Une démocratie bénéfique

La Constitution fédérale de 1848 est toujours la base de l’histoire de la Suisse moderne. La Constitution, qui s’inspire en partie du modèle américain de 1787, établit les statuts de la Confédération suisse, de ses cantons et ses communes et le rôle joué par ses citoyens.

La dernière révision totale de la Constitution a eu lieu le 1er janvier 2000. L’une des dispositions les plus marquantes de la Constitution est le référendum qui a été introduit en 1874. L’initiative populaire a, quant à elle, été insérée dans la Constitution en 1891.

Le référendum

Le référendum et l’initiative populaire permettent aux citoyens de participer activement au processus politique mené au niveau fédéral. La Suisse a introduit le référendum et l’initiative populaire afin de témoigner sa confiance et son respect à ses citoyens.

Il existe deux types de référendums. Le référendum facultatif et le référendum obligatoire.

Le référendum obligatoire est précisément défini dans la Constitution.

Le référendum facultatif est lancé lorsque les signatures valables de 50 000 citoyens ont été récoltées dans les 100 jours à compter de la publication officielle de l’acte ou que huit cantons le demandent.

La nouvelle loi n’entrera en vigueur que si, par la suite, la majorité du peuple l’accepte en votation.

La grande force d’un référendum, c’est la discussion politique qui en émane, l’implication des citoyens qu’il engendre et finalement sa contribution à l’atteinte d’un consensus.

Ce système exige la présence de médias de qualité et l’implication des citoyens. Ces deux conditions sont remplies aussi parce que les citoyens et les politiciens savent que le citoyen a toujours le dernier mot.

Dans une démocratie mature, qui fonctionne bien, le référendum est un moyen efficace de réconcilier les citoyens avec la politique.

L’initiative populaire

De plus, les citoyens ont la possibilité de demander eux-mêmes une modification, une révision partielle ou totale de la Constitution.

Les citoyens – qui ont le droit de vote – déposent alors une initiative populaire. Pour qu’elle aboutisse, elle doit recueillir 100 000 signatures valables, qui doivent être récoltées dans un délai de 18 mois.

Cette demande peut contenir une suggestion générale ou une proposition détaillée. Parfois, il y a même une contre-proposition, de sorte que les citoyens peuvent choisir entre deux possibilités. Ici aussi, le système politique est lié au résultat.

Le gouvernement

La composition, la méthode de travail et l’élection du gouvernement sont déjà une certaine garantie pour éviter un système de clientélisme. Dans ce système politique, il y a toujours lieu de rechercher avant tout le consensus le plus large possible au niveau de la base.

A partir de 1959, date de l’introduction de ce qui deviendra la formule magique  (Zauberformel, magica formula) – qui fonctionne toujours – la répartition des sièges au Conseil fédéral se fait entre le Parti Socialiste (PSS), le Parti démocrate-chrétien (PDC), le  Parti radical-démocratique (PRD), et l’Union démocratique du centre (UDC). Ce qui peut se résumer en la formule « 2-2-2-1 » (de la gauche à la droite). La formule magique est la genèse d’une tradition politique suisse.

Le Constitution fédérale mentionne que les diverses régions et les communautés linguistiques doivent être équitablement représentées au Conseil fédéral.

Le souverain

Le citoyen est le souverain : non c’est non et oui c’est oui. Jusqu’à présent, elle a sauvé la Suisse des pires erreurs et des illusions.

Les citoyens ayant voix au chapitre dans la prise des décisions politiques, ils peuvent difficilement – lorsque les résultats ne répondent pas à leurs attentes – blâmer leurs politiciens pour une politique inadéquate. Le pays, la société, les citoyens, l’économie, la cohésion et la politique en bénéficient.

Les 175 ans des Chemins de fer fédéraux suisses

Et enfin nous y fûmes ! Le 9 août 1847, il y a 175 ans, le premier train transportant des passagers emprunta la ligne ferroviaire entre Zurich et Baden (canton d’Argovie) sur une distance de 25 kilomètres.

Ce chemin de fer fut nommé Spanisch-Brötli-Bahn ou train des petits pains espagnols, nom d’une pâtisserie de Baden hautement appréciée par les riches zurichois qui prirent l’habitude, le dimanche matin, de se rendre en train à Baden pour y déguster cette spécialité.

