Delémont, l´évêché de Bâle, le canton de Berne et le canton du Jura

La région francophone de Delémont, Delsberg en allemand (canton du Jura) était habitée par les Celtes des siècles avant la conquête romaine (13-15 av. J.-C.). Après le départ des Romains au Vème siècle, la vallée de Delémont fut la propriété des ducs d’Alsace au VIIème siècle, puis de la seigneurie de la Pfirt (Ferrette) à partir du XIIème siècle. L’évêché de Bâle acquit la vallée en 1271.

Delémont était connu en 736/737 sous le nom de in figo Delemonte, en 1131 sous le nom de Telsperg, et en français Delémont. L’évêque Peter Reich von Reichenstein accorda à Delémont des droits de cité en 1289.

Delémont fut la résidence d’été des princes-évêques germanophones de Bâle et le centre administratif de la vallée et de l’abbaye de Moutier-Grandval jusqu’en 1792.

Au Vorbourg, la chapelle Saint-Imier a été reconstruite en 1586. La chapelle est dédiée à la Sainte Vierge et constitue la chapelle du château inférieur du Delémont.

Collection : Musée jurassien d’art et d’histoire

De 1793 à 1813, Delémont fut partie du département du Haut-Rhin. Après son annexion par Berne en 1815, la ville fut d’abord le chef-lieu de l’Oberamt puis, à partir de 1831, de l’Amtsbezirk du canton de Berne.

Depuis 1979, Delémont est la capitale et le siège du parlement et du gouvernement du canton. Delémont  se caractérise par ses fontaines monumentales de style Renaissance tardive et ses tours médiévales.

(Source et plus d’informations: Ville de Delémont)

L’ancien hôpital et la statue Henry II, fondateur de la cathédrale de Bâle

Le Pavillon Le Corbusier

Le Pavillon Le Corbusier, situé sur les rives du lac de Zurich, est un bijou architectural. Heidi Weber (1928) est l’initiatrice du bâtiment, dont elle a confié la réalisation à Le Corbusier (1885-1966). Elle l’a achevé en tant que maître d’ouvrage en 1967.

Heidi Weber écrit à cette occasion :

« Dieses Haus ist ein Werk von Le Corbusier. Ich habe es zu seinen Ehren erstellen lassen, um von hier aus seine Ideen zu verbreiten und in seinem Sinne in der Öffentlichkeit zu wirken »(Cette maison est une oeuvre de Le Corbusier. Je l’ai fait édifier en son honneur afin de propager ses idées à partir de là et d’agir dans son sens sur l’opinion publique).  

Il est le dernier bâtiment du grand architecte et le seul en acier et en verre. Après une rénovation en profondeur, le pavillon brille d’un nouvel éclat et invite à une promenade architecturale unique sur plusieurs étages.

Le pavillon est géré comme un musée public par le Museum für Gestaltung, à Zurich, le principal musée suisse de design et de communication visuelle.

(Source et plus d’informations: Pavillon Le Corbusier).

Maquette et deux photo’s des bâtiments de l’architecte Le Corbusier

Les gorges du Rhin, la Ruinaulta et la Welt Wasser Bibliothek

Le Rhin prend sa source dans les Alpes, dans le massif du Saint-Gothard. Quant au Rhin antérieur (Vorderrhein), il prend sa source près du col de l’Oberalp et rejoint le Rhin postérieur (Hinterrhein) à Reichenau-Tamins, situé à 14 kilomètres en amont de Coire, pour ensuite poursuivre son voyage d’environ 1320 kilomètres vers les Pays-Bas.

Château Reichenau et la Welt Wasser Bibliothek

Reichenau-Tamins, le Rhin antérieur rejoint le Rhin postérieur, en route aux Pays-Bas

Le Rhin est large et imposant en de nombreux endroits et chaque point de ses sources a son propre charme, de la plaine rhénane près de Saint-Gall à la plus grande chute d’eau d’Europe près de Schaffhouse, de Bâle, où il est considéré comme une artère vitale, aux Pays-Bas.

