Le haut-pays de Willisau

Le canton de Lucerne est membre de la Confédération depuis 1332. Initialement une cité-état qui a progressivement acquis de plus en plus de territoires, le canton a atteint sa taille actuelle en 1480.

Le canton se compose de quatre ensembles géographiques : la région de Lucerne et ses environs, l’Entlebuch préalpin, le haut-pays de Willisau (das Willisauer Bergland) et, au nord, les vallées parallèles du Plateau (Wigger et Rot, Suhr, Wyna, Seetal) qui s’échappent vers l’Argovie au nord-ouest.

Willisau, pays de montagnes, tire son nom de la ville homonyme et de sa célèbre spécialité traditionnelle – un biscuit – les anneaux de Willisau. Cependant, elle offre également des attraits d’un genre très différent. Dans le village d’Ettiswil, par exemple, se dresse depuis huit siècles le magnifique château d’eau médiéval de Wyher.

D’ailleurs, les noms en « ingen » et « wil » sont d’origine alémanique. A partir du VIème siècle, des peuples alémaniques pénétrèrent sur le territoire de la Suisse actuelle, remplaçant la langue et la culture gallo-romaines.

Photo: Luzia Mathys

L’histoire d’Ettiswil est également étroitement liée aux monastères de Saint-Urbain (Sankt Urban), d’Einsiedeln (canton de Schwyz), de Saint-Léger (Sankt Leodegar), à Lucerne, à la collégiale Saint-Michel (Sankt Michael), à Beromünster et à plusieurs autres monastères du canton.

Suite à un miracle survenu après le vol d’une hostie en 1447 fut érigée à Ettiswil la chapelle du Saint-Sacrement (Sakramentskapelle), décorée d’un cycle – grande composition narrative – rappelant cette histoire qui donna lieu à un pèlerinage connu hors des frontières cantonales.

Lucerne resta catholique après la Réforme protestante, devint un bastion des jésuites et adopta le style baroque pendant la Contre-Réforme.

A partir de 1574, les jésuites arrivés à Lucerne œuvrèrent pour la pastorale et le soin aux malades. Avec la création d’un collège en 1577, l’enseignement prit une place prépondérante et les jésuites s’engagèrent à mettre à disposition le personnel nécessaire pour l’école et la pastorale. Les jésuites avaient été formés au Collège jésuite de Lucerne et au Collegium Helveticum de Milan, habsbourgeois.

L’ église Saint-Maurice (St. Mauritius) à Ruswil

l’église de l’abbaye Saint-Urban

Aux XVIIIème et XIXème siècles, on dénombra au moins un prêtre pour 600 habitants, sans compter les religieuses et les moines demeurant dans les couvents. Presque tous étaient issus de la bourgeoisie et du patriciat du canton de Lucerne ce qui engendra une étroite imbrication entre les pouvoirs politique et ecclésiastique.

Les habitants de la campagne lucernoise ont toujours fait preuve de résistance. Ainsi, les paysans de la région de Ruswil se révoltèrent contre la ville de Lucerne en 1513 – ce fut la guerre dite de l’oignon (Zwiebelkrieg) – en dévastant les potagers à l’extérieur des murs de la ville.

En 1799, c’est aussi à Ruswil que débuta la guerre de Ruswil, une révolte infructueuse dirigées contre la République helvétique (1798-1803). Dès la première moitié du XIXème siècle, des partis catholiques commencèrent à s’organiser et à former une opposition aux libéraux et radicaux.

La Déclaration de Ruswil de 1840 est un manifeste des forces conservatrices catholiques de Suisse. Elle est considérée comme le plus ancien programme du parti conservateur et la naissance de la démocratie chrétienne en Suisse.

La nouvelle constitution du canton de Lucerne en 1841 fut une sorte de compromis. Elle mit en avant le catholicisme et donc des jésuites, mais introduisit aussi, la même année, la démocratie directe !

Et pourtant en 1847, la Diète fédérale suisse vota à une courte majorité la dissolution de la ligue séparatiste du Sonderbund, l’expulsion des jésuites du pays et le principe d’une nouvelle Constitution fédérale. Ce fut l’aboutissement d’une longue crise politique, mais avec un épilogue heureux : l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution fédérale de 1848 et la naissance de la Suisse moderne.

