Les Entretiens de Watteville

Les premiers Entretiens de Watteville de l’année, qui réuniront les dirigeants des partis gouvernementaux et le Conseil fédéral, auront lieu le vendredi 3 février 2023. Les discussions porteront sur des questions de politique étrangère et de sécurité, notamment sur la situation en Ukraine, en Iran et au Kosovo. Il sera également question de la situation économique, de la politique énergétique et de la politique européenne, ainsi que de la migration et des finances fédérales.

Les membres du Conseil fédéral rencontrent régulièrement les dirigeants des partis gouvernementaux afin de discuter de sujets d’actualité. Les entretiens de Watteville ont été institués en 1970 dans le but de faciliter la recherche de consensus dans le système de concordance.

Après l’adoption de la « formule magique » pour la composition du gouvernement, en 1959, les entretiens visaient à rechercher des solutions consensuelles et acceptables pour tous, avec les quatre partis gouvernementaux.

Les premiers entretiens tenus dans la maison de Watteville furent probablement ceux du 15 juin 1970. La désignation « Entretiens de Watteville » est devenue courante au milieu des années 70.

Érigée en 1446, la Maison Béatrice de Wattewille se trouve dans la vieille ville de Berne. En 1934, Emanuel de Wattewille (1863-1934) a légué la maison patricienne à la Confédération suisse au nom de son épouse Béatrice disparue en 1929.

(Source et plus d’informations: www.admin.ch)

Bourbaki Panorama Lucerne

Le Panorama Bourbaki à Lucerne, un monument culturel européen, rappelle l’internement de 87’000 soldats français qui trouvèrent refuge en Suisse pendant l’hiver de 1871.

Une excursion au Panorama de Bourbaki constitue un voyage spatio-temporel dans le Val-de-Travers (canton de Neuchâtel) du XIXe siècle, lorsque la Suisse construisit sa propre perception avec des valeurs telles que l’humanité et la neutralité.

Bourbaki Panorama, Lucerne

Le 1er février 1871 fut signée la convention des Verrières par le général Hans Herzog (1819-1894), commandant en chef de l’armée suisse, et le général Justin Clinchant (1820-1881), commandant de la 1ère armée française – armée du général Charles-Denis Bourbaki – à la suite de la défaite de la guerre franco-prussienne de 1870.

La convention prévoyait l’internement en Suisse des troupes françaises alors encerclées par l’armée allemande.

Ainsi, entre le 1er et le 3 février 1871, 87 000 soldats et officiers français accompagnés par des secouristes de la Croix-Rouge franchirent la frontière suisse aux Verrières (Jura neuchâtelois).

Désarmés par des unités militaires suisses sous le commandement du général Hans Herzog, les soldats et officiers français furent ensuite répartis dans 190 communes situées dans tous les cantons sauf le Tessin, peu accessible en hiver.

L’internement représenta un immense défi pour la jeune Confédération : accueillir, héberger, nourrir 87 000 soldats français, prodiguer des soins et les surveiller ne fut pas une tâche aisée.

L’armée du général Charles-Denis Bourbaki, marquée par l’adversité, le froid et la faim, fut chaleureusement prise en charge par la population suisse durant six semaines, avant son retour en France.

L’empereur français Napoléon Bonaparte III (1808-1873) avait déjà été capturé à Sedan le 2 septembre 1870, après avoir déclaré la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870.

Cependant, l’armée française du général Charles-Denis Bourbaki (1816-1897) n’avait pas pris part à la capitulation de Napoléon Bonaparte III.

Cet épisode marqua une étape décisive dans le développement de la Croix-Rouge suisse (CRS), encore inexistante cinq ans auparavant. En effet, le banquier suisse Henry Dunant (1828-1910) fondit la Croix-Rouge à Genève en 1863.

L’accueil de l’armée française et de milliers de soldats, épuisés, malades et affamés, fut sa première grande action et constitua un jalon incontournable dans l’histoire de la neutralité suisse.

