Le miracle économique suisse et John Bowring

Une question se pose à propos d’un petit pays situé dans les Alpes inhospitalières, sans accès direct à la mer, sans colonies, sans importantes ressources naturelles, sans matières premières hormis l’eau, le granit, le bois et la pierre, avec un territoire en grande partie inhabitable, inaccessible et infertile et, jusqu’en 1848, avec un système étatique médiéval et chaotique composé de cantons presque entièrement souverains entourés de puissantes monarchies expansionnistes. Comment la Suisse a-t-elle pu, dans de telles conditions, devenir l’un des pays les plus prospères du monde ou le miracle économique suisse?

Le rapport sur l’économie de la Suisse

Le rapport de l’étude sur l’économie de la Suisse en 1835 par l’homme politique, écrivain et hyperpolyglotte anglais John Bowring (1792-1872) est intelligible et même à certains égards d’actualité. Il est résumé ci-dessous et se nomme Le rapport de John Bowring sur la Suisse.

Le rapport fut présenté par John Bowring aux deux chambres du Parlement en 1835 et publié en 1836.

John Bowring (1792-1872) visita la Suisse et la plupart des cantons en 1835. Il rédigea le rapport en se prévalant de ses impressions et de ses visites, de ses rencontres et de ses réunions avec des hommes politiques, des fabricants, des marchands, des citoyens, des agriculteurs et des ouvriers. Ce résumé est tiré du texte intégral disponible en ligne.

John King ( 1788-1847), Sir John Bowring, 1826. National Portrait Gallery Londres

Prospérité

L’augmentation de la prospérité durant la seconde moitié du XXème siècle est souvent associée au secret bancaire et aux comptes de clients moins loyaux, aux avoirs, notamment l’argent qui appartenait aux juifs, aux réserves d’or des pays pillés ou au commerce avec l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le rôle des commerçants et entrepreneurs suisses à l’époque de l’esclavage est une question qui suscite désormais l’intérêt, y compris le danger de points de vue anachroniques et d’ignorer le règne brutal des tyrans locaux et des marchands d’esclaves.

Ces facteurs y contribuèrent car l’argent n’a pas d’odeur (en latin pecunia non olet). Toutefois, ils n’expliquent que partiellement, voire pas du tout, la prospérité actuelle. L’État social suisse n’est pas le résultat direct des faits susmentionnés, aussi moralement répréhensibles et incompréhensibles soient-ils avec les connaissances, les lois et la probité d’aujourd’hui.

Fleurier, Horlogerie Parmigiani, canton de Neuchâtel

Le succès économique séculaire

Le fondement du succès économique de la Suisse remonte à plusieurs siècles. Le système étatique décentralisé, avec de petites entités politiques créées par et pour les citoyens et sans dynasties aristocratiques, apparut entre la fin du XIIIème et le début du XVIème siècle dans les treize cantons germanophones, seul le canton de Fribourg (Freiburg en allemand) étant bilingue, et leurs territoires alliés (Zugewandte Orte) dont les actuels cantons des Grisons, de Genève, du Valais (Wallis en allemand), également canton bilingue, de Saint-Gall et de Neuchâtel.

La Landsgemeinde naquit dans huit cantons aux XIIIème et XIVème siècles. Elle est la plus ancienne forme de la démocratie directe moderne en Suisse. Dans les autres cantons, les guildes, les marchands et les artisans occupèrent le pouvoir.

Trogen, centre du village. canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures. Photo: TES

Les Orte, appelés cantons à partir du XVIème siècle, se tournèrent vers le commerce, l’industrie et, après la bataille de Marignan en 1515, du fait de sa neutralité, la Suisse s’abstint de prendre part aux conflits et renonça à sa stratégie d’expansion. Elle se recentra sur ses valeurs, notamment le fédéralisme.

Les structures

Cependant, la Suisse ne se replia pas sur elle-même. Les soldats suisses – appelés mercenaires – furent enrôlés dans les armées européennes. Ils constituèrent un produit d’exportation dont les élites locales des cantons vivaient bien. Y furent incorporés, pour des raisons évidentes, les hommes qui vivaient sous le seuil de pauvreté car ils gagnaient leur vie en servant dans des armées étrangères et les potentiels fauteurs de trouble.

Collection: Musée national Zurich

Les cantons, structures décentralisées, favorisèrent l’esprit d’entreprise, le commerce, l’innovation, la sécurité juridique ainsi que la gestion et la résolution des conflits. Républiques souveraines après le traité de Bâle en 1499 et républiques de droit international après la paix de Westphalie en 1648, les cantons n’eurent aucune autorité étrangère, impériale, royale ou judiciaire au-dessus d’eux.