La gare de Baden, 1890. Photo: Staatsarchiv Baden.

La gare d’ Olten, Paul Gugelmann (1929-2022) , 2006. Le 150e anniversaire de la gare d’Olten, une ville de chemins de fer. En moyenne, 1100 trains traversent quotidiennement cette gare !

Olten, gare. En 1856, la « pierre de l’heure zéro » (Stunde Null-Stein) est le point de départ de la mesure du temps de trajet ferroviaire. En 1875, le mètre a remplacé l’heure et le pied. Depuis lors, c’est la pierre km 39,292, mesurée à partir de Bâle, siège de la direction des chemins de fer à l’époque. La pierre est restée populairement connue sous le nom de « Kilometer Null-Stein ». Le nom correct est cependant « Stunde Null-Stein ». La croix symbolise la position centrale de la gare dans le réseau ferroviaire ; le « O » représente l’heure zéro.

Où et quand a circulé le premier train en Suisse et comment s’appelait-il ? Ceux qui pensent que c’était la Spanisch-Brötli-Bahn de Baden à Zurich en 1847 n’ont pas tort. Mais pour les connaisseurs et passionnés du rail, ce n’est pas tout à fait correct. En effet, la Spanisch-Brötli-Bahn a certes été la première ligne de chemin de fer à circuler entièrement sur le sol suisse, mais pas sur la première voie suisse.

En réalité, pour l’histoire, c’est le 15 juin 1844 que s’ébranla le premier train sur le sol suisse, non pas entre Baden et Zurich, mais sur 2 kilomètres entre Saint-Louis (France) et Bâle, sur la ligne Strasbourg-Bâle. La locomotive avait été baptisée Napoléon.

La gare française à Bâle en 1845. Source:  Ein Jahrhundert Schweizer Bahnen 1847–1847. Jubiläumswerk des Eidgenössischen Post- und Eisenbahndepartementes in fünf Bänden. Bd. 1, Frauenfeld 1947. Foto: Wikipedia

La gare de Bâle  en 2022

En 1848, le réseau ferroviaire suisse était ainsi le moins développé d’Europe occidentale. Il y avait alors déjà 6’000 kilomètres de rails en Allemagne et 10’000 kilomètres en Angleterre et seulement 27 kilomètres en Suisse ! Un vaste réseau européen s’était mis en place et, si la Suisse ne réagissait pas, elle risquait d’en être exclue.

Les divisions entre les cantons souverains, le manque de charbon pour les locomotives à vapeur, l’absence de grandes agglomérations urbaines et le paysage montagneux ont entravé le développement de l’infrastructure ferroviaire.

Cependant, après 1850, les choses évoluèrent rapidement. La loi fédérale de 1852 confia aux cantons la responsabilité de la construction et de l’exploitation des chemins de fer, ainsi que la compétence d’octroyer des concessions.

Le gouvernement fédéral n’y fut pas impliqué : c’était aux cantons de décider où les lignes seraient construites et comment elles seraient exploitées. Dans la plupart des cantons, les compagnies ferroviaires poussèrent alors comme des champignons

En 1863, la Suisse comptait environ 1’400 kilomètres de voies ferrées. Elles reliaient Genève au lac de Constance, Bâle à Coire (canton des Grisons) et Berne à Brigue (canton du Valais). Cependant, les Alpes demeuraient toujours un obstacle difficile à franchir. Ainsi, les chemins de fer s’arrêtaient à Brigue, à Coire, à Lucerne et à Thoune.

Le Crédit Suisse fut créé à Zurich en 1856 pour financer la construction des chemins de fer, notamment des projets tels que ceux du Gothard et du Simplon, avec l’aide de capitaux étrangers. Ce fut la première véritable banque d’affaires de dimension suisse.

Le tourisme, issu surtout de l’aristocratie britannique, dans les régions de montagne amena à prendre de nouvelles mesures pour construire, entretenir et exploiter les lignes des chemins de fer, non rentables pour la plupart d’entre elles. L’agence de voyage anglaise Thomas Cook soutint cette stratégie.

Cela concorda avec le développement des chemins de fer en Suisse. Les cantons et les compagnies ferroviaires, puis le gouvernement fédéral, firent appel à l’expérience et aux connaissances détenues dans ce domaine par des ingénieurs étrangers, surtout anglais, autrichiens et allemands.