Le Panorama Bourbaki, réalisé par Edouard Castres (1838-1902), est une peinture cylindrique de 10 mètres de haut sur 35,6 mètres de diamètre (à l’origine 14 × 112 m) . Conservé dans un musée de Lucerne et montrant la Croix-Rouge à l’œuvre, ce panorama est le symbole de la tradition humanitaire de la Suisse.

C’est l’une des rares peintures géantes en vogue au XIXe siècle à avoir été conservées à ce jour. Les panoramas en tant que médias de masse sont considérés aujourd’hui d’une part comme les précurseurs du cinéma et d’autre part comme la source d’inspiration pour de nouveaux trends médiatiques et formes de narrations visuelles digitales.

Le petit village frontalier des Verrières et la jeune Confédération suisse (depuis 1848) réalisèrent leur première mission humanitaire pour le voisin français.

Près de 150 ans après les faits, l’Association Bourbaki aux Verrières tient, comme chaque année, à commémorer ce qui est à la fois un désastre militaire et un formidable élan de solidarité de la part de la population suisse.

Le portrait des trois généraux Hans Herzog, Charles-Denis Bourbaki et Justin Clinchant a été peint, par le jeune graffeur français Benjamin Locatelli, sur la façade ouest du bureau communal des Verrières. Il est entouré des mots symboliques : humanité, hospitalité et neutralité. En face se trouve une Suisse frappée d’une croix rouge.

Le parcours thématique inauguré en 2015 par l’Association Bourbaki des Verrières veut faire vivre la mémoire des événements de l’hiver 1871 dans des lieux symboliques et chargés d’histoire.

Les conventions de Genève ont été établies en 1949. Il s’agit de traités internationaux fondamentaux dans le domaine du droit humanitaire. Elles dictent les règles de conduite à adopter en périodes de conflits armés, et notamment la protection des civils, des membres de l’aide humanitaire, des blessés ou encore, des prisonniers de guerre.

(Plus d’informations : www.bourbaki-verrieres.ch; www.bourbakipanorama.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Les Verrières

Le dernier Habsbourg à Bâle

Eugène Ferdinand Pius Bernhard Felix Maria, archiduc de Habsbourg (1863-1954), vécut de 1919 au 23 mai 1934 dans une suite de l’Hôtel Les Trois Rois à Bâle.

Il était le neveu de Charles de Habsbourg (1887-1922), le dernier empereur de l’empire des Habsbourg. Tous deux durent quitter la nouvelle République autrichienne en 1919 après la défaite de la Première Guerre mondiale (1914-1918) et le démantèlement de leur empire. Ils s’installèrent en Suisse, pays neutre.

Guillaume II (1859-1941), dernier empereur allemand, réussit à s’exiler aux Pays-Bas, qui étaient également restés neutres pendant la Première Guerre mondiale. L’empereur allemand résida jusqu’à sa mort dans un manoir à Huis Doorn, dans les environs d’Utrecht, où il vécut en reclus.

Charles de Habsbourg tenta à deux reprises de revendiquer la couronne de Hongrie, mais en vain. La double monarchie austro-hongroise, qui unissait sous la dynastie des Habsbourg l’empire d’Autriche et le royaume de Hongrie, fut dissoute en 1918. L’empereur déchu était cependant toujours officiellement roi de Hongrie.

Après la deuxième tentative avortée de restauration de la Hongrie, les Alliés, qui avaient gagné la guerre, le condamnèrent à l’exil avec son épouse à Madère, où il mourut en 1922.

L’Hôtel Les Trois Rois ou encore Hotel Drei Könige

Archiduc ou pas, la police des étrangers du canton de Bâle-Ville a son dossier.

« Dass er sich speziell in Basel aufhält, erklärt sich daraus, dass er ein grosser Freund der Wissenschaften, namentlich der Geschichte und auch der Musik ist, also von zwei Gebieten, auf welchen Basel viel zu bieten vermag. Er verbringt dann auch einen guten Teil seiner Zeit im Basler Staatsarchiv ».