Cependant, les gorges du Rhin entre Ilanz et Reichenau sont d’une beauté et d’une diversité naturelle inégalées et comptent parmi les paysages les plus spectaculaires des Alpes.

Flims

Les gorges du Rhin (Rheinschlucht en allemand ou Ruinaulta en romanche, idiome sursilvan), entre Ilanz (Glion en romanche), la première ville sur le Rhin, et Reichenau près de Coire, abritent des parois abruptes pouvant atteindre 400 mètres, de nombreuses chutes d’eau, des ruisseaux, des forêts profondes, des prairies et une flore riche.

Les origines des gorges du Rhin remontent au grand glissement de terrain de Flims, qui se produisit il y a environ 9500 ans. Depuis 1977, les gorges du Rhin sont inscrites à l’inventaire fédéral des paysages, sites et monuments d’importance nationale (IFP).

Suite à ce glissement, un petit lac de montagne, le lac de Cauma et ses eaux turquoise, se forma et le fleuve se fraya progressivement un chemin à travers la masse de pierre et de terre.

De nombreuses petites péninsules, les islas, apparurent alors. Elles furent parfois utilisées comme pâturages et terres agricoles et des hameaux et villages naquirent au Moyen Âge. Les islas ont des noms, par exemple, Isletta, Disla-Prau Grond, Isla Sura, Isla Sut, Islas da Bargaus, Isla da Corvs, Islas da Zir, Zir Grond, Zir Pign ou Isla Davon.

Au départ, les routes destinées au transport de personnes et de marchandises ne traversèrent pas les gorges, mais longèrent les bords sur les hauteurs. Elles relièrent Reichenau-Tamins, Trin, Sagogn, Versam, Schluein, Ilanz, Castrisch, Flims et Laax à Coire. Au fil du temps, cependant, des routes et des ponts rendirent les gorges accessibles en plusieurs endroits.

Ilanz

Avec l’industrialisation et la modernisation du XIXème siècle, la nécessité de développer des liaisons ferroviaires se fit sentir. Inaugurée en 1903, la ligne ferroviaire Reichenau-Ilanz relia plusieurs villages, dont Versam-Safien, Sagogn, Valendas et Castrisch, à Disentis-Mustér. Toutefois, la construction de la voie ferrée et l’augmentation du trafic automobile entraînèrent la construction de nouvelles routes et de nouveaux ponts.

Aujourd’hui, les gorges du Rhin, avec leur paysage et leur flore magnifiques, sont une réserve naturelle protégée et un projet touristique appelé Monument Ruinaulta, issu de l’éboulement de Flims.

(Source et plus d’informations: M. Bundi, La Ruinaulta. Ein kulturthistorisch Handbuch, Chur 2020)

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

 

Versam (Safiental)

Reichenau

La plus ancienne démocratie d’Europe a élu un nouveau gouvernement

La plus ancienne démocratie d’Europe au suffrage universel (pour les hommes) a élu le 13 décembre le gouvernement le plus stable du monde, composé de sept ministres. La procédure de nomination de ces sept ministres est aussi exceptionnelle.

Les compétences, le nombre (sept) de ministres, la durée du mandat du gouvernement national (Bundesrat/Conseil fédéral) et ses relations avec le parlement (Nationalrat/Conseil national et Ständerat/Conseil d’États) et les cantons sont explicitement énoncés dans la Constitution.

L’ élection du gouvernement et des ministres

Les deux chambres de ce parlement élisent ou confirment en séance commune (l’Assemblée fédérale unie) chaque ministre individuellement, la majorité absolue étant requise.

Tout citoyen suisse peut se présenter aux élections et est éligible à cette fonction. Ceci est conforme au système de Milice, à la démocratie directe et au citoyen en tant que politicien/souverain, qui a toujours le dernier mot (référendum obligatoire et facultatif) et parfois même le premier (initiative populaire).

Dans la pratique, cependant, les partis politiques désignent les candidats au poste de ministre selon la formule magique (Zauberformel). Depuis 1959, les quatre plus grands partis forment le gouvernement sur la base d’une répartition en fonction du nombre de voix obtenues lors des élections nationales sur la base de la représentation proportionnelle.