Cependant, ces développements politiques et religieux n’ont aucunement affecté la beauté de la région. Le caractère rural, la réserve naturelle d’Ostergau, les collines boisées, les lacs, les fermes et la vie suisse du bétail agrémentent toujours le paysage varié sous l’œil vigilant des Alpes.

Source et plus d’ informations: Franz Kiener, Lucerne, Dictionnaire  historique de la Suisse. 

Le Club Alpin Suisse

Le Club Alpin Suisse (CAS) organise régulièrement des randonnées dans cette région et dans d’autres belles contrées du pays.

(Source et informations complémentaires : www.sac-cas.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Le Soppisee. Photo: Luzia Mathys

Photo: Luzia Mathys

Le jardin de Rita Lütolf d’Elliswil

Le village de Geiss

La Via Habsbourg

La Maison de Habsbourg fut l’une des maisons royales et souveraines les plus influentes d’Europe. De 996 à 1815, les personnalités de cette grande dynastie ont en effet contribué de manière déterminante à l’histoire, mais aussi à la géographie et à la culture, et donc au destin de l’Europe.

D’alliances en discordes, de quêtes de pouvoir en conquêtes de territoires, de périodes de guerre en phases de paix, tout a divisé mais surtout réuni les peuple. Et ces liens sont encore actuels.

Des sites couvrant plusieurs milliers de kilomètres carrés de l’Europe occidentale et centrale abritent les 800 ans d’histoire de la dynastie des Habsbourg. Des palais, des châteaux, de magnifiques églises, des monastères, des abbayes et de splendides musées ou petits monuments relatent l’influence que cette dynastie emblématique a eue non seulement sur l’histoire, mais aussi sur l’art, en ayant transmis les richesses de la Renaissance et, au moment de son déclin, provoqué la révolte moderniste.

Septante sites et villes dans quatre pays différents et six régions invitent le voyageur à embarquer pour un itinéraire à travers des paysages éternels et des endroits extraordinaires. En passant par le Tyrol (Autriche), la Suisse, le lac Constance, la Forêt-Noire (Allemagne), et les régions d’Alsace et de Lorraine (France), ce sont au total plus de 150 destinations qui attendent d’être découvertes.

Source et plus d’informations : Via Habsbourg

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

La maison des Chevaliers de Capol

Le gouvernement suisse a siégé le 12 octobre 2022 à Müstair dans le Val Müstair (canton des Grisons). Soixante ans plus tôt, à quelques kilomètres de là, un jour, Eugen Gerstenmaier, alors président de l’assemblée parlementaire (Bundestag) de la République fédérale d’Allemagne (RFA), se trouva devant la porte de la maison des Chevaliers de Capol à Santa Maria. Par la suite, les réunions du gouvernement de la RFA y furent régulièrement tenues et toute l’élite politique de la RFA visita le Val Müstair.

Ritterhaus Chasa de Capol, à Santa Maria

L’histoire de ce majestueux bâtiment (La maison des Chevaliers) remonte au XXIIème siècle mais l’hôtel n’existe que depuis 1962. En 1955, le musicien et chef d’orchestre suisse Ernst Theophil Amadeus Schweizer (1932-2021) racheta la maison. Né à Bâle et chef d’orchestre à Venise, il trouva une nouvelle patrie dans le Val Müstair entre Bâle et Venise.

Il rénova la maison des Chevaliers dans un style authentique et, à partir de 1962, il accueillit des invités célèbres issus du monde politique, économique, de l’art, du cinéma et de la musique, notamment le président fédéral Theodor Heuss, le chancelier Konrad Adenauer, le président de l’assemblée parlementaire Eugen Gerstenmaier, le ministre des affaires étrangères Heinrich von Brentano, le chancelier Ludwig Erhard et de nombreux autres membres du gouvernement allemand. Charlie Chaplin, Herbert von Karajan, Albert Hofmann, Max Frisch, Friedrich Dürrenmatt et d’autres célébrités figurèrent également parmi les invités.

Père et fils

Son fils Ramun Schweizer a repris la gestion de l’hôtel en 1997. Père et fils ont rénové et réaménagé l’hôtel dans le respect de son histoire et de sa tradition ancestrale. En fait, c’est un musée ! Le chef Ramun Schweizer, échafaude ses recettes régionales sur un poêle à bois et utilise des casseroles en cuivre comme c’était la coutume il y a des siècles.

