La Suisse romande. Quatre regards

Le livre (La Suisse romande. Quatre regards)  répond aux questions sur la Suisse romande ou francophone. Les éclairages fournis par quatre auteurs spécialistes et permettrent d’apprécier le dynamisme qui anime la Suisse romande, ainsi que son extraordinaire évolution.

Par exemple, combien d’habitants compte la Suisse romande en 1900 et en 2000 ? Est-il vrai qu’en 1900 La Chaux-de-Fonds est presque aussi peuplée que Lausanne? Le nombre de cantons romands varie-t-il entre ces deux dates ? Savez-vous qu’une association propose la création d’un grand canton de l’Arc jurassien ? Connaissez-vous l’histoire du premier projet de fusion de deux cantons de l’Arc lémanique ? Quels sont les scénarios régionaux pour demain? Selon vous, les cantons romands ont-ils une politique linguistique? Si oui, quelle est-elle ? Savez- vous combien de concordats romands sont en vigueur aujourd’hui, et dans quels domaines ?

(G.  Andrey, F, Cherix, A. Papaux, J.-P. Villard, La Suisse romande. Quatre regards, Genève, 2015).

la Fête de la Tulipe, à Morges

La nouvelle édition de la Fête de la Tulipe, à Morges (canton du Vaud) se déroule du 1 avril au 14 mai 2023, sous le thème « des chiffres et des lettres » dans le Parc de l’Indépendance, situé au bord du lac Léman, entre le Château de Morges et la rivière de La Morges.

La ville accueille chaque année la Fête de la Tulipe, une grande exposition horticole, qui s’est muée en véritable spectacle floral. Cet événement unique en Suisse rassemble plus de 100’000 fleurs qui déploient un splendide tableau coloré et enchanteur.

Le Parc de l’Indépendance offre, en toutes saisons, un magnifique cadre verdoyant et présente 50 variétés d’arbres : d’impressionnants marronniers ou des séquoias géants.

Vous y découvrirez aussi des monuments historiques tels que la fontaine d’Hercule, copie d’une statue découverte à Pompéi et mise en place à Morges au début du XXème siècle. Le parc se trouve à quelques mètres du centre-ville et de ses richesses historiques.

Créée à l’occasion des 50 ans de la Société vaudoise d’horticulture en 1971, la Fête de la Tulipe ravit toujours autant les 100’000 visiteurs qui affluent à Morges avec l’arrivée des beaux jours.

(Source et informations complémentaires : www.fetedelatulipe.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

L’origine des Habsbourg

Difficile à imaginer que les débuts de la prestigieuse maison de Habsbourg se trouvent en Suisse, dans le comté d’Argovie et dans le sud de l’Alsace.

La première et la plus importante source de la maison de Habsbourg émane des Acta Murensia (en latin Acta fundationis monasterii Murensis). Ces documents relatent chronologiquement la fondation du monastère de Muri (canton d’Argovie), dans la Suisse actuelle, vers 1160. Les textes des XIIème et XIIIème siècles permettent de reconstituer l’ancienne propriété.

(Staatsarchiv Aargau, Aarau, AA/4947).

Le château de Havichsberg ou de Habichtsburg (Habsbourg), le château de Wildegg, les domaines au nord et au nord-ouest de Colmar et au sud de l’Alsace, notamment les abbayes d’Ottmarsheim et de Murbach, le Brisgau et le Kaiserstuhl, la paroisse de Muri et des possessions emblématiques entre le lac de Zoug et le lac des Quatre-Cantons appartinrent à la maison des Habsbourg.

Wildegg

Brisgau

Les origines des dynasties mérovingienne, carolingienne ou lorraine furent sujettes à spéculation. Les parents souabes des ducs de Zähringen jouèrent un rôle important dans la justification ultérieure de leurs prétentions, à partir de 1273, en tant que rois et princes impériaux du Saint-Empire romain germanique.

