Sounding Soil

L’exposition Sounding Soil au Centre Pro Natura de Champ-Pittet (Cheseaux-Noréaz, canton de Vaud) vous permet de découvrir la riche vie secrète des sols. Grâce à un système de captage des sons novateur, les petites bêtes qui fourmillent sous vos pieds n’auront plus de secrets.

L’exposition est présentée dans un conteneur de navire avec un système de sonorisation 3D-Surround qui donne l’impression de se trouver dans le sol entre les racines et les animaux.

Différents enregistrements de sols accessibles avec un écran tactile vous permettent d’entendre plusieurs milieux naturels.  Cette expérience permet de rendre la terre vivante et démontre l’influence des activités humaines sur les organismes du sol.

Des ateliers sur l’importance de la biodiversité de nos sols et les liens avec l’alimentation durable seront proposés par la Fondation Biovision, un des partenaires de l’exposition aux dates suivantes: mercredi 19 mai, dimanche 23 mai et dimanche 30 mai.

Biovision vous propose de vous immerger en famille dans le monde palpitant des sons du sol. permettra de mieux comprendre l’importance d’un sol riche en biodiversité, les liens qui relient le sol aux êtres humains et la nécessité de mieux le protéger.

(Source et plus d’informations: www.soundingsoil.ch).

Le canton de Neuchâtel

A la fin du XIIème siècle naquit le comté de Neuchâtel lequel, vers 1500, atteignit la dimension de l’actuel canton de Neuchâtel.

1100-1503

Au cours de ces siècles, Colombier, Valangin, Corcelles, Môtier, Fleurier, Auvernier, Nugerol (ancien nom de la région s’étendant de Cressier (canton de Neuchâtel) à La Neuveville (canton de Berne), Boudry, Bevaix et d’autres villages – nouvellement fondés – jouèrent déjà un rôle important dans cette région, soit comme seigneurie, soit comme abbaye (avec un monastère).

La Chaux-de-Fond, Le Locle, La Brévine, La Sagne, Les Verrières et d’autres sites du Haut-Jura neuchâtelois se développèrent également durant cette période.

De 1395-1503, le Comté de Neuchâtel passa par mariage à la Maison de Fribourg-en-Brisgau pour un demi-siècle puis entre les mains des margraves de Hochberg (1458-1504) avant de passer par mariage à la Maison d’Orléans-Longueville, une branche bâtarde de la Maison de France (1504-1707).

Les Confédérés

Après 1503, les princes français de la Maison d’Orléans-Longueville se manifestèrent peu. Ainsi, les Confédérés (Eidgenossen) s’intéressèrent d’autant plus à cette région.

Occupation 1512-1529

Le territoire de Neuchâtel fut considéré comme français et prétextant une possible attaque française, quatre cantons (Berne, Soleure, Fribourg et Lucerne) occupèrent Neuchâtel en juin et juillet 1512 et en reprirent l’administration.

Il ne s’agissait pas d’une occupation militaire comme en Argovie, en Thurgovie, au Tessin ou à partir de 1536 dans le canton de Vaud.

Ce ne fut qu’un changement de gouvernement administratif, accepté par l’élite locale. Les Français ne tentèrent pas d’intervenir militairement du fait de la situation internationale : le roi de France était bien trop occupé ailleurs, notamment en Italie.

Après 1515 (bataille de Marignan) et sa victoire sur les Confédérés, la France a conclu un traité de paix perpétuelle avec la Confédération suisse en 1516. Il faudra attendre jusqu’à 1529 pour que l’administration soit remise aux princes de la Maison d’Orléans-Longueville.

1813-1815

Cependant, cet intermède (1512-1529) renforça le lien entre les citoyens neuchâtelois et la Confédération. En 1536, le Pays de Vaud (territoire de la Savoie) fut conquis avec violence par Leurs Excellence de Berne.

Neuchâtel fut épargné par ce sort, malgré la position dominante de Berne, son voisin.

Ces siècles d’histoire ont contribué à son choix d’adhérer à la Confédération suisse après 1813, soit en 1815, sans omettre l’influence de la politique internationale (Congrès de Vienne 1813-1815).

Le drapeau

Le drapeau du canton de Neuchâtel est tricolore vert, blanc et rouge, soit le vert pour les pâturages, forêts et montagnes, le blanc pour les vallées, qui rappelle les blés murs, et le rouge pour le vignoble. Et dans la partie colorée rouge se trouve en haut à droite, comme symbole, la croix suisse.

Source: Dictionnaire historique de la Suisse, Canton de Neuchâtel, https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/007397/2017-05-30).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Le canton de Bâle-Ville et la Ville de Bâle

La ville de Bâle était déjà habitée par la tribu celtique des Rauraques avant l’arrivée des Romains. Les fondations de l’ancienne forteresse (oppidum) et le mur gaulois (murus gallicus) sur la colline du Münster (cathédrale) sont encore visibles. Le long du Rhin, il y avait un autre petit village gaulois.

L’époque romaine et les Alamans

Basilia, probablement un nom celte, le nom romain n’est pas connu, était un village de petite dimension à l’époque romaine avec une garnison romaine, au contraire de la colonie romaine voisine d’Augusta Raurica (Augst) qui était une grande ville. Le musée Augusta Raurica fait revivre ce passé.

Après le départ des Romains vers 400 après J.-C., l’arrivée du premier évêque joua un rôle important pour la ville de Bâle.

