Congrès des Suisses de l’étranger

Chaque année, en août, l’Organisation des Suisses de l’étranger SwissCommunity organise un congrès pour les Suissesses et Suisses de l’étranger. Le congrès se déroule chaque année dans une région différente de Suisse. Le 99e Congrès des Suisses de l’étranger 2023 aura lieu du 18 au 20 août 2023 à St-Gall.

Les participants rencontrent des compatriotes du monde entier, assistent à des conférences, s’informent sur l’actualité suisse, discutent de leurs différentes expériences et ont la possibilité de côtoyer des personnalités de la scène politique, artistique, scientifique et économique suisse.

La diffusion de la culture suisse à l’étranger et l’échange culturel international et les élections fédérales sont les thèmes du Congrès.

Toutes les conférences et les rencontres du congrès se tiennent en français et en allemand.

Source et plus d’informations: Organisation des Suisses de l’étranger SwissCommunity

PS: Le 3e Congrès des jeunes Suisses·ses de l’étranger 2023 aura lieu le 24 juin en ligne.

Le Basel Tattoo aux multiples facettes

La 16e représentation du Basel Tattoo a réuni des formations venues des cinq continents (Amérique du Nord et du Sud, Afrique, Océanie et Europe) dans l’arène sur le site de l’ancienne caserne (Kasernenhof) et dans les rues de Bâle pour le défilé (la parade) du 15 juillet.

Le Basel Tattoo est bien plus qu’un simple tattoo. Ses origines sont également liées au carnaval de Bâle (patrimoine mondial de l’UNESCO), une tradition vieille de plusieurs siècles.

Le carnaval a donné naissance à plusieurs formations musicales de premier plan. L’un de ces groupes jouit depuis quelques années d’une renommée mondiale : le Top Secret Drum Corps, fondé en 1991. Certains membres de cette formation ont par la suite créé le Basel Tattoo, qui s’inspire en partie d’autres tattoos, notamment ceux d’Édimbourg. Toutefois, le Basel Tattoo n’est pas une copie d’autres événements similaires, mais a développé son propre style et ses propres caractéristiques.

La participation de formations militaires est évidente. Sinon, ce ne serait plus un tattoo. Mais à côté de cela, il y a aussi des aspects originaux, créatifs et peut-être même « typiquement suisses ». Il s’agit d’autre chose que de l’organisation excellente et mesurée, de la planification et de l’ambiance, mais du contenu.

Basel Tattoo 2022

Quel est le tattoo où les paysans et leurs vaches se présentent au public, où le contexte historique et culturel occupe une place de choix et où autant de temps et d’efforts sont consacrés à présenter non seulement des formations d’autres continents et pays, mais aussi d’autres cantons ? Le Basel Tattoo est désormais l’un des plus grands du monde!

Les liens historiques entre l’Écosse et le Canada ont été présentés dans une trilogie sur l’émigration écossaise (environ un demi-million de personnes) vers le Canada. Une représentation musicale avec des chants a successivement abordé le thème de la ‘misère’ en Écosse, le (dur) voyage outre-mer et la tâche ardue de se construire une nouvelle vie dans un pays étranger.

La culture écossaise a cependant toujours été préservée. En témoignent les formations des Pipers and Drums et les danseurs des Canadiana Celtic Highland Dancers.  Ce lien a également été mis en évidence par le port du drapeau canadien et écossais, le déploiement par les danseurs et la contribution des Pipers and Drums écossais et canadiens.

Des joueurs de cornemuse anglais et écossais ont rappelé un autre événement : la résistance héroïque d’une division écossaise pendant les jours sombres de  l’évacuation des troupes britanniques (et françaises) à Dunkerque fin mai et début juin 1940. Le joueur de cornemuse sur l’une des tours de la caserne a clôturé cet hommage.

La formation de la vaillante armée d’Ukraine a fait de sa contribution un spectacle original et a rappelé la tragédie qui a frappé son pays par un morceau de musique chargé d’émotion.

Les représentations colorées, chorégraphiées et musicales des formations d’Oman et du Mexique ont été d’autres moments forts, remarquables par leur style particulier.