Les Zähringen exercèrent leur pouvoir dans la partie sud-ouest de la Souabe, dans les cantons de Thurgovie, Zurich, Argovie, en Brisgau et en Alsace, ainsi que dans la Forêt-Noire jusqu’au Neckar. Cette région concorda, en grande partie, avec le champ d’action des Habsbourg aux XIème et XIIème siècles.

La Souabe fut l’un des fiefs centraux du Saint-Empire romain germanique et le cœur des rois Staufen ou Hohenstaufen dans la tradition desquels les Habsbourg se reconnurent, puisqu’ils firent partie du cercle des fidèles de leur clan.

Les armoires des territoires de Habsbourg, 1550. Kunsthistorisches Museum, Wien. 

Outre la descendance d’une lignée royale – bien entendu, les preuves des origines mythiques d’une descendance romaine et troyenne ne manquèrent pas – la continuité fut importante.

Les Habsbourg apparurent dans les premiers documents tangibles dans le contexte des relations féodales. Les services militaires et le soutien à la politique du roi furent au centre de ces relations.

En guise de compensation et de récompense, ils se virent confier des charges impériales et des tâches administratives. Le lien avec la maison royale des Hohenstaufen traversa, comme un fil rouge, l’histoire des Habsbourg de 1137 à 1254.

L’ascension de comte à roi débuta avec Rodolphe IV de Habsbourg (1218-1291), qui succéda à son père en 1240 et fut roi en 1273.

Rhäzuns

Tarasp

Les Habsbourg ne tirèrent cependant pas avantage de leur présence en Suisse car leurs statuts de roi et d’empereur ne leur apportèrent aucune protection. Après plusieurs défaites importantes sur les champs de bataille (entre autres, en 1315, 1386, 1415 et 1460), en 1499, leurs prérogatives politiques et militaires cessèrent.

Ils gardèrent toutefois une influence par le biais d’abbayes ou de la nomination d’évêques et de quelques possessions éparses qu’ils perdirent par la suite : le Fricktal en 1803 alors rattaché au canton d’Argovie, Rhäzuns en 1819, Tarasp en 1803 et l’Engadine (canton des Grisons) en 1639 et 1652.

(Source : B. Meier, Ein Königshaus aus der Schweiz, Baden 2010)

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice. 

Le château de Landskron dans l’histoire régionale et européenne

Le château de Landskron fut construit à la fin du XIIIème siècle par la dynastie bâloise des Münch. Le lieu situé sur un mont du même nom, à 540 mètres d’altitude, dominait la route au pied nord du Jura. Les Romains percevant l’importante position stratégique de ce site y érigèrent une tour de guet.

 Landskron, Münchenstein et Bâle

Le nom de Landskron fut évoqué pour la première fois en 1312 sous le nom de Lantzkrone. La famille Münch appartint à la puissante noblesse bâloise et fut au service du prince-évêque de Bâle. Elle construisit également un château à Münchenstein (d’où le nom), près de Bâle, aujourd’hui commune du canton de Bâle-Campagne.

Emanuel Büchel (1705-1775), le château et l’ église de Münchenstein en 1754.

le château et l’ église en 2023

Trois membres de cette famille furent évêques et d’autres furent bourgmestres de Bâle. Le château de Landskron se trouve près du village français de Leymen, en Alsace, et à quelques centaines de mètres de la Suisse.

Le château de Landskron, le tableau du miracle

En 1461, le château de Landskron fut cédé à la famille Reich de Reichenstein, également connue pour le tableau du miracle accroché au mur de la fenêtre de la chapelle des Sept Douleurs (Reichensteinischen – ou Sieben-Schmerzenkapelle), de Mariastein (canton de Soleure), qui commémore le sauvetage de Hans Thüring Reich de Reichenstein, seigneur tombé du rocher en 1541. Cette famille, qui fit du château une résidence confortable, fut également au service des princes-évêques et, partant, des Habsbourg, qui régnèrent alors sur le Saint-Empire romain germanique.