De plus, l’ETH de Zurich (EPFZ – École polytechnique fédérale de Zurich), fondée en 1855, et, plus tard, l’EPFL de Lausanne (École polytechnique fédérale de Lausanne) ont mis leurs connaissances, leurs talents et leurs expériences au service de la Suisse pour réaliser des ponts, viaducs et tunnels spectaculaires et remarquables, qui peuvent être admirés dans tout le pays.

Collection Musée Zu Allerheiligen, Schaffhouse 

Poster Ecomuseum Simplon

En 1872, selon la deuxième loi fédérale sur les chemins de fer, édictée par l’Assemblée fédérale, le contrôle de la construction, de l’exploitation, de la tarification, de la comptabilité et le droit d’accorder des concessions étaient désormais du ressort de la Confédération.

Cette décision était en partie motivée par le retard pris par la France (tunnel du Mont-Cenis inauguré en 1871) et par l’Autriche (tunnel du Brenner ouvert en 1864). Le premier tunnel du Saint-Gothard, tunnel ferroviaire à double voie de 15 kilomètres de long, en fut le résultat en 1882.

Le peuple suisse accepta en 1898 le rachat et la réorganisation des chemins de fer par la Confédération qui racheta les compagnies privées suisses, pour la plupart au bord de la faillite. Les chemins de fer, jusque-là privés, devinrent donc publics. Pour l’État, le coût d’un milliard de francs fut colossal !

Afin de ne pas devoir supporter cette dette, la Confédération créa en 1902 les Chemins de fer fédéraux (CFF), die Schweizerische Bundesbahn (SBB), le Ferrovie federali svizzere (FFS), las Viafiers federalas svizras (VFS), une entreprise publique qui s’acquitta dès lors seule de cette lourde créance.

Puis, tout alla très vite. En 1914, toutes les régions du pays étaient desservies par le train et la Suisse disposait du réseau ferroviaire le plus dense d’Europe.

Trois initiatives privées régionales méritent d’être relevées. La création des célèbres Chemins de fer rhétiques (Rhätische Bahn ou RhB) en 1889 revient au Néerlandais Willem-Jan Holsboer (1834-1898) qui vécut principalement à Davos (canton des Grisons).

Bahnmuseum Albula, Bergün/Bravuogn

La gare ferroviaire du Jungfraujoch, la plus haute d’Europe, située à 3’454 mètres, qui a remporté le titre de « Top of Europe » en raison de son emplacement géographique, constitue un autre exploit, alors que le sommet de la Jungfrau, troisième plus haut des Alpes bernoises, culmine à 4’158 mètres. Adolf Guyer-Zeller (1839-1899) a commencé la construction et ses successeurs ont achevé le projet en 1912.

Le premier train à crémaillère en Europe a été conçu par l’ingénieur suisse Niklaus Riggenbach (1817-1899). Inauguré en 1871, il était révolutionnaire, car ce système permettait de gravir et de descendre la pente raide du Rigi (canton de Lucerne) en toute sécurité. Aujourd’hui, les trains à crémaillère font partie de l’histoire emblématique de la Suisse.

Dampflok.7, 1873. Photo: Rigibahnen AG

Un autre fait notable est l’utilisation précoce de l’électricité, source d’énergie moderne et relativement respectueuse de l’environnement, disponible en Suisse, pour les chemins de fer. La Suisse n’a ni pétrole ni charbon ni gaz. Du point de vue d’aujourd’hui, cela donne une image innovante, dynamique, voire visionnaire du pays.

À la fin du XIXème siècle, les premières centrales hydroélectriques destinées à produire de l’électricité ont été mises en service, notamment pour le transport ferroviaire.

Les trains à vapeur alimentés au charbon ont disparu assez rapidement. En 1967, toutes les lignes des CFF sont électrifiées. Le dernier train à vapeur des CFF a été retiré du réseau en 1968. Ce fut un travail de pionnier, compte tenu des conditions de l’époque.

La Suisse a également connu ses barons du rail. Martin Escher (1788-1870), industriel, fut l’un des premiers promoteurs de la construction ferroviaire en Suisse et Alfred Escher (1819-1882), leader économique et pionnier du rail, se battit pour la construction des chemins de fer en Suisse.

