Donatyre et l’ Art roman en Suisse

La Suisse du XIème et du XIIIème siècles, à peu près à l’époque de l’art roman, ne fut pas une unité politique.

Diverses dynasties – les Habsbourg, les Kybourg, les Zähringen, les Savoie, les Souabes -, des petits souverains locaux, l’empereur allemand, des puissants abbés et évêques à Genève, Sion, Lausanne, Coire, Bâle et Constance (Allemagne) gouvernaient des régions plus ou moins étendues.

Ces régions se trouvaient à la lisière des grands centres de l’art roman : la Lombardie a insufflé le style roman dans les Grisons, à Zurich, au Tessin et en Suisse orientale, à Schaffhouse, à Bâle, la Suisse du nord s’est principalement inspirée de l’Allemagne du Sud et les villes de Lausanne, Sion et Genève ont été influencées par la Bourgogne, en particulier l’Abbaye de Cluny, et par l’Auvergne.

L’art roman regroupe aussi bien l’architecture que la sculpture et la statuaire romanes de la même époque. Ce qui rend la Suisse si particulière et intéressante pour ce qui est de l’art roman, c’est une diversité de styles régionaux pouvant être contemplés dans un espace relativement restreint.

Les zones montagneuses des Grisons, inaccessibles, ont constitué une grâce pour la préservation de l’art préroman et de l’art roman, par exemple à Müstair, Zillis et Mistail.

Pour l’histoire, l’art préroman est une période d’approximativement 400 ans dans l’art de l’Europe occidentale qui va de l’époque des Mérovingiens, VIe siècle, suivie par la Renaissance carolingienne au VIIIe et IXe siècles jusqu’au début de la période romane autour de l’an 1000.

Dans les grandes villes, la plupart des édifices d’origine romane ont été remplacés ou adaptés aux styles plus tardifs, notamment gothiques et baroques, bien que des éléments romans demeurent, comme à Sion, Zurich, Bâle ou Schaffhouse.

Dans les petites villes comme Saint-Ursanne ou Payerne ou les villages tels que Romainmôtier, Montcherand ou Donatyre, les églises ont moins souvent été adaptées aux nouveaux styles, surtout parce qu’elles n’intéressaient pas assez les souverains ou les financiers.

Outre des châteaux, il existe encore quelques édifices romans séculaires, par exemple à Maienfeld (canton des Grisons) ou à Habsburg, autrefois Habichtsburg (canton d’Argovie).

Les édifices ecclésiastiques romans les plus intacts peuvent être admirés surtout dans les Grisons, mais l’art roman rayonne dans toutes les régions de Suisse.

(Source : H.-R. Meier, Romanische Schweiz, Würzburg 1996).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Autour du lac de Thoun

Dies academicus de l’Université de Bâle et I’Intelligence Artificielle

Le Dies academicus de l’Université de Bâle a eu lieu le 24 novembre 2023 dans la plus ancienne église paroissiale de Bâle, l’église Saint-Martin (XIème siècle). Un lieu idéal pour la plus ancienne université du pays.

Martinskirche

Erasme (1469-1536) n’a pas vécu pour voir cela, mais en 1538, la Fondation Erasmus (Erasmusstiftung) a été créée dans le but d’octroyer des bourses aux étudiants (internationaux), plus de quatre siècles avant le programme Erasmus de l’Union européenne! Son capital est constitué par la succession d’Erasmus. À l’époque déjà, la Suisse était un pays innovant.

Le premier administrateur du fonds fut son ami Bonifacius Amerbach (1495-1562). L’université, l’administration de la ville et les citoyens de Bâle ont également créé des fonds pour l’octroi de bourses après 1532.

Sur les 5 600 étudiants inscrits entre 1532 et 1600, la plupart venaient de la Confédération suisse, d’Allemagne et des territoires autrichiens, 500 de France, 250 des Pays-Bas, 150 du Royaume de Pologne et de Lituanie, 100 d’Angleterre, 70 d’Italie et 60 de Scandinavie.

À droite, l’ancienne université le long du Rhin (Rheinsprung), à gauche l’ancien jardin botanique. 

1460-1532

1532 est une année importante pour l’université ; en fait, il s’agit d’un nouveau départ. L’université a été fondée à l’initiative du conseil municipal en 1460, après l’autorisation écrite du pape Pie II (1405-1464) dans une bulle du 12 novembre 1459.

