Disponible en anglais, allemand et néerlandais
Auteur/autrice : Maarten Koning
Lucelle et le Landskron, une histoire régionale et européenne
En France et en Suisse, les cantons du Jura et de Bâle-Campagne et le département du Haut-Rhin se rejoignent dans le village de (Grand-) Lucelle (Lützel). L’abbaye cistercienne a été fondée vers 1123/1124 sur la petite rivière La Lucelle (die Lützel).
Cette rivière constitue aujourd’hui la frontière entre le canton suisse du Jura et le département français du Haut-Rhin. Au XIIIème siècle, la frontière s’étendait encore entre la principauté de Bâle et le comté de Ferrette (Pfirt).
En 1324, les Habsbourg se sont emparés du comté de Pfirt et Lucelle est divisée en deux parties : une grande partie du territoire autrichien, y compris le monastère, et une petite partie du territoire du prince-évêque de Bâle. À cette époque, le monastère habsbourgeois de Lucelle était le deuxième plus riche monastère et le plus grand d’Alsace avec plus de 200 moines.après celui de Murbach.

Reproduction contemporaine de l’abbaye
Un tremblement de terre a endommagé l’église romane du monastère au début du XIVème siècle. En 1346, elle fut reconstruite sous la forme d’une haute basilique gothique. En 1375, les Gugler (les mercenaires dans la Guerre de Cent Ans (1337-1453)) détruisent le monastère.
Le monastère a été détruit à nouveau en 1499, cette fois par la Confédération (die Eidgenossenschaft) lors de la guerre de Souabe, après la bataille de Dornach. Lors de la guerre des paysans allemands de 1525, le monastère a été pillé à nouveau.
Le monastère se remet cependant de ces événements et parvient même à doubler son territoire en 1526 avec l’acquisition de la seigneurie de Löwenburg (aujourd’hui en ruine) dans le Jura. La puissante famille Münch, au service de l’évêque de Bâle, a longtemps possédé le Löwenburg.
Près de ce château, le monastère a construit un complexe comprenant des fermes, des bâtiments de production et une église. Cependant, la situation du monastère en territoire autrichien fut désastreuse pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648). Les moines se réfugient à Löwenburg, sous la protection de la Confédération suisse, ou se rendent dans des abbayes de la Confédération.

En 1638, le monastère est effectivement pillé une autre fois. En 1648, Louis XIV prend possession du Sundgau alsacien. Lucelle et le monastère entrent donc en territoire français. Le monastère connaît une nouvelle période faste grâce aux bonnes relations des abbés avec les rois de France, jusqu’en 1789.
En 1789, l’abbaye est déclarée bien national par le gouvernement révolutionnaire. En 1792, des artisans et des ouvriers s’installent dans les bâtiments conventuels. Ils poursuivent l’activité des anciennes fabriques du monastère : briqueterie, verrerie, fonderie de fer, tannerie.
L’aile du monastère et l’église ont été démolies en 1804. Les matériaux ont été utilisés pour construire une nouvelle usine avec un haut fourneau à charbon de bois et une fonderie (pour l’industrie de l’armement). Après 1860, l’industrie a décliné et l’usine a fermé en 1883. Les bâtiments de l’usine ont été démolis par la suite.


Le complexe monastique, autrefois puissant, a ensuite complètement disparu, à l’exception de deux bâtiments situés au bord de la route. Ces deux bâtiments sont aujourd’hui utilisés par l’organisation privée Centre européen de rencontres Lucelle (CERL).
Conclusion
Les plus puissantes dynasties et abbayes européennes étaient autrefois présentes dans ces régions de la Suisse et de la France. L’histoire et les ruines du château de Landskron, près de Leymen (France), à la frontière avec le canton de Soleure (Suisse), en témoignent aussi.

Lac de Lucelle (Lützelsee)

Lützelsee/Lac de Lucelle, 1803. L’archive du canton de Bâle-Ville
(Source et plus d’informations: Barocke Bauwerke im Süddeutschen und schweizerischen Raum)





Le jardin des glaciers de Lucerne
C’est lors de la construction d’une cave à vin que Josef Wilhem Amrein-Troller (1842-1881) découvrit, le 2 novembre 1872, les traces spectaculaires de la dernière période glaciaire.
Quelques mois plus tard, en lieu et place de la cave à vin, on pouvait apprécier les vasques géantes façonnées par les pierres soumises à la pression élevée de l’eau des glaciers alpins.
Il y a 20 millions d’années, Lucerne était une région maritime au climat subtropical : ainsi, vous y découvrirez la plage de sable, des fossiles de coquillages et de feuilles de palmiers.


