Auteur/autrice : Maarten Koning
Le suisse allemand et les quatre langues de la Suisse
L’un des aspects fascinants de la Suisse est qu’une histoire qui dure depuis mille cinq cents ans a créé tant de frontières linguistiques, d’identités et de cultures.
La langue allemande
Les Alamans ont introduit la langue allemande dans une grande partie de la Suisse orientale, septentrionale et centrale après le retrait des légions romaines vers 410 après J.-C. Les six siècles qui suivirent la chute de l’Empire romain d’Occident en 476 après J.-C. ont été déterminants pour la frontière linguistique entre l’allemand et le français.
La langue française
Le maintien de la langue française en Suisse romande est, dans une certaine mesure, dû aux royaumes de Bourgogne situés en Europe occidentale de 443 à 534 et de 888 à 1032. Ainsi, après l’occupation du Pays de Vaud par les cantons de Berne et Fribourg en 1536, en grande partie germanophones, le français demeura la langue commune dans cette région.
Fribourg/Freiburg, seule ville de Suisse officiellement bilingue avec Bienne/Biel (canton de Berne), est restée bilingue. La langue française, très appréciée par les occupants germanophones, n’a jamais été interdite. L’élite bernoise s’exprimait et communiquait également en français. En effet, la langue française faisait partie de l’identité de ces cantons sur les plans culturels, diplomatiques et économiques, leur histoire étant liée au Royaume de France.
Le Valais est l’un des trois cantons bilingues de la Suisse, les deux autres étant Berne et Fribourg. Le bilinguisme du Valais remonte à l’époque de l’expansion des villes germanophones, toutefois sans les Walser qui se sont établis dans les Grisons et, à partir de 1200, à l’immigration d’autres germanophones. L’issue des affrontements entre la Maison de Savoie francophone et les évêques germanophones du diocèse de Sion après 1400 traça également la voie.
Avec l’avancée des Alamans et des Walser (400-1400) en Suisse orientale et méridionale, l’utilisation du romanche dans les Grisons s’amenuisa. La langue romanche a des racines réthiques, mais a subi un processus de romanisation à l’époque romaine de 15 avant J.-C. jusqu’à 410 après J.-C.
De nombreux germanophones se sont installés dans le canton des Grisons après 1815 en raison du développement du chemin de fer, des infrastructures, du tourisme, de l’industrie et du commerce.
Le romanche est la langue la plus ancienne encore parlée en Suisse. Belle et intéressante, elle jouit d’une certaine popularité et pourtant 60’000 sur presque 200’000 habitants du canton des Grisons la possède encore.
En 1938, le romanche est devenu la quatrième langue nationale à l’issue d’une votation qui devait raffermir la cohésion nationale à l’orée de la Deuxième Guerre mondiale et dont le résultat était sans appel : 91,6% des votants – les femmes n’avaient pas encore le droit de vote – ont approuvé l’accès du romanche au statut de langue nationale.
Ce fut un signal clair de la Suisse et du peuple suisse contre l’irrédentisme italien – Irredentismo – dont l’objectif principal était d’inclure dans les frontières politiques de l’Italie toutes les communautés italophones autochtones et contre le slogan allemand Heim ins Reich qui signifiait que tous les Allemands d’origine devaient habiter en Allemagne.
L’italien
L’italien, langue officielle parlée dans le canton du Tessin et dans les Grisons italiens, partie la plus méridionale du canton, provient du latin originel de l’Empire romain. Même après la conquête des territoires du nord du duché de Milan par les Suisses au XVème siècle, l’italien resta la langue de cette région.
Le suisse allemand
La République helvétique (1798-1803) et l’Acte de médiation de Napoléon Bonaparte (1803) ont promulgué la reconnaissance formelle de l’égalité des langues. Selon la Constitution fédérale de 1848 les trois principales langues parlées en Suisse, à savoir l’allemand, le français et l’italien sont les langues nationales de la Confédération. Elles en sont également les langues officielles.
La Fédération
Dans la loi fédérale sur les langues nationales et la compréhension entre les communautés linguistiques du 5 octobre 2007, il est stipulé, à l’art. 2 « renforcer le quadrilinguisme qui caractérise la Suisse » et à l’art. 3 « la Confédération veille à accorder un traitement identique aux quatre langues nationales ».
Ce que la Constitution n’avait pas prévu, c’est la forte augmentation de l’utilisation des dialectes suisses allemands (Schwyzertütsch ou Schwyzerdütsch) dans le domaine public. D’une région à l’autre, les différences entre les dialectes sont considérables, par exemple entre les régions de Schaffhouse, d’Appenzell, du Haut-Valais, de Bâle, Zurich ou Berne.
Ces dialectes sont parfois difficiles à comprendre pour les Suisses francophones ou italophones et même pour les germanophones issus d’autres cantons du fait des différences entre les divers dialectes.
Le suisse allemand ne s’écrit pas formellement, hormis pour les échanges régionaux et informels comme les messages personnels. C’est donc l’allemand standard qui est utilisé pour la communication écrite, toutefois avec quelques variantes : par exemple, en Suisse, l’usage du ß (appelé eszett) a été totalement supprimé et remplacé par le double ss durant la première moitié du XXème siècle. Les enfants commencent à apprendre l’allemand standard dès qu’ils entrent à l’école.
En outre, la connaissance d’une autre langue nationale ayant considérablement diminué au cours des dernières décennies, les jeunes suisses privilégient souvent l’anglais comme langue de communication.
La langue est un fait social. Le déclin des compétences linguistiques en Suisse est donc une source d’inquiétude pour la cohésion de ce pays plurilingue. Cette situation retient l’attention du Conseil fédéral qui entend, en y participant financièrement, renforcer la connaissance des langues en Suisse.
Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.
Chapeau bas pour la Suisse
Le lac de Brienz (Brienzersee) se prépare pour la Fête nationale suisse du 1er août 2022, par analogie avec “Le Berceau de la Confédération”, une grande fresque de Charles Giron (1850-1914), réalisée en 1901, qui orne la salle du Conseil national, à Berne.
1291-1848
Charles Giron avait à l’esprit le Grütli, la prairie du lac d’Urner (Urnersee), partie du lac des Quatre-Cantons (Vierwaldstättersee) où, selon la tradition, les trois premiers Confédérés d’Uri, de Schwytz et d’Unterwald y ont prêté serment (Le Serment du Grütli) et ont entériné leur coopération dans différents domaines : il en est résulté un accord, la conclusion et signature du Pacte fédéral de 1291.

