Les Huguenots, l’horticulture et la viticulture

Le conseil de l’église française de Berne et la fondation VIA (Stiftung VIA – ont organisé un banquet huguenot à l’hôtel de ville de Berne (Rathaus) le 3 septembre.

Impression du banquet huguenot avec une introduction du pasteur Olivier Schopfen

Depuis la Réforme au début du XVIème siècle, la France a été le théâtre de guerres religieuses et civiles. La nuit de la Saint-Barthélemy, en 1572, fut peut-être la plus célèbre (ou la plus tristement célèbre) des explosions de violence, mais il y a eu beaucoup d’autres.

L’édit de Nantes de 1598 leur a donné la liberté religieuse, mais en 1685 (l’édit de Fontainbleau), les persécutions ont été reprises et des centaines de milliers de personnes ont fui vers des pays nordiques et protestants, principalement vers les principautés et royaumes allemands, la Suisse, l’Angleterre, la République des Sept Provinces-Unies (les Pays-Bas), l’Amérique et l’Irlande.

Le Mur des Réformateurs

Genève

Nombre d’entre eux se sont d’abord rendus à Genève, proche de la France et de la langue française, capitale calviniste et république protestante indépendante la plus septentrionale du continent. Les huguenots étaient pour la plupart des artisans, des marchands et des scientifiques instruits, en particulier originaires du sud méditerranéen et du sud-ouest de la France.

L’origine du mot huguenot n’est pas claire. Dans la première moitié du XVIème siècle, il a été utilisé pour désigner les Français protestants. Il est possible qu’il trouve son origine dans la Genève calviniste, vers laquelle de nombreux huguenots se sont réfugiés. Genève désignait ce groupe comme « Eidgnots ou Eidguenots », en référence aux Eidgenossen de la Confédération, des camarades par serment, en l’occurrence par la foi.

Genève était la synthèse culturelle de l’Europe du nord protestante et de l’Europe méditerranéenne des Huguenots. Son climat plus doux et sa situation au bord du lac Léman ont également facilité l’intégration des huguenots. L’immigration a notamment permis de relancer ou de démarrer l’industrie horlogère et textile, les services financiers et le commerce de la soie en Suisse. Cet enrichissement économique est bien connu.

 Le Stiftsgarten

L’horticulture, l’agriculture et la viticulture

La contribution des huguenots à l’horticulture, à l’agriculture et à la viticulture suisses est beaucoup moins connue. Les huguenots ont largement contribué au développement de ce secteur en Suisse.

Ainsi, lors du déjeuner du 3 septembre, des légumes importés par les huguenots figuraient au menu: Kardy (une sorte d’artichaut), Longeole (une saucisse), pommes de terre, haricots et vin de hutins (voir ci-dessous).

La Kardy. Photo: Stiftsgarten.ch

Bâle, Merian Gärten, jardin ProSpeciesRara, l’artichaut de Genève

Bâle, Merian Gärten, jardin ProSpeciesRara, l’artichaut de Laon

Bâle, Merian Gärten, jardin ProSpeciesRara, l’artichaut de Provence

Ils ont transformé la zone marécageuse située entre l’Arve et le Rhône en un vaste jardin potager et fruitier prospère et en une région viticole. L’architecture méditerranéenne des fermes et leurs toits de tuiles plates, les nombreux petits villages (le canton compte pas moins de 50 villages) et le paysage bocager (petits champs séparés par des haies) en témoignent.

Image du cadastre en 1717. Source: Archives d’Etat de Genève, Cadastre B16 (Photo: DZ)

De Genève, la nouvelle agriculture, l’horticulture et la viticulture se sont répandues dans le Vaud (alors gouverné et occupé (territoire sujet) par le canton de Berne), à Berne, à Zurich et dans d’autres régions, en fonction des opportunités (religieuses, géographiques et climatiques).

Genève est cependant restée à l’avant-garde pendant des siècles. L’ouverture de la première école d’horticulture en 1887 à Châtelaine (canton de Genève) a été la conséquence. La première école d’horticulture (Gartenbauschule) de Suisse allemande a suivi en 1920 à Oeschberg, dans le canton de Berne.

 Scientifiques (botaniques).