Le Jardin des Glaciers de Lucerne (Gletschergarten Luzern) est un site national et l’une des principales attractions de la ville. Il présente des marmites glaciaires remontant à la dernière ère glaciaire, il y a 20 000 ans, étape d’un bouleversement climatique, le palais de glaces, le musée, le Pfyffer Relief, le Parc alpin et le pavillon de Grès.



Les marmites glaciaires



Ce modèle de moulin glaciaire (Gletschermühle) avec une meule tournante datant de 1896 pour expliquer la formation des marmites glaciaires (Gletschertöpfe) est dépassé, mais il fonctionne avec de l’eau et de pierres (voir ci-dessous dans le nouveau Felsenwelt).
Lorsque, suite aux changements climatiques, le glacier se mit à fondre, il emporta dans son lit tumultueux des pierres et du sable qui, entraînés à une vitesse effrénée, creusèrent des impressionnantes excavations dont certaines peuvent atteindre un diamètre de 6 mètres et une profondeur de 10 mètres.
(Source et plus d’informations : www.gletschergarten.ch).
Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.



Réplique, construite en 1896, d’une cabane du Club alpine suisse (CAS) avec vue (diorama) sur le glacier du Gornier au-dessus de Zermatt.

L’exposition sur l’Arctique
Le Felsenwelt







L’explication de la formation des marmites glaciaires
Le palais de glaces


Les fondateurs

Histoire linguistique de la Suisse romande
Le livre présente la toute première synthèse de l’histoire linguistique des différentes régions qui constituent aujourd’hui la Suisse romande dans toute leur complexité, des origines jusqu’à l’époque contemporaine.
Il retrace la lente formation des frontières linguistiques en Suisse occidentale et l’introduction du français à partir du Moyen Âge, tout d’abord comme langue écrite des élites, et bien plus tard comme langue commune de toute la population.
Il présente de nombreux documents et témoignages peu connus, qui permettent de découvrir les multiples personnalités qui ont contribué à forger l’histoire linguistique de la Suisse romande.
Andres Kristol, Histoire linguistique de la Suisse romande, Neuchâtel, 2023
L’horloge monumentale Tissot
Les Montagnes Neuchâteloises (le Jura) sont considérées comme le berceau historique de l’horlogerie suisse. C’est dans cette région isolée que des paysans commencèrent, dès le XVIIème siècle, à fabriquer des rouages et des mécanismes pour s’occuper durant la longue et froide saison hivernale.
Ces pièces étaient ensuite réunies et assemblées dans des ateliers, appelés comptoirs, principalement à La Chaux-de-Fonds. C’est ainsi que cette ville, perchée à 1000 m d’altitude, devint un pôle horloger d’importance internationale, aujourd’hui inscrit au patrimoine de l’humanité de l’UNESCO.
Une métropole horlogère… en manque d’horloges
Pourtant, en 2018, lors de l’inauguration de la 8e Biennale du patrimoine horloger – durant laquelle les nombreuses manufactures de la région ouvrent leurs portes au public -, le président de la Confédération Ignazio Cassis s’étonnait : comment se fait-il qu’il y ait si peu d’horloges publiques dans les rues de La Chaux-de-Fonds ? Et n’est-il pas surprenant de pénétrer dans une des capitales mondiales de l’horlogerie sans que l’heure ne soit affichée à aucune des entrées de la ville ?
La remarque d’Ignazio Cassis a piqué le CEO de la manufacture de montres Tissot, fondée en 1853 au Locle, où elle a toujours son siège. Celui-ci a alors décidé de lancer un concours auprès des étudiants de l’École d’Arts Appliqués de La Chaux-de-Fonds: puisque la ville est accessible par trois voies principales, les étudiants ont été chargés de concevoir trois horloges monumentales, représentant le passé, le présent et le futur.

