La disputatio de Zurich, la Réformation suisse et la soupe au lait de Kappel

La Réforme – aussi appelée la Réforme protestante – bouleversa la Suisse du XVIème siècle. Contrairement à l’Allemagne où les comtes et princes régnants déterminaient la religion et la politique ecclésiastique (Cuius regioeius religio – Tel prince, telle religion), c’étaient des structures prédémocratiques qui amorçaient le mouvement réformiste en terre helvétique, entre autres, à St. Gall, Bâde, Neuchâtel, Genève, Coire, Berne, Zurich et Bâle.

Anton von Werner (1843–1915). Maarten Luther à la Diète impériale (Reichstag) de Worms. Photo: Wikipedia

Au début de l’année 1519, Ulrich Zwingli (1484-1531) fut nommé prêtre séculier au Grossmünster (littéralement en français : grande abbaye) de Zurich. Il critiqua toujours plus fervemment les abus religieux. Il commença à mettre en place une réforme de l’Église qui conduisit à la fondation de l’Église réformée.

La diète impériale de 1530 à Augsburg. Collection: Dreiländer Museum Lörrach

A l’instigation de Zwingli notamment, les disputes se déroulent souvent à une échelle urbaine avec la collaboration des autorités civiles. Leur but est de convaincre les adversaires de la nécessité de réformer l’Église. Les deux disputes de Zurich (29 janvier et 26 octobre 1523) sont fameuses.

Zurich, Grossmünster, Huldrych Zwingli

Zwingli prêcha contre la vénération des images, des reliques et des saints, et s’engagea en plus contre le célibat et l’eucharistie. Il tenta de répandre sa réforme dans toute la Suisse et en tant que politicien, il rêvait d’une Confédération renforcée par la foi réformée. Une victoire importante d’Ulrich Zwingli fut l’introduction de la nouvelle foi dans sa ville natale de Zurich.

La Disputatio de Bade en 1526. à gauche le théologe catholique Johannes Eck, à droite le réformateur Johannes Oekolampad. Collection: Zentralbibliothek Zürich

Les homélies, les écrits ainsi que l’influence d’Ulrich Zwingli eurent comme conséquence que le Conseil de la ville de Zurich, suite à la pression de la population de la ville et de la campagne, demanda l’extraction des statues de saints et d’autres trésors hors des églises.

Albert Kaufmann, aquarelle et crayon, 1843, Die Kappeler Milchsuppe (La soupe au lait de Kappel). Collection : Dreiländer Museum Lörrach. En 1529, une guerre éclate à Kappel am Albis (canton de Zurich) entre réformés et catholiques. Lors des négociations de paix, les belligérants se rencontrèrent autour d’une soupe au lait. Le traité de paix de 1532 stipule que chaque localité pourra décider elle-même de sa confession. L’événement « Kappeler Milchsuppe » reste un symbole de l’identité suisse et de la gestion des crises.

La Réforme suspendit les règles du carême ainsi que la messe catholique. Elle aboutit à de profonds changements dans la vie quotidienne et administrative zurichoise et se propagea dans plusieurs autres cantons de la Confédération.

Martin Luther (1483-1546), alors moine catholique, fit afficher 95 thèses sur l’église de la Toussaint à Wittenberg (Allemagne).

Les idées de la foi réformée furent répandues dans le Saint-Empire romain germanique et en Suisse, notamment en 1522 par Ulrich Zwingli, curé à Zurich, et plus tard par Jean Calvin (1509-1564) à Paris, Strasbourg et Genève et par Guillaume Farel (1489-1565) à Neuchâtel.

Guillaume Farel (1489-1565), le réformateur de Neuchâtel

La Réforme toucha alors la majeure partie de l’ Europe du Nord-Ouest, Les relations entre Martin Luther et Ulrich Zwingli, le père de la Réforme, furent marquées par un violent conflit.

Ulrich Zwingli voyait en Martin Luther « l’Hercule qui a tué le fauve romain ».  A l’inverse, Martin Luther décrivait Ulrich Zwingli comme « le géant de Zurich », terme empreint d’ironie.

(Source et plus d’informations : Dictionnaire Historique de la Suisse, Disputes de religion, I. Backus, 23.01.2006; Grossmünster Zürich

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice

Die Täuferbibel, exemplar von Heinrich Bullinger

La collection d’écrits du Grossmünster possède, outre de nombreux imprimés bibliques, une collection d’écrits de la Réforme zurichoise. Cette collection de bibles et d’écrits de l’époque de la Réforme est présentée dans l’exposition permanente Getruckt zů Zürich.