Les huguenots étaient également des scientifiques (botanistes). Le médecin Jean Bauhin s’est réfugié à Bâle en 1542. Ses fils Johann Bauhin (1541-1612) et Caspar Bauhin (1560-1624) sont d’éminents médecins et scientifiques (botaniques).

Johann est l’un des pères fondateurs de la botanique avec son ouvrage (inachevé) Historia plantarum universalis (publié en 1650) et plusieurs jardins botaniques qu’il a créés. Son frère Caspar a publié une étude sur des milliers de plantes dans son ouvrage Pinax theatri botanici (1623). Le célèbre botaniste suédois Linné (1707-1778) s’en est inspiré pour la plupart de ses travaux.

Olivier de Serres (1539-1619) est le fondateur de l’agronomie avec sa publication de 1000 pages intitulée Le théâtre d’agriculture des champs (1600). L’ouvrage, qui a connu cinq rééditions, traite de la viticulture à Genève (sa ville natale), de l’artichaut, de la carde, des haricots et du ver à soie, entre autres.

Caspar Bauhin, Pinax theatri botanici

Hutins

Enfin, la viticulture des Huguenots mérite qu’on s’y attarde. Genève est aujourd’hui la troisième région viticole de Suisse, malgré sa petite taille. Les huguenots y sont pour beaucoup.

La vigne se décline en différentes variétés. La plus connue est la vigne basse sur piquets ou la vigne haute sur pergolas. Une autre variété a été introduite par les huguenots, les hutins. Les hutins sont des vignes qui se développent sur les arbres fruitiers. Les céréales étaient semées entre les rangées d’arbres à vigne.

Impression des hutins. J.C.L. Simonde de Sismondi (1773-1842), in ‘Le Tableau de l’agriculture toscane’, Genève, 1801

Cette méthode présentait plusieurs avantages : moins vulnérable au gel (nocturne), utilisation polyvalente (fruits, vin et céréales) et donc plus de rendements. L’inconvénient était la moindre sensibilité au soleil. Quoi qu’il en soit, à la fin du XVIIIème siècle, 7 % de la superficie de la République de Genève était utilisée pour les hutins.

 Conclusion

La contribution des réfugiés protestants français à la science et à l’économie des pays du nord est connue et reconnue depuis longtemps. Cependant, cette fuite des cerveaux a également eu une grande importance pour l’agriculture, l’horticulture et la viticulture.

L’exposition itinérante « Wurzeln schlagen – Menschen und Pflanzem im Exil/Prendre racine – hommes et plantes en exil » (jusqu’au 1er octobre) dans l’ancien Stiftsgarten (jardin du monastère) de Berne est un projet commun de la Stifung Via et de ses partenaires en France, en Italie et en Allemagne.

(source et plus d’informations: Musée protestant; Stiftung Via;  Stiftsgarten Bern)

Le sentier huguenot et vaudois

Le dernier tronçon de l’itinéraire culturel européen du sentier huguenot et vaudois (Hugenotten- und Waldenserweg) sera inauguré à Thayngen (canton de Schaffhouse) le 24 septembre. Elle reliera alors la Suisse romande et la Suisse alémanique au Piémont, au sud de la France et à l’Allemagne.

La Fondation VIA – sur les pas des Huguenots et des Vaudois du Piémont travaille depuis 2011 à la réalisation de cette ligne à travers la Suisse. Des associations locales à Genève, Vaud, Argovie, Zurich et Schaffhouse ont soutenu la Fondation VIA dans la mise en œuvre du projet.

Le dimanche 24 septembre, des invités de Suisse, de France et d’Allemagne ainsi qu’une chorale du village de montagne de Rorà, dans les vallées vaudoises du Piémont, célébreront l’ouverture du dernier tronçon de l’itinéraire culturel.

L’élément fédérateur est le souvenir des réfugiés qui ont fui le sud de la France et le Piémont par milliers à partir de 1685, de Genève à la frontière de Schaffhouse en passant par Berne. Ils ont ensuite pu se construire une nouvelle vie dans différentes principautés allemandes.

Une pierre d’information sera inaugurée à la frontière à Barzheim. La journée se terminera à 16 heures par une célébration à l’église réformée de Thayngen, accompagnée par la chorale vaudoise. L’écrivaine ukrainienne Olena Pantsiuk lira des extraits de ses souvenirs de réfugiée de guerre.

(Source et plus d’informations: Fondation VIA – sur les pas des Huguenots et des Vaudois du Piémont).