Les « Kiwis » néo-zélandais ont assuré une performance pop pleine d’entraînement, qui s’est terminée par la danse traditionnelle du haka.

Mais le Basel Tattoo se souvient aussi de ses racines : Bâle, les cantons et la Suisse. La cérémonie d’ouverture symbolisait déjà la relation avec le pays. Sous les yeux de leur commandant en chef, des recrues de l’armée suisse (Die Rekruten des Schweizer Militärmusik) ont montré leurs talents musicaux, et le canton et la ville de Lucerne étaient également présents. Le chœur Basel Tattoo et la garde Basel Tattoo représentaient la contribution de Bâle.

La direction musicale était (à nouveau) entre les mains de Christoph Walter, qui a également dirigé la ballade du tattoo. La cérémonie de clôture, qui a réuni un millier de participants, a été aussi impressionnante que la somme des différentes formations.

Cette cérémonie de clôture est toutefois toujours suivie de la parade annuelle dans la ville, une fête musicale qui s’étend sur plusieurs kilomètres. D’autres cantons et régions étrangères comme Genève, Fribourg, Bâle-Campagne, la Suisse centrale, le Tessin, le Jura et le Valais ainsi que le pays de Bade d’Allemagne étaient également représentés. Bien entendu, quelques représentants du carnaval de Bâle n’ont pas manqué à cette parade.

En bref, le Basel Tattoo a son propre caractère et son propre style et est également une fête intercontinentale, internationale, européenne, nationale, régionale, cantonale et locale.

Mais du point de vue du contenu, c’est aussi une manifestation « typiquement suisse ». Ouverte vers l’extérieur, cosmopolite et multiculturelle, elle préserve et respecte l’identité, la culture et l’histoire à l’intérieur.

( Plus d’informations: Basel Tattoo.)

Révision: Patrick van Zinnicq Bergmann, correcteur d’orthographe et grammaire  française.

Impressions de la Basel Tattoo Parade

La Basel Tattoo Garde

L’armée de milice est respectée par la population suisse

Les récrutes de l’armée suisse (Die Rekruten des Schweizer Militärmusik)

Das Museum fur Musikautomaten Basel

La Johann Peter Hebel Gesellschaft de Hausen (L’Allemagne)

Le Basel Tattoo Chor

L’abbaye de Romainmôtier

Le monastère prit le nom de son fondateur Romain au Vème siècle. Au 8ème siècle, les moines adoptent la règle de saint Benoît. Le 9ème siècle vit Romainmôtier tomber entre les mains de Rodolphe Ier, roi de Bourgogne transjurane, qui le cède en 888 à sa sœur Adélaïde. Celle-ci le donne aux moines de Cluny.

La troisième église est l’église actuelle. Elle fut construite entre 996 et 1028. Au XIIe siècle, Cluny comptait près de 2 000 couvents en Europe.

Le 22 mars 1536, les envahisseurs bernois qui imposent la Réforme au pays, occupent Romainmôtier. Le 24 décembre 1536, un ordre est donné de supprimer le culte catholique. Entre 1899 et 1914, a eu lieu la restauration de l’église.

(Source et plus d’informations: Klaus Kissling, Romainmôtier historique, Notre histoire, octobre 2015; Philippe Jaton, Die ehemalige Klosterkirche Romainmôtier(Bern 2007)

La chapelle Notre-Dame du Haut, Le Corbusier et Renzo Piano

La situation de la colline à l’entrée de la Porte de Bourgogne ( » Trouée de Belfort « ), est un passage naturel de la plaine de la Saône vers l’Alsace. Un pèlerinage est mentionné dès le 11e siècle. Le pèlerinage actuel a lieu le 15 août (Assomption de la Vierge).

Après la Révolution française de 1789, l’ancienne chapelle a été vendue et elle est depuis lors une propriété privée. Entre la révolution de 1789 et la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), la chapelle a été reconstruite et agrandie à plusieurs reprises.

Le monastère

La chapelle a été détruite en 1944 pendant la Seconde Guerre mondiale. La construction de la nouvelle chapelle Notre-Dame-du-Haut a débuté fin 1953 et Le Corbusier (1887-1966) en a été l’architecte. La communauté des sœurs clarisses habite depuis 2005 dans le nouveau couvent, construit par l’architecte italien Renzo Piano.