Cette répartition vise à former un gouvernement aussi large que possible en raison de la démocratie suisse et de la concordance, qui repose sur le compromis et la consultation des partis politiques et de leurs circonscriptions avant qu’une décision ne soit prise.

Aujourd’hui, les conservateurs ont 2 sièges, les libéraux 2, les sociaux-démocrates 2 et le centre 1.  Il reflète les résultats des élections nationales, bien que la montée des partis verts puisse entraîner un changement.

Un changement dans ces relations signifie un tremblement de terre politique, qui est donc rare. Les nouveaux partis ou la montée ou la chute des partis existants doivent se perpétuer sur une longue période avant que la composition politique du gouvernement ne soit modifiée.

Cantons et communes

Les gouvernements cantonaux et les conseils municipaux (toujours jusqu’à 5-7 personnes) sont élus par le peuple sur la base de la majorité absolue (le scrutin majoritaire) par candidat.

Toutefois, les parlements des cantons et des communes, comme le Conseil national, sont élus à la proportionnelle  (le scrutin proportionnel).

C’est aussi un point fort du système : les gouvernements émergent sur la base de la majorité absolue par candidat, les parlements sur la base de la représentation proportionnelle. Seul le Conseil d’État est élu à la majorité absolue par candidat en raison du principe fédéral.

Le premier Conseil fédéral, élu le 16 novembre 1848. Photo : www.admin.ch 

Les sept sages

Dans le langage populaire, le gouvernement est aussi appelé « les sept sages« . Cette appellation est liée aux procédures de nomination et au système suisse en tant que tel.

La qualité, l’intégrité et le niveau de gouvernement sont généralement garantis, bien que le choix des ministres reste (politiquement) un travail humain et que tous les choix de ministres ne soient pas couronnés de succès.

Il existe un processus de sélection étendu et décentralisé avant la nomination par les partis, impliquant divers critères. En fin de compte, la direction du parti décide qui est éligible à la nomination, généralement une à trois personnes au maximum.

Ils recherchent ensuite la majorité absolue au parlement. La procédure parlementaire est très précise et comporte plusieurs tours de scrutin jusqu’à ce qu’un candidat obtienne la majorité absolue des 246 voix du parlement uni.

Le vote pour un nouveau gouvernement lors de la session unie du Parlement. Photo: www.admin.ch

Les sept ministres (le gouvernement) sont élus pour un mandat de quatre ans. Le Parlement ne peut pas leur retirer prématurément sa confiance (ou celle du gouvernement) ; d’autre part, le gouvernement ne peut pas dissoudre prématurément le Parlement.

Les ministres peuvent bien sûr démissionner volontairement ou, ce qui arrive rarement, ils décèdent pendant cette période.  Le Parlement nomme alors un nouveau ministre issu du même parti selon la même procédure.

Rathaus , 13 dcembre 2023

Bâle, le 13 décembre 2023

Le 13 décembre, le parlement a élu ou reconfirmé un gouvernement suite aux nouvelles élections au parlement national du 22 octobre 2023.

En raison de la démission d’un ministre social-démocrate, un nouveau ministre social-démocrate a été nommé. Le choix s’est porté sur le candidat du canton de Bâle-Ville. Les six autres ministres ont été reconduits pour un mandat de quatre ans, également selon la répartition de la formule magique.

À l’exception de deux ministres, le canton de Bâle-Ville (canton de Bâle jusqu’en 1833) n’a pas eu de représentants au gouvernement fédéral depuis 1848, malgré sa grande importance économique et stratégique.

Le canton a joué un rôle politique de premier plan en 1648 lors de la paix de Westphalie et dans le Directoire de la République helvétique (1798-1803).  Johann Wettstein (1594-1666) a joué un rôle important dans la reconnaissance (formelle) de la Confédération suisse (Eidgenossenschaft de 13 cantons) en tant que pays souverain lors de la paix de Westphalie en 1648.

