séculaires sur les plans économique, politique, linguistique, social, fiscal et scientifique.

(Source et plus d’informations: R. Fellmann, La Suisse gall0-romaine. Cinq siècles d’histoire, Lausanne 1992; Lyon, Lugdunum-Musée et théâtres romains)

 

Collection: Lugdunum-Musée et théâtres romains

Napoléon III, Vichy, Arenenberg et les chalets suisses

Napoléon III (1807-1873) a passé une grande partie de son enfance au château d’Arenenberg, dans le canton de Thurgovie. Il semble que ce lieu ait notamment inspiré la construction de chalets dans sa résidence d’été de Vichy durant son règne impérial (1852-1870).

Vichy aujourd’hui

Aqua Calidis

Les Romains avaient déjà donné à Vichy un nom approprié: Aqua Calidae (« eaux chaudes »). Après l’époque romaine, l’exploitation de ces sources tomba dans l’oubli. La ville fut acquise par le roi de France en 1527 et, à partir du XVIIème siècle, le développement de la station thermale s’accéléra considérablement.

Le Parc des Sources

Les membres de la famille royale et les aristocrates fréquentaient régulièrement la ville pour soigner leurs maux. Louis XVI (1754-1793) et Napoléon I (1769-1821) contribuèrent à l’agrandissement du complexe thermal. Napoléon Ier fit aménager le Parc des Sources, situé au cœur de la ville et qui constitue encore aujourd’hui le centre névralgique des installations thermales.

Rue Alquié

Napoléon III

Cependant, c’est Napoléon III qui donna l’impulsion décisive à la grandeur actuelle de Vichy. C’est de cette époque que date l’appellation de « Reine des villes d’eau ». À partir de 1863, plusieurs chalets furent construits sur le boulevard des États-Unis pour lui, sa famille impériale et son entourage. Il séjournait à Vichy afin de traiter ses divers problèmes de santé dans les établissements thermaux. Les officiers de la garde impériale furent logés dans huit villas identiques situées dans la rue Alquié.

Le Parc et Napoléon III

Le Parc Napoléon III

Le parc Napoléon III, aménagé le long de la rivière Allier, ainsi que d’autres jardins, un casino avec salle de bal, un opéra et diverses installations de loisirs, des églises, des villas, des hôtels, une liaison ferroviaire et une gare, de nouveaux établissements de cure, un nouvel hôtel de ville et une clientèle venue principalement de Paris transformèrent Vichy en une station mondaine comparable à Bath, Karlsbad (Karlovy Vary), Baden-Baden ou Marienbad.

Casino

L’Opera 

La seconde période de prospérité

La seconde période de prospérité de Vichy se situe entre 1880 et 1914, durant la Belle Époque. En 1903, Vichy possédait le plus grand complexe thermal d’Europe. De nombreux grands hôtels, villas et palais urbains furent construits, tandis que de nouveaux parcs furent aménagés.

Près de deux millions de visiteurs se rendaient chaque année à Vichy. Après Nice, la ville disposait de la plus importante infrastructure hôtelière de France. Vers 1920, elle constituait un véritable manuel d’histoire de l’architecture à ciel ouvert. Les styles romano-byzantin, classique, néogothique, Art nouveau, Art déco, flamand, vénitien et anglais s’y côtoyaient, accompagnés de décorations monumentales, de vitraux, de peintures murales, de parcs paysagers et de places élégantes.

Les sources minérales et les bains

Les sources minérales et les bains demeurent toutefois au centre de la vie de la ville. La source des Célestines, nommée d’après l’ordre des Célestins, fondé au début du XVème siècle et supprimé en 1778, ses propriétaires originels, fonctionne toujours comme buvette et reste la source minérale la plus célèbre de Vichy.

La source minérale la plus célèbre de Vichy

Vichy est avant tout une ville verte. Située sur les rives de la large rivière Allier, elle consacre environ un cinquième de sa superficie aux parcs et jardins. Même la collaboration et la dictature du régime de Philippe Pétain (1940-1944) n’ont pas réussi à ternir cet héritage.