(Erzherzog Eugen von Habsburg-Lothringen, Begleiterin Zoe Schildenfeld, Kammerdienaar Richard Schönwalder, Aufenthaltsort: Hotel Drei Könige. Grund der Aufenthaltsbewilligung: wissenschaftliche und historische Studien (Fremdenpolizei des Kantons Basel-Stadt, 1920, Staatsarchiv Basel-Stadt, Sig. PD-REG 3a 27649)

L’archiduc (Erzherzog) Eugène surnommé « der Erzi » dans le langage populaire bâlois, fit un autre choix que ces deux empereurs :  il n’était pas politiquement actif et était estimé à Bâle. Membre éminent de l’ordre très catholique des chevaliers teutoniques, il était resté célibataire.

Le choix de Bâle résultait d’une part de contacts personnels, d’autre part du statut neutre de la ville et de la langue allemande. De plus, Bâle se trouvait au centre de l’Europe et était pour les exilés habsbourgeois un lieu idéal pour les réunions de famille.

L’Hôtel Les Trois Rois fut ainsi le témoin de nombreuses réunions de famille, auxquelles prirent part Otto de Habsbourg (1912-2011), le fils du dernier couple impérial, et Marie-Christine d’Autriche (1858-1929), sœur de l’archiduc Eugène et reine d’Espagne. L’hôtel, l’un des plus anciens hôtels citadins d’Europe – son nom d’origine est Hotel Drei Könige – se para ainsi à nouveau d’une touche de royauté.

Comme un véritable monarque, l’archiduc Eugène évoluait non seulement dans la haute société bâloise, le « Basler Daig », soit les familles riches et influentes de la ville qui habitaient presque exclusivement dans le quartier de Saint-Alban mais aussi parmi tous les autres habitants. Ainsi, il était impossible de ne pas remarquer cette personnalité issue d’une grande dynastie, impressionnante pour l’époque et pour la Suisse.

Il voyageait en tram, était disponible pour les passants, les vendeurs du marché ou les ouvriers, mangeait régulièrement en dehors de son hôtel et était un fidèle visiteur du carnaval de Bâle qui commençait par le Morgenstraich le lundi matin à 4 heures. Dans la Bâle calviniste, ce fervent catholique comptait de nombreux amis et avait une vie culturelle et sociale très riche.

A cette époque, le célibataire avait également une fidèle compagne, l’écrivaine Zoe von Schildenfeld (1890-1981). Son livre « Erzherzog Eugen, 1863-1963 : ein Gedenkbuch », paru en 1963 à Innsbruck, révèle moult informations et détails sur la période de l’archiduc Eugène à Bâle.

Mais l’année 1933 arriva. En Allemagne, les nationaux-socialistes accédèrent au pouvoir et la situation en Autriche devint de plus en plus instable. En 1934, l’homme d’Etat autrichien Engelbert Dolfuss (1892-1934) prit le pouvoir et instaura un régime catholique autoritaire.

Après 15 ans d’exil, l’archiduc Eugène, obtint l’autorisation de retourner en Autriche. Le 23 mai 1934, son train – il voyageait en deuxième classe ! –  se rendit à Vienne, accompagné d’une célèbre clique de carnaval de Bâle avec piccolos et tambourins : le plus grand honneur que puisse recevoir un étranger.

L’une des raisons de son départ fut son inquiétude face à la montée du nazisme. Adversaire résolu de ce régime politique créé en Allemagne, il craignit pour l’avenir de l’Autriche. En sa qualité de citoyen de premier plan, il tenta d’user de son influence pour écarter le danger imminent, mais toutefois sans succès.

Après l’Anschluss (annexion) de l’Autriche au Reich allemand en mars 1938, la Gestapo l’arrêta et le plaça en résidence surveillée. Son statut lui évita le pire. Après la guerre, il s’installa à Merano, ville italienne située dans le Sud-Tyrol, qui appartint à l’Autriche jusqu’en 1919.

Dans cette région, il avait commandé les troupes impériales en tant que maréchal de camp pendant la Première Guerre mondiale. Il se rendit ensuite régulièrement à Bâle. L’hôtel Les Trois Rois, le « Daig » et les Bâloises et Bâlois accueillirent toujours chaleureusement leur « Erzi ».