Le 4 avril 1460, avec une messe et le Te Deum laudamus dans la Münster (la cathédrale), l’université ouvre ses portes avec les quatre facultés de théologie, de droit, de médecine et les Artes liberales.

Le concile de Bâle (1431-1438/1449) et les bons contacts avec le pape Pie II (qui avait assisté au concile sous son nom Enea Silvio Piccolomini, en tant que secrétaire d’un cardinal), les imprimeries et les maisons d’édition, la situation centrale et l’esprit humaniste ont créé les conditions nécessaires à l’implantation de l’université dans cette ville de 10 000 habitants.

Centre-ville de Bâle, c. 1450. Maquette: Historisches Museum Basel

Le Conseil avait sa propre université, la Konzilsuniversität (1432-1440). D’importants scientifiques des universités les plus prestigieuses y ont étudié et enseigné. Après le Concile, la Konzilsuniversität était maintenue sous le nom de Kurienuniversität (1440-1448). Les fondements d’une université permanente étaient posés.

L’Église et la science, la recherche et les universités étaient encore étroitement liées à l’époque. ). L’université de Bâle était également placée sous la supervision directe de l’évêque, qui était également chancelier de l’université.

En outre, cette période a été marquée par la création de nombreuses universités dans l’espace germanophone, notamment à Greifswald (1456), Fribourg (1457), Ingolstadt (1472), Trèves (1473), Mayence (1477), Tübingen (1477), Wittenberg (1502) et Francfort-sur-l’Oder (1506).

L’université de Bâle s’est développée de manière prospère en tant que petite université du Rhin supérieur, avec des chaires et des professeurs prestigieux. Cependant, l’adhésion à la Confédération (1501) a entraîné la perte des étudiants des pays des Habsbourg (qui ont principalement choisi Fribourg-en-Brisgau).

La deuxième rupture est intervenue avec la Réforme. Après des années turbulentes et la polarisation des partisans et des opposants, la ville et l’université ont opté pour la Réforme de 1529.

De nombreux professeurs et étudiants, ainsi que le chapitre de la cathédrale et l’évêque quittaient la ville et l’université a été fermée. La plupart des étudiants et des professeurs se rendaient dans la ville catholique de Fribourg (tout comme Érasme jusqu’à son retour à Bâle en 1535).

L’université protestante a été redémarrée  avec de nouveaux statuts et de nouveaux financements en 1532. L’introduction de bourses pour les étudiants, maintenant que l’Église n’était plus un bailleur de fonds, était une nouveauté majeure. La Fondation Erasmus, le soutien de la ville et les initiatives citoyennes remplissaient cette fonction.

Johann Jakob Neustück (1799/1800–1867), 1843, vue du Rheinsprung et de l’ Augustinergasse,  à droite l´Augustinerkloster. Photo: Wikipedia

Le « Collegium alumnorum » soutenait également les étudiants sur le plan financier. Le « Oberes Kollegium » se trouvait dans l’ancien monastère augustinien (à l’emplacement de l’actuel musée d’histoire naturelle) et le « Unteres Kollegium » dans l’ancien bâtiment universitaire « Schalerhof », sur le Rheinsprung.

Johann Jakob Neustück (1799/1800-1867), 1844, L´Augustinerklosterhof und das « Oberes Kollegium » 1844. Photo: Wikipedia

La séparation de l’université et de l’église a également permis d’accorder beaucoup plus d’attention à la médecine, au droit civil, public et international et aux arts libéraux. Grâce notamment à la présence d’éditeurs et d’imprimeurs, à un environnement libéral et humaniste et à sa situation centrale, l’université attira un nombre croissant d’étudiants et de professeurs étrangers.

Le jardin botanique a vu le jour en 1588 sur le Rheinsprung. En 1692, le jardin botanique a déménagé à Petersgraben dans l’ancien couvent dominicain et en 1898 à son emplacement actuel au Spalentor sur Petersplatz, près du nouveau bâtiment principal (Kollegienhaus) de 1939.

 

Le Kollegienhaus, le Petersplatz et le Spalenberg

De universiteit kocht in 1661 het Amerbachkabinett en creëerde daarmee de

L’université a acquiré l’Amerbachkabinett en 1661, créant ainsi les conditions du premier musée public européen dans la Haus zur Mücke en 1671. La bibliothèque de l’université y était déjà installée. À l’époque, les collections étaient rassemblées par des citoyens fortunés et des professeurs d’université. Bonfacius (1495/1566) et son fils Basilius (1533-1591) Amerbach étaient les plus grands collectionneurs d’art ancien, d’art contemporain et d’objets de la nature et des autres cultures.