Impressions de Vichy

Marignan, Credit Suisse, F-35, négociations douanières et l’Accord bilatéral III

La bataille de Marignan, les 13 et 14 septembre 1515, sonna le glas de l’expansion italienne des cantons de la Confédération suisse. Le vainqueur fut le royaume de France dirigé par François Ier (1494-1547). Après plusieurs victoires sur les Habsbourg, qui aboutirent à la paix de Bâle (1499), et des victoires sur le duc de Bourgogne (1474-1477), la Confédération était pourtant devenue la grande puissance militaire de l’Europe.

Marignan

Dès le début du XVème siècle, les cantons commencèrent à conquérir, avec plus ou moins de succès, des territoires appartenant au duc de Milan. Après 1477, les conquêtes se poursuivirent dans le nord de l’Italie (Tessin, Bormia, Valteline, Chiavenna et même, en 1512, le duché de Milan). La défaite de Marignan marqua donc un glaçant retour à la réalité pour la Confédération. Hormis la conquête du Pays de Vaud sur la Savoie en 1536 par Berne, il n’y eut plus d’aventures à l’étranger après 1515. Ils avaient appris leur leçon militaire. Face à la guerre moderne, la Confédération manquait singulièrement d’unité politique.

Le roi de France respectait toutefois la Confédération non seulement en raison de son rôle contre les Habsbourg et les Bourguignons, mais il avait également besoin de cette confédération de cantons souverains comme tampon contre les Habsbourg. La Paix perpétuelle de 1516 et 1521 dura jusqu’à l’invasion napoléonienne de 1798. Les diplomates et les représentants des cantons étaient des négociateurs redoutables et respectés.

La paix de Westphalie de 1648 confirma ensuite le statut neutre et l’indépendance politique de la Confédération. Fruit de longues négociations, au cours desquelles les diplomates et représentants suisses négocièrent chaque virgule et chaque point, l’accord fut acquis laborieusement. Car, dans les traités internationaux, le diable se cache souvent dans les détails.

Credit Suisse

L’aventure internationale du Credit Suisse s’est soldée par un échec. A cela plusieurs causes. Mais le fond du problème est que cette banque suisse, pourtant solide, a succombé à une soif d’expansion et à une arrogance excessive dans un monde bancaire régi par une morale bien à elle. Les structures de gouvernance de la banque et ses actionnaires vivaient encore dans un univers de la Confédération d’avant Marignan.

En termes d’expérience, de mentalité et de cadre juridique, ils n’étaient pas préparés au modèle bancaire anglo-saxon des années postérieures à 1990. C’est là la cause principale de la chute de cette banque, sans compter la responsabilité (pénale) des dirigeants et l’incapacité des actionnaires à dire « non » à des primes absurdes et à des projets mégalomanes.

F-35

L’histoire se répète avec l’acquisition nécessaire d’avions de combat modernes, en l’occurrence le F-35. Le Conseil fédéral ne semble pas être l’instance appropriée pour mener, dans ce monde hautement concurrentiel, les négociations contractuelles avec l’étranger dans les moindres détails. La situation est probablement encore plus grave : il se pourrait même qu’aucune analyse sérieuse du contrat n’ait été effectuée au plus haut niveau. Il n’y a aucune excuse à cela, si ce n’est le constat que le Conseil fédéral, les responsables des ministères et surtout les membres du parlement ne sont pas à la hauteur de cette tâche. Le Parlement a lui aussi échoué.

Droits de douane

Il en va de même pour les négociations avec le gouvernement Trump concernant les droits de douane. Il est un fait qu’au printemps 2025, un accord a été trouvé sur un taux de 10 %. Il ne restait plus qu’à attendre l’approbation du Conseil fédéral. Or, celle-ci s’est tant fait attendre que le président américain, imprévisible et impulsif, a fait grimper ce taux à 39 %. Là encore, le Conseil fédéral a échoué. Quel a d’ailleurs été le rôle, par exemple, du ministre de la Justice, qui n’aura sans doute pas été ravi de ce bon résultat de négociation ? L’UE appliquait en effet un droit de douane bien plus élevé, ce qui ne convenait pas à ce partisan de l’adhésion à l’UE.