Ramun Schweizer dans sa cuisine

Intérieur

La chapelle séculaire, les murs moyenâgeux les voûtes gothiques, la cheminée du salon, l’authentique cuisine médiévale et la cheminée avec un four, les calèches et le véhicule ancien de 1934, une Citroën Traction Avant noire, les repas servis dans la salle des chevaliers et le petit-déjeuner dans une salle de séjour, la salle à fondue, 12 chambres meublées, imprégnées d’histoire, qui ont chacune leur propre caractère (avec Wifi, sans télévision), le bar vénitien Marco Polo et le splendide lounge Davidoff ainsi que divers autres espaces d’accueil créent une atmosphère chaleureuse et unique.

 La salle des chevaliers

La salle de séjour

La salle à fondue

Le lounge Davidoff 

Palier avec accès aux chambres

Le Théâtre

Le théâtre et le piano à queue Steinway se trouvant au dernier étage méritent d’être cités. Des concerts et divers évènements se tiennent encore dans le théâtre. Les instruments à clavier, les masques et accessoires, traces de Venise et de sa région, évoquent le musicien et le chef d’orchestre qu’était Ernst Theophil Amadeus Schweizer et son amour pour la musique. Une place de choix est bien entendu attribuée à Bâle et au Carnaval de Bâle dans la maison des Chevaliers de Capol.

La dynastie des Polo de Venise

La dynastie des Polo de Venise résida à Santa Maria et y resta jusqu’en 1839. La maison porte le nom de Capol, Ca-Pol, ou maison de Polo. Les membres de cette famille occupèrent des postes de confiance dans les régences successives, à savoir la république de Venise, l’évêché de Coire et la maison de Habsbourg. Ils furent également économiquement actifs dans la région, notamment en ce qui concernait le monastère de Saint-Jean-des Sœurs (Claustra Son Jon) à Müstair.

Après la conquête de la Valteline, de Bormio et de Chiavenna en 1512 par les trois ligues de l’actuel canton des Grisons – la Ligue de la Maison-Dieu, la Ligue grise et la Ligue des Dix-Juridictions -, les membres de la dynastie de Capol furent baillis (podestà) dans la région de la Valteline.

La dynastie resta catholique pendant la réforme. Les moines augustins disposèrent d’un hospice et d’un réfectoire dans l’annexe orientale du complexe et utilisèrent la chapelle susmentionnée, en raison de la situation sur la route du col de l’Umbrail, plus haut col de suisse qui culmine à 2503 mètres d’altitude et relie Bormio (Italie) à Santa Maria.

L’empereur Frédéric III (1419-1493)  éleva les personnalités de la dynastie au rang de comtes de Capol en 1481. En 1506, Maximilien 1er  (1459-1519) séjourna dans la maison des Chevaliers. En 1838, la lignée de la dynastie s’éteignit et la maison, laissée à elle-même, tomba en désuétude jusqu’en 1955.

Conclusion  

A partir de 1955, la maison des Chevaliers de Capol entama sa deuxième vie. L’atmosphère et l’esprit cosmopolites et culturels des Capol, du Val Müstair, du commerce, des moines, des Säumer – qui transportaient des charges sur le dos d’animaux au-dessus des montagnes – en route vers et depuis le Tyrol via le col de l’Umbrail, des empereurs, des comtes, des chevaliers et d’autres dignitaires sont toujours présents dans un cadre authentique, vénitien et bâlois, rempli d’une âme musicale.

Le Carnaval (la Fasnacht) de Bâle

En 2000, la maison des Chevaliers a été nantie d’une autre touche chevaleresque : cette année-là, Ernst Theophil Schweizer fut fait chevalier de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, un ordre de droit pontifical qui compte dans environ 40 pays quelque 30’000 membres actifs.

L’origine de cet ordre remonte à 1099, soit un siècle avant la construction de la maison des Chevaliers. Cependant la présence d’un hôtelier grison, chef d’orchestre vénitien et citoyen bâlois est un fait unique et constitue un hommage aussi bien à cette personnalité d’exception qu’à la maison des Chevaliers.