Haus zur Mücke

Plusieurs musées sont nés de cette initiative aux XIXème et XX ème siècles, notamment le Museum der Kulturen, le Kunstmuseum Basel, l’Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig, l’Historisches Museum Basel, le Pharmaziemuseum et l’anatomisches Museum.

Depuis lors, l’université a connu plusieurs creux, en termes de nombre d’étudiants, de situation politique (1798-1813, la domination française) et de séparation des cantons de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne en 1833. Aujourd’hui, les deux cantons ont trouvé un modus vivendi (financier) et coopèrent. Les crises économiques et les guerres (mondiales) ont également eu des répercussions.

Après 1945

Les sept facultés de psychologie, d’économie, de sciences naturelles, de sciences humaines, de sciences médicines, de droit et de théologie comptent aujourd’hui environ 13 000 étudiants.

Lors du Dies academicus de la plus ancienne université de Suisse, la rectrice (Rektorin) mit l’accent sur le dernier défi mondial en matière de science sous le titre « Intelligenzen : Künstliche Intelligenz (KI) »,  l’Intelligence Artificielle (IA).

Rectrice Prof. Dr. Dr. h.c. mult. Andrea Schenker-Wicki lors de son discours « Intelligenzen ».

L’université s’est engagée dans ce qu’on appelle l’initiative KI (KI-Initiative) dans le but d’utiliser et de développer l’IA pour la société d’une manière responsable responsible intelligent society (société intelligente responsable) et d’impliquer tous les citoyens dans ce processus no one left behind (personne n’est laissé pour compte).

Érasme a relevé les défis de son époque de manière nuancée, humaniste et tolérante. Il serait fier de la ville de Bâle qu’il chérissait tant et de son (dans un certain sens) Alma Mater.

(Source: Université de Bâle; G. Kreis, 550 Years of the University of Basel, Christoph Merian Verlag, Basel 2010).

Post scriptum

L’ETH Zurich et l’EPFL ont lancé le 4 décembre l’initiative « Swiss AI » dans le but de positionner la Suisse comme leader mondial dans le développement et l’utilisation d’une intelligence artificielle transparante. Le nouveau supercalculateur « Alps » du CSCS offre à cet effet l’infrastructure.

Impressions du Dies academicus

Les Ibères sont arrivés à Bâle

Les Celtes, les Étrusques et les tribus germaniques suscitent depuis longtemps l’intérêt du public et des chercheurs. En revanche, on sait peu de choses sur les Ibères en dehors de l’Espagne. À tort, car ce peuple était également une puissance régionale culturelle et économique importante jusqu’à la domination romaine en 206 av. J.-Chr.

Tout comme les Celtes sont une interprétation pour une multitude de tribus, c’est également le cas pour les Ibères. Les auteurs anciens ont mentionné les Cessetani, Ilercavones, Sedetani, Edetani, Ilergetes, Bastetani et Contestani, entre autres. La région s’étendait des Pyrénées, à l’est, jusqu’au sud de l’Espagne, le long de la Méditerranée.

Images: Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig

Les Ibères sont venus d’Afrique du Nord et ont traversé le détroit de Gibraltar après 1 000 av. J.-Chr. Ils ont développé une culture très élaborée, avec un nombre relativement important de villes et d’établissements dotés de maisons en pierre, de dieux, d’art religieux et de rituels, d’un système monétaire, de textiles, d’écriture, de sculptures, de bijoux (en ivoire), de cultures arables, d’élevage, de commerce international et de transport maritime.

La région était riche en minéraux, en argent, en or et en fer. C’est aussi la raison pour laquelle d’autres peuples se sont intéressés aux pays méditerranéens, d’abord les Phéniciens, puis les Grecs, les Puniques et enfin les Romains. L’apogée de leur culture a duré du VIème au Ier siècle av. J.-Chr.