La Pyramide

La pyramide a été construite peu avant l’inauguration de la chapelle avec les pierres restantes de la chapelle démolie. Elle est un mémorial pour les durs combats qui ont eu lieu sur la colline en 1944, construit à la demande des vétérans de Ronchamp.

(Source et plus d’informations: Association Oeuvre Notre-Dame du Haut)

Une fontaine de Mario Botta

La fontaine de Saint-Blaise pour manquer de manière durable le Millénaire de Saint-Blaise a été réalisée en 2011 sur la base d’un concept de Mario Botta (1943).

La Ruau, jamais tari, est à l’origine de l’implantation du village. Au cours de six siècles, sa force motrice a actionné les roues de plusieurs moulins. Ces moulins ont traversé l’entier du village, pour rejoindre le lac.

Au moulin du haut, jusqu’à trois roues ont entraîné les meules. L’œuvre symbolise ainsi toute l’histoire de Saint-Blaise, histoire qui s’unit à l’art de l’architecte tessinois.

Le monument est une façon de rappeler aux générations futures la commémoration du village avec ses valeurs de l’identité de ce territoire.

Mario Botta a réalisé l’un de ses premiers projets au monastère de Bigorio, dans « son » canton du Tessin.

(Source: Fondation de la fontaine du Millénaire de Saint-Blaise)

La chaîne montagneuse du Jura

La chaîne montagneuse du Jura s’étend sur plusieurs cantons à l’ouest de la Suisse. Il borde la région du Plateau et recouvre 10% de la surface totale de la Suisse.

Le Jura recouvre principalement, en Suisse romande, les cantons de Genève, Vaud, Neuchâtel, Berne, Jura et en Suisse alémanique, les cantons de Soleure, Bâle-Campagne et Argovie. Le massif du Jura forme également une frontière naturelle entre la France et la Suisse.

Dans les cantons du Jura, Vaud, Berne et Neuchâtel, la chaîne du Jura séduit par la diversité de ses paysages.

C’est toujours un plaisir de découvrir ou de revoir, entre autres, les incontournables Creux-du-Van (NE), gorges de l’Areuse (NE), lac de Neuchâtel (NE), lac de Bienne (BE) et Chasseral (BE).

Le massif du Jura peut aussi révéler des surprises : des endroits magnifiques, comme la Dent de Vaulion (VD), les gorges de Covatannaz (VD), les gorges du Taubenloch (BE), les gorges de Douanne (BE), l’Etang de la Gruère (JU), les grottes et le Préhisto-Parc de Réclère (JU), les Franches-Montagnes (berceau du cheval éponyme, unique race d’origine suisse), le chemin des Vignes sur les traces de Bacchus de Bienne à La Neuveville (BE), le sentier des Monts qui relie le Mont-Soleil au Mont-Crozin (BE) et encore le chemin des Crêtes du Jura qui forme un arc de Zurich à Genève : cet itinéraire longue-distance traverse deux régions linguistiques et offre une vue magnifique, un paysage varié et imposant.

Le panorama de la chaîne du Jura a son charme en toute saison comme le montre, par exemple, Saint-Brais, un petit village situé dans les Franches-Montagnes (JU) qui offre bien des curiosités.

(Source et plus d’informations : Office du Tourisme, Jura et Trois Lacs, Randonnées du Rêvewww.j3l.ch).

 

Le Basel Tattoo 2023

Les meilleures formations de cinq continents participent au Tatouage de Bâle, le  Basel Tattoo 2023 (14-22 juillet):

le Brass Band de la 194th Pontoon Bridge Brigade de l´armée fière de l´Ukraine, La Loi écossaise, les recrues de la musique militaire suisse, la Musique du Royal Regiment of Scotland, la fanfare de Lucerne, la Garde de tatouage de Bâle (le seul garde de tatouage au monde), le Choeur de tatouage de Bâle, la fanfare de l´armée néo-zélandaise, les Canadiana Celtic Highland Dancers, la Gendarmerie royale du Canada, les Aztèques, mariachis et danseurs du Mexique, les bandes combinées de la cavalerie royale et de la garde royale d´Oman et les Pipes er fûts massés (une association internationale de 200 cornemuseurs er percussionnistes du monde entier.