Monument de Guillaume Tell, Altdorf. Photo: TES.
Peu importe qu’il s’agisse d’un fait ou d’une légende tout comme pour Guillaume Tell, Romulus et Remus, les jumeaux fondateurs de Rome ou Athéna, patronne et protectrice d’Athènes.
Au cours de cette période, des traités similaires ont souvent été conclus entre les villes et les communes. Ce qui rend la Suisse unique, c’est que ce premier pacte et les suivants ont non seulement survécus mais ont abouti à la Confédération des XIII cantons en 1513 et à la Confédération en 1815 et 1848.

Les 26 cantons. Source: Les 26 cantons suisses. Foto: www.jeretiens.net
La Suisse
La Suisse est une nation créée au cours d’un processus compliqué de plusieurs siècles, avec quatre langues, quatre cultures et des religions différentes.
Mais en 2019, le pays est la meilleure démocratie, le pays le plus innovant et le plus compétitif, avec une des meilleures universités européennes, la meilleure infrastructure dans des circonstances souvent très difficiles, l’un des pays les plus hospitaliers pour les demandeurs d’asile (20 000 à 25 000 d’entre eux sont officiellement admis chaque année) et une intégration relativement réussie.
L’ouverture de la Suisse
L’ouverture de la Suisse sur le monde et l’Europe se reflète également dans la science, la culture et les musées, les premiers musées d’ethnographie y ayant ouverts leurs portes.
Le pays est un exportateur mondial avec la meilleure politique monétaire (comme en témoigne la rupture formelle avec la mauvaise gestion – illégale – de la Banque centrale européenne (BCE) et avec une vision critique de l’Union européenne actuelle.