L’Accord bilatéral III

Qu’est-ce que cela révèle sur le traité envisagé avec l’UE ? L’Accord bilatéral III est, en fait et en droit, un euphémisme désignant une adhésion (pour l’instant) limitée à une organisation internationale. Il s’agit d’un transfert de souveraineté considérable en faveur de l’UE, et ce n’est que la première étape du processus d’adhésion envisagé.

Combien de pages de ce traité le ministre de la Justice aura-t-il réellement lues ? Est-il d’ailleurs compétent et suffisamment intéressé pour en examiner le contenu dans ses moindres détails et en évaluer toutes les conséquences ? L’activisme et un statut politique européen, plutôt que l’esprit d’État au service du pays, semblent en effet être son leitmotiv principal.

En tout cas, lors d’occasions précédentes, il n’en a pas fait preuve, l’activisme ayant alors joué un rôle prépondérant. Cela vaut également pour d’autres membres du Conseil fédéral. Une de ses membres a d’ailleurs répondu, lorsqu’on lui a demandé lors d’une interview s’il était souhaitable d’adhérer à l’UE : « Pourquoi pas ? ».  Et, cette membre est censée lire et analyser près de 2 000 pages pour en évaluer les conséquences constitutionnelles et juridiques ?

Le fait qu’une majorité de membres du Conseil fédéral ignore la constitution fédérale et la majorité des États va également dans ce sens. Les vœux pieux, les espoirs et les attentes concernant les relations avec l’UE prédominent, et non les détails de ce traité ni la pratique européenne du « pacta non sunt servanda » et des juges européens qui interprètent le droit de manière très large. Là encore, le diable se cache dans les détails.

Conclusion

Ce qui précède s’applique également aux hauts fonctionnaires des ministères et aux membres du parlement. Les leçons tirées des affaires Credit Suisse, du F-35 et des récentes négociations douanières avec les États-Unis n’ont pas été retenues.

D’un côté, l’activisme et de l’autre, un manque de compréhension, de connaissances et d’expérience sur les plans politique, juridique et administratif en matière de négociations internationales complexes. Dans les deux cas, il semble que cet accord majeur conclu avec une organisation internationale n’ait pas été étudié avec toute la rigueur nécessaire.

Le modèle suisse, vieux de plusieurs siècles et couronné de succès, au cœur de l’Europe, est en jeu, non seulement au détriment de la Suisse, mais aussi au détriment de l’UE, qui perdra ainsi un pilier de sa sécurité. En effet, ce n’est pas la Suisse qui pose le problème sur les plans politique, éducatif, scientifique, démocratique, économique, monétaire et social, mais bien cette UE-là !

Le Château de Vaumarcus

Le château de Vaumarcus (canton de Neuchâtel) remonte au XIIème siècle et est mentionné pour la première fois en 1285. La baronnie de Vaumarcus comprenait le village de Vaumarcus ainsi que les hameaux du Moulin et de Vernéaz.

Le château et son territoire sont vendus en 1308 au comte Rudolf IV de Neuchâtel (1274-1343), également appelé Rolin. Le comte fit construire une porte gothique au rez-de-chaussée avec un pont-levis à l’avant. Il a également renforcé les deux coins de la façade avec deux contreforts massifs et une tour d’escalier hexagonale.

Le château brûla en 1476, après la bataille de Grandson (pendant la guerre entre le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire (1433-1477), et la Confédération suisse). Dans les années qui ont suivi, il a été reconstruit. Le nouveau château dans le jardin date de 1773.

Le Château de Vaumarcus n’est pas ouvert au public. Il se loue exclusivement pour des événements privés et professionnels (mariage, anniversaire, séminaire, team-building). Il propose également la location de bureaux (business center) ainsi que d’appartements.

(Source : www.swisscastles.ch).