Les Habsbourg et la France

 L’empereur Maximilien 1er de Habsbourg (1459-1519) du Saint-Empire romain germanique prit l’initiative de transformer le château de Landskron en forteresse : la tour d’habitation devint plate-forme d’artillerie, l’étage supérieur fit place à des créneaux et les murs furent renforcés de plusieurs mètres d’épaisseur. Le but de cet ouvrage défensif fut principalement de pouvoir faire front aux tendances expansionnistes des Confédérés et, en particulier, du canton de Soleure.

L’entrée s’effectue toujours à travers un mur de sept mètres d’épaisseur. La paix de Westphalie en 1648 marqua un tournant. L’Alsace et ainsi le château de Landskron furent rattachés au Royaume de France. En 1687 et 1688, afin d’y accueillir une garnison militaire d’environ trois cents personnes, Louis XVI chargea le célèbre bâtisseur de forteresses Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban (1633-1707), connu généralement sous le seul nom de Vauban, d’y effectuer d’importants travaux de restructuration. Ses forteresses, notamment celles de Belfort (France) et de Breisach (Allemagne), sont aujourd’hui inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Emanuel Büchel (1705-1775), Le Landskron, 1754.

La prison d’Etat

 Enfin, de 1690 à la Révolution de 1789, le château de Landskron servit également de prison d’Etat pour les prisonniers politiques. Le principal prisonnier fut Bernard Duverger de Soubardon (1737-1790). Il était rentré en France en tant qu’officier après avoir perdu la colonie française de Louisiane.

Il vécut à la cour royale de Versailles. Il fut arrêté et emprisonné au château de Landskron en 1769 en raison d’une histoire d’amour avec une dame de la cour, ce qui ne fut guère apprécié par le roi Louis XV (1710-1774). Il mourut peu après sa libération en 1790.

Bernard Duverger de Soubardon, reconstruction sur place

La fin et le nouveau commencement

La fin du château de Landskron survint en 1813 lorsque les troupes alliées, qui vainquirent Napoléon lors de la bataille de Leipzig, aussi connue comme la bataille des Nations, qui se déroula du 16 au 19 octobre, le détruisirent. Seul le donjon du XIIIème siècle, en forme de tour rectangulaire, resta debout.

En 1984, le château devint la propriété de l’association franco-suisse Pro Landskron, créée en 1983, qui a entrepris sa restauration et le gère à présent.

Tradition viticole

 La première mention écrite de la viticulture date de 1461et une description datant de 1660 environ se lit comme suit :

« Gleich daroben ligt angeregte Vestung Landtscrone, allda es einen grossen Rebaker gibt so den besten roter Wein in selbiger Revier ausgibt ». Juste au-dessus se trouve la forteresse de Landskron où s’étend un grand vignoble produisant le meilleur vin rouge de la région.

En 1877, le vignoble couvrait une superficie de 7,2 hectares. Aujourd’hui, la superficie totale n’est plus que de 2,2 hectares.

(Source et informations complémentaires : Association Pro Landskron/Verein Pro Landskron)

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice

  

Le sgraffite en Engadine

Surtout en Engadine, mais aussi dans d’autres régions de Suisse, les maisons sont souvent décorées de motifs géométriques, de dessins, d’animaux, de rosaces ou de dictons.

Cette technique – art du sgraffite – a été introduite par des architectes de la Renaissance en Engadine aux XVIe et XVIIe siècles. Ces artistes souhaitaient gagner de l’argent et la technique de la fresque était connue en Italie. Il s’est avéré qu’il s’agissait d’un produit d’exportation rencontrant du succès.

La technologie elle-même est universelle et peut également être admirée dans l’art africain et sur les façades des maisons en divers endroits d’Europe, par exemple en Bohême et sur l’île de Chios de la mer Egée. Le nom sgraffite est un emprunt à l’italien (gratter). En Engadine on dit sgraffito.

Le sgraffite est une technique de décoration murale – décoration retrouvée précisément dans la peinture à fresque italienne – consistant en un motif ou dessin réalisé par grattage d’un enduit blanc recouvrant un fond noir ou coloré.

Tant que la couleur n’a pas séché, des motifs peuvent être appliqués et la différence de couleur entre le blanc et le fond rend les motifs clairement visibles.