Peter Ochs de Bâle (1752-1821), 1799. Artiste inconnu. Membre du Directoire de la République helvétique (1798-1803), en quelque sorte le précurseur du gouvernement actuel. Photo: Wikipedia

Bien que les partis nomment des candidats, le parlement est libre de choisir. Il arrive que des « outsiders » (non présentés par le parti) obtiennent le plus grand nombre de voix au lieu des « soldats du parti ». De même, le 13 décembre, un candidat du parti des Verts a tenté, sans succès, d’obtenir le plus grand nombre de voix. La répartition actuelle de la formule magique est (encore) intacte.

Le nombre de voix obtenues lors de la reconfirmation est une sorte de marque d’évaluation. Plus il y a de voix, plus le Parlement est satisfait de sa performance.

Après la confirmation du nouveau gouvernement, qui est donc en grande partie l’ancien, l’attribution des postes ministériels à l’un des sept départements a lieu. C’est une affaire entre les sept membres du gouvernement

Par ailleurs, le 13 décembre, le parlement a également élu le président (la présidente dans ce cas)  tournant annuel et un nouveau chancelier.

 Conclusion

Cette présentation simplifiée du choix et de la nomination d’un nouveau gouvernement n’aborde pas les « jeux politiques » entre et au sein des partis politiques qui jouent également un rôle important en Suisse.

Toutefois, les fondements constitutionnels (le nombre de sept ministres et de ministères/départements, principe de collégialité (Kollegialitäts- und Departementalprinzip), le droit parlementaire (la formule magique, le système de concordance non écrit et la configuration du pays) sont, pour l’instant, des garanties de bonne gouvernance et de ministres adéquats, de transparence et de soutien des citoyens.

L’autre principe important, la collégialité, avec ce gouvernement hétérogène (en termes de langue, de canton, d’idéologie, entre autres) de ce pays hétérogène, ne va pas toujours de soi et est parfois soumis à des tensions. Cependant, la démocratie directe et la recherche du compromis et de la concertation sont un bon moyen de donner aux discussions sociales et aux désaccords politiques une place dans le gouvernement.

En raison du principe de collégialité, les ministres parlent extérieurement d’une seule voix. Mais cela n’élimine pas les désaccords. Il arrive donc régulièrement qu’un parti ou une circonscription d’un ministre organise un référendum contre une décision ou une loi du gouvernement et de son propre ministre. Une initiative populaire peut également aller à l’encontre des politiques du gouvernement et de son propre ministre. Ceux-ci ont alors la possibilité de proposer une initiative alternative.

La polarisation ne s’arrête pas à la frontière suisse, mais les fondements du système sont, pour l’instant, une garantie de communication et d’engagement avec les citoyens et les entreprises, de stabilité et de bonne gouvernance.

Cependant, le système a aussi ses faiblesses. Il faut beaucoup de temps aux nouveaux partis, tels que les partis verts, pour se faire une place au sein du gouvernement. De plus, le nombre de sept départements est basé sur la situation de 1848. Les discussions sur la réforme se concentrent donc sur l’augmentation du nombre de ministres et de départements.

Les principes du fonctionnement du gouvernement et de la nomination des ministres ne sont pas remis en cause. Les rédacteurs de la Constitution unique de 1848 sont donc les vrais « sages ».

La République helvétique (1798-1803). Le Directoire a été l’une des sources d’inspiration du gouvernement de la Constitution de 1848.

Ils se sont inspirés, entre autres, de la pratique gouvernementale des quelques cantons avant 1798 et de la Régénération (1830), du Directoire (1795-1799) de la Révolution française et de la République helvétique (1798-1803).

Il est typique de la Suisse. Un pays innovant et ouvert, mais qui allie l’ancien et le nouveau sans renoncer à un patrimoine précieux. Les ambitions mégalomanes et l’imagination politique n’ont pour l’instant pas leur place dans la démocratie (directe) et le système étatique suisses.

« Karl Deutsch points to a specific pressure on the competitiveness of key industries. A country that cannot change without losing its essential identity may be in danger of future instability and even lose its existence. The solution to the problem, according to Karl Deutsch, lies in accommodating change while maintaining essential parts of the identity » Bern 1976).