La démocratie directe, la disputatio et l’Union Européenne

Il y a 500 ans, plus précisément en 1526, une vive dispute a secoué Baden, dans l’actuel canton d’Argovie. Des émissaires, des théologiens, des ecclésiastiques, des enseignants, des scribes et des imprimeurs venus de la Confédération des 13 cantons s’y sont retrouvés le 19 mai 1526.

Les 200 personnes présentes ont débattu de la vérité de la foi au cours de la séance de la journée. Lors de la dispute, chacun tentait d’imposer son point de vue. Si un dialogue n’est qu’un simple échange d’idées et d’opinions, la « disputatio » implique une controverse.

Depuis que Martin Luther a publié ses thèses réformatrices en 1517, les débats portaient sur la foi authentique, le commerce des indulgences et l’Église. La position réformatrice n’était pas majoritaire au sein de l’ancienne Confédération, ni au-delà.

Plusieurs cantons réformés ont suivi leur propre voie au sein de la Diète fédérale. Peinture du XVIIe siècle. Collection : Musée national, Zurich

La « Disputatio » est une forme de débat propre aux universités médiévales. Luther a lancé en 1519 la première dispute religieuse de la Réforme à Leipzig. Dès 1523, des disputes avaient déjà lieu à Zurich, puis dans d’autres cantons et localités de l’ancienne Confédération ainsi que dans les futurs cantons.

Depuis que Luther avait publié ses 95 thèses à Wittenberg en 1517, l’Europe chrétienne était en proie au doute, divisée sur la question de la vraie foi et marquée par diverses scissions. Cela a notamment entraîné de nombreuses guerres civiles. Par ailleurs, la Réforme reposait sur des intérêts économiques. Les abbayes, souvent riches, et d’autres institutions catholiques constituaient des trophées convoités par les détenteurs du pouvoir dans une région.

La « Disputatio » était convoquée par la Diète fédérale, comme ici en 1531. Collection : Archives municipales de Baden / Musée historique de Baden

 La Disputatio en Suisse

La « disputatio » était un modèle fréquemment utilisé en Suisse pendant la Réforme. Elle a contribué à ce qu’il y ait relativement peu de conflits armés (1529/1531 et 1656/1712), la guerre du Sonderbund (1847) devant toutefois être considérée comme un conflit à la fois constitutionnel et religieux.

Le « Simultaneum », la division des cantons à la suite d’un référendum ou une attitude relativement tolérante dans divers cantons (à l’exception des quelques cantons calvinistes) ont constitué le fondement de cette évolution.

Le modèle suisse du compromis, impliquant les citoyens et les responsables politiques, fonctionnait déjà bien à l’époque. Il s’agissait d’une forme de démocratie directe qui, bien qu’elle fût loin d’être parfaite, était déjà unique en Europe à cette époque.

Genève, le 25 septembre 2022, un référendum

La démocratie directe

La démocratie directe signifie bien plus qu’un simple référendum. C’est un processus de communication, d’implication de toutes les couches de la société et, surtout, des citoyens et du monde économique. On ne peut parler de rien au sein de l’UE, et encore moins prétendre que la démocratie directe suisse fonctionne au sein de l’UE. Il s’agit tout simplement de « fake news » du Conseil fédéral.

Il ne saurait être question d’une « disputatio », et encore moins de démocratie directe, au sein de l’UE. Il n’y a, tout au plus, un dialogue, mais ce sont les responsables politiques européens, les juges, les fonctionnaires et les puissants lobbies à Bruxelles et à Luxembourg qui décident.

 Conclusion

L’UE devrait revenir aux fondements d’une intégration économique réellement réalisable, à savoir le marché intérieur, ainsi qu’à une coopération intergouvernementale dans les domaines de la migration, de l’éducation, de la police, de la défense, de la politique étrangère et d’autres missions transfrontalières.

La Suisse devrait participer  à cette coopération internationale, y compris dans le domaine de la défense. Les circonstances auraient changé depuis le 24 février 2022 et ne seraient plus comparables à celles des périodes 1914-1918, 1940-1945 ou 1989.