Rathaus, Lucius Munatius Plancus, le fondateur de la Colonia Augusta Raurica 

Probablement en raison des invasions des Alamans à la fin du IVème siècle, Bâle devint le nouveau siège de l’évêque, qui se trouvait auparavant à Augusta Raurica.

La colline, sur laquelle sera construite plus tard la cathédrale, constitua un refuge sûr. Jusqu’à l’Empire carolingien de Charlemagne (742-814), le diocèse et la ville de Bâle ont mené une existence – sur les plans politique et culturel – sans remous.

Durant cette période, deux évêques se sont distingués : Waldo (740-814), l’un des pionniers en matière d’archivage et d’écriture alémanique, et Haito (762-836) qui fit édifier une nouvelle cathédrale à Bâle, tous deux conseillers de Charlemagne.

Le prince-évêque de Bâle

En 999 le diocèse devint une puissance séculaire et militaire. Cette année-là, le dernier roi de Bourgogne, Rodolphe III (971-1032), donna à l’évêché l’abbaye de Moutier-Grandval avec toutes ses dépendances. L’importance de cette donation lia durant plusieurs siècles le destin du Jura à celui des évêques de Bâle.

En 1032, à la mort de Rodolphe III, Bâle et le pays jurassien furent incorporés au Saint-Empire romain germanique. L’évêque devint vassal de l’empereur. Ainsi, la principauté épiscopale de Bâle fut une principauté ecclésiastique du Saint-Empire romain germanique.

Elle était également appelée Évêché de Bâle. Et le prince-évêque de Bâle était prince du Saint-Empire romain germanique.

En 1019, soutenu par l’empereur Henri II (974-1024), Adalbéron II, alors évêque du diocèse de Bâle, transforma le Münster (cathédrale) de Bâle, en y construisant notamment des tours de part et d’autre du chœur et en y consacrant un nouvel autel.

En 1347, les reliques d’Henri II et celles de son épouse, Cunégonde (980-1033), furent transférées de la cathédrale de Bamberg (Allemagne) à celle de Bâle.

Avec la possession de l’abbaye de Saint-Ursanne en 1146 et les expéditions militaires du XIIIème siècle, l’évêché de Bâle devint la plus forte puissance séculaire du Rhin supérieur et du département français du Haut-Rhin.

Son territoire comprenait l’actuel canton du Jura, le Sundgau, le sud de l’Alsace, Birsek, Birstal et des possessions disséminées dans le sud de l’Allemagne.

La ville

Aux XIIIe et XIVe siècles, le pouvoir et le prestige social des citoyens riches et des guildes – associations de marchands, d’artisans et de bourgeois – se sont accrus.

L’essor économique de Bâle fut important en raison de sa situation géographique. À cette époque, Bâle fut déjà une ville libre, suite à l’immédiateté d’Empériale (Reichsunmittelbarkeit) accordée par l’empereur du Saint-Empire romain germanique.

 

Après des batailles perdues (1315, 1386, 1388 et 1415), la perte de l’Argovie et de Baden, y compris les archives importantes avec tous les documents et les traités, la restitution en 1474 dans la Ewige Richtung/la Paix éternelle, Innsbruck, Vienne et, en Vorderösterreich, Ensisheim et Fribourg étaient déjà apparus comme centres de gouvernement.

En 1356, un tremblement de terre (magnitude 6,6) détruisit une grande partie de la ville de Bâle, dont de nombreux bâtiments, églises et châteaux.

Le Grand-Bâle et le Petit-Bâle

À cette époque, la ville de Bâle était encore divisée en deux parties : le Petit-Bâle (Kleinbasel), sur la rive droite du Rhin, et le Grand-Bâle (Grossbasel) sur la rive gauche du Rhin.

Le Petit-Bâle releva du diocèse de Constance, qui dépendait de l’archidiocèse de Mayence, probablement dès l’origine (en tout cas dès 810) et jusqu’à sa suppression en 1821. Le Grand-Bâle dépendait du diocèse de Bâle, qui relevait de l’archidiocèse de Besançon, de facto jusqu’en 1792, de jure jusqu’en 1801.

Le premier pont sur le Rhin – le pont du Milieu (Mittlere Brücke) – fut inauguré à Bâle en 1226. D’abord destiné au trafic local, il devint au XIVème siècle, avec le développement de la route du col du Saint-Gothard, un passage très important pour le commerce international.

Ainsi, la population augmenta rapidement. En 1392, le Grand-Bâle et le Petit-Bâle fusionnèrent pour former la ville de Bâle.

La ville de Bâle

La ville de Bâle avait des liens étroits avec la région d’Alsace, avec le Baden et avec la Confédération suisse, qui se constitua progressivement.

Lors des conflits militaires avec les Habsbourg, la ville de Bâle resta neutre. Cependant, elle fut impliquée dans la bataille de Saint-Jacques sur le Birse, le 26 août 1444, qui opposa les troupes mercenaires françaises (les Armagnacs) aux Confédérés.

St. Jacobs Kapelle

Artiste inconnu,  Dreiländermuseum Lörrach

En 1460, l’université de Bâle, dotée d’une faculté de médecine, fut fondée avec le soutien du pape Pie II (1405-1464). Elle contribua au développement de la ville.

La ville de Bâle attira de nombreux savants et devint un centre d’édition, d’imprimerie, d’humanisme et de sciences. Bâle resta neutre pendant les guerres de Bourgogne (1474-1477) et la guerre de Souabe (1499).