Image: Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig

Plusieurs villes et villages ont fait l’objet de recherches archéologiques et ont été documentés, notamment Ullastret (Ullastret), Puig Castellar (Santa Coloma de Gramanet), Burriac (Cabrera de Mar) et Masies de Sant Miquel (Banyeres del Penédes) dans le nord, Sagunt (Sagunt), Punta del Llops (Olocau) et Castellet de Bernabé (Llíria) au midi et Baza (Baza), La Picola (Santa Pola) et Puente Tablas (Jaén) au sud. Plusieurs villages ont été localisés mais n’ont pas encore fait l’objet de fouilles archéologiques.

Les villes se caractérisent par la présence de murailles et d’autres fortifications, de centres économiques pour le stockage de marchandises, de céréales, de vin, d’olives et d’autres denrées alimentaires, de sites artisanaux, de temples et d’autres sanctuaires, de cimetières avec des nécropoles monumentales pour l’élite.

Ces zones urbanisées étaient les centres économiques et de pouvoir des princes locaux et des tribus. On y trouve également de nombreux établissements et bâtiments agricoles. Comme les Celtes, il s’agissait d’une culture hiérarchique avec un monarque et des nobles/guerriers au sommet de la pyramide.

Vue de l’exposition. © Ruedi Habegger, Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig

Depuis le 19ème siècle, de nombreuses découvertes archéologiques ont été faites, qui sont exposées dans divers musées (surtout espagnols) et documentées dans de nombreuses publications (surtout espagnoles). Ce ne sont pas seulement la culture, la société et l’art ibériques qui fascinent, mais aussi les relations précoces avec d’autres régions méditerranéennes.

Les Phéniciens (à peu près les habitants du Liban actuel) se sont installés dans la région dès le 9ème siècle av. J.-Chr. Cadix, La Rebanadilla, Cerro del Villar, Toscanos et Huelva en sont quelques exemples. Les Grecs ont suivi au cours des siècles suivants, notamment avec la fondation de la ville d’Empúries (Empórion).

Ces établissements étaient avant tout des lieux de commerce pour le stockage et le commerce à travers la Méditerranée, notamment de l’ivoire, des textiles et des céramiques en provenance de l’Est et des matières premières, en particulier le fer et le bois, ainsi que des produits agricoles en provenance d’Ibérie.

Cependant, la culture ibérique a rapidement adopté des caractéristiques de la culture grecque et phénicienne, comme le montre l’exposition à travers divers objets. L’ivoire, le verre, les innovations technologiques et, entre autres, l’alphabet phénicien ont fait leur apparition parmi les tribus ibériques grâce à ces contacts.

Bien que le détroit de Gibraltar ait été perçu comme le bout du monde à cette époque, cette même région a été la plaque tournante du commerce méditerranéen, entre l’est et l’ouest, jusqu’au VIème siècle. Au VIème siècle, cependant, une nouvelle superpuissance est apparue sur la scène : Carthage et la culture punique.

Carthage a été fondée en 814 av. J.-Chr. par les Phéniciens pour devenir un important comptoir commercial sur la Méditerranée. La ville devient une puissante cité-état et, au VIème siècle, elle joue un rôle dominant dans les villes également fondées par les Phéniciens de l’autre côté du détroit de Gibraltar.

Stèle de Palermo (Teruel), 2ème siècle av. J.-. Chr. Collection: Museu d’Arqueologia de Catalunya

Lorsque la capitale des Phéniciens, Tyros, dans l’actuel Liban, est conquise en 573 av. J.-Chr. par le roi babylonien Nebuchadnezzar, Carthage saisit sa chance. Carthage dominait alors non seulement les îles de Corse et de Sardaigne, mais aussi les territoires ibériques.

Image: Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig

Au cours des siècles suivants, une autre superpuissance la rejoint : Rome. Rome et Carthage se disputent le pouvoir en Méditerranée et en Espagne. Trois guerres puniques en résultent : 264-241, 218-206 (et la campagne d’Hannibal) et la dernière 149-146 avant J.-Chr.

Les Romains finissent par l’emporter et, à partir de 206 avant J.-Chr., ils occupent le territoire des tribus ibériques. La romanisation rapide met alors fin à la culture ibérique. Ce n’est d’ailleurs qu’en 19 av. J.-C. que l’empereur Auguste conquiert les autres territoires de l’Espagne (et du Portugal), mais c’est une autre histoire.

Images: Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig

La monnaie, l’écriture et la langue

La langue ibérique était distincte des autres langues de la péninsule ibérique. Les autres langues principales étaient le celte-ibérique, le lusitanien (Portugal), le turdétanien et le vasco-aquitain (Pays Basque actuel et régions du sud-ouest de la France).