Le 15 juillet, toutes les formations ainsi que de nombreuses formations invitées nationales et étrangères défilent dans les rues de la ville et enchantent les plus de 120 000 visiteurs. Le 22 juillet et la journée des enfants du Tatouage de Bâle.

(Source et plus d´informations: Basel Tattoo 2023)

La Suisse, un microcosme européen ?

La Suisse actuelle résulte de plusieurs siècles de coopération, d’alliances, d’échanges et de contacts menés par les cantons et entre les cantons. Après le Congrès de Vienne (1814-1815), il semblait impensable d’allier ces républiques souveraines avec leurs différences au niveau de leurs langues, religions, cultures et intérêts économiques en une Confédération suisse dotée d’une monnaie nationale, d’un gouvernement national (Conseil fédéral) et d’un parlement national (Assemblée fédérale), d’une armée suisse, voire d’un drapeau ou d’un hymne national.

Vevey, Musée de la Confrérie des Vignerons, Les Cent Suisses. Photo: TES

En 1848, après la Guerre du Sonderbund, brève guerre civile qui se déroula en 1847, la Constitution fédérale de 1848 a donné naissance à la Confoederatio Helvetica (CH), la Confédération suisse avec 25 cantons.

Ce fut le commencement d’une intégration morale, monétaire, politique, culturelle et économique réussie. Aujourd’hui, le pays constitue un exemple en matière d’intégration et inspire la politique d’intégration européenne.

D’aucuns voient la Suisse comme un idéal démocratique, un microcosme de l’Europe. D’autres estiment qu’elle est le paroxysme de l’intégration européenne et plaident pour une évolution fédéraliste sur le même modèle.

M. Valéry Giscard d’Estaing (2008) et Président François Hollande (2016). Pregny Chambésy, Musée des Suisses dans le monde. Photo: TES

La fondation de la Suisse

L’histoire de la Suisse repose avant tout sur une évolution et une continuité séculaires ainsi que sur un choix délibéré d’un système politique. C’est ce qui distingue la Suisse d’autres régions d’Europe qui ont également longtemps collaboré ensemble.

Le destin, les circonstances et le cours de l’histoire ne sont pas pris en considération car les choses auraient pu être différentes pour la Suisse, si… L’existence de la Suisse n’est toutefois pas le fruit du hasard. Les premiers cantons remontent à la fin du Moyen Âge, entre les XIIIe et XVe siècles. À cette époque, rien ne laissait présager que la Suisse moderne de 1848 verrait le jour.

Les 26 Cantons Suisses Photo: www.jeretiens.net

Les cantons

La Confédération des XIII cantons, formée en 1513, survécut aux guerres – de religion – et aux révolutions européennes jusqu’en 1798.

Les cantons étaient alors des états souverains avec leurs propres tribunaux, religion, culture, armée, monnaie, drapeau, langue/dialecte, législation, parlement, gouvernement, politique étrangère – y compris les décisions de guerre ou de paix et celles portant sur la conclusion de traités avec d’autres pays – délégués, sans ingérence d’une autorité nationale ou d’un souverain quel qu’il soit.

En 1648, par les traités de Westphalie, l’Europe reconnut la Suisse de facto comme une nation à part entière même si pour les cantons – petits états indépendants – il ne pouvait encore être question de pays ou d’identité nationale.

Néanmoins, les grandes puissances de l’époque – notamment les Habsbourg d’Espagne et d’Autriche, la Suède, la République des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas, la France et l’Angleterre – considérèrent cette Confédération comme une entité souveraine grâce au succès remporté par les cantons sur les champs de bataille ainsi qu’à leurs activités politiques, dont la politique étrangère, et économiques dès 1315.