Quoi qu’en disent le Lord Haw-Haw (1906-1946) suisse et son hebdomadaire consacré à l’actualité mondiale, la neutralité d’aujourd’hui  est tout autre chose qu’une adhésion à l’Union européenne.

Quand paraîtra dans cet hebdomadaire l’hagiographie du dictateur nord-coréen, après les publications précédentes consacrées à la Russie et à l’Afghanistan d’aujourd’hui ?

Les temps ont également changé pour la Confédération suisse. Ce qui ne change pas, en revanche, c’est ce qui unit une communauté. En Suisse, il s’agit de la subsidiarité, le fédéralisme, la décentralisation et la démocratie directe, implicite.

Cette UE et ses ingérences de plus en plus étendues dans la souveraineté fiscale, financière, judiciaire, économique, constitutionnelle, sociale et en matière de politique éducative sont incompatibles avec le modèle suisse.

L’ingérence directe de l’UE dans la politique migratoire et d’immigration en est notamment un exemple. Le nouveau traité prévu avec l’UE est non seulement en contradiction directe avec la Constitution suisse, mais il symbolise également le fait que la démocratie directe n’a plus aucune importance après un référendum (2014).

L’Allemagne et les Pays-Bas sont également des exemples d’immigration massive et d’obtention aisée de la nationalité par les immigrés. La politique et la jurisprudence nationales ne sont plus possibles. Les abus sont considérables, notamment en matière d’allocations familiales, de prestations sociales et de regroupement familial, sans parler de l’augmentation de la criminalité et de l’émergence de sociétés parallèles.

Un contrat de travail obtenu par l’intermédiaire de la famille, d’amis, de clans ou par le rachat d’établissements de restauration désaffectés ou d’autres entreprises peut être rapidement mis en place, ce qui permet d’obtenir un permis de séjour.

C’est d’ailleurs la Cour de justice de l’UE qui définit ce qu’est un contrat de travail (quelques heures par semaine), et non le juge suisse ou les autorités suisses. Sur ce point également, le Conseil fédéral diffuse des informations trompeuses et erronées, ce qui s’explique par les motivations idéologiques et militantes de certains de ses membres.

« To be or not to be », telle est la question pour la Confédération suisse. Donnez un doigt à l’UE, et dans quelques années, elle voudra les deux mains pour qu’elles lui apportent les caisses du pays.

L’UE devrait revenir aux fondements d’une intégration économique réellement réalisable, à savoir le marché intérieur, ainsi qu’à une coopération intergouvernementale dans les domaines de la migration, de l’éducation, de la police, de la défense, de la politique étrangère et d’autres missions transfrontalières.

La Suisse devrait participer  à cette coopération internationale, y compris dans le domaine de la défense. Les circonstances auraient changé depuis le 24 février 2022 et ne seraient plus comparables à celles des périodes 1914-1918, 1940-1945 ou 1989.

Quoi qu’en disent le Lord Haw-Haw (1906-1946) suisse et son hebdomadaire consacré à l’actualité mondiale, la neutralité est tout autre chose qu’une adhésion à l’Union européenne.

Pour combien de temps encore ? Le nouveau traité de l’UE ne signifie pas seulement la fin de la démocratie directe, mais aussi celle de la Confoederatio Helvetica. Ce joyau démocratique, cosmopolite, ouvert, économique, monétaire, social, scientifique et innovant au cœur de l’Europe.

Les Alpes suisses et le poète Albrecht von Haller

Pendant des siècles, les montagnes n’étaient pas vouées aux citadins ou aux villageois car ils n’avaient aucune raison d’y aller. Seuls les éleveurs et les commerçants en bestiaux escaladaient les montagnes pour y faire paître leur bétail en été ou pour y transporter le bétail et les produits issus de l’élevage, tels que la viande et le lait.

Bellwald

Personne ne pensait alors gravir les montagnes pour le plaisir. Bien que les maîtres hollandais et flamands de l’âge d’or aient brossé des paysages de montagne idylliques sur la toile, peu d’entre eux avaient vu la Suisse et encore moins ses montagnes. Les peintres suisses se sont emparés de ce sujet, et non l’inverse.