Quatre châteaux pour des réfugiés

Quel est le point commun entre le château d’Arenenberg (Salenstein, canton de Thurgovie), le château de Wartegg (Rorschacherberg, canton de Saint-Gall), le château de Coppet et le château de Prangins (canton de Vaud) ? Ces quatre châteaux ont été des lieux de refuge pour les monarques en exil ou pour les exilés de leur régime.

Le château de Coppet, dans la commune du même nom, a été le lieu d’exil de Madame de Stäel (1766-1817) et de son entourage pendant une longue période sous la domination napoléonienne (1799-1813).

Le château d’Arenenberg a été la résidence d’Hortense de Beauharnais (1783-1837) et de son fils Louis-Napoléon (1808-1873), empereur des Français de 1851 à 1871, à partir de 1817. Hortense était l’épouse de Louis Bonaparte (1778-1846), roi de Hollande (1806-1810).

Le château de Prangins fut la propriété et la résidence temporaire de Joseph Bonaparte (1768-1844), roi d’Espagne (1808-1813), de 1814 à 1827.

Château de Wartegg

Le château de Wartegg fut la destination d’aristocrates français en fuite en 1789, dont le marquis de Bombelles (1744-1822). Louise de Bourbon-Parme (1819-1864), duchesse et régente de Parme, acheta le château en 1859 après le Risorgimento italien. De l’autre côté du lac de Constance, le grand-duc de Toscane Ferdinand IV (1835-1908) construisit sa villa à Lindau après le Risorgimento.

Zita (1892-1989), petite-fille de la duchesse, épousa en 1911 l’archiduc Charles Ier d’Autriche (1887-1922), dernier empereur d’Autriche (1916-1918). La famille impériale a habité le palais pendant quelques mois après avoir quitté Vienne en 1919. Le frère de Karl a vécu à Bâle de 1919 à 1934.

Brève histoire

Le château de Wartegg a été construit en 1557 par Kaspar Blarer von Wartensee (1524-1585). Il vivait dans le château de Wartensee à Rorschacherberg (construit au XIIIème siècle). Rorschacherberg possède deux autres châteaux, le château St. Anna (12e siècle) et le château Wiggen (16e siècle).

Les intérêts territoriaux de l’abbaye de Saint-Gall et de l’évêché de Constance, la situation au bord du lac de Constance et la route reliant Saint-Gall à Constance expliquent cette densité de châteaux dans un village de quelques centaines d’habitants.

Un autre habitant de Wartegg est également intéressant. Sebastian Peregrin Zwyer von Evibach (1597-1661) a habité le château vers 1650. Avec Rudolf Wettstein (1594-1666, maire de Bâle), il fut en 1648 le principal négociateur de la Confédération lors des pourparlers de paix en Westphalie. À la fin de la guerre de Trente Ans (1618-1648), ce traité de paix a permis d’obtenir l’indépendance et la reconnaissance de la Confédération des 13 cantons en tant qu’État souverain.

D’un point de vue architectural, Louise de Bourbon a toutefois jeté les bases de la splendeur actuelle du complexe et du jardin anglais dans les années 1860-1864. La famille de Bourbon-Parma a vendu le château en 1924. Aujourd’hui, il s’agit d’un hôtel-restaurant et d’un lieu de manifestations culturelles.

La chapelle

Le compositeur anglais Robert Lucas Pearsall (1795-1856)  acheta le château en 1842 et y mourut.

Le Festival de la Correspondance

Le village de Mase (canton de Valais) est l’unique village suisse de la Correspondance. Le Festival actuel (Lettres de soie) a lieu les 15, 16 et 17 septembre. Né en 2017, le festival dans le village avec 260 habitants accueille de nombreux artistes et plusieurs milliers de visiteurs.

Exclusivement dédié à l’art épistolaire, il défend le principe suivant : Il faut être minimum deux pour engager une correspondance.

Il village est le lieu permanent à toutes les saisons, pour célébrer à tout instant le geste épistolaire et la trace manuscrite, déclarer sa flamme, s’adresser à ses enfants, aux disparus ou à ceux qui restent, se réconcilier avec ses ennemis et avec soi-même.

Tous les deux ans, le Festival invite des artistes en résidence.De cette résidence, nait un thème autour duquel naîtront les spectacles, lectures, expositions, ateliers, conférences, rencontres, médiations et coins d’écritures.