Le sgraffite est devenu un véritable art en Engadine et a même connu un renouveau dans les années 1970-1980.

De sgraffite à graffiti : ces deux modes d’expression s’appliquent sur les murs des maisons et des immeubles urbains. De manière assez subjective, l’on a tendance à apprécier les premiers et à considérer les seconds comme une « dégradation de l’espace public ».

Peut-être la grande valeur artistique des sgraffites est-elle la raison pour laquelle les graffitis sont rarement appliqués à des endroits non désirés avec de la peinture en bombe ?

(Source: A. Overath, Gebrauchsanweisung für das Engadin, München, Berlin, 2017).

L’abbaye de Murbach et la Suisse

Dans un vallon au pied du Grand Ballon, plus haut sommet du massif vosgien, se dressent les deux hautes tours de l’ancienne abbatiale de Murbach, en Alsace. En 728, Eberhard d’Eguisheim, comte d’Alsace, y organisa avec le soutien de l’évêque de Strasbourg l’installation d’une communauté de moines bénédictins menés par saint Pirmin.

Saint-Pirmin et le ‘Vivarius Peregrinorum’ dans la région

Au XIIème siècle leurs successeurs édifièrent le sanctuaire actuel qui, bien qu’amputé de sa nef en 1789, continue d’attirer des visiteurs et des fidèles. Cette magnifique abbatiale, qui se dresse au milieu de la forêt, construite en grès rose des Vosges, est l’un des joyaux de l’architecture romane dans la vallée du Haut-Rhin.

La chapelle Notre Dame de Lorette (1693)

Dès 728, l’abbaye de Murbach joua également un rôle important dans l’histoire de l’Alsace, de la vallée du Haut-Rhin et de la Suisse. Placée sous l’autorité d’un prince-abbé du Saint-Empire romain germanique, l’abbaye, l’une des plus puissantes de la vallée, jouit d’un grand renom sur les plans politiques et religieux dans l’espace germanique et plus tard dans le fief des Habsbourg.

L’église de Saint-Léger (Leodegarkiche) à Lucerne

Guebwiller, La Notre Dame de Saint Léger

Le château de la Neuenbourg

Le château de la Neuenbourg fut construit au XIVème siècle par le prince-abbé Conrad Werner Murnhard à proximité de la porte-basse de la ville de Guebwiller, située à une vingtaine de kilomètres de Mulhouse (Alsace). Puis, le prince-abbé Philippe de Loewenstein commanda les plans d’un nouveau château urbain. Les travaux furent finalement achevés en 1718. Le château resta la résidence des princes-abbés de Murbach jusqu’à la Révolution française. En 1789, il fut pillé et une aile fut détruite par les paysans de Saint-Amarin.

Depuis septembre 2019, le château de la Neuenbourg accueille un Pôle culturel et touristique. Lieu de vie offrant une synergie culturelle et touristique autour du label « Pays d’art et d’histoire », il réunit l’office de tourisme de la Région de Guebwiller, l’Institut Européen des arts céramiques, un Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine et un espace d’expositions temporaires.

(Source: Ph. Legin, L’abbaye de Murbach, St. Quen 2003)

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice. 

Le système de milice suisse

L’un des principaux fondements de la démocratie suisse est le système de milice. En quelques mots, cela signifie que les citoyens créent, façonnent et contrôlent l’État, qui est gouverné selon le bien du peuple, res publica. Cela permet au citoyen de s’identifier à l’État, qui renforce la capacité à trouver des compromis et limite la bureaucratie.

L’histoire

Ce système est un concept ancien émanant des trois cantons primitifs (Urschweiz) situés au cœur de la Suisse. Le nom de la Suisse (die Schweiz) est inspiré du canton de Schwyz, qui avec les cantons d’Uri et d’Unterwald fut le premier à proclamer une alliance perpétuelle en 1291, le Pacte fédéral, considéré comme le plus ancien texte constitutionnel suisse.