La Diète fédérale, Musée national, Zurich. Photo: TES

La diète fédérale

En dehors de la Diète fédérale (Tagsatzung), la République helvétique ne compta pas d’institution nationale. La Diète fédérale, assemblée des députés des cantons suisses, fut créée après la conquête de l’Argovie en 1415. Puis intervinrent les conquêtes de la Thurgovie 1460, du Tessin vers 1500 et du Pays de Vaud en 1536.

La tâche principale de la Diète fédérale était l’administration commune des territoires conquis qui étaient des territoires sujets. Il s’agissait d’une mosaïque complexe dont nous ne parlerons pas ici.

Tout comme la maîtrise des eaux et l’ennemi commun espagnol – plus tard l’ennemi anglais ou français – réunirent les sept provinces néerlandaises en 1579 (union d’Utrecht) et en 1581 l’acte de la Haye (en néerlandais acte de Verlatinghe) proclama l’indépendance des dix-sept provinces des Pays-Bas, cette administration fédérale commune allia les cantons souverains.

Dans d’autres domaines, les treize cantons furent toutefois couramment en désaccord. Après la Réforme, l’émergence des cantons protestants et, partant, le schisme entre cantons protestants et cantons catholiques eurent une influence considérable sur la politique intérieure de chaque canton et contrarièrent l’adoption d’une politique étrangère commune.

Hormis six conflits militaires, soit les deux guerres de Kappel en 1529 et 1531, les troubles des Grisons en 1618 et 1639, la guerre des Paysans en 1653 et les deux batailles de Villmergen en 1656 et 1712, les cantons résolurent leurs conflits religieux et économiques par le biais de consultations, en recherchant toujours un compromis possible. Certes, la Confédération suisse n’était ni catholique ni protestante, mais un amalgame de cantons catholiques et protestants.

Photo:Franzoseneinfall in Nidwalden, www.franzoseneinfall.ch.

Napoléon et la Suisse 1798-1813

L’occupation française et ses concepts constitutionnels, la République helvétique (1798-1803) et l’Acte de médiation (1803-1833) à la suite duquel la Suisse redevint une confédération d’États, furent à l’origine d’importants changements.

Après la défaite de Napoléon Bonaparte, la nouvelle Confédération de 1815 se composa, comme avant, de cantons souverains – vingt-cinq dont six demi-cantons – sans organes nationaux effectifs.

La Constitution fédérale de 1848

La Constitution fédérale de 1848 marqua la naissance de la Suisse moderne : fédéralisme, suffrage universel masculin, partage du pouvoir entre le gouvernement (Conseil fédéral) et le parlement (Conseil national et Conseil des États), attribution d’un rôle important aux cantons et aux citoyens.

Dès 1848, le peuple – uniquement les citoyens masculins jusqu’en 1971 – et les cantons furent directement impliqués dans l’élaboration de la Constitution fédérale et des lois.

Avec la démocratie directe, la Suisse a développé au niveau communal et cantonal un fondement qui prit différentes formes au cours du XIXème siècle, toujours dirigé du bas vers le haut : du niveau communal au niveau fédéral, en passant par les cantons. C’est ainsi qu’en 1874, lors de la première révision de la Constitution, fut ajouté le droit de référendum facultatif, qui permettait à la population de contrebalancer le pouvoir politique en place. En 1891, le droit d’initiative populaire fédérale fut accepté par les citoyens.

Révision de la Constitution de 1874. Musée national, Zurich. Photo: TES

Pour ce faire, les citoyens se sont appuyés sur la Landsgemeinde – institution démocratique suisse lors de laquelle les citoyens se réunissent à une date précise en plein air pour élire les membres du gouvernement, les juges ainsi que pour voter les lois et les dépenses à main levée – la Constitution américaine de 1776, les acquis de l’ère française (1798-1813) et les expériences faites dans les cantons et les communes.

La démocratie directe fut dès le début insufflée par une alliance de cantons très différents les uns des autres, mais unis par une solide coalition d’intérêts. Les cantons et les citoyens firent confiance au gouvernement fédéral et au législateur fédéral et ces derniers avaient foi en les cantons et les citoyens.