(Source et plus d’informations: Festival de la Correspondance)

La Confoederatio Helvetica

Le sigle CH correspond au nom officiel du pays en latin : Confoederatio Helvetica, soit Confédération helvétique en français. La Suisse étant un pays quadrilingue, le latin fut choisi pour ne favoriser aucune langue en particulier.  Sur le fronton du Palais fédéral, à Berne, est gravé Curia Confoederationis Helveticae. Helvetica fait référence à la tribu celte qui peupla le Plateau suisse il y a environ 2000 ans.

Paul Burkhard (1888-1964), de coin de cinq francs, 1920, le berger alpin (pas Guillaume Tell!)

La naissance de la Confédération helvétique fut scellée sur la prairie du Grütli, il y a plus de sept siècles, par les représentants des cantons d’Uri, de Schwyz et d’Unterwald et confirmée en 1315 par le Pacte de Brunnen signé juste après la bataille de Morgarten. La Confédération suisse (Schweizerische Eidgenossenschaft) évoluant progressivement au fil des siècles, elle fut composée en 1513 de treize cantons souverains. Ce fut l’étape de la Confédération des XIII cantons.

Berne, le palais fédéral

Melide, Swiss Miniature

1648-1848

L’indépendance et la souveraineté de la Confédération suisse furent reconnues lors du traité de Westphalie en 1648. Après que l’armée française eut envahi la Suisse en 1798, l’occupant français imposa une nouvelle Constitution et transforma la République helvétique en un État unitaire (1798-1803).

En 1803, Napoléon Bonaparte, en signant l’Acte de médiation, attribua une nouvelle Constitution à la Suisse, après l’échec de celle de la République helvétique, qui marqua le retour de la Confédération à l’ancien régime fédéral et créa six nouveaux cantons. La Confédération suisse dénombra désormais dix-neuf cantons.

Après la défaite de Napoléon Bonaparte à Waterloo et le Congrès de Vienne en 1815, la Confédération suisse compta vingt-deux cantons souverains avec les cantons du Valais, de Genève et de Neuchâtel qui furent reçus en qualité de cantons suisses. La Diète fédérale avait déjà admis l’entrée de ces cantons dans la Confédération en 1814. Mais, le passage de 19 à 21 cantons fut consigné dans le Pacte fédéral (Bundesvertrag) de 1815, qui fit foi. Ce fut l’étape de la Confédération des XXII cantons.

Depuis la Réforme, les disputes religieuses que connut Zurich en 1523, alors qu’Ulrich Zwingli (1484-1531), réformateur protestant suisse, voulut y imposer la Réforme, provoquèrent une scission parfois violente entre cantons catholiques et cantons protestants jusqu’à la guerre du Sonderbund (Sonderbundskrieg), qui se déroula en 1847.

La révision de 1874 , Collection du musée national, Zurich

La Constitution fédérale

Après cette guerre, plutôt un petit conflit empreint de peu de violence, la dernière guerre civile jusqu’à ce jour sur sol suisse, la Constitution fédérale de 1848 posa les fondements du nouvel État fédéral suisse, qui devint ainsi la première démocratie stable en Europe.

Lors de la révision totale de la Constitution en 1874 et de la révision partielle de la Constitution en 1891 furent introduits le référendum et l’initiative populaire, pièces maîtresses de la démocratie directe qui permettent au peuple d’influer sur la prise de décision politique à tous les niveaux.

La révision totale de la Constitution le 1er janvier 2000 règle les rapports entre la Confédération et les cantons, détermine la structure et les compétences des autorités fédérales et fixe les droits et devoirs fondamentaux des citoyens.

Le droit fédéral prime le droit cantonal et la Confédération veille à ce que les cantons respectent le droit fédéral. La Suisse s’est ainsi dotée d’une charte fondamentale moderne et tournée vers l’avenir.

La Confédération est compétente uniquement dans les domaines qui lui ont été expressément conférés par la Constitution fédérale. Les autres tâches sont du ressort des cantons.

L’Assemblée fédérale

Le Parlement suisse se compose de deux chambres investies des mêmes compétences : le Conseil national rassemble les représentants du peuple et le Conseil des États réunit les représentants des cantons.