1501-1536

Avec l’adhésion de la ville de Bâle à la Confédération suisse en 1501, les relations entre l’évêque et la ville se tendirent. La bourgeoisie de la ville détint l’essentiel du pouvoir politique à la suite du départ de l’évêque et du chapitre – aristocratique – de la cathédrale de Bâle, en raison de la Réforme protestante de 1525-1529.

Rathaus du canton depuis 1501

Le catholique Erasme de Rotterdam (1467-1536) vécut à Bâle pendant la Réforme et fut enterré dans la cathédrale protestante en 1536, à une époque où les débats entre catholiques et protestants étaient vifs. L’aura d’Erasme de Rotterdam a transcendé ce clivage.

Hôtel de Ville de Bâle-Ville

1798-1848

Après la République Helvétique (1798-1803), la Confédération suisse (1803-1813) créée par l’Acte de médiation et la chute de Napoléon Bonaparte en 1813, le canton de Bâle signa le Pacte fédéral de 1815 qui unit les vingt-deux cantons souverains de la Confédération suisse.

Le 20 mars 1815, le Congrès de Vienne attribua au canton de Bâle les bailliages de Pfeffingen et du Birsek.

En 1833, le canton de Bâle se scinda en deux demi-cantons, Bâle-Campagne (Basel-Landschaft) et Bâle-Ville (Basel-Stadt).

En 1848, la Constitution fédérale fut adoptée par les vingt-deux cantons : le canton de Bâle ne disposa que d’un siège au Conseil des États, au lieu de deux.

La Constitution du 18 avril 1999 a supprimé la notion de demi-canton. Bien que ces six entités de la Suisse ne disposent toujours que d’un siège au lieu de deux au Conseil des États et qu’elles ne comptent que pour moitié lors des votations fédérales, chaque entité est actuellement considérée comme un canton.

1875

 En 1875, le canton de Bâle-Ville introduisit une nouvelle Constitution, dont les principes sont encore en vigueur : la séparation des pouvoirs, le suffrage universel masculin (l’introduction du suffrage féminin suivra en 1966), l’initiative populaire fédérale (100 000 signatures valables en 18 mois), le référendum obligatoire et le référendum facultatif.

Rathaus de canton

Administration

Dans le canton de Bâle-Ville, le Grand Conseil (Grosser Rat) – institution qui remonte au Moyen Âge – exerce le pouvoir législatif. Il est composé de 100 membres élus au suffrage universel pour un mandat de quatre ans selon un mode de scrutin proportionnel (Proporzsystem). Le Grand Conseil du canton est le parlement cantonal du canton et de la Ville de Bâle.

Les deux autres communes du canton représentées au Grand Conseil sont Riehen et Bettingen.

Le Conseil d’État, qui constitue l’exécutif, est une administration collégiale composée de sept membres, élus par le peuple selon le système du scrutin majoritaire à deux tours (absolute Mehrheit, Majorzsystem).

Numa Donzé (1885-1952), Johannes der Taufer (Jean le Baptiste), 1919. La ville compte environ 250 sources d’eau

Le drapeau du canton de Bâle-Ville

Le drapeau du canton de Bâle-Ville, blanc à la crosse de Bâle noire, provient des anciennes armoiries du prince-évêque de Bâle qui consistaient en une crosse épiscopale rouge sur fond blanc. Le changement de la couleur rouge au noir de la crosse se serait produit avant la moitié du XIVème siècle.

Le drapeau et les armoiries bâloises sont des emblèmes officiels du canton de Bâle -Ville et de la ville de Bâle.

Le siège de l’évêché de Bâle est aujourd’hui à Soleure. La plus ancienne représentation de la crosse de Bâle remonte à une pièce de monnaie frappée à la fin du XIème siècle.

(Source et informations complémentaires : A. Berchtold, Bâle et l’Europe. Une Histoire culturelle (Deux tombes), Lausanne 1991).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Le canton de Bâle-Ville

L’ Hôtel Les Trois Rois

L’ancien FCB-Stade, Petit-Bâle.

Laterne, Fasnacht 2023

Le canton de Bâle-Campagne

Le canton de Bâle-Campagne (Baselland/Baselbiet) naquit en 1833 après la scission d’avec le canton de Bâle, membre de la Confédération suisse depuis 1501.

1501-1833

En 1501, un hôtel de ville fut érigé suite à l’entrée dans la Confédération du canton de Bâle. Symbole fort, il traduisit une prise de pouvoir politique par la ville en même temps que l’ascension de la bourgeoisie. Le reste du canton fut un territoire sujet, administré par un bailli.

L’invasion française de 1798 et la dissolution du prince-évêque de Bâle marquèrent la fin de cette domination urbaine éphémère.

La République helvétique (1798-1803) abolit tous les cantons – qui perdirent leur autonomie et devinrent de simples unités administratives – leurs privilèges et leurs territoires sujets.

L’égalité civile fut établie, effaçant les différences entre les citoyens patriciens et les citoyens ordinaires, ainsi qu’entre les sujets des cantons et ceux des bailliages communs.

En 1803, l’Acte de médiation de Napoléon Bonaparte attribua une nouvelle Constitution à la Suisse et mit fin à la République helvétique.

La Suisse redevint une Confédération d’Etats (1803-1813) et le canton de Bâle – comme les dix-huit autres cantons – retrouva sa souveraineté et son autonomie.