Nation par volonté (Willensnation)

La Suisse est ainsi une nation issue de la volonté commune du peuple et des cantons, avec un système politique unique, développé par et pour les citoyens et leurs cantons, qui a subi une évolution au cours des siècles. Jusqu’en 1798, la Suisse n’avait pas de personnalité ou de dynastie nationale dominante, ni de canton dominant (il y avait des grands et des petits cantons).

Jusqu’en 1848, il n’y avait pas d’identité nationale en Suisse – sa promotion joua un rôle important par la suite – mais une certaine idée de la solidarité. Toutefois, cette union était essentiellement pragmatique et servait les intérêts des cantons.

Berne, Palais fédéral. Photo: TES.

Démocratie

Le modèle suisse n’est pas une prédestination. Il s’agit d’un processus politique. Un aspect important du modèle suisse est sa capacité d’adaptation aux évolutions sociales, internationales et économiques changeantes.

Le compromis et le système de concordance (Konkordanzsystem) , modèles de démocratie typique de la Suisse, sont nés de la nécessité permanente de se concerter entre toutes les parties prenantes. La structure fédéraliste du système politique et le pouvoir important des cantons au sein du Conseil des États ainsi que la démocratie directe, qui permet au peuple de se prononcer sur les décisions du Parlement fédéral ou de proposer des modifications constitutionnelles, en sont la base.

En 1959 a été créée la formule magique (Zauberformel), genèse d’une tradition politique suisse et règle tacite, qui permet de répartir les sept sièges du Conseil fédéral entre les quatre plus grands partis politiques du pays.

Dans la phase pré-parlementaire, la Suisse pratique depuis plus d’un demi-siècle la « procédure de consultation » (1947), un instrument dont l’utilité a été maintes fois éprouvée. Cette procédure consiste à consulter systématiquement toute une série d’autorités et d’organes avant qu’un texte ne soit présenté au Parlement.

Berne, La Maison des Cantons. Photo: TES

Conclusion

Le système politique suisse est le produit subtil et équilibré de siècles d’expérience et de collaboration entre les cantons et les citoyens. Ce n’est pas un produit d’exportation, mais il peut donner des pistes intéressantes sur ce qui est faisable ou pas, possible ou pas dans le contexte du projet beaucoup plus vaste et infiniment plus compliqué qu’est l’Union européenne.

Tout n’est pas parfait en Suisse, il y a des aussi des ombres à un tableau supposé idyllique : le Röstigraben, barrière géographique souvent virtuelle entre la région romande, francophone et la région alémanique, germanophone, un fossé – surtout politique – entre la ville et la campagne, le droit de vote et d’éligibilité dans les affaires fédérales accordé aux femmes en 1971 seulement par un corps électoral encore exclusivement masculin, l’obtention de la citoyenneté suisse pour les étrangers, y compris le droit de vote, est un processus long et compliqué, car il relève de la compétence des communes et des cantons qui, depuis des siècles, octroient le droit de cité avec parcimonie, le citoyen ayant une grande influence sur la politique.

La pandémie de Covid-19 et les relations avec l’Union européenne donnent également l’occasion de revoir la répartition des compétences entre la Confédération et les cantons. Le système peut être réformé. Les adaptations et améliorations ne se font qu’après consultation des cantons.

Le modèle suisse est unique et constitue une décision politique prise par et pour les citoyens et leurs cantons. La Suisse n’est pas seulement championne du monde des urnes, elle est aussi qualifiée de démocratie référendaire : en effet, il ne se passe pas une semaine sans que, quelque part dans le pays, ne surgisse un projet d’initiative populaire ou de référendum. Cette démocratie s’inscrit dans une tradition ancestrale au niveau communal, cantonal et, depuis le XIXe siècle, au niveau national.

D’ailleurs, aucune réforme visant à abolir la démocratie directe n’a abouti.

Littérature: Bron: W. Lindner/Sean Mueller, Schweizerische Demokratie. Institutionen, Prozesse, Perspektiven, Bern 2017; A. Vatter, Das politische System der Schweiz, Baden-Baden, 2020; O. Meuwly, Une histoire de la démocratie directe en Suisse, Neuchâtel, 2020)

Plus d’informations: Swiss Spectator, Constitution, Démocratie et Cantons

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.