La langue ibérique présente trois variantes selon les régions : le nord-est, le sud-est et la variante gréco-ibérique près d’Alicante. La langue ibérique écrite a déjà disparu au 1er siècle avant J.-C. en raison de la romanisation.

Stèles funéraires avec inscriptions, IIème siècle av. J.-. Chr. Collection: Museu d’Arqueologia de Catalunya

Les informations les plus importantes sur l’écriture ibérique proviennent d’environ 2 500 inscriptions. Bien qu’elles ne soient pas encore déchiffrées, il a été confirmé que l’alphabet des Phéniciens en constitue également la base. Il semble également y avoir des similitudes avec le basque. Après l’époque romaine (5e siècle ap. J.-Chr.), La langue ibérique a également complètement disparu en tant que langue parlée, à l’instar de la langue celte.

Le haut niveau de développement de la région se manifeste non seulement dans la fabrication d’objets utilitaires, artistiques et religieux, mais aussi dans le système de frappe de la monnaie. La monnaie jouait un rôle important dans les échanges commerciaux de la région méditerranéenne. D’un point de vue archéologique, cette source revêt une grande importance en raison des images et des inscriptions qu’elle contient et de sa bonne durabilité.

Conclusion

L’exposition « Ibères » en cinq langues (anglais, allemand, français, catalan et castillan) est une véritable révélation avec de nombreux objets qui quittent l’Espagne pour la première fois. Pour la première fois ? Le trésor d’argenterie de Tivissa de la colonie Castellet de Banyoles a séjourné déjà à Genève durant la guerre civile espagnole (1936-1939).

Le trésor de Tivissa, 250-195 av. J.- Chr. Collection: Museu  d’Arqueologia de Catalunya

Presque oubliée dans les pays du Nord, cette culture des Ibères et de leurs relations avec les plus anciennes civilisations de la Méditerranée s’inscrit avec succès dans le prolongement des expositions précédentes du musée et s’intègre parfaitement dans sa collection permanente.

(Source et plus d’informations: Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig; Museu d´Arqueologia de Catalunya).

Impressions de l’exposition

Statuette d’une Adorantin, 2ème siècle av. J.-. Chr, Cueva de la Lobera, Castellar (Jaén). © Museu d’Arqueologia de Catalunya 

Photo: © Ruedi Habegger, Antikenmuseum Basel und Sammlung Ludwig

L’ordre des Johannites et la Chapelle Saint-Jean à Rheinfelden

Le 25 novembre est parue la nouvelle édition du Guide de l’art suisse, une publication de la Sociéte d’histoire de l’art en Suisse (SHAS).

Cette nouvelle édition met en valeur la chapelle de l’ordre des Johannites à Rheinfelden (canton d’Argovie). L’Ordre des Johannites a été fondé au XIème siècle par des chevaliers pour soigner les pèlerins malades et pauvres qui se rendaient en Terre sainte.

Les croisés ont conquis Jérusalem en 1099 et, en 1113, le pape Paschalis II (pape de 1099 à 1118) a reconnu cet ordre chevaleresque en tant qu’organisation religieuse et militaire. Les Templiers (1118) et l’Ordre Teutonique (1190) datent également de cette période. L’Ordre des Johannites s’est installé à Malte en 1530 et s’appelle encore aujourd’hui l’Ordre de Chevaliers de Malte.

La Johanniterkommende 

L’Ordre des Johannites a fondé le monastère et un hôpital vers 1215, avec l’autorisation du fondateur de la ville de Rheinfelden, le duc Berchtold V. (1160-1218). Jean le Baptiste était naturellement le saint patron.

La chapelle Saint-Jean a été construite dans les années 1456-1460. Rheinfelden et le Fricktal sont restés la propriété des Habsbourg et donc catholiques jusqu’en 1798. Rheinfelden a fait partie du canton d’Argovie à partir de 1803. Le canton décida de dissoudre le monastère en 1806.

Pendant longtemps, la chapelle a été un lieu de stockage de marchandises et ce n’est qu’à la fin du XIXème siècle que sa grande valeur culturelle a été mise en lumière, notamment par la découverte des fresques. Après des années de rénovation, la chapelle est à nouveau ouverte au public, située au bord du Rhin et en bordure du centre-ville.