Le 24 février 2022

Les Églises suisses ont organisé sous l’égide de la Communauté de travail des Églises chrétiennes en Suisse (La Communauté de travail des Églises chrétiennes en Suisse, CTEC) une prière œcuménique le 24 février 2023, un an jour pour jour après l’invasion russe en Ukraine.

Étaient conviées, en plus de Martin Candinas, président du Conseil national, des représentantes et représentants des communautés ukrainiennes en Suisse.

Rosa Grädel, pasteure de la paroisse de la collégiale de Berne (Berner Münster) souhaita la bienvenue aux plus de 500 participantes et participants qui trouvèrent le chemin de cette célébration. L’abbé Pierre-Yves Maillard, président de la CTEC Suisse rappelle que les organisateurs avaient souhaité que ce moment de recueillement, une année jour pour jour après le début de la guerre en Ukraine, soit le plus largement ouvert à toute personne animée par un désir de paix.

Martin Candinas, président du Conseil national

Martin Candinas qui préside cette année le Conseil national, a adressé aussi quelques mots à l’assemblée :

« Notre [de la Suisse] histoire est une histoire de paix et de prospérité. Je ne le dis pas avec fierté, mais avec une infinie gratitude et une grande humilité. C’est avec la même humilité que je m’adresse aujourd’hui, au nom de l’Assemblée fédérale, à toutes les personnes qui souffrent des conséquences de la guerre, aux familles qui pleurent la perte de proches, à celles et ceux qui passent des nuits blanches dans l’inquiétude et la peur, qui sont marqués par la violence.

Nous partageons votre douleur. Nous qui sommes depuis si longtemps épargnés par les guerres, nous ne pouvons qu’imaginer l’ampleur de votre souffrance. C’est pourquoi nous sommes réunis aujourd’hui ici, dans la Collégiale de Berne. Nous voulons réaffirmer notre solidarité et vous dire que vous n’êtes pas seuls ! »

La manisfestation était un regard vers l’avenir avec une vision réaliste (sans espoirs et intitiatives pacifistes naïves) du présent. Le « Dona nobis pacem », l’allumage des bougies et le rameau d’olivier étaient des expressions de cet avenir.

(Source et plus d’informations: La Communauté de travail des Églises chrétiennes en Suisse)

Les monuments de Serrières

Presque toutes les localités de Suisse possèdent un ou plusieurs monuments culturels et historiques qui sont – presque – toujours entourés d’une nature magnifique. Il faut parfois les chercher un peu, par exemple lorsqu’une ancienne colonie gallo-romaine a été intégrée à une agglomération urbaine.

Le nom de lieu Serrières – aujourd’hui un quartier de la ville de Neuchâtel – vient du latin serra (la scie) désignant au Haut Moyen Âge, voire dès l’Antiquité, l’endroit où se trouvaient de nombreuses scieries.

Les ressources piscicoles offertes par le lac, les facilités de transport attribuables au réseau des trois lacs jurassiens et de l’Aar expliquent la présence d’une villa romaine. La villa romaine de Serrières fut découverte en 1908 dans le cadre de la construction des maisons de la Cité Suchard.

Un bâtiment abritant des thermes fut bâti, alors que les autres constructions romaines étaient situées sur le coteau. L’agencement des bains était en grande partie commandé par la circulation de l’eau, mais surtout de l’air chaud et des fumées produites au niveau du ou des foyers (praefurnium/a) et qui circulaient dans les hypocaustes (chauffage par le sol) en se refroidissant progressivement avant d’être évacués par des conduits muraux (tubili).

À l’époque mérovingienne (VIe – VIIe siècles), le site fut occupé par un édifice funéraire qui devint au Moyen Âge l’église Saint-Jean de Serrières. La découverte d’une nécropole de près de 200 tombes, restes d’un mausolée privé de la même époque, et le développement du lieu de culte jusqu’à nos jours indiquent l’existence d’une communauté pérenne, de laquelle semblent issus, ou dépendre, les établissements plus tardifs de Neuchâtel et Peseux.

L’église de Serrières est le plus ancien lieu de culte chrétien en activité de la ville de Neuchâtel. Après avoir été agrandie au IXe siècle, elle fut entièrement reconstruite au XIIe siècle en style roman.

L’ancienne commune de Corcelles et Cormondrèche, issue de la réunion, en 1888, des villages de Corcelles et de Cormondrèche, qui a rejoint la commune de Neuchâtel le 1er janvier 2021, ainsi qu’Auvernier et Colombier, a existé avant Neuchâtel ! Auvernier et Colombier ont juste une histoire gallo-romaine à raconter !