Le Serment du Grütli, censé se dérouler en 1307, est un mythe fondateur de la Suisse de caractère légendaire dont la première trace écrite se trouve dans le Livre blanc de Sarnen datant d’environ  1470. Ce mythe est souvent associé au Pacte fédéral d’alliance perpétuelle de 1291 (die Eidgenossenschaft).

La Confédération suisse (die Schweizerische Eidgenossenschaft) était née. Dans ces cantons, les citoyens masculins jouissant du droit de vote élisaient les autorités et débattaient des affaires du pays lors de la Landsgemeinde, assemblée solennelle, instrument de la démocratie directe, qui se déroulait sur une place de la commune. Aujourd’hui, seuls deux cantons maintiennent encore cette ancienne pratique : Appenzell Rhodes-Intérieures et Glaris.

Le système de milice tire ses racines anciennes du fédéralisme, de la démocratie directe, du compromis, des relations entre les cantons et la Confédération et les cantons entre eux, symbolisées par la Maison des cantons (Haus der Kantone), à Berne, qui renforce le rôle des cantons en tant que partenaires de la Confédération, et de la participation à tous les niveaux de la société.

Berne, la Maison des cantons

Ce qui a commencé au niveau local dans ces cantons a abouti au système de milice au cours d’un processus déployé durant des siècles. Dans ce système, les citoyens participent à l’organisation de la vie publique au niveau municipal, cantonal ou fédéral, moyennant une compensation financière ou sur une base volontaire.

Aux côtés de la démocratie directe, le fédéralisme et la composition du gouvernement sur une base équilibrée, aussi large et stable que possible, le système de concordance (Konkordanzsystem) et la formule magique (Zauberformel), le système de milice constitue un pilier central de la démocratie suisse.

La Suisse est gouvernée selon un système fédéral aux niveaux de la Confédération, des cantons et des communes. La démocratie directe permet à la population de participer directement aux décisions à tous les échelons politiques. Ainsi, les citoyens prennent activement part aux prises de décisions politiques du gouvernement suisse et du Parlement – le Parlement suisse est doté de deux chambres, le Conseil national (Nationalrat) (représente la population) et le Conseil des États (Ständerat) (représente les cantons) – des gouvernements cantonaux et des conseils communaux, ainsi que de nombreuses commissions nationales, cantonales et communales. Ces possibilités étendues de participation sont décisives pour un pays d’une telle diversité géographique, culturelle et linguistique.

Genève, septembre 2022

Cet idéal de participation est mentionné à l’art. 6 de la Constitution fédérale:

Responsabilité individuelle et sociale : Toute personne est responsable d’elle-même et contribue selon ses forces à l’accomplissement des tâches de l’État et de la société.

 Le travail de milice

Le travail de milice est une participation politique, effectuée sur une base volontaire. Le travail n’est pas rémunéré, bien que les membres du système de milice reçoivent une compensation. N’étant pas des politiciens professionnels, ils ne vivent, en théorie, pas de la politique.

Le travail de milice se distingue du bénévolat réalisé, entre autres, au sein de sociétés, d’associations, de clubs, d’écoles, d’organisations. Il est un principe d’organisation couramment pratiqué dans la vie publique à temps partiel : il englobe les affaires politiques et militaires et s’étend à d’autres domaines d’intérêt général.

Le système de milice promeut et renforce la participation politique des citoyens au niveau fédéral, dans les cantons et les communes. Cette culture de la participation contribue à réduire l’écart entre l’élite politique et les citoyens. Elle tend également à l’encouragement précoce des citoyens à participer à la vie politique.

Ce système favorise également la légitimité des décisions politiques. Les citoyens sont les politiciens, ce qui allège tout simplement la bureaucratie étatique et, partant, les charges financières.

Genève, septembre 2022

Fonctionnement

Un large éventail d’activités gouvernementales est concerné par le système de milice, au niveau du Parlement, du gouvernement fédéral, des gouvernements cantonaux et des conseils communaux, de diverses organisations étatiques, telles que l’armée.