(Source : E. Hunziker, I. Haupt, D. Wanger, Chr. Lang, Die Johanniterkapelle in Rheinfelden, Bern GSK, 2023)

La journée d’Uster, la constitution et la démocratie

Depuis le Moyen Âge, la ville de Zurich avait acquis de grandes parties de la campagne environnante. La population rurale du canton était alors sous le contrôle politique et économique des dirigeants de la ville.

La République helvétique (1798-1803) ait proclamé la liberté, et l’égalité en 1798, ce qui devait assurer l’égalité juridique entre la ville et la campagne. Mais l’ancienne oligarchie avait adopté en 1814 une nouvelle constitution qui rétablissait le pouvoir des anciens dirigeants (appelée Restauration).

Cependant, la population rurale commençait à se développer, notamment dans les écoles et les associations. Peu à peu, la presse familiarisait les gens avec de nouvelles idées, faisant apparaître la critique au grand jour.

En juin 1830, la révolution libérale et démocratique en Suisse (La Régénération) éclata au Tessin et le 22 novembre 1830, 10 000 à 12 000 habitants du canton de Zurich marchèrent vers la ville d’Uster.

Stefano Francisini (1796-1857), le premier conseiller fédéral tessinois et le principal promoteur de la Constitution du Tessin de 1830

La manifestation se déroule pacifiquement et sans incident. Le peuple s’exprime, et le 6 décembre 1830 déjà, les nouveaux membres du Grand Conseil (Grosse Rat) sont élus, les deux tiers des membres étant issus de la campagne. La nouvelle constitution libérale entre alors en vigueur en mars 1831.

Dans neuf autres cantons (Thurgovie, Argovie, Lucerne, Saint-Gall, Fribourg, Vaud, Soleure, Berne et Schaffhouse), les anciennes élites sont également remplacées pacifiquement et des constitutions cantonales libérales sont introduites.

La révolution de 1831 dans le canton de Neuchâtel échoue cependant, et n’aboutit qu’en février 1848. Le mouvement bâlois aboutit en 1833 à la séparation en deux cantons, Bâle-Ville et Bâle-Campagne.

Après dix-sept ans de polarisation, après 1831 et la guerre du Sonderbund (1847) dans l’ancienne Confédération, le 12 septembre 1848, une nouvelle constitution suisse et une nouvelle confédération démocratique et libérale (pour les hommes) voient le jour.

Le 16 novembre 1848, le parlement (Bundesversammlung) élit les sept premiers membres du Conseil fédéral (Bundesrat) : Jonas Furrer (Zurich), Ulrich Ochsenbein (Berne), Henri Druey (Vaud), Jozef Munzinger (Soleure), Stefano Francini (Tessin), Friedrich Frey-Herosé (Argovie) et Wilhelm Näff (Saint-Gall).

Dans son discours lors de la cérémonie de commémoration de la Journée d’Uster,  (Ustertag) le 19 novembre 2023 dans l’église d’Uster, le Conseiller fédéral Ignazio Cassis a déclaré:

« …La journée d’Uster nous rappelle que la révolution libérale a été une étape décisive dans l’histoire de la création de notre pays. Avant d’arriver à Uster, cette révolution libérale a éclaté au Tessin ! Le Tessin a été le premier canton à se doter d’une constitution qui consacrait les valeurs libérales telles que l’égalité devant la loi, la séparation des pouvoirs et la démocratie.

 Cette révolution libérale a marqué un tournant sur la voie de la fondation de l’État fédéral (en 1848). Mais le chemin fut encore semé d’embûches avant que la première constitution suisse ne puisse entrer en vigueur. La révolution fut suivie d’une contre-révolution et d’une guerre civile (1847)… » (Source: www.admin.ch).

L’historien Rolf Graber écrit:

“Regeneration: Rückgriff auf ältere Widerstandstraditionen. Der politische Umbruch von 1830 und die Einführung von liberalen Verfassungen in elf Kantonen sind die Folge von Volksbewegungen, die an die alteidgenössische Befreiungstradition, an die Widerstandsbewegungen im Ancien Régime und an die Bewegungen von 1814/15 anknüpfen.

Ein Mittel der Massamobilisierung sind die den Landsgemeinden nachempfundenen Volkstage oder Volksversammlungen. Als wichtigste Erreignis gilt der Volkstag von Uster vom 22. November 1830”.