La boucle était donc presque bouclée. Au XIIIème siècle, les Habsbourg en plein essor eurent l’intention de faire de Bâle la résidence principale de leur empire. Mais les citoyens ne furent pas de cet avis et ne voulurent pas de la charge – financière – et de la présence militaire d’une résidence impériale.

En fait, rétrospectivement, la ville fut déjà en passe de devenir un canton républicain et d’autres villes et localités s’opposèrent aux souverains habsbourgeois. Les défaites des Habsbourg en 1315, 1386, 1415, 1460 et 1499 furent bien connues.

Bâle devint membre de la Confédération suisse en 1501. La Réforme chassa le prince-évêque et son entourage noble à partir de 1527. Ainsi, la ville de Bâle parvint à écarter les prétentions des Habsbourg et s’affranchit en même temps de l’évêque.

Les Habsbourg et leurs souverains ne jouèrent plus aucun rôle politique à Bâle durant ces années et ne s’y rendirent qu’en juin 1919.

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Le Conseil fédéral

Cet article présente le Conseil fédéral, le gouvernement de la Suisse.

Organisation

Le Conseil fédéral (Bundesrat, Consiglio fédéral, Cussegl federal) est composé de sept membres (conseillers fédéraux), comme le prévoit la Constitution de 1848.

La Chancellerie fédérale (Bundeskanzlei, Cancelleria federale, Chanzlia federala) soutient le Conseil fédéral et est dirigée par le chancelier de la Confédération.

Les conseillers fédéraux et le Chancelier de la Confédération sont élus par l’Assemblée fédérale unie pour un mandat de quatre ans après les élections législatives.

À cet égard, le Conseil fédéral n’est pas fondamentalement différent des autres démocraties.

Le système

Cependant, les apparences sont trompeuses. À de nombreux égards, le Conseil fédéral se distingue des autres systèmes parlementaires ou présidentiels traditionnels.

Tout d’abord, le nombre de conseillers fédéraux est fixé par la Constitution. Ce nombre est resté inchangé depuis 1848. Les sept conseillers fédéraux dirigent chacun un département:

le Département fédéral des affaires étrangères, le Département fédéral de l’intérieur, le Département fédéral de justice et police, le Département fédéral des finances, le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports, le Département fédéral de l’économie, de l’éducation et de la recherche, et le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication.

Un deuxième aspect est que le Conseil fédéral ou les conseillers fédéraux individuels ne peuvent pas être révoqués par le Parlement. D’autre part, le Conseil ne peut pas dissoudre le Parlement. La distinction classique entre le gouvernement et l’opposition n’existe donc pas.

De plus, la démocratie directe permet aux membres des partis au pouvoir de rejoindre l’opposition.

Bien entendu, le principe est que chaque loi, chaque décision doivent être approuvées par les deux chambres du Parlement et, si c’est le cas, par le peuple (démocratie directe).

Compétences

Par ailleurs, les cantons et les communes disposent de compétences étendues, telles que la sécurité sociale, l’éducation, la santé et la fiscalité.

La Constitution stipule expressément que la Confédération s’occupe uniquement des tâches qui ne sont pas attribuées aux cantons et aux communes.

En d’autres termes, les cantons exercent tous les droits qui ne sont pas délégués à la Confédération (art. 3 CF).

En plus, les cantons sont souvent également responsables de l’exécution de la politique fédérale. Avec une population de plus de huit millions d’habitants, l’administration fédérale centrale ne compte qu’environ 38 000 fonctionnaires.

Collégialité

Une autre caractéristique est la collégialité. Le Conseil fédéral parle, en théorie, d’une seule voix. Des différences existent, mais elles ne sont pas exprimées (principe de collégialité).

Les consultations entre les sept membres du Conseil fédéral (et leurs départements) durent jusqu’à ce qu’un accord soit conclu. C’est pourquoi le consensus est une autre caractéristique essentielle.

Egalité

L’absence d’un premier ministre ou d’un chef d’État permanent reflète également l’égalité de tous les membres du Conseil fédéral. Le président de la Confédération est élu chaque année par les deux chambres du Parlement parmi les sept conseillers fédéraux pour un mandat maximum d’un an, primus/prima inter pares.