Les thermes ou les maisons de bains se trouvaient alors au bord du lac de Neuchâtel dont le niveau a été abaissé de 3 mètres au XIXe siècle.

(Source et plus d’informations: www.neuchatelville.ch)

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Hospental, un des plus beaux villages suisses

Le dernier village avant de traverser le Gothard vers le sud a bénéficié d’une grande attention à l’époque des muletiers. Le nom lui-même, Hospental (canton d’Uri), vient du latin « hospitale » qui signifie auberge.

Le centre du village vaut la peine d’être visité; les maisons datent de l’époque florissante et forment une image harmonieuse du village. La tour de défense, qui date du 13e siècle, est également marquante pour le paysage. Zumdorf fait également partie de la commune de Hospental.

Ce n’est pas seulement le plus petit village de la région touristique d’Andermatt, mais aussi de toute la Suisse. Seules quatre personnes vivent à Zumdorf toute l’année. Hospental lui-même compte 190 habitants.

Source et plus d’informations: Die Schönsten Schweizer Dörfer; www.hospental.ch)

Madame Carnaval est de retour

Comme toujours, les premiers spectateurs, installés au centre de Bâle, vont attendre avec impatience le cortège du Carnaval de Bâle qui aura à nouveau lieu cette année après trois ans d’absence suite au COVID-19.

Le pré-carnaval a d’ores et déjà commencé. Emanant des fenêtres, des caves et de divers endroits, on peut entendre le son des piccolos, des tambours et des instruments à vent des cliques ainsi que  des carnavalières et carnavaliers.

De nombreuses manifestations sont organisées dans les théâtres, cafés, restaurants et en d’autres lieux en l’honneur de Madame Carnaval (Frau Fasnacht), surnom affectueux donné par les Bâlois à l’évènement.

Impressions de Mimösli 2023

Affiche Pfyfferli 2023

Impressions de Drümmeli 2023

Le Carnaval de Bâle se déroulera du 27 février dès 4h00 du matin (Morgenstreich) au 2ième mars, 04.00. Carnaval protestant le plus important du monde, il fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2017.

Plus d’informations : Fasnachts-Comité de Bâle

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Le pré-carnaval dans les rues de Bâle

Coire et l’évêché de Coire

L’histoire de Coire (canton des Grisons) remonte à environ 11’000 ans avant J.-C. La région fut déjà habitée à l’époque préhistorique. Des tribus rhétiques y habitèrent lorsque les Romains la conquirent dans les années 15 à 13 avant J.-C. Coire (Curia) fut la capitale de la province romaine de Raetia Prima.

Les débuts du diocèse de Coire remontent au IVème siècle. Coire fut l’une des premières villes chrétiennes de Suisse et l’un des premiers diocèses – dans l’Église universelle catholique romaine, une Église particulière, conduite par son évêque en collaboration avec l’ensemble de ses prêtres – au nord des Alpes.

L’évêque acquit un pouvoir politique et économique croissant sous les souverains carolingiens et les empereurs du Saint-Empire romain germanique entre 800 et 1300 après J.-C. Cependant, à la fin du Moyen Âge, son pouvoir séculier commença à décliner.

La nouvelle constitution de la ville écrite par les citoyens en 1465 accorda le pouvoir gouvernemental aux cinq guildes de Coire – associations ou coopérations de personnes pratiquant une activité commune – à savoir les tisserands, les cordonniers, les tailleurs, les forgerons, les boulangers.

En transférant le pouvoir politique de l’évêque aux guildes, une nouvelle oligarchie d’artisans émergea. L’influence politique de l’évêque diminua encore avec la Réforme au début du XVIe siècle.

Le siège du gouvernement et le monument des trois Ligues

Le canton des Grisons rejoignit la Confédération suisse en 1803. Alors en concurrence avec Ilanz, capitale de la Ligue grise (Grauer Bund) et Davos, capitale de la Ligue des Dix-Juridictions (Zehngerichtenbund), Coire, capitale de la Ligue de la Maison-Dieu (Gotteshausbund), devint le chef-lieu du seul canton trilingue de Suisse. Les Trois Ligues – également nommées Ligues rhétiques ou Ligues grisonnes – formèrent une alliance au sein de ce qui est désormais le canton des Grisons.