Le peuple a toujours approuvé les nombreuses initiatives relatives aux chemins de fer en Suisse. Les deux derniers grands projets réalisés sont le tunnel de base du Saint-Gothard, inauguré solennellement en 2016 et qui a coûté 12,2 milliards de francs et le tunnel de base du Ceneri mis en service en 2020 dont le coût s’est élevé à 3,6 milliards de francs, réalisés en avance sur le calendrier, financés en partie par les redevances sur les poids lourds, sans corruption – à espérer – et sans interférence et subventions de l’Union européenne (UE).

D’autres projets ne peuvent pas être réalisés pour l’instant en raison de facteurs externes. La liaison ferroviaire directe Rotterdam/Hambourg-Milan/Gênes et le transport écologique du trafic de marchandises par train (accord sur le transit de 1992 et le projet NLFA de 1994 – Nouvelle ligne ferroviaire à travers les Alpes) sont au point mort du fait de retards, de ralentissements dans d’autres pays de l’UE et de blocages de l’UE.

Transport autos au BLS  Lötschenberg Kandersteg – Goppenstein 

Cependant, les CFF et la Suisse peuvent être fiers de leurs performances et des prestations fournies en toutes saisons, dans presque toutes les conditions, en haute altitude, à travers les vallées profondes et les montagnes, même si l’horaire ne fonctionne plus toujours comme une montre suisse.

(Source et plus d’informations: Bahn Extra, 3/2022, 175 Jahre Eisenbahn in der Schweiz. Geramond, 2022).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Quelle compagnie ferroviaire dispose d’un jardin d’enfants ?

La gare d’ Olten, Johann Jakob Speiser (1813-1856), fondateur de la Centralbahn.

Bursins et le réseau de Cluny

L’histoire du village de Bursins (canton de Vaud) est étroitement liée au Royaume de Bourgogne (888-1032) et à l’Abbaye de Cluny. L’église et le centre du village, bien préservés, trouvent leur origine dans cette période.

L’église de Bursins, une des plus intéressantes de notre pays au point de vue archéologique, est dédiée à St-Martin. Elle offre une grande ressemblance avec l’église de Saint-Sulpice, un village qui se situe au bord du lac Léman près de Lausanne, diocèse de Bursins à cette époque.

La première église – carolingienne – de Bursins date du XVIIIème siècle. La reconstruction romane intervint aux XIème et XIIème siècles.

Bursins se trouve également au centre d’un document unique. La première mention officielle du village date de 1011. Rodolphe III, le dernier roi de Bourgogne, fit donation du village et de son église au couvent de Romainmôtier.

Archives cantonales vaudoises

Cet acte est le plus ancien document conservé mentionnant le roi burgonde (966-1032) Rodulfi regis (roi Rodolphe), Cluny et l’abbé Odilo (Odilon – 962-1049), Odilonem abbatem de romano monasterio (Odilon, abbé du monastère romain), Bursins (Brucins). Le contenu de ce document de 1011 est connu grâce à des transcriptions ultérieures, l’original n’ayant pas – encore – été retrouvé.

En 1276, Romainmôtier, à son tour subordonné à l’ordre de Cluny, acquit d’autres biens dans la région. A la fin du XIIIème siècle, le prieur construisit la maison fortifiée qui se trouve toujours derrière l’église.

L’église romane fut transformée et agrandie aux XIIIème, XIVème et au début du XVIème siècles. En 1536, le canton de Berne conquit le Pays de Vaud, alors possession du Duc de Savoie et l’église devint un temple protestant.

Le prieuré Saint-Martin de Bursins forme un ensemble architectural remarquable. Situé au haut du village et entouré de maisons patriciennes et de la maison du prieur, c’est un complexe impressionnant.

A trois cents mètres de là, le château médiéval du Rosey avec ses quatre tours, ses façades aux belles fenêtres et son jardin potager quadrillé par des haies de buis ainsi que les magnifiques forêts et pâturages de Bursins complètent ce beau tableau.