En Suisse, le mandat de nombre de politiciens est conçu comme une charge à temps partiel au niveau fédéral, cantonal ou municipal, beaucoup d’entre eux exerçant une autre profession en plus de leur fonction politique.

La démocratie directe accorde au peuple un droit de participation substantiel à la prise de décision politique à tous les niveaux. En plus du droit de vote, la population suisse a également le droit de se prononcer sur des questions de fond. L’initiative populaire et le référendum sont les pièces maîtresses de la démocratie directe : le peuple a le dernier mot.

Les citoyennes et les citoyens ne délèguent pas la politique à une caste politique mais participent eux-mêmes aux procédures politiques. Le fait qu’aujourd’hui le travail des femmes et des hommes politiques soit rémunéré ne remet pas en cause ce principe, mais constitue un problème.

Il est de plus en plus difficile de trouver de bons candidats pour les fonctions politiques et le système de milice est sous pression pour d’autres raisons, telles que l’attention et la contrainte médiatique, la complexité de la vie privée, l’individualisation, la professionnalisation, la mondialisation et une certaine tendance vers l’hédonisme dans un pays riche.

Néanmoins, l’esprit de milice, caractéristique essentielle du génie politique suisse, s’essouffle en raison de la diminution de la volonté et de la capacité d’exercer une activité politique à temps partiel.

Le cortège du Basel Tattoo 2022. L’armée de milice est très respectée par la population

La fédéralisation croissante des tâches joue également un rôle dans une société de plus en plus complexe. Et le risque de conflits d’intérêts avec d’autres activités professionnelles est toujours présent.

En outre, dans ce cas également, l’idéal est en partie un souhait, le père de la pensée. Dans la pratique, une proportion relativement faible de citoyens participe au système de milice.

Avantages et inconvénients

Cependant, les avantages du système de milice l’emportent largement sur les inconvénients. Tout d’abord, il favorise la cohésion entre les différents groupes sociaux et les réseaux sociaux.

Nombre de femmes et d’hommes politiques, qui ne sont pas issus d’une caste politique, bénéficient ainsi d’une expérience, acquièrent des connaissances et fournissent un engagement important.

Cela représente un réel atout pour les femmes et les hommes politiques dont la qualité tend à être élevée. En outre, les citoyens ainsi que les – excellents – médias – gardent un esprit critique à l’égard du système politique et officiel.

Cet esprit critique repose sur l’idée que l’État parfait n’existe pas. C’est la raison pour laquelle les citoyens prennent eux-mêmes leurs responsabilités et participent à la vie politique.

Les médias s’emparent également d’un esprit critique, notamment, en ce qui concerne les questions ayant trait à l’Union européenne et à des projets nationaux ou à des projets d’envergure différente. Les médias ne se font pas écho les uns aux autres et ne sont pas en résonance avec la caste politique, comme cela est souvent le cas dans d’autres pays.

L’absence d’alternative (Alternativlosigkeit) n’a pas non plus sa place dans le système politique suisse.

Un système moderne

 Le système de milice, vieux de plusieurs siècles, n’est pas démodé ou dépassé, mais au contraire, comme la démocratie directe, très moderne. Les citoyens ne considèrent pas le gouvernement central comme un ennemi mais comme une agrégation pluraliste mue par la volonté de rechercher des solutions de compromis afin de maintenir la stabilité dans un système politique de démocratie directe. Ne l’oublions pas : tout citoyen suisse garde en permanence un contrôle sur ses élus et peut intervenir directement dans la prise de décision.

Le deuxième fondement important est la décentralisation. Les lieux de naissance et/ou de vie sont les principaux cadres de référence des citoyens et non des espaces géographiques (abstraits) et des idéologies (utopiques).

Cela ne change rien au fait que le système de milice est une spécialité suisse sous pression. Cette res publica ne peut exister qu’avec la participation active des citoyens. L’avenir nous dira ce que le futur nous réserve !

(Source : M. Freitag, P. Bundi, F. Witzig, Milizarbeit in der Schweiz, Bâle 2019)

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.