(Source: A. Vattel, der Bundesrat, Zürich. 2020; G. Malinverni, M. Hottelier, M. Hertig Randall, A. Flückiger, Droit constitutionnel suisse, Volume I, L’État, Berne 2021).

Le Château de Neuchâtel

Dans un acte de 1011 de Rodolphe III (970-1032), dernier roi du Royaume de Bourgogne (888-1032), la ville de Neuchâtel (novum castellum/nouveau château) fut définie sous le terme flatteur de « Regalissima Sedes », traduit par « siège très royal ».

Le château primitif de Neuchâtel, qui date des Xème et XIème siècles, a été érigé sur un éperon rocheux, bordé de falaises : position stratégique facile à défendre.

Ce premier château – disparu – couvrait l’entrée occidentale du bourg de Neuchâtel. Et, sans doute lors de la création du bourg au XIIème siècle, cette entrée fut exhaussée par des matériaux erratiques de granit.

Vers le milieu du XIIème siècle, l’ancienne aula bourguignonne – grande salle à partir de laquelle se développera la demeure des seigneurs de Neuchâtel – fut transformée et agrandie.

Une aile résidentielle avec des façades somptueusement décorées y fut ajoutée dont les vestiges, cheminées, fenêtres et claires-voies, notamment, constituent aujourd’hui encore des exemples d’architecture romane bien conservée.

La tour des XIIème et XIIIème siècles, couronnée de merlons au XIVème siècle, atteignit finalement une trentaine de mètres. Un rempart renforcé de deux tours doubla le fossé sec.

Le château de Neuchâtel, à l’origine une résidence seigneuriale sise au sein d’une vaste fortification, connut au fil des siècles de nombreuses transformations.

Son histoire est indissociable de celle des souverains neuchâtelois, puisqu’il est le siège du pouvoir régional depuis le XIème siècle et qu’il accueille aujourd’hui encore le gouvernement et une partie de l’administration de la République et canton de Neuchâtel.

(Source: Bujard e.a., Histoire du canton de Neuchâtel. Aux origines médiévale d’un territoire. Tome I, Neuchâtel, 2002).

La Collégiale (1185-1190)

Trouble social et Unrueh à Saint-Imier et en Suisse

La Suisse n’est pas connue pour être un pays de changements révolutionnaires. Pourtant, elle est souvent à l’avant-garde des développements scientifiques, industriels, démocratiques ou sociaux.

Toutefois, derrière l’ordre, la tranquillité et la fonctionnalité, le pays et ses habitants œuvrent avec dynamisme. Cela se manifeste par une culture du débat politique et médiatique respectueuse, approfondie et presque toujours de haut niveau, par la première place mondiale en matière de brevets, par des questions comme l’euthanasie ou le suicide assisté, par les meilleures universités d’Europe, par le comportement adéquat dans la circulation, par les citoyens et les cantons comme principales forces politiques et, surtout, par la culture du compromis.

Saint-Imier

L’un de ces aspects fut la création en 1848 d’un État fédéral – la Suisse ne fut dès lors plus une confédération d’États – avec la première démocratie stable en Europe, l’introduction du suffrage universel masculin, la détermination de trois langues nationales : l’allemand, le français et l’italien.

En outre, le pays fut un havre de paix recherché par les demandeurs d’asile, les divers réfugiés ainsi que les anarchistes, les révolutionnaires et les réfugiés politiques issus des monarchies européennes.  Des exilés français, italiens, russes, polonais, allemands et autrichiens s’installèrent alors aux quatre coins du pays.

Le mécontentement des monarques fut grand. Après la Révolution française et les guerres qui suivirent, ils n’entendirent plus, dès 1815, être confrontés à de telles périodes. La Sainte-Alliance, formée dans le but de maintenir la paix, en était la garantie. Cette alliance entre l’empire russe, l’empire d’Autriche, (les Habsbourg) et le royaume de Prusse fut conclue à Paris le 26 septembre 1815.