Mont Terri Laboratoire. Photo: TES.
L’Union Européenne
Il est à espérer que ses citoyens et en particulier ses femmes et hommes politiques sauront préserver ce qui a été construit au fil des siècles. Ce qui est transféré à l’Union Européenne (UE) ne sera jamais restitué à un pays, même si l’UE ne respecte pas les traités et si ses ambitions (mégalomaniaques) ne sont pas réalisées. L’UE n’est pas une démocratie parlementaire, il n’y a pas de base dans ce sens.

L’euro en le franc suisse 2002-2022.
L’UE et la BCE sont principalement des distributeurs d’euros qui maintiennent ces structures chancelantes. De fait, la Suisse accueille 20% d’étrangers de nombreux pays résidant de manière permanente en Suisse. De surcroît, ils sont plus de 300’000 frontaliers issus des pays voisins à passer quotididennement la frontière pour travailler en Suisse.
L’engagement, l’innovation et la démocratie directe
L’engagement, l’innovation et la démocratie directe caractérisent la Suisse, ses citoyens et ses entreprises. De Riom ou Scuol dans les Grisons à Môtier ou La Chaux-de-Fonds dans le canton de Neuchâtel, les citoyens et les entreprises utilisent les initiatives et projets locaux pour construire leur environnement immédiat, leur emploi et leur industrie.
Dans quel autre pays de nombreux citoyens suivent-ils des cours de langue – de leur propre initiative – afin de mieux maîtriser une autre langue de leur propre pays ?
La véritable Union européenne

La Suisse est la véritable Union européenne, mais elle indique aussi les limites de ce qui est faisable.
Le journal allemand Die Welt a publié (27 juillet 2019) un article sur le Parlement européen. A l’arrière-plan, on peut lire « Kommt, wir bauen das neue Europa« , traduit librement « Rejoignez-nous, nous construisons la nouvelle Europe ».
C’est non loin de l’idéologie du communisme : créer une Europe nouvelle, un homme nouveau. Il faut espérer que d’ici dix ans, les nuages blancs au-dessus du lac de Brienz seront encore visibles.
Suisse, veille à tes affaires, ta démocratie, ton système monétaire et économique et à ta société unique.
Le canton de Nidwald et la République Helvétique
Disponible en anglais, allemand et néerlandais
Casaccia et la Via Panoramica
Disponible en anglais, allemand et néerlandais
Bergün
Disponible en anglais, allemand et néerlandais
Le pont de Rheinfelden
Disponible en anglais, allemand et néerlandais.
Congrès des Suisses de l’étranger
Le 98ème Congrès des Suisses de l’étranger aura lieu à Lugano, du 20 au 22 août 2022.
La mondialisation, la migration, la protection des données, la numérisation, l’exercice des droits politiques, la garantie de l’Etat de droit, la pandémie de Covid-19, voire la survenue de potentielles futures pandémies : comment le système démocratique suisse répond-il aux enjeux actuels ?
Dans quelle mesure doit-il être réformé ? Comment garantir le respect des fondamentaux démocratiques helvétiques uniques au monde, tout en étant de plus en plus soumis à des forces politiques, économiques et financières supranationales ?
Des personnalités du monde politique, économique et scientifique partageront leur savoir-faire et tenteront de répondre à ces questions et à bien d’autres tout en invitant les congressistes à la réflexion.
(Plus d’informations: : www.swisscommunity.org)
Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.
Les textiles coptes à Coire
Disponible en néerlandais et allemand.
Gempen, son histoire et sa nature
Disponible en anglais, allemand et néerlandais