La démocratie

Ces structures – relativement – démocratiques sans ingérence étrangère présentèrent un avantage à l’époque des guerres de religion aux XVIème et XVIIème siècles. Hormis quelques conflits plutôt mineurs, tels que les guerres de Kappel en 1529 et 1531 et les batailles de Villmergen en 1656 et 1712, il n’y eut pas de conflits religieux majeurs. Mais la guerre des paysans, révolte populaire, en 1653.

Des votations sur la question de la religion furent organisées dans les cantons. Le canton d’Appenzell fut pacifiquement divisé en deux demi-cantons en 1597, soit Appenzell Rhodes-Intérieures (catholique) et Appenzell Rhodes-Extérieurs (protestant), Glaris reconnaissant les deux confessions, les mêmes églises furent utilisées par les catholiques et les protestants (simultaneum), certains cantons acceptèrent la Réforme protestante, d’autres restèrent fidèles à la foi catholique.

Les cantons de Fribourg (catholique) et Berne (protestant) s’allièrent pour mener la même politique étrangère et se partagèrent le butin du duc de Savoie en entreprenant la conquête du Pays de Vaud en 1536.

Cela conduisit à des conflits – personnels – et à des alliances avec des pays de la même religion.  Toutefois, les dégâts humains et matériels en Suisse ont été limités, ce qui fut évidemment favorable au commerce, à la production et à l’industrie.

Soleure, Attisholz Aréal

Spécialisations, commerce et niches

En outre, les villes et les cantons développèrent rapidement leurs spécialisations dans divers domaines : bétail et produits laitiers pour l’un, horlogerie ou textile pour un autre et commerce mondial et européen de la soie, du coton, de la laine, du lin, du café, du thé, des épices pour les grands centres urbains.

Les centres de commerce, d’industrie et d’exportation prospérèrent entre les XVIe et XVIIIe siècles, soit deux siècles avant la révolution industrielle. Saint-Gall, Glaris, Zurich, les deux Appenzell, Argovie, Bâle, entre autres, occupèrent une place prépondérante dans l’industrie textile.

La base de ce système fut le Verlagssystem (système domestique), une organisation économique mise en place en Europe à partir du XVIème siècle. L’employeur fournissait les matières premières et, le cas échéant, les moyens de production (outils, machines) aux ouvriers qui effectuaient le travail à domicile. La rémunération était faible, les investissements peu coûteux et la production principalement assurée par le travail des femmes de la maison et des enfants.

Canton de Glaris, production de textile

Protestants

Comme la République des Pays-Bas, la Suisse bénéficia de l’arrivée de dizaines de milliers de huguenots et autres réfugiés protestants aux XVIème et XVIIème siècles. Ils apportèrent leurs connaissances, leur expérience et leur sens commercial, ce qui donna un souffle nouveau à l’économie du pays, notamment aux industries horlogères et textiles ainsi qu’à la culture.

1700-1900

Les pionniers de l’industrie horlogère ne tardèrent pas à conquérir l’Europe par le biais de réseaux mondiaux. Le secteur bancaire se développa rapidement. Et ce n’était pas l’Angleterre, mais la Suisse qui fut le premier producteur de textile au XVIIIème siècle.

Or, à partir de 1780 un « miracle anglais » se produisit : toutes les inventions majeures de la révolution industrielle et des guerres napoléoniennes virent le jour en Angleterre.

En Suisse, les cantons de la nouvelle Confédération de 1815 étaient trop divisés pour construire, par exemple, des lignes de chemins de fer transcantonales. Cela changea avec la nouvelle Constitution fédérale de 1848 qui jeta les bases du nouvel Etat fédéral suisse et marqua la naissance de la Suisse moderne.

En 1875, le pays posséda, par rapport à son territoire, le plus grand nombre de lignes ferroviaires et de gares en Europe. Le tourisme était en plein essor, les ingénieurs réalisèrent des chefs d’œuvre : tunnels, viaducs, ponts, chemins de fer, voies navigables, premières centrales hydroélectriques, gestion de l’eau, par exemple la correction des eaux du Jura (1868-1891), cols de montagne et plus tard autoroutes, construction mécanique, technologie de l’électronique et même construction navale.

Le constructeur naval zurichois Escher Wyss fut, durant une longue période, le plus grand producteur européen de navires à vapeur. Les navires furent soit assemblés ailleurs, soit le constructeur naval créa des chantiers navals à l’étranger.

Vers 1900, la Suisse était une nation touristique, financière, industrielle et commerciale de premier plan et un pays doté d’une bonne formation (professionnelle) et d’excellentes universités et centres de recherche.