Saint-Imier, bâtiment Longines, 1867. Collection: Musée Longines

Affiche Longines 1905. Collection: Musée Longines

La révolution industrielle du XIXème siècle, qui fit basculer une société à dominance agraire et artisanale vers une société commerciale et industrielle, créa de nouvelles relations entre la science, l’industrie, l’innovation et la société, la montée de la classe et du mouvement ouvriers, l’essor de la bourgeoisie qui bénéficia de profits considérables, les premiers partis politiques et les mouvements anarchistes et révolutionnaires.

Saint-Imier,  le bâtiment actuel. 

L’un des mouvements ouvriers les mieux organisés naquit dans l’industrie horlogère du canton de Neuchâtel et de l’actuel canton du Jura qui fit partie du canton de Berne jusqu’en 1979.

La Chaux-de-Fonds et Le Locle donnèrent le ton dans le canton de Neuchâtel. Dans le canton de Berne de l’époque, Saint-Imier devint le centre de l’industrie horlogère avec à la clé des changements technologiques et sociaux rapides.

La Chaux-de-Fonds, une ville pour et par l’horlogerie (voire aussi Saint-Imier et Le Locle)

La Chaux-de-Fonds, Musée international d’horlogerie avec le Gnomon (le temps)

Le film Unrueh du réalisateur suisse Cyril Schäublin (né en 1984) présente une image discrète et pénétrante des changements rapides dans l’organisation du capital, du travail, de la technologie et du mouvement anarchiste à travers les yeux d’une ouvrière de la dernière partie du XIXème siècle. Sa tâche consistait à régler le mécanisme central d’une montre. Cette pièce, appelée Unrueh, désigne le balancier et signifie également agitation.

L’École d’horlogerie de Saint-Imier en 1909. Editions Louis Burgy. Photo: Musée de Saint-Imier CW-0533

Les anarchistes et les révolutionnaires de toute l’Europe tentèrent leur chance en Suisse. Le révolutionnaire russe Vladimir Ilitch Lénine (1870-1924) et l’anarchiste italien Luigi Lucheni (1873-1910) en sont les plus célèbres exemples infamants.

Genève, centre ville, au bord du lac

Nadar (Gaspard-Félix Tournachon, 1820-1910),  Pyotr Kropotkin (1842-1921), 1900. Source: Wikipedia

A Saint-Imier (canton de Berne) et dans le film Unrueh, le moins connu des géographes, cartographes et anarchistes russes Pyotr Kropotkin (1842-1921) joue le rôle principal. Il est l’un de ceux qui ont utilisé die soziale Unruhe – le trouble social – à des fins politiques.

Source: le musée Longines et le film Unrueh

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Collection: Musée de Longines

Longines

La tour Saint-Martin dite la Reine Berthe

 

Saint-Imier, La Collégiale 

La Cathédrale de Bâle

La cathédrale de Bâle (le Münster), qui domine la silhouette de la ville au-dessus du Rhin, a plus de mille ans. En 1019, après une rénovation complète de son prédécesseur, elle fut inaugurée en présence de l’empereur du Saint-Empire Henri II (973-1024) et de son épouse Cunégonde (975-1040).

La cathédrale et les copies

Henri II et Cunégonde (975-1040), l’original, Museum Kleines Klingental

Affiche: Stadtgeschichte Basel

St. Martin, l’original, Museum Kleines Klingental

St. Martin, copie sur la façade de la cathédrale

L’original. Museum Kleines Klingental

 Porte St. Gall (Galluspfort), XIème siècle

La cathédrale, 1250. Collection: Le musée Kleines Klingental

L’église romane, plus connue sous son nom allemand Münster, se développa pour devenir un groupe cathédral imposant, construit avec un baptistère, des chapelles, un palais épiscopal et de nombreux palais de ville pour les seigneurs de la cathédrale sur le Münsterplatz et la Rittergasse jusqu’à la réforme en 1529.

La cathédrale, 1500. Collection: Le musée Kleines Klingental

Le grand tremblement de terre de Bâle du 18 octobre 1356 détruisit presque entièrement la cathédrale. Seul le portail roman de Gallus, taillé dans du grès rouge, a été préservé. La restauration a duré jusqu’à l’achèvement de la dernière tour en 1500.