Une montre gousset de 3 mètres
C’est la création de Loïc Chatton, une montre gousset ancienne en vue éclatée, avec le cadran, le mouvement et la boîte installés à distance les uns des autres, qui a été choisie pour être réalisée en premier. Elle trône désormais sur la place de la gare de La Chaux-de-Fonds. L’œuvre mesure 13 mètres de long, 3 mètres de haut pour la partie centrale, et certaines pièces pèsent plus de 800 kg.
L’entreprise Tissot ayant prévu d’offrir au total trois horloges monumentales à La Chaux-de-Fonds, les deux prochaines, aux entrées est et ouest de la ville, devrait symboliser le présent et l’avenir.
Lars Kophal, rédacteur et journaliste

La mécanique d’une montre simple vers 1980. Ebauches SA. Neues Historisches Museum Biel/Nouveau musée Bienne
Le Bourbaki Panorama Lucerne
Le Panorama Bourbaki – un monument culturel européen – rappelle l’internement de 87 000 soldats français qui trouvèrent refuge aux Verrières (canton de Neuchâtel) en Suisse pendant l’hiver de 1871.
Le peintre, Edouard Castres (1838-1902), raconte une histoire saisissante en réalisant le tableau circulaire de 10 × 112 m en 1881. Les panoramas en tant que médias de masse sont considérés aujourd’hui d’une part comme les précurseurs du cinéma et d’autre part comme la source d’inspiration pour de nouveaux trends médiatiques et formes de narrations visuelles digitales.






Le bâtiment historique classé réunit sous un toit le fameux panorama ainsi qu’une offre mixte d’activités multiculturelles et se prête particulièrement à l’organisation d’événements.
(Source et plus d’informations: Bourbaki Panorama Lucerne)

Morgarten et sa signification
Le 15 novembre 1315, une bataille a eu lieu à Morgarten (canton de Zoug) entre les premiers Confédérés (Uri, Schwytz et Unterwald) et le duc Léopold de Habsbourg (1290-1326). On ne sait pas grand-chose de cette bataille, seuls le vainqueur (les trois Confédérés) et le perdant (le duc Léopold) sont connus.
Le fait est que Schwytz pillât le monastère habsbourgeois d’Einsiedeln en 1314 et que Léopold a peut-être réagi par une action punitive. Une autre théorie est la querelle pour le trône entre Louis de Bavière et Frédéric de Habsbourg (frère de Léopold) en tant que roi allemand du Saint Empire romain germanique. Schwytz a soutenu Louis.


Morgarten et l´ Ägerisee (le lac d’Aegeri) aujourd´hui
Néanmoins, Morgarten, sur le lac d’Aegeri, est entré dans l’histoire comme la première bataille de ces Orte suisses pour plus de liberté et d’autonomie (pas encore pour l’indépendance et la souveraineté, ce n’était pas encore un sujet). Personne n’avait alors prévu la Confédération des 13 cantons de 1513, et encore moins la Confoederatio Helvetica de 1848. C’est une autre histoire.

Le Sentier de Morgarten

L’église paroissiale de Sattel
Sur le sentier de Morgarten qui traverse la région, les événements de 1315 sont rappelés et représentés (de manière spéculative) à différents endroits. Le chemin commence au monument de Morgaten au bord du lac et mène jusqu’à l’église paroissiale de Sattel (canton de Schwytz).


Monument de Morgarten (1908). Ce monument reflète les sensibilités entre les cantons et leur identité. Le monument se trouve sur le territoire de Zoug, alors perdant et territoire habsbourgeois de 1315. Le canton de Schwytz, vainqueur, n’a pas participé à l’inauguration le 2 août 1908 pour cette raison. Des motifs fédéraux et la belle situation au bord du lac d’Aegeri ont conduit au choix du canton de Zoug.
Le centre d’information offre un aperçu et une documentation complète sur cette histoire et explique sa signification au fil des siècles jusqu’à nos jours.
L’alliance de Morgarten ou le « Bund von Brunnen » du 9 décembre 1315 est un document authentique (Musée des chartes fédérales à Schwytz) rédigé en allemand et qui utilise pour la première fois le terme « Eidgenosse ». Cette lettre correspond presque mot pour mot à la lettre de 1291.
Il s’agissait d’une alliance de soutien mutuel, de maintien de la paix et de résolution des conflits : une alliance de paix territoriale (portant notamment sur l’utilisation des pâturages, le vol de bétail et d’autres délits) et non d’une déclaration d’indépendance.
Il s’agit plutôt d’une reconnaissance du souverain, à moins qu’il ne reconnaisse pas les droits des localités en rapport avec l’autonomie déjà accordée au XIIIème siècle (l’immédiateté impériale). Ces accords étaient courants à cette époque dans de nombreux endroits du Saint Empire romain germanique. Seule la Confédération suisse a survécu au XVIIIème siècle jusqu’en 1798, Napoléon.