Jan Haeckert (1628-1690), vers 1670. Collection: Rijksmuseum Amsterdam. 

Le premier Suisse à consacrer une ode à la montagne fut le médecin, botaniste, anatomiste et poète Albrecht von Haller (1708-1777). Son célèbre poème intitulé Die Alpen, daté de 1729, suscita dans toute l’Europe un enthousiasme romantique pour les montagnes et leurs populations. Il étudia la médecine à Tübingen (Allemagne) en 1723 et dès 1725 à Leyde (Hollande), notamment auprès de Herman Boerhaave (1668-1739), et obtint son doctorat en 1727.

Johann von Huber (1668-1746), Albrecht von Haller, 1735. Photo: Datei:Albrecht von Haller 1736.jpg – Wikipedia

Il suivit ensuite les cours de mathématiques dispensés par Jean Bernoulli (1668-1748), mathématicien et physicien suisse à Bâle. Puis, il exerça la médecine à Berne de 1729 à 1736 et publia ses premiers cahiers d’anatomie et de botanique.

Albrecht von Haller fut nommé à la bibliothèque de la ville de Berne en 1735. De 1736 à 1753, il œuvra comme professeur d’anatomie, de botanique et de chirurgie à l’université de Göttingen (Allemagne) et se rendit régulièrement dans les Alpes suisses. Durant cette période, il publia la première étude détaillée de la flore suisse.

Durant de longs siècles, les montagnes n’ont inspiré que défiance et effroi. Or, les excursions en montagne d’Albrecht von Haller ont permis de démystifier cette peur : contrairement aux croyances populaires de l’époque, aucun dragon, diable ou autre monstre n’y vivait.

Aletschgletscher

Jean-Jacques Rousseau (1712-1768), écrivain, philosophe et musicien genevois, a donné une image idyllique des Alpes dans son roman Julie ou La Nouvelle Héloïse, paru en 1761. Il y décrit les montagnes et leurs habitants comme des valeurs spirituelles d’élévation et de perfectionnement de l’âme. Il aimait à répéter : « C’est dans le cœur de l’homme qu’est la vie du spectacle de la nature ».

Au XVIIIème siècle, juste avant la Révolution française, naquit un véritable engouement pour les Alpes. Parmi ces premiers touristes, de nombreux scientifiques et artistes. La classe moyenne supérieure commença également à s’intéresser à la randonnée en montagne.

Le pasteur et naturaliste bernois, Jakob Samuel Wyttenbach (1748-1830), le peintre paysagiste Caspar Wolf (1735-1783) de Muri (canton d’Argovie) et l’écrivain allemand Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) ont transmis au monde leur émerveillement pour les Alpes.

Il a fallu attendre le début du XIXème siècle pour qu’ait lieu le percement des premiers tunnels permettant de traverser les Alpes suisses vers l’Italie. Ce fut, en grande partie, grâce à des peintres tels que l’Anglais William Turner (1775-1851), qui a découvert les Alpes suisses lors d’un voyage en 1802 puis a peint avec authenticité la grandeur des montagnes et leur beauté.

Le Cervin. 

Après le milieu du XIXème siècle, ce ne sont cependant pas les Suisses qui ont rendu les montagnes socialement acceptables, mais les Anglais, tout comme les maîtres des Pays-Bas avaient contribué, deux siècles plus tôt, à la découverte du monde alpin suisse à travers la tradition picturale hollandaise.

L’histoire de l’accession des villages agricoles à des stations touristiques à la mode après 1850 dans les Alpes suisses est bien connue. Quiconque chausse ses raquettes en hiver pour effectuer l’une des nombreuses randonnées dans les Alpes enneigées, peut imaginer le spectre de la montagne jusqu’en 1800.

Aujourd’hui, aucune excursion en montagne, à ski, à ski de fond ou en raquettes n’est sans danger, les avalanches présentant continuellement une menace, mais on n’y rencontre, à l’évidence, pas de dragon, diable ou monstre, bien que le loup ait récemment fait son retour.