Ces deux chambres forment ensemble l’Assemblée fédérale, constituée de 246 députés : les 200 membres du Conseil national qui sont élus par le peuple au suffrage direct selon le système proportionnel et les 46 membres du Conseil des États dont l’élection est régie par le droit cantonal.

Pour 45 des 46 membres du Conseil des États, l’élection a lieu en même temps que celle du Conseil national, à bulletin secret. Dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures, la Landsgemeinde, qui est l’assemblée de tous les citoyens disposant du droit de vote, élit son représentant au Conseil des Etats au mois d’avril qui précède l’élection du Conseil national. Si le système proportionnel est utilisé dans les cantons du Jura et de Neuchâtel, le système majoritaire prévaut dans les autres cantons.

Au Conseil des États, vingt cantons ont droit à deux sièges chacun. Six des vingt-six cantons – les anciens demi-cantons – d’Obwald, de Nidwald, d’Appenzell Rhodes-Extérieures, d’Appenzell Rhodes-Intérieures, de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne n’y disposent que d’un siège et ne comptent que pour moitié lors des votations fédérales.

Landsgemeinde Trogen (canton  d’Appenzell Rhodes-Extérieures) 1814. Photo: Kantonsbibliothek Appenzell Ausserrhoden

 Le canton est l’unité politique qui se superpose à la commune. Chaque canton a sa constitution démocratique, son parlement, son gouvernement et ses tribunaux. Les cantons disposent d’une grande autonomie dans divers domaines.

Cantons et communes

La commune est la plus petite unité politique en Suisse. Il y en a actuellement environ 2’200. Les cantons définissent eux-mêmes les tâches de leurs communes, qui sont différentes d’un canton à l’autre. En principe, les communes sont responsables de l’organisation sur place : elles s’occupent par exemple de la construction de nouveaux bâtiments scolaires ou de l’approvisionnement en eau.

Dans près d’une commune sur cinq, notamment dans les villes – excepté à Rapperswil-Jona – le pouvoir législatif est représenté par un parlement. Dans les autres communes, il consiste en une assemblée communale, à laquelle tous les habitants qui ont le droit de vote peuvent participer.

(Source: Chancellerie fédérale, La Confédération en bref, Berne 2015; U. Häfelin, W. Haller, H. Keller, D. Thurnherr, Schweizerisches Bundesstaatsrecht, Zurich, Bâle, Genève 2020).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice

Berne, le palais fédéral

Melide, Swiss Miniature

L’entrée triomphale de Maximilien

Près de 525 ans après sa défaite en 1499 lors de la guerre de Souabe, l’entrée triomphale de l’empereur Maximilien (1459-1519) à Bâle représente non seulement un moment historique, mais aussi un monument de l’histoire de l’art et de la musique.

Avec ce tableau colossal, Maximilien a commandé vers 1510 un projet qui a éclipsé tous les projets précédents. ReRenaissance s’inspire de cette image pour organiser le festival Musique et puissance – L’entrée triomphale de Maximilien à Bâle (Musik und Macht. Maximilians Triumphzug).

Pendant trois jours, du 22 au 24 septembre, plus de 50 musiciens présenteront un programme musical varié lié à la cour impériale.

Ludwig Senfl (c. 1486-1543) a travaillé à la cour de Maximilien et est considéré comme le plus célèbre compositeur suisse de la Renaissance. Ses chansons vont de la discrète « Patientiam » à l’exubérante « Oho, so geb der Mann ein Pfenning ». Le festival présente ses œuvres dans toutes leurs nuances.

L’imprimeur Peter Schöffer (1475-1547) a publié un recueil de chansons pour Maximilien. Des livres de musique perdus ont été retrouvés dans une succession en 2020, et plus d’un tiers des chansons a pu être reconstitué. Elles représentent l’apogée de l’art de la chanson à la cour de Maximilien.

Diverses formations interpréteront cette musique et d’autres musiques de cour en partie inconnue. Le festival réunit également 30 musiciens en un grand orchestre pour le concert de gala du 23 septembre à la Martinskirche.