Le centre d’information de Morgarten, à gauche la tour du Letzi, à droite le centre d’information et la plus ancienne maison européenne en bois (1176). La tour du Letzi marquait la frontière entre Schwytz et Zoug, qui appartenait encore aux Habsbourg en 1315.
Stephen Hawking (1942-2018) répondait à la question de l’origine du premier minuscule début de l’univers : « Alors j’arrête de penser, sinon je deviens fou ». Des écrivains suisses pourraient décider de faire de même, plutôt que d’interminables discussions et livres sur les mythes, les légendes ou les faits, Guillaume Tell, le serment du Rüthli, 1291 ou le Pacte fédéral de 1315. Comme si la déesse Athéna (qui a donné son nom à la ville d’Athènes) ou Romulus et Remus (en tant que fondateurs de Rome) faisaient l’objet de discussions similaires.
Cela ne diminue en rien la nécessité et l’utilité de la recherche et des publications scientifiques, mais elles sont trop souvent devenues une fin en soi.
(Source : B. Meier, Von Morgarten bis Marignano, Baden 2008; Informationszentrum Morgarten).






La chapelle
Impressions de la région




Arosa, Lenzerheide et Tschiertschen
L’ancienne ville épiscopale de Coire est située à proximité de Reichenau, où le Rhin postérieur et le Rhin antérieur se prolongent en tant que Rhin alpin dans la vallée du Rhin jusqu’au lac de Constance. Coire est également le nœud de communications en direction d’Arosa, de Lenzerheide, de Disentis/Mustér et du plus beau village de Suisse et du Liechtenstein : Tschiertschen.

Coire depuis la route d’Arosa
Arosa et Schanfigg
La première mention écrite du Schanfigg est Scanavico, datant de 765. Les villages de Lüen (1084), Castiel (1132), St. Peter (831), Pagig (1160) et Calfeisen (1156) sont également d’anciens villages où l’on parlait romanche jusqu’au XVIème siècle.
De Davos, un village walser, des Walser ont migré aux XIIIème et XIVème siècles dans le Schanfiggtal en passant par le Strelapas. Ils ont notamment fondé Arosa et Langwies.
Avec l’extinction des seigneurs locaux (les barons de Vaz en 1338 et les comtes de Toggenburg en 1436), des communes autonomes ont également vu le jour dans cette région.
Arosa et les autres villages appartenaient à la juridiction (Gerichtsgemeinde) de Davos (également un village walser), chef-lieu de la Ligue des Dix-Jurisdictions, Zehngerichtenbund (fondée en 1436). Langwies était elle-même une juridiction. St. Peter appartenait à la juridiction de (Ausser)Schanfigg, mais était le siège de la Landsgemeinde de la vallée de Schanfigg.


La Ligue des Dix-juridictions a conclu en 1450 un accord avec la Ligue de la Maison-Dieu, Gotteshausbund (fondée en 1367) et en 1470 avec la Ligue grise, Grauer Bund (fondée en 1395). Les juridictions sont toutefois restées autonomes (hormis leur statut formel de partie du Saint Empire romain germanique jusqu’en 1648 et la paix de Westphalie) jusqu’à leur dissolution en 1798.
Hormis la Réforme à partir de 1530 et les dévastations de 1622 à l’époque des Troubles des Grisons (Bünder Wirren, 1619-1639), peu de choses changèrent sur le plan politique, social et économique dans l’existence essentiellement agricole et pauvre de la plupart des habitants.
Après l’occupation française et la dissolution de l’État libre des Trois Ligues (Freistaat der Drei Bünde) en 1798 , suivirent la République helvétique (1798-1803), la Confédération (l’acte de médiation) et le canton des Grisons (1803-1813), la nouvelle Confédération en 1815 et enfin la nouvelle constitution de 1848.
Arosa (qui ne comptait alors que 56 habitants) est devenue une commune indépendante en 1851. Mais le tourisme a transformé Arosa au cours des décennies suivantes. Aujourd’hui, le village est une station de sports d’hiver et de tourisme réputée.





Arosa aujourd’hui
Le premier hôtel ouvrit ses portes en 1877, suivi du premier sanatorium en 1888. L’autoroute Coire-Arosa fut achevée en 1890. L’autoroute était accessible aux voitures à partir de 1925.Le canton a interdit la circulation automobile jusqu’en 1925. Depuis 1914, le train circule entre Coire et Arosa avec un viaduc de 264 m de long et 62 m de haut près de Langwies. Les Chemins de fer rhétiques (die Rhätische Banh) exploitent cette ligne qui passe de 593 à 1738 mètres en moins d’une heure !