Albert von Haller n’est probablement jamais allé dans les montagnes pour ses recherches en botanique, mais il est l’un des pionniers d’une vision différente des Alpes.

Scuol, Motta Naluns

Pour un tour dans la neige, il vaut la peine de jeter un coup d’œil à la première perception poétique des Alpes de 1729, qui relataient un paysage alors inconnu et aucunement touristique. Le poème compte 41 vers. Les versets 12 et 14 du poème Die Alpen disent :

Hat nun die müde Welt sich in den Frost begraben,

Der Berge Thäler Eis, die Spitzen Schnee bedeckt,

Ruht das erschöpfte Feld nun aus für neue Gaben,

Weil ein krystallner Damm der Flüsse Lauf versteckt,

Dann zieht sich auch der Hirt in die beschneiten Hütten,

Wo fetter Fichten Dampf die dürren Balken schwärzt;

Hier zahlt die süße Ruh die Müh, die er erlitten,

Der Sorgen-lose Tag wird freudig durchgescherzt,

Und wenn die Nachbarn sich zu seinem Herde setzen,

So weiß ihr klug Gespräch auch Weise zu ergötzen.

 

Dann hier, wo Gotthards Haupt die Wolken übersteiget

Und der erhabnern Welt die Sonne näher scheint,

Hat, was die Erde sonst an Seltenheit gezeuget,

Die spielende Natur in wenig Lands vereint;

Wahr ists, daß Lybien uns noch mehr neues giebet

Und jeden Tag sein Sand ein frisches Unthier sieht;

Allein der Himmel hat dies Land noch mehr geliebet,

Wo nichts, was nöthig, fehlt und nur, was nutzet, blüht;

Der Berge wachsend Eis, der Felsen steile Wände

Sind selbst zum Nutzen da und tränken das Gelände.

 

Wenn Titans erster Strahl der Gipfel Schnee vergüldet

Und sein verklärter Blick die Nebel unterdrückt,

So wird, was die Natur am prächtigsten gebildet,

Mit immer neuer Lust von einem Berg erblickt;

Durch den zerfahrnen Dunst von einer dünnen Wolke

Eröffnet sich zugleich der Schauplatz einer Welt,

Ein weiter Aufenthalt von mehr als einem Volke

Zeigt alles auf einmal, was sein Bezirk enthält;

Ein sanfter Schwindel schließt die allzuschwachen Augen,

Die den zu breiten Kreis nicht durchzustrahlen taugen.

(Bron : Albrecht von Haller, Versuch Schweizerischer Gedichte,  Berliner Ausgabe 2013).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Meiertal

Ardez

La Greinaebene (canton des Grisons)

Et l’ancien sentier de Säumer

Le soutien suisse aux partisans de la région de l’Ossola 1943-1945

Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, les combats se sont rapprochés de plus en plus des frontières suisses, allant parfois jusqu’à les franchir. Ce phénomène a été particulièrement perceptible dans la région entourant la petite ville de Domodossola en Italie.

C’est là qu’a vu le jour, à l’automne 1944, une république partisane libre de courte durée, qui entretenait des échanges intenses avec la Suisse. Bien qu’elle se soit déroulée à quelques kilomètres de la frontière, cette histoire est pratiquement inconnue en Suisse alémanique et en Suisse romande.

Cet ouvrage comble cette lacune et met en lumière un chapitre souvent oublié de la Seconde Guerre mondiale. Il démêle l’imbrication complexe entre les partisans italiens, les occupants allemands et fascistes, ainsi que les autorités et les citoyens suisses de plus en plus impliqués entre 1943 et 1945.

Cet ouvrage en allemand apporte une contribution à un débat en cours. Les Chambres fédérales se pencheront sur le cas des Suisses qui ont soutenu des armées étrangères, telles que la Résistance française, la Resistenza italienne, ainsi que d’autres armées et organisations alliées. L’aide apportée depuis le Tessin aux partisans de la région de l’Ossola en faisait partie.

Raphael Rues, Andrej Abplanalp, Kampfzone Ossola. Der Widerstand an der Schweizer Südgrenze 1943-1945, Zurich 2026