Composition

La composition du Conseil fédéral est également remarquable et il existe même un record mondial. Les libéraux-radicaux (PLR) ont été membres du Conseil fédéral sans interruption depuis 1848, et jusqu’en 1891, ils étaient même le seul parti.

En raison du système de la majorité absolue dans la circonscription électorale, ce parti a longtemps eu la majorité au Parlement, qui était élu au suffrage universel des hommes.

Il n’y a pas eu d’autres partis modernes avant 1880. Après 1880-1890, le parti démocrate-chrétien (PDC), le parti socialiste (PS) et le parti des paysans, artisans et bourgeois (aujourd’hui l’Union démocratique de centre (UDC) se sont développés.

Cependant, la démocratie directe (l’introduction du référendum facultatif en 1874 et de l’initiative populaire en 1891) a obligé le PLR à déléguer le pouvoir au PDC et à nommer un conseiller fédéral du PDC en 1891.

En 1919, l’initiative populaire a également conduit au système de représentation proportionnelle au Conseil national (pour les hommes). Par la suite, un deuxième conseiller fédéral du PDC (1919), un conseiller fédéral de l’UDC (1929) et deux conseillers fédéraux du PS (1943 et 1951) ont été élus comme membres du Conseil fédéral.

Concordance et la formule magique

Cela a conduit à l’élaboration du système dit de concordance et de la formule magique (Zauberformel). Le gouvernement est constitué de cette répartition des sept membres des quatre plus grands partis. Après 2003, cela a changé : deux sièges pour l’UDC et un siège pour le PDC. Les grandes victoires électorales et les référendums de l’UDC ont été à l’origine de ce changement.

Les nouveaux venus qui connaissent un (grand) succès, comme les partis Verts, n’entrent pas immédiatement au Conseil fédéral. Plusieurs victoires électorales successives sont nécessaires.

D’autres critères sont à prendre en compte dans une Suisse multilingue et multiculturelle sont la langue, le canton et le sexe. Il y a actuellement quatre membres germanophones, deux membres francophones et un membre italophone.

Conclusion

Le système a ses inconvénients et ses lacunes. Néanmoins, il garantit la stabilité, il empêche la montée des partis extrémistes et des hommes ou femmes forts et, surtout, il fournit la base du compromis et du consensus et du dialogue permanent avec la société et ses citoyens.

(Source et plus d’informations: G. Malinverni, M. Hottelier, M. Hertig Randall, A. Flückiger, Droit constitutionnel suisse, Volume I, L’État, Berne 2021; www.admin.ch).

Le château épiscopal de Coire et La Danse macabre

Le château épiscopal (bischöfliches Schloss) de Coire (canton des Grisons) comprend le palais épiscopal, la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption de Coire, (en allemand Kathedrale St. Maria Himmelfhart), les résidences du chapitre de Coire et le musée du Trésor de la cathédrale de Coire (Domschatzmuseum Chur).

L’autre partie est en cours de rénovation et sera ensuite ouverte au public. Le complexe, entouré de murs médiévaux, se trouve sur un remarquable éperon rocheux et trône à environ 20 mètres au-dessus de la vieille ville.

Maison d’Obere Spaniöl, XVIIIème siècle

1 600 ans d’histoire de l’Eglise

Coire est l’une des plus anciennes villes épiscopales au nord des Alpes. En outre, son trésor d’art liturgique a survécu et est demeuré presque intact, malgré la Réforme introduite à Coire en 1527 et la tension permanente entre le Conseil de la ville, les citoyens protestants et l’enclave catholique de la cour épiscopale.

Cette situation peut être comparée à celle de la ville de Saint-Gall qui adopta officiellement la Réforme en 1527. Cependant, contrairement à la cathédrale de Coire, de nombreux objets liturgiques de l’abbaye séculaire de Saint-Gall furent vendus, donnés, détruits ou pillés. Saint-Gall posséda même l’un des premiers murs politiques d’Europe, qui séparait le territoire de l’abbaye au centre de la ville du reste de la cité protestante.