La Fédération européenne des sites clunisiens, à Cluny, a pour objectif de rassembler les lieux qui, en Europe, ont contribué au rayonnement extraordinaire de l’abbaye de Cluny (Bourgogne du sud) du Xème au XVIIIème siècle et fournit toutes informations utiles à ce sujet. Vous pouvez consulter son site internet https://home.sitesclunisiens.org

L’influence spirituelle, artistique, économique, politique et sociale de cette abbaye fut considérable, y compris en Suisse. L’abbaye de Cluny fut démantelée à l’époque de la Révolution française, ce qui entraîna également, à partir de 1789, la fin de son réseau de près de 1’400 dépendances et d’environ 10’000 moines répartis dans l’Europe entière. A Cluny, seule une petite partie de l’immense complexe a été préservée.

L’abbaye et les moines de Cluny sont à l’origine de la création de centaines de villes et de villages en Europe, y compris en Suisse. Les sites clunisiens européens – dont Bursins – font partie des itinéraires culturels du Conseil de l’Europe depuis 2005 auxquels la Suisse est en outre associée  avec 12 itinéraires culturels.

Les chemins de Cluny en Suisse (die Cluny-Wege in der Schweiz) est un itinéraire en 11 étapes qui relie treize lieux de Cluny en Suisse : Bassins, Bursins, Mollens, Romainmôtier, Montcherand, Baulmes, Bevaix, Corcelles-Cormondrèche, Douanne (Twann), Ile Saint-Pierre (Sankt Peter Insel), Payerne, Rüeggisberg et Rougemont.

Également recommandée : l’église romane de Donatyre, près d’Avenches, bâtie au XIème siècle !

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

L’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam en Suisse.

L’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam effectue une tournée en Suisse du 13 au 16 novembre, avec quatre concerts dans quatre villes, plusieurs masterclasses et une représentation publique avec de jeunes talents locaux. Sous la direction de Daniel Harding, l’orchestre se produit à Lugano, Berne, Zurich et Genève.

Le 13 novembre, la Neuvième Symphonie de Mahler est jouée à Lugano. Les soirs suivants, l’orchestre joue le Concerto pour violon de Brahms avec Leonidas Kavakos comme soliste, suivi de la Sixième symphonie de Beethoven, Pastorale.

Le 15 novembre, une représentation très spéciale aura lieu à la gare de Zurich. Huit musiciens de l’Orchestre joueront aux côtés de douze jeunes talents des conservatoires suisses.

Ils joueront la suite Holberg d’Edvard Grieg. Avant le concert, les membres de l’Orchestre donneront plusieurs cours de maître, d’abord en ligne, puis pendant le voyage en train de Berne à Zurich.

Les tournées en Suisse sont une tradition vieille de plusieurs décennies pour l’Orchestre du Concertgebouw. Les premiers concerts de l’Orchestre en Suisse ont eu lieu en mai 1927. Depuis 1988, l’Orchestre y joue même chaque saison.

Au fil des ans, l’Orchestre s’est constitué un public fidèle en Suisse et en 2007, la société des Amis suisses a été fondée.

Les Amis suisses du Concertgebouworkest sont étroitement impliqués dans la prochaine tournée. Pour marquer son quinzième anniversaire, ils organisent plusieurs événements autour des concerts.

Depuis le sommet de la Jungfraujoch enneigée, quatre cornistes ont salué le public suisse. En tenue de soirée, leurs instruments brillent au soleil. Une belle façon d’annoncer la tournée à multiples facettes de l’Orchestre du Concertgebouw en Suisse.

Source: Het Koninklijk Concertgebouworkest Amsterdam

L’histoire de la démocratie directe

Le modèle suisse de démocratie directe fonctionne souvent comme un exemple. Cependant, l’évolution historique et le fonctionnement dans le contexte spécifique de ce pays sont souvent inconnus.

Fonctionnement

Chaque système a ses avantages et ses inconvénients, mais une chose est certaine : le système démocratique est le moins mauvais, qu’il s’agisse des systèmes présidentiels (la France ou les Etats-Unis), des systèmes parlementaires à représentation proportionnelle (le Danemark), de district (le Royaume-Uni) ou d’une fédération (l’Allemagne).

Le système de la Confédération suisse (Confoederatio Helvetica) occupe cependant une place particulière parmi ces démocraties et seule une bonne connaissance de l’histoire et de l’émergence de la démocratie directe offre une bonne perspective à son fonctionnement.

Cette démocratie directe, c’est-à-dire la consultation populaire directe et un (double) veto du peuple et des cantons signifie la non-application définitive de la loi ou du traité.