Source et plus d’informations: Ritterhaus Chasa de Capol

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

La chapelle

La cavé à vin

Hommage au Val Müstair

Le Val Müstair est la vallée la plus orientale de Suisse dont la population, soit environ 1’600 habitants, s’est installée dans les villages de Tschierv, Fuldera, Lü, Valchava, Santa Maria Val Müstair, Müstair et dans quelques hameaux qui ont fusionné le 1er janvier 2009 pour former la commune de Val Müstair.

Les villages et leurs contextes historiques et culturels, notamment en relation avec les comtes du Tyrol, les Habsbourg, Bormio, La Valteline, Chiavenna situés en Italie (sujets des Trois Ligues des Grisons de 1512 à 1797), l’évêque de Coire et la Ligue de la Maison-Dieu sont abordés dans un autre article.

Vous trouverez ci-dessous un hommage – certaines photographies sans légende –  consacré à la beauté de la vallée et de ses villages.

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

 

Sta. Maria

L’église Santa Maria

Tschierv et l’église San Nicolaus et Sebastian

Fuldera et l’église St. Rochus

Lü et l’église

Valchava

et l’église Nossa Duonna

et l’église St. Martin

Müstair et le couvent bénédictin Saint-Jean-des-Sœurs

Le car postal

Outre l’avènement du chemin de fer, exemple le plus connu, l’année 1848 fut également marquée en Suisse par le développement du car postal.

Dès le XVIIIème siècle, les diligences ou les voitures à étages, qui transportaient des passagers et du courrier franchirent les cols de montagne et sillonnèrent les différentes régions de la Suisse. Elles étaient gérées par des entreprises privées.

1906-1960

En 1849, le service du transport par diligence fut repris des cantons par la Confédération suisse.  La diligence, tirée par quatre ou six chevaux, fut le seul moyen de transport jusqu’en 1906.

Le premier trajet officiel d’un car postal eut lieu en 1906 entre Berne et Detligen. Les trois premiers cars postaux de Suisse parcoururent l’agglomération bernoise. En 1913, 2000 diligences furent encore en service.

A partir de 1919, CarPostal – principale entreprise de transport par car en Suisse – en reprit la gestion. L’armée mit à sa disposition 100 camions militaires, qu’elle transforma en cars postaux, ce qui incita l’entreprise à poursuivre le développement de ce moyen de transport.

Les principaux fabricants de cars postaux furent la société Saurer à Arbon (canton de Thurgovie) et plus tard la société FWB à Wetzikon (canton de Zurich).

Les cars postaux desservaient alors de plus en plus de régions – dont celles de montagne où le célébrissime klaxon à trois tons retentit pour la première fois en 1923 – et même les vallées reculées comme, par exemple, la vallée de Saas comprenant, entre autres, le village de Saas Fee qui attend toujours un raccordement au réseau ferroviaire.

Jusqu’en 1951, il n’y eut aucune route pour se rendre à Saas-Fee. Ainsi, le car postal roulait aussi loin que possible et le voyage se poursuivait à dos de mulet. Puis, une route fut construite entre Saas Grund et Saas Fee, ce qui a permis au car postal d’amener les passagers directement au village.

Jusque dans les années 1960, le car postal fut également un moyen de transport répandu pour effectuer des excursions. En effet, peu de personnes avaient la possibilité de s’offrir une voiture à cette époque et le car postal (car alpin) transportait de nombreux passagers sur les glaciers et les cols les plus élevés, ce qui contribua à sa grande popularité.

CarPostal SA

Aujourd’hui, CarPostal SA est une filiale de La Poste Suisse SA, société de service postal appartenant à la Confédération suisse. Environ la moitié des services de CarPostal SA sont fournis par des entreprises de transport privées. CarPostal SA assurait également des liaisons transfrontalières avec la France pendant des années. Elle s’est toutefois retirée du marché français.

CarPostal SA dispose d’un réseau routier d’environ 17 000 kilomètres, ce qui représente plus du double des voies ferrées des Chemins de fers fédéraux (CFF), pourtant le réseau ferroviaire le plus long et le plus dense du continent. Au total 936 lignes composent l’offre de CarPostal SA qui transporte au moyen de ses 2400 cars plus de 127 millions de voyageurs par an.