Le poète romanche Giachen Caspar Muoth 

Le siège principal de la Lia Rumantscha

La ville de Coire est une ville moderne qui abrite le siège du gouvernement et le siège permanant du parlement, le siège du Chemin de fer rhétique (Rhätische Bahn), plusieurs musées, le musée rhétique (Rätisches Museum), le musée d’art des Grisons (Bündner Kunstmuseum Chur), le musée du Trésor de la cathédrale (Domschatzmuseum),  le Forum Würth, qui  présente des expositions temporaires avec un large programme d’accompagnement, ainsi que plusieurs autres institutions culturelles, la Lia Rumantscha, des maisons d’édition, des attractions touristiques et qui possède une histoire fascinante. Seule ville loin à la ronde, elle a plus de fonctions urbaines que ne le laisse supposer sa taille.

(Source: Dictionnaire historique de la Suisse, J. Simonett, Coire, Traduction P.-G. Martin; H. Schlapp, die Kathedrale von Chur, Coire, 2009; R. Kaiser, Churrätien im frühen Mittelalter, Bâle, 2008)

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Impressions de Coire

 

Von Planta, Rotes Haus

Benedikt Fontana Monument 

La Présidence de la Confédération suisse

Les principales dispositions relatives à l’organisation du gouvernement suisse sont contenues dans les art. 174 à 179 de la Constitution fédérale. Elles décrivent l’élection et le nombre de membres du Conseil fédéral (sept), la durée du mandat (quatre ans), le principe de collégialité et d’égalité, l’élection du chancelier ou de la chancelière de la Confédération, les tâches de la Chancellerie fédérale en sa qualité d’état-major du Conseil fédéral ainsi que les tâches de la présidence et vice-présidence de la Confédération (art. 176).

La Présidence

Le/la président(e) et vice-président(e) de la Confédération suisse (Bundespräsident(in) et Vize-Bundespräsident(in) en allemand), (presidente et vice presidente en italien), president et vice president en romanche) sont élu(e)s par l’Assemblée fédérale, réunissant le Conseil national et le Conseil des États pour une période d’un an.

Le président de la Confédération et le vice-président du Conseil fédéral sont élus l’un après l’autre. Ces mandats ne sont pas renouvelables pour l’année suivante.

Depuis 1890, l’élection du Président de la Confédération se fait traditionnellement par rotation (tournus) sur la base de l’ancienneté des membres du Conseil fédéral (principe de l’ancienneté de la fonction).

Le membre le plus ancien du Conseil fédéral est élu vice-président(e) de la Confédération pour un an puis l’année suivante président(e) de la Confédération, selon le principe de la rotation (das Rotationsprinzip). Il n’y a donc pas de campagne électorale.

Le, la président(e) de la Confédération conduit le gouvernement, mais uniquement en tant que primus/prima inter pares (littéralement « premier parmi les pairs »). Il/elle n’a donc pas d’autorité sur ses collègues et ne peut être considéré(e) comme un chef d’État puisque l’ensemble du collège des conseillers fédéraux exerce les prérogatives attachées à cette fonction. Il/elle n’a pas de rôle de Premier ministre.

Le rôle principal du président de la Confédération est de coordonner et de préparer les séances du gouvernement, de gérer la coopération et la coordination entre et avec les sept départements et les deux chambres du parlement, soit le Conseil national et le Conseil des États.

Il dirige les séances du Conseil fédéral et arbitre au besoin la discussion. Le président de la Confédération est également ministre de l’un des sept départements. Il soigne aussi tout particulièrement les relations avec les cantons.

De plus, le président de la Confédération représente le gouvernement et le pays aux niveaux national et international. Il analyse en permanence la situation politique et fixe les objectifs. Les tâches de représentation du président de la Confédération sont déterminées en premier lieu par les circonstances et les exigences de la politique intérieure et de la politique extérieure, ainsi que par les usages protocolaires.

Influence

Le président de la Confédération peut néanmoins exercer une certaine influence sur le gouvernement et sa politique et montrer son inclination pour certains sujets ou mettre en avant certains dossiers politiques du gouvernement. Cela dépend de son charisme, de sa personnalité et de ses intérêts.

Dans ses contacts avec l’étranger et par exemple dans son rôle de médiateur dans les conflits, discussions ou crises (inter)nationales, le Président de la Confédération peut aussi faire ses preuves et prendre position, comme l’a montré le passé récent.

Conclusion

L’absence d’un Premier ministre ou même d’un Chef d’État pendant quatre, huit ou parfois même seize ans donne à la politique suisse une dynamique permanente et n’entraîne pas de rigidité, de formation de clientélisme (parlementaire) et de système de patronage. Un inconvénient pourrait être l’absence d’une institution de prestige international, de stature présidentielle et de tradition.

(Source: A. Vatter, der Bundesrat, Bâle, 2020).