(Source et informations complémentaires : ReRenaissance-Forum Frühe Musik)

La culture suisse en perspective

La Suisse indienne, la Suisse africaine, la Suisse saxonne, Petite Suisse, la Suisse du Cameroun, La Suisse de l’Orient, La Suisse subtropicale, Switzerland Rangers, la Suisse danoise, la Suisse berlinoise, Swiss Canyon, la Suisse salvadorienne, la Suisse d’Amérique centrale, la Suiza Argentina, la Suiza Peruana ou Suisse autrichienne, la Suisse est bien représentée dans le monde entier et sur les cinq continents.

La Suisse dans le monde

A côté du Palais fédéral à Berne se trouve un jardin de pierres, une sculpture de l’artiste bernois George Steinmann. Sur la surface rectangulaire de gravier blanc se dressent cinq groupes de roches, chacun incarnant l’un des cinq continents.

Les pierres de la sculpture proviennent des cinq continents et ont été prélevées dans des régions, des paysages, des collines et des lieux qui portent le nom de ‘Suisse’ (traduit de la langue nationale). Dans ces ‘Suisses’ étrangers, où les pierres manquent désormais, se trouve un panneau de randonnée qui indique à quelle distance (ça veut dire à Berne) on les peut retrouver.

Les désignations sont généralement dues à une ressemblance avec le paysage suisse ou à la présence des émigrants suisses. Il en résulte que la Suisse est présente dans de nombreux pays. La Suisse est donc connue dans le monde entier.

Mais à quel point la culture suisse est-elle connue à l’étranger ? Sous le titre : “La culture suisse : un produit d’exportation? ‘, quelque 300 participants et experts ont discuté de cette question lors du 99e Congrès de l’organisation des Suisses de l’étranger  SwissComunnity à Saint-Gall (18-20 août). La participation politique des Suisses de l’étranger et le vote électronique ont également été abordés, dans la perspective des élections fédérales du 22 octobre.

Ariane Rustichelli, Directrice de l’organisation des Suisses de l’étranger  SwissComunnity

Participation politique et e-voting

Lors de sa séance du 16 août 2023, le Conseil fédéral a décidé que le système de vote électronique pourra être utilisé lors des élections nationales dans les cantons de Bâle-Ville, Saint-Gall et Thurgovie. Les Suisses de l’étranger ayant le droit civil de ces cantons et qui se sont régistrés au régistre électoral, peuvent élire leurs représentants au Parlement par voie électronique.

En Suisse, les cantons souverains constituent toujours un « laboratoire » constitutionnel et politique pour l’organisation fédérale. Ces projets pilotes pourraient être le prélude à l’introduction ultérieure du vote électronique.

Les membres de la SwissCommunity ont également adopté une résolution visant à créer un groupe de travail chargé d’accroître la participation politique de la « Cinquième Suisse ». Ce groupe de travail collaborera avec d’autres organisations qui travaillent également à l’augmentation de la participation politique.

Les membres demandent également que le gouvernement fédéral continue à soutenir leur engagement, notamment en ce qui concerne l’évolution des motifs d’émigration, qui ne sont aujourd’hui souvent que de courte durée. En outre, les perspectives, les expériences et les concepts étrangers peuvent enrichir la Suisse.

Martin Candinas, président du Conseil Conseil national

La culture suisse – un produit d’exportation ?

« Cette année, ma fonction de président du Conseil national m’a souvent conduit à l’étranger. Ce qui m’impressionne toujours, ce sont les rencontres avec les Suissesses et les Suisses sur place. Ces rencontres m’ont montré que la culture suisse n’est pas seulement un produit d’exportation. Je pense que nous pouvons parler d’un succès à l’exportation« .

C’est par ces mots (après avoir salué les personnes présentes en romanche (Sursilvan) que le président du Conseil national Martin Candinas a introduit le thème.

Le succès à l’exportation peut être, mais la Suisse en tant que pays de culture est presque inconnue à l’étranger, non seulement sur les autres continents, mais aussi en Europe. Un sondage a montré que les autres Européens associent la Suisse aux montagnes, à la nature, au fromage, au chocolat, au ski, à la fondue et à d’autres choses, mais très rarement, voire pas du tout, à la culture.

Alexandre Edelmann (Chef a.i. de la Présence suisse) et sa préséntation du sondage 

Est-ce la modestie suisse, la présentation mesurée ou l’absence de cours aristocratiques et princières ou d’un âge d’or dans les temps anciens ? Le paysage culturel suisse a toujours été relié à l’international et aujourd’hui encore, de nombreux scientifiques, architectes, écrivains, musiciens et autres artistes marquent la scène internationale dans de nombreux domaines, mais souvent sans se renseigner sur leurs origines.