Cela fut confirmé lors du Congrès de Vienne (1814-1815) qui garantit la neutralité perpétuelle de la Suisse et assura l’intégrité des dix-neuf cantons. En outre, le district de Birseck, qui appartint à l’Evêché de Bâle jusqu’en 1798, fut attribué au canton de Bâle-Campagne lors de sa création en 1833.

En 1830, la résistance des paysans du canton de Bâle contre le pouvoir et l’Ancien Régime s’intensifia. Les impôts furent une fois encore la cause du conflit, les campagnards ne bénéficiant pas des baisses espérées.

En 1831, le chef des campagnards, Stephan Gutzwiller (1802-1875), quitta la ville et s’installa à Liestal. Avec le soutien de la majorité des communes des alentours, il y fonda un gouvernement provisoire et revendiqua l’égalité des droits entre les citoyens de la campagne et ceux de la ville.

Bâle réagit militairement et envoya des troupes, qui entrèrent à Liestal le 16 janvier 1831.

Le 17 mars 1832, le nouveau canton de Bâle-Campagne, formé de 46 communes, fut créé.

Le 26 août 1833, la Diète fédérale (Tagsatzung) prononça la séparation du canton de Bâle en deux entités, sans toutefois augmenter le nombre de cantons : Bâle-Ville et Bâle-Campagne devinrent des demi-cantons – terme qui n’est plus utilisé officiellement depuis 1999 – et disposaient, c’est toujours le cas aujourd’hui, d’une demi voix dans le calcul de la majorité requise à l’occasion des votations populaires fédérales et d’un siège – au lieu de deux sièges – au Conseil des Etats.

Des tentatives de réunification eurent lieu. En 2013, une initiative populaire – la dernière – proposa de réunifier Bâle-Ville et Bâle-Campagne après 180 ans de séparation. Ce processus – déjà évoqué au siècle dernier – avait finalement échoué.

Le drapeau de Bâle-Campagne 

 Le drapeau de Bâle-Campagne est composé de la crosse rouge stylisée avec le crosseron garni de sept petites sphères, sur fond blanc. La crosse, suspendue par trois barres transversales, est nommée la crosse de Bâle.

Le drapeau provient des anciennes armoiries du prince-évêque de Bâle qui consistaient en une crosse épiscopale rouge sur fond blanc.

(Source: Dictionnaire historique de la Suisse, canton de Bâle-Campagne, https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/007477/2017-05-29).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

L’église de Saint-Léonard

Au centre de Bâle, l’église romane de Saint-Léonard domine la Barfüsserplatz. La première construction de l’église paroissiale date d’environ 1080.

A proximité, des bâtiments abritaient des moines augustins dans l’abbaye à partir du XIIe siècle.

Aujourd’hui, seule la crypte de l’édifice roman a été conservée. Le tremblement de terre du 18 octobre 1356 a rasé l’église romane (à l’exception de la crypte). La reconstruction a eu lieu dans le style gothique.

Peu avant la Réforme, la dernière grande rénovation de style gothique a eu lieu (1481-1521). En 1525, l’ église (et l’abbaye) a été transférée à la ville.

Ce transfert précoce est la raison pour laquelle l’église a été épargnée de l’iconoclasme de 1529. Les statues et les autels avaient déjà été enlevés et en partie conservé. L’église est aujourd’hui utilisée comme église réformée française de Bâle.

(Source: P. Habicht, Chr. Ph. Matt, St. Leonhard. Ein Rundgang durch Kirche und Geschichte, Basel 2008).

Le canton et la ville de Lucerne

Avant et après la période romaine (15 avant J.-C. à 410 après J.-C.), la région de Lucerne fut habitée par des tribus celtes. En quelques générations, les Celtes adoptèrent la culture gallo-romaine, culture romanisée sous la domination de l’Empire romain. Après le départ des Romains, de plus en plus d’Alamans s’installèrent dans la région.

Monasterium Luciara

 Dès le VIIIème siècle, une abbaye consacrée à saint Maurice fut érigée à l’endroit où se trouve actuellement l’église Saint-Léger (Sankt Leodegar im Hof).

Cette première église, don de Pépin le Bref, fut alors connue sous le nom latin de « Monasterium Luciaria ». Elle se trouvait là où la rivière La Reuss sort du lac des Quatre-Cantons. Une place commerciale s’agrandit progressivement autour du monastère. Ce fut la fondation de la ville de Lucerne entre 1180 et 1200.

Sous le règne de Pépin le Bref (714-768), ce monastère joua un rôle économique important. En 1200, la ville de Lucerne devint une ville de taille moyenne, susceptible de rivaliser avec Berne, Fribourg, Bâle, Soleure et Zurich.

La ville de Lucerne fit partie du Saint-Empire romain germanique et obtint l’immédiat impérial sous le règne du roi des Romains Rodolphe Ier d’Habsbourg (1218-1291), ce qui lui conféra l’autonomie et des privilèges.

Les Habsbourg

L’économie lucernoise prospéra sous le règne des Habsbourg, suite à l’ouverture du col du Saint-Gothard vers 1230, car Lucerne acquit des voies de communication avec les villes de la plaine du Pô, de la Lombardie, de l’Allemagne et du delta du Rhin.

Lucerne devint une plaque tournante du commerce nord-sud, entre autres, avec les harengs de Hollande, le sel du Tyrol, la soie d’Extrême-Orient, le vin d’Italie, la viande et le fromage des cantons d’Uri, de Schwytz, d’Obwald et de Nidwald.