Les avantages et les inconvénients de ce système ne sont pas traités en détail, seuls les aspects historiques de sa création sont brièvement discutés.

Il s’agit de démontrer qu’il s’agit d’un concept étroitement lié à la situation géographique et aux conditions naturelles, au caractère multiculturel de la population, aux puissantes dynasties qui voulaient contrôler les routes commerciales et les cols alpins au Moyen Âge et surtout au bon pragmatisme des communautés (paysannes) de montagne, qui ont surtout voulu résoudre les problèmes et éviter les difficultés dès le XIIIe siècle.

Les municipalités néerlandaises ont connu des développements historiques similaires dans la gestion de l’eau et des dykes.

Histoire

Dans cette perspective, le 1er août 1291 résonne encore un écho mythique et c’est le jour de la fête nationale suisse. Trois cantons Uri, Schwytz et Unterwald (le nom des cantons ne sera utilisé que plus tard) ont formé une alliance et l’ont confirmée par un serment (Eid), d’où le nom Eidgenossen.

Ces alliances et ces serments étaient courants dans toute l’Europe. Ce qui rend cette alliance si particulière, c’est la continuité et l’expansion progressive avec d’autres cantons (Glaris et Appenzell) et progressivement avec des villes (Berne, Lucerne, Bâle, Schaffhouse, Zurich, Fribourg, Soleure, Zoug) en 1513.

Dans la communautés paysannes des villages, les décisions étaient déjà prises au XIIIe siècle par des assemblées générales de citoyens (hommes), qui à leur tour choisissaient le gouvernement et parlaient de justice.

Le seigneur (de Habsbourg par exemple) n’avait pas grand chose à dire, bien que les liens formels aient été maintenus. Il s’agissait en fait d’une sorte de système communal, destiné à représenter au mieux ses propres intérêts.

Les Landsgemeinde par exemple est une forme de démocratie directe, le peuple (hommes) votant à main levée, qui était pratiquée dans plusieurs cantons.

Elle a été abandonnée dans les cantons de Nidwald, d Appenzell Rhodes- Extérieurs et d’Obwald, Zoug, Uri et Schwytz pour des raisons logistiques (en raison du manque de place après l’introduction du suffrage féminin et en raison  du recours de plus en plus fréquent au scrutin à bulletin secret).

Ainsi, la Landsgemeinde introduite pour la première fois dans le canton d’Uri en 1231 n’existe désormais plus que dans deux cantons Appenzell Rhodes-Intérieures et Glaris.

Elle est probablement à l’origine issue de l’influence des Cités-États italiennes, qui étaient bien connues avec l’ouverture du col du Saint-Gothard en 1230.

En fait, il s’agissait de démocraties (pour les hommes) citoyens au niveau local.

Un concept idéologique faisait défaut, il était principalement axé sur la résolution et la gestion des conflits et les intérêts communs (entretien des routes, sécurité du bétail par exemple).

Dans ces régions, les grands propriétaires fonciers étaient absents et la plupart des agriculteurs possédaient de petites entreprises.

Dans les communautés urbaines, des oligarchies aristocratiques et des structures administratives se sont développées au cours des siècles, dans lesquelles les élites (en particulier les guildes) avaient été constituées sur la base de consensus et de majorités, par exemple dans les questions religieuses vers 1530, mais les autres citoyens n’avaient aucune influence directe.

Cependant, la violence militaire a été évitée et n’a été utilisée qu’en cas de nécessité, notamment parce qu’elle coûtait beaucoup d’argent aux marchands et aux commerçants (et la plupart des soldats suisses préféraient le service militaire à l’étranger, un commerce lucratif aussi pour les élites).

La création de la Diète fédérale (Tagsatzung), l’assemblée des députés des cantons (1417) a également signifié une institution visant le consensus entre les cantons et leurs intérêts.

XVIIIe siècle

C’est très largement la situation jusqu’au XVIIIe siècle, la période des Lumières et des révolutions américaine et française et l’établissement de nombreuses sociétés dans les villes. Au sein des villes, l’appel à la démocratie s’intensifie également.

Le Romantisme (et les médias) renforce l’image de la démocratie directe des Landsgemeinde et des communes souveraines dans les zones de montagne.