Le Viaduc de Langwies
En conséquence, Arosa comptait plus de 3 300 habitants en 1930, soit cinquante fois plus qu’un demi-siècle plus tôt!
Le trajet de Coire à Arosa à travers la vallée de Chanfigg, que ce soit en voiture, en train, à vélo, à moto ou à pied, vaut également la peine en toute saison. Aujourd’hui, les villages de la vallée sont rattachés à la commune d’Arosa.






Coire depuis la route de Lenzerheide
Lenzerheide, Malix et Churwalden
Lenzerheide a une histoire similaire à celle d’Arosa. C’est un petit village walser situé sur la route de Tiefencastel. À partir du milieu du XIXème siècle, le tourisme a ici aussi changé la vie et l’aspect du village.



Lenzerheide aujourd’hui


Heidisee (lac d’Heidi)


L’ancien pont
Du point de vue de l’histoire culturelle, la route menant à Lenzerheide est toutefois plus intéressante. Aux XIIIème et XIVème siècles, les Walser s’y sont également installés. L’ancien monastère (IXème siècle) et la maison de l’abbé (XVème siècle) de Churwalden, les ruines du château (vers 1150) des barons de Vaz à Malix sont quelques-uns des points intéressants.

Les ruines du château

Le monastère de Churwalden

Le monastère et la maison de l’abbé. Johann Rudolf Rahn (1841-1912), c. 1900. Collection: Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv
Tschiertschen, Pagguss et Praden
Mais la route menant à Lenzerheide recèle encore un autre secret. La bifurcation vers le village de Tschiertschen est la route du « plus beau village de Suisse ». Le village de Pagguss, situé dans les gorges de Pagguss,abrite en outre l’école hôtelière EHL.




Tschiertschen est connu, entre autres, pour son église romane-gothique du XIVème siècle. Le village faisait partie de l’évêché de Coire. Le village voisin de Praden a longtemps partagé l’église et le cimetière avec Tschiertschen, mais Praden appartenait politiquement à la Jurisdiction de Langwies et Tschiertschen à la Jurisdiction de Churwalden.



Tschiertschen
Mais l’histoire de Praden et de Tschiertschen ne s’arrête pas là. La Réforme a eu lieu en 1540, apparemment après un vote des citoyens ; de plus, le pasteur avait le droit de rester jusqu’à sa mort, ce n’est qu’ensuite qu’un prédicateur a été nommé!
Une épidémie de peste en 1627 a poussé une partie de l’élite de Coire à se réfugier dans la ville isolée de Tschiertschen. Les victimes de la peste à Praden ont cependant aussi été enterrées à Tschiertschen. Les réfugiés de Coire voulaient éviter cela en raison du risque de contagion.


Praden
Vers 1630, Praden construisit sa propre église et son propre cimetière avec l’argent des immigrants de Coire. Tschiertschen refusa pour des raisons financières. Finalement, Praden ne participa plus aux frais de l’église de Tschiertschen. Il s’ensuivit une bataille juridique avec les tribunaux de Langwies et de Churwalden, un tribunal supérieur à Davos et une instance d’arbitrage à Coire.
La procédure judiciaire dura jusqu’en 1762, date à laquelle le tribunal décida dans un jugement final que chaque ménage de Praden devait livrer chaque année un Füederli (un morceau de bois de chauffage) au presbytère de Tschiertschen. Le fait est en tout cas que les deux églises existent toujours, l’une d’entre elles se trouvant même dans le « plus beau village de Suisse ».
(Source:Arosa und Lenzerheide; M. Domann, G. Jäger, Die Kirche von Tschiertschen, Tschiertschen, 2014)




L’Abbaye d’Einsiedeln et Cavalli della Madonna
L’abbé Eberhard, prévôt de la cathédrale de Strasbourg, a construit la première église monastique à Einsiedeln vers 948 et a consacré l’église à la Vierge Marie et à Saint Maurice.
Auparavant, des ermites avaient construit une chapelle au IXe siècle et l’avaient dédiée à Saint Meinard, un bénédictin de Reichenau qui fonda un ermitage vers 835 et y mourut. Meinard a été enterré sur l’île de Reichenau, mais une chapelle lui a été dédiée à Einsiedeln.

Le ´Frauenbrunnen´
Après 948, de nombreux bienfaiteurs, parmi lesquels la maison ducale de Souabe et les empereurs Otto Ier (912-973), Otto II (955-983), Otto III (980-1002) et Henri II (973-1024), ont doté le monastère de biens fonciers.
En 1039, les reliques de saint Meinard furent ramenées de l’île de Reichenau à Einsiedeln.