La Confédération suisse

Lucerne fut confrontée aux conflits entre les cantons d’Uri, de Schwytz, d’Obwald et de Nidwald et les Habsbourg.

En 1332, Lucerne fut la première ville à rejoindre la Confédération des III cantons, afin de préserver son autonomie, bien qu’elle se soit battue aux côtés des Habsbourg lors de la bataille de Morgarten.

En outre, la Ligue de Constance (1385), composée des villes confédérées de Zurich, Berne, Soleure et Zoug avec cinquante et une villes regroupées dans les ligues du Rhin et de Souabe, dont Bâle, Saint-Gall et Wil (SG), se forma pour contrecarrer l’expansion des Habsbourg.

Suite à la défaite des Habsbourg lors de la guerre de Sempach en 1386, Lucerne commença à agrandir son territoire.

La ratification globale des privilèges en 1415 par le roi des Romains Sigismond (1368-1437) unifia les droits impériaux pour les huit cantons de l’époque – dont Lucerne – et leur immédiateté impériale ne fut plus contestée.

Le roi germanique Sigismond fut ainsi soutenu par les Lucernois dans le conflit qui l’opposa à Frédéric IV de Habsbourg (1382-1439), ce qui mit un terme aux relations entre Lucerne et les Habsbourg.

Le Duc de Bourgogne

L’accord conclu en 1474 entre la Confédération des VIII cantons et Sigismond – alors duc d’Autriche – plus tard appelé « Paix perpétuelle » marqua un tournant dans les relations entre la Confédération et la maison de Habsbourg, puisqu’il permit de résoudre les vieilles querelles.

À cette époque, le duc de Bourgogne représenta une menace aiguë pour la Confédération suisse. Lucerne combattit aux côtés des Confédérés lors des guerres de Bourgogne (1474-1477).

Catholique

Lucerne connut la Contre-Réforme à partir de la seconde moitié du XVIème siècle et resta catholique. Après le concile de Trente (1545-1563), la Contre-Réforme se propagea, en particulier l’ordre des Jésuites et le mouvement de réforme de l’Église catholique s’exprimèrent dans le baroque.  Lucerne devint un bastion catholique conservateur.

La ville fut une république dirigée par une oligarchie de régents. Il n’y avait pas de démocratie directe. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, des révoltes paysannes et des mouvements dans le sens de la Réforme menés par des citoyens – libéraux – échouèrent.

1798-1848

Cependant, le 31 janvier 1798, les régents durent s’incliner devant l’invasion militaire française et les citoyens ouverts aux idées de la Révolution française.

Après l’invasion française, la République helvétique (1798-1803), dotée d’un gouvernement central, fut proclamée.

Les cantons, y compris Lucerne, perdirent leur autonomie, devenant de simples unités administratives. Le territoire de la République helvétique fut divisé en districts et communes, selon le modèle français.

Cependant, cette politique de centralisation se heurta à une forte résistance de la part des cantons, des villes et des communes qui, depuis des siècles, avaient déjà connu l’autonomie.

La République helvétique fut abolie en 1803. L’Acte de médiation instauré par Napoléon Bonaparte attribua une nouvelle Constitution à la Suisse (1803-1813) alors organisée selon une Confédération d’États, chacun des dix-neuf cantons étant placé sur un pied d’égalité.

Après la période française (1798-1813), le Pacte fédéral fut signé en 1815 : il unit les vingt-deux cantons souverains de la Confédération suisse (Confédération des XII cantons) et accorda une autonomie administrative à chacun d’entre eux.

La ligue de Sarnen, le Sonderbund et la guerre du Sonderbund

L’adhésion des cantons francophones et protestants de Neuchâtel et de Genève à la Confédération suisse en 1815 ne se passa pas sans heurts pour Lucerne. Simultanément, le canton du Valais, bilingue et en grande partie catholique, rejoignit la Confédération.

En 1832, six cantons conservateurs créèrent la Ligue de Sarnen. La situation s’aggrava, lorsqu’en 1845, les sept cantons conservateurs catholiques de Lucerne, Uri, Schwytz, Unterwald, Zoug, Fribourg et du Valais conclurent une association défensive, visant surtout la sauvegarde de la religion catholique et de la souveraineté cantonale, le Sonderbund.

La crise s’envenima et déboucha en 1847 sur une guerre civile, la guerre du Sonderbund, lors de laquelle, après une brève escarmouche, le Sonderbund fut vaincu.

La structure politique de la Suisse joua également un rôle dans cela, le pouvoir étant réparti entre la Confédération (l’État central), les cantons souverains (États fédérés) et les communes.

La collaboration entre la Confédération, les cantons et les communes fait encore aujourd’hui l’objet de discussions.

Lucerne accepta la Constitution fédérale de 1848 qui mit un terme aux conflits entre les cantons libéraux et les cantons conservateurs.

Le drapeau du canton de Lucerne

 Les éléments du drapeau du canton de Lucerne sont une bande blanche supérieure et une bande bleue inférieure. L’origine des couleurs n’est attestée nulle part. Il pourrait s’agir des couleurs de familles féodales lucernoises qui ont contribué au développement de la ville de Lucerne. Les drapeaux des cantons de Zoug et de Zurich arborent les mêmes couleurs.

(Source : B. Schumacher, Kleine Geschichte der Stadt Luzern, Baden, 2015).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice. 