Dans toutes les zones urbaines et tous les cantons, on discute démocratie directe et après l’occupation française (1798-1813, avec l’émergence en 1803 de la structure territoriale des 19 cantons de la Confédération suisse) le sujet occupe une place importante dans les débats. Pas au niveau national, mais dans les cantons.

Après 1815

La démocratie directe prenait aussi de plus en plus d’importance sur le plan idéologique et, dans les villes oligarchiques traditionnelles (Zurich, Fribourg, Berne, Soleure par exemple), l’appel aux plébiscites directs se multipliait, notamment pour préserver la paix intérieure en période d’émeutes (1830 et 1848), d’industrialisation et de croissance rapide des villes et de conflits religieux entre cantons (Guerre du Sonderbund 1847).

La Constitution du 12 septembre 1848, fondement de la Suisse actuelle, ne prévoyait pas de référendum national, mais cette institution existait déjà dans plusieurs cantons.

De plus en plus de cantons ont suivi cet exemple, car il s’est avéré efficace (Argovie, Soleure, Grisons, Thurgovie, Zurich et même Berne en 1869).

La construction de chemins de fer et les conflits d’intérêts entre les barons des chemins de fer et les propriétaires fonciers ainsi que les troubles dans les villes ont accéléré ce processus.

Referendum

Il y a toujours eu des opposants au référendum avec les mêmes arguments qu’aujourd’hui : le peuple n’a pas suffisamment de perspicacité, cela ne fonctionne pas avec la démocratie parlementaire, l’élite sait ce qui est bon pour le pays, les  « populistes » et des groupements d’intérêts l’abusent, etc.

Après d’interminables discussions au Conseil national (Nationalrat) et au Conseil des Etats (Ständerat) les référendums et leurs conditions ont été ajoutés dans la Constitution en 1874 et 1891 et, bien sûr, adoptés suite à un référendum.

Après ces siècles de développement et de discussion, le pays ne pourrait pas et ne veut pas se passer de la démocratie directe pour des raisons qui ne sont pas abordées ici, mais les avantages les plus importants sont un contrepoids à la formation de la clientèle, l’opportunisme et l’illusion du jour du pouvoir (politique).

La démocratie ne peut jamais être mise en perspective, ni au niveau local, régional ou national, ni au niveau européen. (Source : O. Meuwly, Une histoire de la démocratie directe en Suisse, Neuchâtel, 2018).

Un Bernois à Jérusalem

Un graffiti portant le nom du chevalier bernois Adrien de Bubenberg (1424-1479) a été découvert à Jérusalem. Venu en pèlerinage en Terre Sainte en 1466, il grava son nom et laissa son blason sur un mur dans le complexe du tombeau du roi David, situé sur le mont Sion.

Le bâtiment a servi de monastère et d’auberge pour les pèlerins occidentaux, qui ont laissé leur empreinte sur les murs, pratique courante à l’époque. Dans le cadre d’un travail de recherche, plus de 40 graffitis ont été mis à jour, dans plusieurs langues. Déjà un monde cosmopolite!

Adrien de Bubenberg fut avoyer de Berne et chef de guerre. Il est entré dans l’histoire comme le défenseur et le vainqueur de Morat pendant les guerres de Bourgogne (1474-1477). La victoire de Morat en 1476 fut décisive pour l’expansion territoriale de la « ville et république de Berne », qui resta jusqu’en 1798 la plus grande et la plus puissante ville-Etat au nord des Alpes.

Le culte d’Adrien de Bubenberg débuta dès la fin de sa vie et perdura jusqu’au XXème siècle.  D’innombrables œuvres historiques, littéraires ou musicales le présentent sous les traits du héros et sauveur de la patrie, en particulier la biographie de Rudolf von Tavel (1866-1934) intitulée Ring i der Chetti (anneau de la chaîne – 1931), car la notion d’être un anneau de la chaîne aida à bannir l’anxiété qui assaillait le peuple à cette époque confuse.

La statue exécutée par Max Leu (1862-1899) en 1897 se trouve sur la place Hirschengraben, à Berne. Adrien de Bubenberg est immortalisé par d’autres monuments édifiés à Berne, Spiez (canton de Berne) et près de Ratisbonne (Allemagne).

Source : ASSH, Penser un Mo(nu)ment

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.