En soi, cela n’a d’ailleurs aucune importance. The proof of the pudding is in the eating et la culture de haut niveau en Suisse est omniprésente dans la musique, les arts visuels, le théâtre, la danse, la littérature et les médias modernes. Elle est toutefois souvent organisée au niveau local, cantonal ou communal.

La qualité est cependant élevée dans les nombreux festivals, musées, salles de concert, villages, villes, parcs et justement à 2 284 mètres d’altitude !

Tradition et innovation

La culture suisse est un succès, peut-être parce qu’elle est si décentralisée. Cela a toujours été et sera toujours un moteur pour les contacts (internationaux), l’innovation, la créativité et l’organisation adéquate. Mais cette scène culturelle fédérale et décentralisée est peut-être l’une des raisons de la méconnaissance de la Suisse en tant que pays culturel.

Le Béjard-Ballet de Lausanne, la Salle de la Musique de La Chaux-de-Fonds, les festivals de jazz de Montreux ou de St. Moritz, le papier découpé à Château d’œx, la céramique Ziegler à Schaffhaussen, les montres, la broderie en Suisse orientale, les festivals de musique à Lucerne ou Gstaad, la Fondation Michalski à Montricher, Le Vitra Design Projet à Weil am Rhein, la Fondation Pierre Giannada à Martigny, la Fondation Beyeler à Riehen ou l’orchestre baroque La Cetra à Bâle sont seulement quelques exemples. De nombreux Suisses et Suissesses sont en outre actifs dans de nombreux domaines culturels à l’étranger ou avec l’étranger.

Conclusion

Le paysage culturel de la Suisse a toujours été vaste et connu, mais presque toujours ‘low profil’, contrairement aux 48 montagnes au profil très élevé. L’humaniste Desiderius Erasmus (1467-1536) appréciait déjà cet environnement.

Peut-être manque-t-il effectivement un facteur spécifique, comme par exemple le Siècle d’or en Italie et aux Pays-Bas ou un roi Louis XIV de France ou des princes et rois allemands, espagnols et autrichiens et leur culture de cour et leurs empires mondiaux. La culture suisse et son exportation ou son succès sont aussi suisses à cet égard. Et c’est un compliment.

Filippo Lombardi,  président de l’organisation des Suisses de l’étranger  SwissComunnity

L’ouverture du congrès avec l’hymne national suisse.

La Place fédérale de Berne

Cette partie du centre-ville de Berne, la Place fédérale (Bundesplatz), faisait autrefois partie des fortifications de la ville médiévale de 1256.

Cette zone a continué à se développer entre les années 1570 et 1630 : le fossé supérieur, faisant partie de la fortification, a été comblé. Aux XIXème et XXème siècles, la Place fédérale prit son allure actuelle.

En 1858, la ville fit aménager une fontaine monumentale pour orner la place devant le nouveau Palais fédéral. Le bassin a été dessiné par l’architecte du Palais, Friedrich Studer (1817-1879). Les quatre cygnes sont l’œuvre du sculpteur Joseph Hubert Verbunt (1809-1870). Ils symbolisent les quatre fleuves: le Rhône, le Rhin, la Reuss et le Tessin. La figure principale représente Berna (modelée en 1863 par le sculpteur Raphael Christen (1811-1880), déesse de la Ville, et non Helvetia).

La place, située devant le Palais fédéral sur le fronton duquel ont été gravés les mots Curia Confoederationis Helveticae (Maison de la Confédération suisse), fut d’abord appelée Place du Parlement puis, à partir de 1909, Place fédérale.

Côté sud, elle est bordée par les bâtiments abritant le gouvernement et le parlement de la Confédération helvétique, à l’est par les bâtiments imposants de la banque nationale suisse et à l’ouest par la banque cantonale de Berne. Côté nord, elle s’ouvre sur le Bärenplatz et le Waisenhausplatz, qui ont également été créés en comblant des anciens fossés.

Les vingt-six jets d’eau qui se trouvent sur la Place fédérale représentent les vingt-six cantons de la Suisse. Parfois en cadence, parfois de façon aléatoire, l’eau jaillit jusqu’à sept mètres de haut.

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.