Le Canton de Soleure

L’histoire de Soleure (Solothurn) remonte à l’époque des Celtes et des Romains. Le nom celte de Salodurum (porte des vagues ou place de marché au bord de l’eau) fut également adopté par les Romains.

Après avoir acquis le statut de ville libre du Saint-Empire romain en 1218 à la mort du dernier duc de Zähringen, la ville gagna le territoire de l’actuel canton de Soleure sur une période de plusieurs siècles, les dernières extensions remontant à 1530.

Suite à des alliances, Soleure rejoignit la Confédération en 1481.

La géographie compliquée et même morcelée du canton résulte d’obstacles qui ont entravé ses ambitions. En effet, des familles nobles, des abbayes puissantes, d’autres villes et cantons se sont disputés son territoire.

Les nombreux monuments et bâtiments attestent du développement sur les plans religieux, militaire, politique et commercial de la ville de Soleure.

Soleure est restée catholique, comme en témoignent l’église des Jésuites (1680-1689) et le siège (depuis 1828) du diocèse de Bâle.

En 1528, Porrentruy (Pruntrut) devint le lieu de résidence de l’évêque de Bâle et le restera jusqu’en 1828, date à laquelle la cathédrale baroque Saint-Ours de Soleure devint le siège du diocèse.

L’un des nombreux bâtiments historiques est la Tour de l’horloge (Zeitglockenturm), le plus vieil édifice de la ville construit au début du XIIIème siècle. La partie inférieure de la tour de l’horloge actuelle date de l’époque des Zähringen.

En 1467 fut construit l’étage de l’horloge et en 1545 fut réalisé le mécanisme astronomique avec le célèbre cadran astronomique qui indique le jour, le mois et le cycle saisonnier.

L’horloge astronomique a trois aiguilles : celle des heures qui indique les heures du jour et de la nuit; les aiguilles du soleil et de la lune tournent dans le sens inverse et indiquent la position des astres célestes.

Entre 1667 et 1727 une enceinte fortifiée qui comprenait onze bastions fut construite des deux côtés de l’Aar car suite à des divisions confessionnelles, les Soleurois, isolés des cantons catholiques, continuèrent de se sentir cernés et menacés par Berne.

Entre 1835 et 1860, les imposantes fortifications de la ville furent presque entièrement démolies, à l’exception des bastions de Riedholz et de la Krummturm.

Les belles rues de Soleure ainsi que les monuments publics – de style baroque – et privés bien conservés révèlent la prospérité de cette ville qui, du fait de la présence des ambassadeurs de France durant deux siècles et demi (1530 à 1792), devint un centre de la diplomatie, du mercenariat, des arts et des bonnes fortunes en tout genre.

Pendant des siècles, les relations commerciales avec la France furent principalement axées sur le commerce lucratif de mercenaires. Le roi de France fut impressionné par l’esprit combatif des mercenaires suisses.

Ce commerce permit de financer de magnifiques édifices publics et privés de la ville de Soleure – véritable joyau baroque – située au bord de l’Aar.

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Le canton des Grisons

La région de l’actuel canton des Grisons fut colonisée par les Rhètes, tribu celtique, avant la domination romaine (15 avant J.-C- à 410 après J.C.). La langue et la culture romanches sont issues de ce peuple.

La province de Rhétie (Raetia), territoire des Rhètes, fut nommée ainsi par des auteurs romains et grecs. Il est aujourd’hui avéré que les Grisons appartinrent à la Raetia prima, province romaine.

Le nom de « Grisons » fait référence à l’origine du canton sous la forme de trois alliances locales aux XVème et XVIème siècles : les Trois Ligues ou ligues grisonnes. Le canton des Grisons fit encore partie du Saint-Empire romain germanique, mais agit de plus en plus avec un esprit d’indépendance.

La langue des Grisons à cette époque fut principalement le romanche. Progressivement, l’influence des immigrants germanophones venus du nord (les Alamans) et de l’ouest (les Walser) s’est accrue.

Politiquement, la région fut divisée en seigneuries, en organisations monastiques, en comtés : elle appartint, notamment, en partie aux comtes de Tyrol et plus tard aux Habsbourg.

La Landsgemeinde, qui se tenait dans des entités régionales dépourvues d’autonomie politique, joua un rôle important dans l’indépendance progressive des Grisons par rapport au souverain.

Au plus haut niveau l’empereur et le roi généralement issu de la dynastie des Habsbourg, qui eurent comme représentants des souverains locaux. Ainsi, l’évêque de Coire fut un émissaire régional important.

Collection: Rätisches Museum 

Les trois ligues

En 1367, fut fondée la Ligue de la Maison-Dieu (Gotteshausbund), alliance de territoires formée pour contrer le pouvoir grandissant des évêques de Coire et de la maison des Habsbourg, suivie en 1395 par la Ligue grise, d’abord appelée la Haute Ligue (Grauer ou Oberer Bund) et en 1436 par la Ligue des Dix-Juridictions (Zehngerichtenbund).

Ces trois ligues ont coopéré dans les domaines judiciaire et économiques ainsi que dans celui de la politique étrangère.

1524-1848

Par un pacte d’alliance en 1524, les Trois Ligues se dotèrent d’une constitution commune, obtinrent un statut de république libre et devinrent l’Etat libre des Trois Ligues (Der Freistaat der drei Bünde), qui devait se maintenir jusqu’en 1798. Elles se sont alliées à l’ancienne Confédération suisse entre les XIVème et XVIème siècle.