Le palais épiscopal,Photo: Alice das Neves Photography

Retour à Coire. Le premier prédécesseur de la cathédrale de Coire fut construit au Vème siècle peut-être sous l’évêque Asinion. Des recherches archéologiques ont révélé un autre prédécesseur du VIIIème siècle, l’église de Tello (Tellokirche), datant de la période 750-760.

L’évêque Tello était le dernier descendant de la famille noble des Zaccon/Victorides qui régnait sur la Rhétie. L’église actuelle, de style roman tardif, fut consacrée le 19 juin 1272 après une période de construction de 120 ans.

Ses sculptures, décorations et chapiteaux romans inaltérés, complétés au cours des siècles suivants par des éléments gothiques et baroques, sont parmi les mieux conservés d’Europe. Les fresques gothiques sont probablement l’œuvre du Maître de Rhäzuns dans le style du Maître de Waltensburg.

Le monastère des Prémontrés de Saint-Lucius (St. Luzi) fut fondé en 1149 à Coire. Saint-Lucius et Saint-Florin (St. Florinus) sont les saints patrons du diocèse. La première construction de ce sanctuaire date du VIIIème siècle. Il s’agissait d’une église carolingienne.

La crypte carolingienne a été préservée. Des plaques funéraires de membres de la dynastie des Zaccon/Victorides du VIIIème siècle aussi ont subsisté. Cette dynastie rhétique s’éteignit en 765, après quoi Charlemagne (748-814) nomma des abbés francs et, à partir de 806, des comtes francs en tant que souverains séculiers.

L’église paroissiale voisine de Saint-Martin (St. Martinskirche), attribuée au culte réformé, fut mentionnée pour la première fois vers 800. Cet édifice indique la position isolée, après la Réforme de 1527, de la cour épiscopale située à quelques centaines de mètres.

L’église Saint-Martin

Le musée du Trésor de la cathédrale

Le musée du Trésor de la cathédrale de Coire, situé dans l’ancien palais épiscopal baroque, n’est pas seulement un musée. Outre les reliques, le trésor de la cathédrale comprend d’autres joyaux, réunis au fil des siècle, notamment, des objets liturgiques encore utilisés lors des offices religieux, tels que des calices, des burettes à vin et à eau ou des encensoirs. Le Vendredi saint, l’exposition de la croix triomphale du XIIIème siècle, par exemple, constitue un rite de la liturgie.

Photo: Ralph Feiner

La croix triomphale

La Danse macabre

En outre, depuis 2020, les 25 images intactes de la Danse macabre (Totentanz) de 1543, mondialement connues, sont exposées dans la cave à vin du palais. Ces images ont été créées à partir de gravures sur bois de Hans Holbein le Jeune (1498-1543). Ces peintures, qui furent accrochées jusqu’en 1882 dans une salle obscure du palais épiscopal, ont ensuite été déplacées au Musée rhétique de Coire (Räthisches Museum, Chur) où elles sont restées jusqu’en 1976. Depuis lors, elles n’avaient plus été montrées au public et aujourd’hui, elles sont à nouveau visibles.

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Photo: Ralph Feiner

Pour réaliser cette série de type grisaille réalisée sur une armature de trois rangées d’une longueur de 15 mètres et d’une hauteur de 3,40 mètres, le peintre anonyme, n’a utilisé que les couleurs grises, noires et blanches.

(Source et plus d’informations: Domschatzmuseum Chur)

Genève et le Mur des Réformateurs

Le Mur des Réformateurs – ou Monument international de la Réforme – se trouve au cœur du parc des Bastions, à Genève, une ville celtique (oppidum), romaine (Genava) et médiévale.

Composé d’un rempart de pierre gravé et orné de bas-reliefs, devant lequel se dressent les statues des quatre grands prédicateurs, représentant le groupe central, Guillaume Farel (1489-1565), Théodore de Bèze (1519-1605), Jean Calvin (1509-1564) et John Knox (1513-1572), tous vêtus de la « robe de Genève » et tenant la petite Bible du peuple à la main, il fut érigé en 1909 pour le 4ooème anniversaire de la naissance de Jean Calvin, né Jehan Cauvin.