Des multinationales telles que Hoffmann-La Roche, Nestlé, Suchard, ABB (Asea Brown Boveri) et les géants du papier, de la chimie, de l’assurance et de la banque, ainsi que des multinationales dans divers autres secteurs, furent fondées à cette époque. La classe supérieure de l’Europe et du monde se rencontra dans les Grands Hôtels suisses.

Bâle, Les Tours Roche I et II. 

Le désavantage devient un avantage

Les Alpes, qui furent jadis un désavantage, constituent maintenant un avantage. Une infrastructure développée, encore accréditée en 2016 par le tunnel de base du Saint-Gothard dont la construction a requis des matériaux en abondance tels que roche, ciment, mortier, béton, une utilisation créative et innovante de l’eau et du bois. Cette nouvelle ligne ferroviaire à travers les Alpes suisses libère des capacités supplémentaires pour le trafic des marchandises et réduit sensiblement les temps de parcours pour les voyageurs.

Le tunnel du Saint-Gothard est non seulement le plus long tunnel ferroviaire du monde, mais également un chef d’œuvre d’ingénierie. Entre 1880 et 1890, l’eau devint une ressource naturelle importante pour la production d’électricité et son utilisation dans l’industrie chimique.

Affiches de Suchard, La Chocolaterie, Neuchâtel. 

Le manque de matières premières en Suisse, inspira la créativité et l’innovation. Celles comme la laine, le coton, le lin ou les minerais furent importées et ensuite exportée sous forme de produits de haute qualité (machines, montres, électronique, par exemple).

Le manque de matières premières fut ainsi même un avantage. Les entrepreneurs et les commerçants durent miser principalement sur l’innovation et sur des produits de niche supérieurs, qui devinrent ensuite des leaders du marché.

La Suisse ne connut pas de guerres, de révolutions ou d’expéditions coloniales ou étrangères coûteuses au cours des XIXème et XXème siècles. En effet, le système politique était équilibré et stable, l’économie libérale et la politique sociale inclusive.

Le dernier conflit armé fut la guerre du Sonderbund de 1847, une brève guerre civile. Les motifs religieux et économiques et surtout la conception du futur État fédéral en 1848 composé de cantons souverains – décentralisation politique – toutefois dans les limites du droit fédéral auquel ils sont subordonnés, y contribuèrent.

Whylen-Augst. Photo: TES.

Conclusion

La stabilité sociale et économique, le système politique, la qualité de l’éducation, l’engagement au travail et l’innovation expliquent la réussite économique.

Cela se traduit notamment par la force des petites et moyennes entreprises, l’excellence de la formation qui offre de larges perspectives professionnelles à tous les niveaux, les meilleures écoles d’ingénieurs et instituts de recherche du monde.

Et précisément cette force des petites et moyennes entreprises est inhérente aux formes juridiques, à la sécurité juridique, à l’esprit entrepreneurial, ainsi qu’à l’implication et au respect des citoyens pour leur environnement, leur commune, leur canton et le système fédéral.

La décentralisation, maître mot, qui donne le ton : société, économie et politique ascendantes. De plus, le système de milice est l’un des piliers de l’identité helvétique : l’armée suisse et son service militaire, la politique et la société civile sont organisées selon ce principe. Cela n’est possible que si l’on a confiance dans le système et l’engagement des citoyens.

En Suisse, il n’y a pas de meilleures ou de pires personnes, meilleurs ou pires commerçants, entrepreneurs ou industriels. C’est la conjugaison d’un certain nombre de facteurs qui sous-tendent son succès et sa continuité séculaire.

Le secret bancaire, l’argent sale, l’argent au noir et le mauvais commerce en temps de guerre n’ont certainement pas coopéré au succès du modèle suisse séculaire.

Le système suisse semble incompatible avec l’Union européenne peu démocratique, mais bureaucratique (ad absurdum) de 27 histoires, mentalités et systèmes économiques, fiscaux, juridiques, politiques, monétaires et culturels (totalement) différents, centralisés et dirigés selon le principe (absurde) de « one size fits all ».

(Source : Markus Somm, Warum die Schweiz reich geworden ist. Bern, 2022; Joseph Jung, Das Laboratorium des Fortschritts. Die Schweiz im 19. Jahrhundert, Zürich, 2019).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Vevey, Nestlé, Alimentarium. La fourchette.

L’histoire de la liberté des Suisses

L’histoire de la liberté des Suisses, telle qu’écrite par Edward Gibbon (1737-1794), est parue en 2015 dans sa version allemande, intitulée Die Freiheit der Schweizer – soit deux cents ans après sa parution originale en langue française, en 1815.