Durant les siècles qui suivirent, la Réforme protestante, les ingérences étrangères – par exemple lors des Troubles des Grisons (Bündner Wirren) de 1618 à 1639 – et les réformes politiques de Napoléon Bonaparte (1798-1813)- eurent une influence décisive sur la naissance du canton des Grisons.

La Confédération après l’Acte de médiation, constituée de dix-neuf cantons (1803-1813), remplaça la République helvétique (1798-1803).

Le canton des Grisons entra dans la Confédération suisse en 1803. Il signa le Pacte fédéral en 1815 et approuva la Constitution fédérale en 1848.

Le drapeau du canton des Grisons

Les éléments du canton des Grisons, nommé en 1395 d’après la Ligue grise, sont les armoiries des Trois Ligues. Pour comprendre le drapeau du canton des Grisons, il faut étudier les blasons de chacune des Trois Ligues.

(Source: R. Kaiser, Churratien Im Fruhen Mittelalter: Ende 5. Bis Mitte 10. Jahrhunderts, Basel 2008; Dictionnaire historique de la Suisse, Les Grisons, https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/007391/2018-01-11).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Coire, RBB Coire, le siège principal

Fribourg, le canton et la ville bilingue

La ville de Fribourg, ville bilingue français et allemand, fut fondée en 1157 par le Duc Berthold IV de Zähringen (1125-1186).

1157-1536

Lovée dans les méandres de la rivière, la Sarine, elle est l’un des plus vastes ensembles d’architecture médiévale d’Europe.

Suite aux guerres de Bourgognes (1474 à 1477), le canton de Fribourg rejoignit en 1481 la Confédération des VIII cantons (Eidgenossenschaft).

Les relations tendues entre le Saint-Empire romain germanique dirigé par la dynastie des Habsbourg – Frédéric III (1415-1493) – et la Confédération suisse en furent l’une des conséquences.

Ce – nouveau – désaccord intervint suite à la fondation de la Ligue de Souabe, avec l’autorisation de l’empereur Frédéric III, entre plusieurs villes du sud de l’Allemagne.

Maximilien 1er (1459-1519), successeur de Frédéric III, introduisit un nouvel impôt pour financer les dépenses militaires. A cette époque, les villes suisses firent encore formellement partie du Saint-Empire romain germanique.

C’est en 1648, lors de la paix de Westphalie, qu’intervient la reconnaissance définitive de l’indépendance de la Confédération suisse, le Saint-Empire romain germanique abandonnant ses revendications.

En outre, les Habsbourg furent en conflit avec les Trois Ligues du canton des Grisons, la Ligue des Dix-Juridictions (Zehngerichtebund), la Ligue de la Maison-Dieu (Gotteshausbund) et la Ligue grise (Grauer Bund) qui s’étaient alliées à l’ancienne Confédération suisse entre le XIVème et le XVIème siècle.

La guerre de Souabe – aussi nommée guerre de Suisse ou guerre de l’Engadine selon la nationalité de l’historien – de 1499 fut une défaite pour l’empereur.

En 1501, Fribourg, Bâle, Schaffhouse et Soleure firent partie de la Confédération qui comptait alors douze membres. En 1513, Appenzell devint le treizième membre et ainsi naquit la Confédération des XIII cantons.

Après la défaite des Confédérés en 1515 lors de la bataille de Marignan, un traité de « paix perpétuelle » fut signé avec la France à Fribourg le 29 novembre 1516. Cette paix durera jusqu’à l’invasion française de 1798.

1536-1798

L’expansion du territoire et le gain de prestige de Fribourg – et bien sûr de Berne – ne se produiront que deux décennies plus tard, quand Berne conquit le Pays de Vaud en 1536. Fribourg, profitant de l’intrusion bernoise, rejoignit l’expédition plus tard et partagea cette conquête avec Berne, qui obtint toutefois la part du lion.

La conquête du Pays de Vaud – dominé par la maison de Savoie à partir du XIIIème siècle – fut la conséquence du soutien de Berne à la Genève protestante, alors menacée par la Savoie, catholique et la France.

Mais la véritable tempête vint de la Réforme protestante qui compta parmi les événements majeurs de l’histoire suisse. En effet, suite à la division entre cantons catholiques et cantons protestants, la cohésion de la Confédération vacilla.

La Réforme eut une incidence sur la construction politique de la Suisse et les choses se compliquèrent avec l’adoption de la Réforme par Berne et la décision de Fribourg de rester catholique.

Donc, le canton de Fribourg resta catholique et, avec lui, les territoires vaudois qu’il occupait. Le canton de Berne devint protestant et, avec lui, les territoires vaudois qu’il gouvernait.

Le canton de Fribourg, bien que catholique, se rallia au canton de Berne et ensemble ils convoitèrent de précieux butins dans le Pays de Vaud, ce qui desservit le canton de Fribourg.

Le canton de Fribourg devint un bastion catholique, avec notamment une importante communauté de jésuite, mais continua toutefois à soutenir Berne.

1798-1848

Après l’ère française (1798-1813), l’histoire du canton de Fribourg se poursuivit au sein de la Confédération helvétique.

(Source : H. Walter, Histoire de Fribourg, Une Ville-État pour l’éternité (XVIe-XVIIIe siècle), Tome 2, Neuchâtel 2002).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Quelques impressons de la Ville et du canton 

 

Le romanche comme langue officielle

Vous trouverez des livres d’étude sur le romanche dans l’une des plus grandes librairies de Bâle sous la rubrique « Langues étrangères ».