Du fait des persécutions contre ceux qui seront plus tard appelés les « protestants », il fuit la France en 1535 pour se réfugier dans la ville relativement tolérante de Bâle, ville de Desiderius Erasmus (1467-1536), appelé Erasme de Rotterdam, alors déjà gravement malade.

Bâle adopta la Réforme dans les années 1527-1529, officiellement introduite par le réformateur Johannes Oekolampad (1482-1531). De ce fait, Erasme de Rotterdam quitta Bâle en 1529 et se rendit dans la ville catholique de Fribourg-en-Brisgau (Freiburg im Brisgau – Bade).

Peu de temps avant sa mort, il retourna dans sa chère ville et repose désormais dans sa dernière demeure auprès du réformateur Johannes Oekolampad dans la cathédrale (Münster) en 1536. On ne sait pas si Jean Calvin a rencontré ou non Erasme de Rotterdam. Toutefois, Jean Calvin publia son traité de théologie « Institution de la religion chrétienne » à Bâle en 1536.

Peu de temps après, Jean Calvin partit à Genève, également devenue protestante en 1536. Dans cette ville, il travailla avec le réformateur Guillaume Farel qui a introduit le protestantisme dans la principauté française (1504-1706) de Neuchâtel.

Cependant, Jean Calvin fut trop dogmatique pour le gouvernement genevois et dut quitter Genève. Il gagna la ville protestante de Strasbourg – à l’époque indépendante du Saint-Empire romain germanique – où il séjourna de septembre 1538 à septembre 1541. Il fut le pasteur de la communauté de réfugiés protestants de langue française.

En 1541, Jean Calvin, rappelé par les autorités, retourna à Genève pour y soutenir la doctrine de la gloire de Dieu, nommée le calvinisme. En quelques années, il fit de Genève une « Jérusalem » protestante, une ville sainte de la Réforme.

Il publia de nombreux écrits en latin et en français, il fonda l’Académie de Genève, conçue à l’origine comme un séminaire théologique et humaniste, ancêtre de l’université actuelle, et l’Auditoire Calvin, haut lieu du protestantisme. Il attira des milliers de réfugiés à Genève : la ville passa ainsi de 10 000 habitants en 1535 à plus de 23 000 habitants en 1562.

Et, surtout, il fut en conflit permanent avec d’autres réformateurs protestants, dont Martin Luther (1483-1546) et Sébastien Castellion (1515-1563). Jean Calvin fut dogmatique et intolérant, comme le montre une exposition actuelle tenue à la bibliothèque universitaire de Bâle.

« Le 26 juillet 1581 les Etats-Generaux reunis a la Haye adpotent la déclaration d’indépendance des Provinces-Unies »:

« D’ondersaten zyn niet van Godt gheschapen tot behoef van den Prince om hem in alles wat hy beveelt weder het goddelick oft ongoddelick recht oft onrecht als slaven te dienen, maer den Prince om d’ondersaten wille sonder dewelcke geen Prince is om deselve met recht ende redene te regeeren ». 

Le calvinisme devint la doctrine théologique dominante dans certaines parties de la Suisse et des Pays-Bas. C’est la raison pour laquelle Guillaume le Taciturne (1533-1584) occupe une place d’honneur nominative sur le Mur des Réformateurs, à gauche du groupe central.

Guillaume le Taciturne fut le chef de la révolte hollandaise contre Charles V, roi catholique d’Espagne et empereur de l’empire sur lequel le soleil ne couche jamais, autrement dit un empire si vaste qu’il transcenda les différentes zones géographiques pour que le soleil brille toujours sur son territoire.

Parmi les autres personnages figurent sur le mur de plus de 100 mètres de long, toujours à gauche du groupe central : Gaspard de Coligny (1519-1572), Frédéric-Guillaume de Brandebourg (Friedrich Wilhelm Graf von Brandenburg) (1620-1688) et à droite du groupe central : Roger Williams (1603-1684), Olivier (ou Oliver) Cromwell (1599-1658) et Etienne (István) Bocskai (1557-1606).