Les cantons commandent des services de transport à CarPostal SA, en définissent les itinéraires et les horaires. L’entreprise est subventionnée chaque année par la Confédération et les cantons à hauteur de 340 à 360 millions de francs suisses. Le reste des revenus est assuré par la clientèle.

Des activités supplémentaires, telles que le transport scolaire, les transports spéciaux (transport du personnel pour les entreprises, transport pour les activités sportives, etc.) font également partie des prestations de CarPostal SA.

Le trajet de 10 kilomètres entre Reichenbach et Griesalp, dans la vallée de la Kander (Oberland bernois) est spectaculaire, le car postal empruntant la pente la plus raide – 28 % – d’Europe.

La mission principale de CarPostal SA – qui a passé d’une entreprise de transport par car traditionnelle forte d’une histoire séculaire à un prestataire de mobilité globale – reste la même, malgré cette évolution : elle achemine aussi dans les régions les plus isolées voyageurs, colis et courrier.

Avec son jaune légendaire, le car postal est une institution en Suisse. Connu pour sa ponctualité, son service et son confort, il fait partie du patrimoine national. Lien entre plaines et vallées, il contribue à l’identité culturelle helvétique.

CarPostal SA, partenaire fiable, sûr et maillon de la chaîne de la mobilité, participe à l’utilité sociale, économique et écologique des transports publics ainsi qu’au niveau élevé de la qualité de vie en Suisse.

Les musées

Les amateurs de cars postaux anciens et de l’histoire de cette entreprise de transport unique en son genre peuvent visiter différents musées, notamment le musée Saurer à Arbon, le musée FWB à Wetzikon, le musée de la communication à Berne, qui ne conserve que d’anciens véhicules.

Le dépôt de Schwarzenburg (canton de Berne) du musée de la communication – qui n’est pas ouvert au public – a été adapté pour abriter durablement les plus grandes pièces de la collection comme elles le méritent.

(Source : www.postauto.ch, www.mfk.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Le Val Müstair, symbole de l’unité

Depuis 2010, le Conseil fédéral tient séance une à deux fois par année hors du Palais fédéral, à Berne. Ainsi, le 12 octobre 2022, il a siégé à Müstair (canton des Grisons). Il s’agissait de la dix-septième séance extra muros du gouvernement.

A cette occasion, le gouvernement s’est entretenu avec la Regenza (gouvernement cantonal) dans l’enceinte du couvent bénédictin Saint-Jean-des-Sœurs (Claustra Son Jon/Kloster St. Johann), inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette séance a été suivie d’une rencontre avec la population grisonne au cœur de la commune de Val Müstair, en Basse-Engadine.

Lorsqu’il se réunit en dehors de ses propres murs, dans différentes régions du pays, le mercredi jour de ses réunions habituelles, le Conseil fédéral ne promulgue pas seulement la diversité du pays, mais entend aussi renforcer ses liens avec les différents cantons et leur population.

Müstair n’est pas un endroit quelconque. C’est ici que Charlemagne fonda le monastère Claustra Son Jon (Saint-Jean-des-Sœurs/Kloster St. Johann) en 774-775. Et non loin de là, éclata la bataille de Calven (Chalavaina en romanche) le 22 mai 1499.

La guerre d’Engadine

 Lors de la guerre de Souabe nommée aussi la guerre d’Engadine de 1499 qui opposa les Confédérés suisses à la Ligue de Souabe et à la maison de Habsbourg, l’empereur Maximilien 1er (1469-1519) envahit l’Engadine pour contrôler la vallée de Münster et le col de l’Umbrail.

 La bataille de Calven fut un épisode de la guerre d’Engadine, ou guerre de Souabe, au cours duquel se battirent les Trois Ligues – la Ligue de la Maison-Dieu, la Ligue des Dix-Juridictions, la Ligue grise – et les Confédérés suisses contre la ligue de Souabe et les forces de Maximilien 1er le 22 mai 1499. Les Suisses remportèrent la victoire et ainsi fut fondé l’Etat libre des Trois Ligues (Freistaat der Drei Bünde) en 1524 qui s’est maintenu jusqu’à l’invasion française en 1798. Le nouveau canton des Grisons, dont le nom fait référence à la Ligue grise, a été créé en 1803.