Le panneau « Défense de traverser les voies » posé au niveau du faisceau des voies de la gare de Coire est rédigé en quatre langues : allemand, français, italien et anglais.

Le romanche est donc absent de l’ancienne capitale de la culture et de la langue romanches et de l’actuelle capitale du seul canton suisse trilingue (voir le site Swiss Spectator du 12 octobre 2020, La langue romanche).

Et la librairie de Bâle n’est pas un cas isolé.

Le 10 mars1996, le peuple suisse a reconnu le romanche comme langue semi-officielle de la Confédération.

A l’occasion du 25ème anniversaire de cette votation, l’administration fédérale a lancé, le 10 mars 2021, en collaboration avec la Lia Rumantscha, une campagne destinée à sensibiliser les collaborateurs de l’administration fédérale à la langue et à la culture romanches (voir le site Swiss Spectator du 15. Janvier 2021, Le romanche).

Il est stipulé à l’art. 70 de la Constitution fédérale, lequel fixe les principes de la politique des langues :

  1. Les langues officielles de la Confédération sont l’allemand, le français et l’italien. Le romanche est aussi langue officielle pour les rapports que la Confédération entretient avec les personnes de langue romanche.
  2. Les cantons déterminent leurs langues officielles. Afin de préserver l’harmonie entre les communautés linguistiques, ils veillent à la répartition territoriale traditionnelle des langues et prennent en considération les minorités linguistiques autochtones.
  3. La Confédération et les cantons encouragent la compréhension et les échanges entre les communautés linguistiques.
  4. La Confédération soutient les cantons plurilingues dans l’exécution de leurs tâches particulières.
  5. La Confédération soutient les mesures prises par les cantons des Grisons et du Tessin pour sauvegarder et promouvoir le romanche et l’italien.

25 ans comme langue semi-officielle

Le romanche fête en 2021 ses 25 ans comme langue semi-officielle de la Confédération.

Depuis 1938, le romanche est la quatrième langue nationale suisse. Il est précisé à l’art. 4 sur les langues nationales de la Constitution fédérale : les langues nationales sont l’allemand, le français, l’italien et le romanche.

Le 10 mars 1996, le peuple suisse a approuvé à 76 % une révision de la clause de la Constitution fédérale portant sur les langues. Il est ainsi précisé à l’art. 70 : le romanche est aussi langue officielle pour les rapports que la Confédération entretient avec les personnes de langue romanche.

Malgré de nombreux efforts entrepris afin de sauvegarder et promouvoir la quatrième langue nationale, la Lia Rumantscha estime que la mise en œuvre d’une communication multilingue de la part de la Confédération laisse encore à désirer sur de nombreux points.

L’utilisation du romanche au niveau fédéral

La Lia Rumantscha demande par conséquent une utilisation plus systématique du romanche dans les contacts avec la population romanche.

Aux yeux de la Lia Rumantscha, le statut de langue semi-officielle est important pour le maintien du romanche. Ainsi, la Confédération traduit en romanche des documents de portée particulière comme, par exemple, les explications relatives aux votations. Et lorsqu’une citoyenne ou un citoyen s’adresse en romanche à l’administration fédérale, celle-ci lui répond en romanche.

Cependant, la Lia Rumantscha demande qu’il soit donné davantage de visibilité au romanche, car elle estime que des efforts doivent encore être faits en matière de communication multilingue par la Confédération.

En effet, la Lia Rumantscha considère que le Parlement, l’administration fédérale et les entreprises proches de la Confédération doivent utiliser davantage le romanche dans leur communication et leurs contacts avec la population romanche.

Dans les faits, la Lia Rumantscha demande que le romanche soit utilisé systématiquement, dans l’ensemble de la Suisse, sur les inscriptions et les signalisations de tout type où figurent déjà les trois autres langues officielles de la Suisse.

Dans la région romanophone, les informations doivent être prioritairement transmises à la population en romanche par l’ensemble des canaux de communication utilisés.

La Lia Rumantscha souligne que si le romanche n’est pas employé dans le contexte national, il risque de tomber dans l’oubli. La Suisse est quadrilingue ou multilingue, et non trilingue.

Conclusion

En février 2020, le Conseil fédéral a adopté le message concernant l’encouragement de la culture pour la période 2021 à 2024. Le 25 septembre 2020, le message a été approuvé par le Parlement.

Celui-ci prévoit, pour la première fois, la promotion du romanche également en dehors de sa région linguistique dans les Grisons, autrement dit, dans l’ensemble de la Suisse.

Mais avec les cinq idiomes de la langue romanche, la tâche n’est pas aisée. Le développement du rumantsch grischun, la langue romanche unifiée est une bonne initiative qui a, cependant, partiellement échoué, puisqu’elle a des adversaires qui ont présenté une pétition au Conseil fédéral lui demandant de renoncer à employer la langue unifiée pour les publications de l’administration fédérale (voir le site Swiss Spectator du 2 janvier 2021, L’espéranto de la Suisse, le Rumantsch grischun et du 5 janvier 2021, Le Rumantsch grischun et l’enseignement).

Au niveau fédéral, cette langue serait en effet difficile à utiliser en tant que langue de travail.

(Source et informations complémentaires : www.liarumantscha.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.