Au début du Mur des Réformateurs, dans le coin gauche, il est fait mention de la date officielle de la Réforme à Genève, le 21 mai 1536. À la fin du mur est inscrite la date du 12 décembre 1602.

Dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602, Charles-Emmanuel (1562-1630), duc catholique de Savoie, avec le soutien de l’évêque expulsé de Genève, tenta en vain de s’emparer de la ville de Genève. L’attaque, commémorée chaque année à Genève le 12 décembre, est appelée l’Escalade en référence aux échelles utilisées par les assaillants pour franchir les remparts de la ville.

Cependant, parmi tous les personnages protestants et les dates citées de 1536 et 1602, y sont également mentionnés le Prince d’Orange, Guillaume III (1650-1702), stadhouder (gouverneur) des Sept Provinces Unies des Pays-Bas de 1672 à 1702 et roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande de 1688/1689 à 1702, ainsi que son épouse Marie Stuart (1662-1694), reine d’Écosse.

Le 13 février 1689, Guillaume Prince d’Orange et Marie II Stuart, son épouse, fille aînée de Jacques II, appelés sur le trône, acceptèrent simultanément la couronne d’Angleterre et la Déclaration des Droits fondamentaux de la monarchie constitutionnelle. Cet acte, imposé aux souverains d’Angleterre à la suite de la Glorieuse Révolution, consacre la fin de la monarchie absolue et l’avènement de la démocratie en Angleterre.

 The Lords spiritvall land temporall and commons being now assembled in a full and free representative of this nation doe for the vindicating and asserting their ancient rights and liberties declare: that the pretended power of suspending of laws by regall authority without consent of parlyament is illegall…That levying money without grant of parlyament is illegall…That election of members of parliament ought to be free. The Bill of Rights.

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Le Prix Wakker 2023

Patrimoine suisse (Schweizer Heimatschutz) attribue chaque année le Prix Wakker (Wakkerpreis à une commune politique ou exceptionnellement à des organismes ou des associations. Le Prix Wakker distingue des communes qui peuvent se prévaloir d’un développement urbanistique de qualité.

La ville de Lichtensteig (canton St. Gall) reçoit le Prix Wakker 2023. Durant des siècles, Lichtensteig (canton de St. Gall) a été un centre urbain au cœur du Toggenburg rural. Le commerce régional s’y est développé et l’on y produisait pour le marché national et international.

Toggenburger Museum

Dès les années 1970, l’économie locale a connu un tournant critique: des centaines de postes de travail ont disparu dans l’industrie, le commerce et les services. Le déclin et la désertification rampante ont eu raison de la confiance de cette cité jadis si fière. Les milieux politiques et économiques ainsi que les habitants ont développé de nouveaux projets innovants pour animer les espaces inoccupés.

Depuis, Lichtensteig se positionne comme «Mini.Stadt», une formule volontairement ambivalente pour désigner cette petite cité ambitieuse qui offre les prestations d’une ville à la campagne et propose à chacun des lieux à des prix raisonnables pour réaliser ses visions et ses idées.

La ville soutient les initiatives qui font renaître les surfaces commerciales au centre et qui explorent de nouvelles voies afin de trouver des affectations adaptées pour les grands espaces et les zones industrielles.

Avec sa politique active, Lichtensteig exploite les possibilités qui s’offrent à elle pour exercer une influence sur le développement du bâti et orienter les utilisations vers la durabilité.

La ville parvient à attirer de nouveaux habitants et à conserver sa population, à encourager la culture et ainsi à retrouver son caractère de centre urbain au sein d’une région rurale. L’ampleur des projets lancés par la commune est très diverse

La ville a récemment élaboré une vision et une stratégie de développement spatial à l’horizon 2050. Les objectifs, qui mettent l’accent sur les rues les plus passantes et sur le paysage, seront autant de belles occasions de revaloriser l’image urbaine hors de la vieille ville.

(Source et plus d’informations: Patrimoine suisse)