La Madonna noire
L’ancienne petite chapelle se trouve toujours dans le parvis de l’actuelle église du monastère, bien que dans une version baroque et avec une Vierge noire. Pourquoi la madone est-elle noire ? Cette question n’est toujours pas résolue.



Les bâtiments du couvent (1704) et l’église du couvent (1735) sont un bon exemple de l’architecture baroque.
Aujourd’hui encore, le monastère a une importance religieuse mondiale (environ 200 000 pèlerins par an) et une grande importance économique régionale.
(Source: Die Stiftskirche Einsiedeln, Regensburg 2015; Kloster Einsiedeln).
PS: voire aussi Le Panorama d´Einsiedeln








Il cavalli della Madonna








Le monument du Lion de Lucerne
Le 10 août 1792, les mercenaires suisses ont connu l’épisode le plus sanglant de leur histoire. Alors que les Tuileries étaient à feu et à sang, la garnison de mercenaires suisses du roi de France Louis XVI (1754-1793) tenta de repousser les assauts des révolutionnaires.
Les conflits furent d’une rare violence ; 850 mercenaires – de jeunes hommes natifs de cette région de Suisse centrale – moururent durant les combats ou furent guillotinés les 2 et 3 septembre de la même année.

A leur mémoire, le monument du Lion de Lucerne (Löwendenkmal) fut inauguré le 10 août 1821 sur les hauteurs de la ville, soit 29 ans après l’attaque car cela n’aurait pas été possible pendant l’occupation française (1798-1813).
Ce lion, symbole des valeureux mercenaires suisses, agonise une lance plantée dans son flanc gauche. Au creux de sa grosse patte meurtrie, il sert une fleur de lys en gage de sa dévotion inconditionnelle au monarque français.
Un bouclier porte les armoiries de la Suisse. À l’initiative de l’officier Karl Pfyffer von Altishofen (1771-1840), l’un des rares rescapés du massacre, les noms de tous les mercenaires morts furent gravés dans la roche.
L’édifice, situé derrière un bassin rempli d’eau, est gigantesque (6 mètres de haut sur 10 mètres de long). Les traits de ce lion sacrifié à la gloire de la France semblent si humains que d’étranges sentiments envahissent le visiteur. Mark Twain (1835-1910), écrivain américain, l’a d’ailleurs qualifié de « morceau de pierre le plus triste et le plus émouvant du monde ». »
Pour financer ce projet d’envergure, Karl Pfyffer von Altishofen a initié une collecte de fonds et a rassemblé plus de 20 000 francs suisses grâce à des dons provenant de toute l’Europe, notamment de membres de maisons royales étrangères telles que le tsar de Russie, le roi de Prusse et la famille royale française.
Il avait déjà acquis en 1805 des terres près d’une ancienne carrière de grès avec l’intention d’y construire plus tard le Lion de Lucerne.
La commande de l’ouvrage fut passée au sculpteur danois, Bertel Thorvaldsen (1770-1844), qui jouissait alors d’une renommée européenne. Il dessina la sculpture puis exécuta un modèle en plâtre du lion d’après un modèle vivant à Rome.
Le sculpteur soleurois Urs Pankraz Eggenschwiler (1756-1821), en congé à Lucerne, fut sollicité pour réaliser le Lion de Lucerne dans cette ancienne carrière de grès. Mais il perdit la vie sur le chantier suite à une chute.

Le jeune sculpteur de Constance (Allemagne), Lukas Ahorn (1789-1856), chargé de poursuivre et d’achever la tâche, modela le lion dans la paroi rocheuse de l’ancienne carrière.Le monument porte une dédicace latine, Helvetiorum Fidei ac Virtuti qui signifie « À la loyauté et à la bravoure des Suisses ».
Son inauguration, à laquelle prirent part les ambassadeurs ou représentants des maisons royales et les nobles de la moitié de l’Europe, rappela l’Ancien Régime.
Ce mémorial, qui honore le sacrifice des gardes suisses du Roi de France, fut perçu comme une démonstration des forces réactionnaires, au grand dam des cercles libéraux et progressistes, qui s’en prirent au monument.
Aujourd’hui, le Lion de Lucerne, l’un des monuments les plus célèbres de Suisse, attire de nombreux touristes.
(Source : B. Schumacher, Kleine Geschichte der Stadt Luzern, Baden, 2015 ; www.loewendenkmal21.ch).
Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.