Hans Heinrich Glaser (1585-1673) ,1642, la cathédrale de Bâle. Collection: Dreiländer Museum Lörrach

Le musée Kleines Klingental, le musée historique de Bâle dans l’ancienne Barfüsserkirche et la cathédrale présentent une exposition bien documentée de l’histoire de la cathédrale, une riche sélection de somptueuses pièces médiévales d’orfèvrerie, de bronzes et de textiles, des exemples exceptionnels d’enluminures et d’ivoires provenant de centres culturels du royaume ottonien et des découvertes archéologiques de la région bâloise démontrant que la consécration de la cathédrale fut le «moment de gloire» de Bâle.

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice

Le Münsterplatz

Rittergasse

De nombreuses éminentes personnalités bâloises et célébrités européennes ont trouvé leur dernière demeure dans la cathédrale, notamment Jacques ou Jacob Bernoulli (1655-1705)

Pierre tombale du catholique Desiderius Erasmus (1467-1536), appelé Erasme de Rotterdam

Le réformateur Johannes Oekolampad (1482-1531), également enterré dans la cathédrale

La crypte

Haus zur Mücke, le premier musée public laïc (1671) en Europe, précurseur du musée d’Art de Bâle (Kunstmuseum Basel) et du Musée des antiquités de Bâle (Antikenmuseum Basel)

Bâle, 1615 par Matthäus Merian ((1593-1650). Staatsarchiv des Kantons Basel-Stadt, Bildersammlung 1,291. 

Noël 2022

Le jardin des glaciers Cavaglia

Au cours de la dernière période glaciaire, il y a environ 11 000 ans, le glacier Palü de la vallée du Pru Vent a formé la plaine de Cavaglia (Piana di Cavaglia) dans le Valposchiavo (partie italophone du canton des Grisons).

La fonte du glacier s’est accompagnée d’une érosion due à la force de l’eau de fonte et à l’entraînement de roches, de masses de sable et d’autres objets. Cela a créé de grands trous dans le glacier (Gletschertöpfe ou marmitte dei giganti) et des déformations des rochers dans la gorge du Cavagliasch (Schlucht des Cavagliasch/forra del Cavagliasch), voire aussi le Gletschergarten Luzern.

Le Verein Gletschergarten Cavaglia/Associazione Giardino dei Ghiaccial Cavaglia (GGC), fondée en 1998, a rendu cette merveille naturelle accessible au public. À partir de juillet 2021, un nouveau sentier pédestre traverse les gorges, franchit des cascades tourbillonnantes et passe devant des affleurements rocheux. Le sentier est fait de pierres naturelles locales. La zone est facilement accessible depuis la gare de Cavaglia de la Rhätische Bahn (RhB) (1693 m).

(Source et plus d’informations: Verein Gletschergarten Cavaglia/Associazione Giardino dei Ghiacciai di Cavaglia (GGC).

Le Prix Jan Michalski de littérature 2023

Le Prix Jan Michalski de littérature 2023 a été décerné mercredi 29 novembre à Karina Sainz Borgo pour son ouvrage El Tercer País (2021), traduit de l’espagnol en français sous le titre Le Tiers Pays.

Le jury a salué « un univers romanesque puissant qui combine brillamment plusieurs traditions littéraires, telles la tragédie grecque, le réalisme magique ou le western américain, pour porter un regard à la fois sans concession et empli d’humanité sur les drames de la migration”.

Le Prix Jan Michalski est décerné chaque année depuis 2010 par la Fondation Jan Michalski (Montricher, canton de Vaud) pour l’écriture et la littérature pour couronner une œuvre de la littérature mondiale.

Son originalité réside dans son aspect multiculturel : décerné par un jury composé de personnalités multilingues, il récompense des ouvrages de tous genres littéraires, de fiction ou de non-fiction, quelle que soit la langue d’écriture.

Le lauréat ou la lauréate est honoré·e par une récompense de CHF 50’000.- et reçoit également une œuvre d’art spécialement choisie ou commandée à son intention.

(Source et plus d’informations: Fondation Jan Michalski)