(Rolf Graber, Demokratie und Revolten. Die Entstehung der direkten Demokratie in der Schweiz, Zurich 2017).

Le Monte Verità près d’ Ascona

Le canton du Tessin a longtemps été (et est toujours) un refuge pour les réfugiés politiques, les artistes et l’avant-garde. Locarno, Lugano et Ascona ont été des destinations recherchées à partir de 1848. Des maisons, des îles et même des collines et des montagnes ont été réaffectées.

Alfredo Pioda (1848-1909), Franz Hartmann (1838-1912) et la comtesse Constance Wachtmeister (1838-1910) fondèrent en 1889 une institution théosophique sur le Monte Verità près d’Ascona. Plus tard, sous l’impulsion de nouveaux propriétaires, le complexe a été utilisé comme centre d’art et sanatorium.

Cette région de la Suisse a également été une attraction majeure pour les anarchistes (russes) et les réfugiés politiques pendant les années qui ont précédé la révolution russe de 1917 et la Première Guerre mondiale (1914-1918). Dans ces années-là, Ascona était même le centre des émigrants européens et de l’avant-garde après Zurich (et Dada).

Durant cette période, Ascona était une ville d’artistes, d’intellectuels et de cosmopolites étrangers et suisses. Les premiers fondateurs du complexe du Monte Verità ont émigré en 1920 au Brésil, par exemple.

Le baron allemand Eduard von der Heydt (1882-1964), collectionneur passionné d’art, acheta le complexe du Monte Verità en 1926. Dans le sillage du baron, les architectes du Bauhaus se sont également installés à Ascona.

C’est ainsi que l’hôtel actuel a été construit en 1929 dans le style Bauhaus. Plusieurs autres bâtiments datent de cette période ; d’autres utilisations sont plus récentes, comme le jardin de thé japonais et l’aile près de l’hôtel (1992).

La période 1933-1945 a été marquée par une nouvelle vague d’émigration, non seulement vers Ascona, mais aussi d’Ascona vers l’Amérique. En 1945, la capitulation de l’armée allemande en Italie fut même signée à Ascona, tout comme, plus de 20 ans auparavant, Ascona avait joué un rôle déterminant dans la conclusion du traité de Locarno.

Le canton du Tessin a repris le complexe (qui comprend l’hôtel-restaurant, Casa Marta, Casa Anatta, Casa dei Russi, le jardin de thé japonais, Casa Giovanna, Casa Gioia, Villa Semiramis, Casa Selma et Casa Monescia) en 1964 et le gère depuis lors comme un musée, un centre culturel, de congrès et de séminaires, un hôtel et un restaurant avec une vue magnifique sur le lac Majeur (Lago Maggiore).

(Source et plus d’informations: Fondazione Monte Verità)

 

Le jardin de thé japonais

Locarno et Ascona, villes de paix

En 1919, à l’issue de la Première Guerre mondiale (1914-1918), des conditions strictes furent imposées aux états vaincus lors du traité de Versailles afin d’assurer une paix pérenne à l’Europe. Outre des pertes territoriales et la démilitarisation de la région rhénane, la République de Weimar se vit imposer le paiement de réparations de guerre.

Locarno, Via della Pace

Cela provoqua des tensions et ainsi la France et la Belgique occupèrent la Rhénanie en 1923. Les négociations diplomatiques menées du 5 au 16 octobre 1925 à Locarno aboutirent à la signature des accords de Locarno (canton du Tessin).

Locarno, 1925. Les participants de la Conférence. Foto: TES

Le 7 octobre 1925, une conversation informelle mais décisive eut lieu à l’Albergo Elvezia à Ascona, près de Locarno, entre le chancelier allemand Hans Luther (1879-1962) et le ministre français des Affaires étrangères Aristide Briand (1862-1932).

Ascona, Albergo Elvezia

L’Allemagne accepta la frontière occidentale et signa des conventions avec le Royaume-Uni, la Belgique, la France, la Pologne et la Tchécoslovaquie. L’esprit de Locarno et d’Ascona marqua une période de sécurité et de coopération en Europe. Cependant, en 1936, l’Allemagne occupa la Rhénanie en violation du pacte de Locarno et les traités de paix furent révoqués.

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Impressions d’Ascona

Locarno, Visconti kasteel, 12e eeuw

Impressions de Locarno