Vlag van Graubünden - Wikipedia

Suite à la paix de Bâle de 1499, qui marqua la reconnaissance de la Confédération suisse par le Saint-Empire romain germanique et la fin des guerres de Souabe, les Habsbourg disparurent définitivement du territoire suisse en tant que puissance séculaire, à l’exception de la Basse-Engadine et des centres de pouvoirs locaux. Et ils exercèrent encore une influence sur les monastères.

Les troubles des Grisons

Les derniers combats entre les Habsbourg d’une part et l’Etat libre des Trois Ligues d’autre part eurent lieu pendant les troubles des grisons (1619-1639), déclenchés suite à un conflit religieux, les territoires sujets italophones, majoritairement catholique, situés au sud des Alpes s’étant soulevés contre les baillis protestants des Grisons, dont l’administration ne servait souvent que leurs propres intérêts.

Ce fut la plus grande implication suisse dans la guerre de Trente Ans durant laquelle se déchirèrent les Habsbourg d’Autriche et les Habsbourg d’Espagne et leurs alliés grisons d’une part et la France et ses alliés grisons d’autre part dans un contexte d’antagonisme entre protestants et catholiques. Ce fut aussi une guerre civile.

Les Habsbourg gouvernèrent officiellement la Basse-Engadine jusqu’en 1652-1653. En 1652, la Basse-Engadine racheta – à l’exception de Tarasp et de Rhäzüns – les villages de cette région étroitement liés à la Ligue de la Maison-Dieu depuis 1367 et faisant déjà partie de l’Etat libre des Trois Ligues dont ils relevaient de la juridiction. En 1728, l’évêque de Coire vendit toute la vallée aux Habsbourg, les Trois Ligues forcèrent le rachat en 1762.

La langue romanche

A cette époque, la langue romanche était encore la langue prédominante dans les Grisons, bien que les Alamans à partir du VIIème siècle et les Walser dès le XIIème siècle eurent germanisé de nombreuses régions. Aujourd’hui, 60’000 personnes parlent encore le romanche, dont 35’000 d’entre elles en tant que première langue Pour relativiser, ce chiffre est encore supérieur à celui de la population du nouveau canton en 1803 !

Le Plaz Grond de Müstair

Le canton des Grisons est toujours trilingue : allemand, italien et romanche. Le romanche compte cinq idiomes. Dans le Val Müstair, on parle même le jauer, dialecte qui présente de nombreuses similitudes avec le vallader, l’un des idiomes, mais qui a toutefois sa propre identité et sa propre histoire. Les Grisons symbolisent la diversité de la Suisse par excellence. D’ailleurs, la forme géographique du canton ressemble à celle de la Suisse !

Le Val Müstair, symbole de l’unité suisse

Après la rencontre de la Regenza avec le Conseil fédéral, Markus Caduff, président du gouvernement grison et Gabriella Binkert Becchetti, présidente de la commune de Val Müstair ont accueilli le président de la Confédération Ignazio Cassis sur la place du village.  Cette rencontre avec les habitants rappelle quelque peu la Landsgemeinde, organisée jadis aussi dans les Grisons.

Markus Caduff, président du gouvernement grison et le président de la Confédération Ignazio Cassis

Dans son discours, Ignazio Cassis a mentionné le multilinguisme et la diversité de la Suisse. En tant que participant à un cours de langue romanche à Scuol en 2021 et chef du département fédéral des affaires étrangères (DFAE), il souhaite promouvoir une meilleure connaissance de la langue et de la culture romanches. C’est donc tout naturellement qu’il a commencé son discours en langue romanche.

Donna Leon, qui à vit Sta. Maria et le président de la Confédération Ignazio Cassis.

Le président de la Confédération a également souligné l’importance pour le Conseil fédéral de connaître les réalités de toutes les régions du pays. Etant lui-même Tessinois, il a aussi rappelé son attachement aux régions périphériques, les distances entre Genève et le Val Müstair ou entre Lugano et Bâle n’étant aucunement un obstacle.

Mosaïque de vingt-six cantons autonomes, la Suisse, nation de volonté, maintient solidement son unité. Elle permet au citoyen, qui a toujours le dernier mot, de participer à tout, tout le temps. Cela fut le cas en 1815, en 1848 et c’est encore ainsi en 2022.

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.