Edward Gibbon est considéré comme le père de l’historiographie moderne et reste l’un des plus importants historiens anglais, grâce notamment à son ouvrage le plus connu, The History of the Decline and Fall of the Roman Empire.

C’est à Lausanne que Gibbons gagna le goût de l’étude et de l’érudition : il y vécut cinq ans, de 1753 à 1758, période qui laissera une marque profonde sur son caractère et sa vie. L’historien était intéressé et fasciné par la Suisse, pays unique qui était, déjà à l’époque, une confédération.

Edward Gibbon écrivait en français, et sa première publication s’intitula Journal de mon voyage dans quelques endroits de la Suisse.

La guerre de Sept Ans (1756-1763) met fin à son premier séjour lausannois. Dès la fin du conflit, Edward Gibbon entreprend un voyage en Italie, qui l’emmène à Paris, puis une nouvelle fois à Lausanne, où il demeure un an, de 1763 à 1764, avant de se rendre à Rome avec le politicien britannique William Guise (1737-1783).

C’est là qu’il décide d’écrire l’Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain. La dernière partie de cette somme historique en six volumes – originellement édités en anglais – est publiée en 1788.

Mais en 1765, de retour en Angleterre, l’histoire de la liberté des Suisses occupant toujours son esprit, il décide de la rédiger.

Celle-ci ne sera cependant publiée en français qu’en 1815, c’est-à-dire deux décennies après sa mort, sous le titre Introduction à l’histoire générale de la République des Suisses – et seulement deux cents ans plus tard en allemand.

(Edward Gibbon, Die Freiheit der Schweizer, Zurich 2015).

Révision: Lars Kophal, journaliste et rédacteur, (www.larskophal.ch). 

La langue alémanique

La langue alémanique fait référence aux dialectes germaniques du sud de la région germanophone.

La région autour du lac de Constance n’a jamais formé une unité linguistique, à l’exception de la langue allemande actuelle et de la langue latine à l’époque romaine.

On distingue le souabe (Schwäbisch) au nord de Tuttlingen (Bade-Wurtenberg) et d’Immenstadt (Bavière), l’alémanique du Rhin supérieur, Oberrheinalemannisch (l’Alsace, Bade-Wurtenberg et Bâle), l’alémanique du lac de Constance, Bodenseealemannisch (l’Allemagne et l’Autriche autour du lac de Constance), le haut alémanique,  Hochalemannisch (les cantons de Berne, de Schaffhouse, de Thurgovie, de Glaris, d’Argovie, de St-Gall, d’Appenzell Rhodes-Intérieures et d’Appenzell Rhodes-Extérieures, de Zurich, de Zoug et des Grisons, ) et l’alémanique supérieur, Höchstalemannisch (Les cantons d’Uri, de Schwytz, d’Obwald et de Nidwald).

 Dès leur immigration sur la rive suisse du lac de Constance aux Vème et VIIIème siècles, les Alamans (Alemanni) y ont rencontré une population gallo-romaine.

Contrairement aux Bourguignons (443-534 et 888-1032) de Suisse occidentale, les Alamans ont conservé leur langue germanique, ce qui a conduit à une (lente) germanisation de cette partie de la Suisse.

(Source : U. Leuzinger (Réd.), Römer, Alemannen, Christen, Thurgovie, 2013).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice. 

L’Arboretum du Vallon de l’Aubonne

Pendant des siècles, la Suisse a été habitée par des tribus celtes. Près du village de La Tène, au bord du lac de Neuchâtel, se trouve l’un des plus importants sites archéologiques de la culture celtique en Europe.

La période celtique de La Tène (500-100 av. J.-C.) a succédé à la période de Hallstatt (1200-500 av. J.-C.), du nom d’une localité en Autriche. C’est peut-être à cette culture que l’on peut attribuer le grand respect pour les arbres en Suisse, tant en ville qu’à la campagne.

Ce qui est certain, c’est que l’arbre avait un statut sacré dans la culture celte. Le chêne était même une sorte de divinité, tout comme le tilleul était un lieu de justice au Moyen Âge : c’est sous le tilleul que se tenait le tribunal ou le conseil du village.

Quoi qu’il en soit, le pays compte plusieurs parcs spécialement dédiés aux arbres. Le nom d’un tel parc est arboretum, dérivé du mot latin arbor (arbre). Un arboretum est un espace naturel consacré à la conservation, à l’éducation, à l’entretien et à l’observation de la forêt et de ses arbres et arbustes, dans toute leur diversité.

Il sert également à la recherche et remplit la même fonction récréative qu’une forêt. Un arboretum est comme un jardin botanique au milieu de la nature.

L’Arboretum du Vallon, près d’Aubonne (canton de Vaud), abrite quelque 3000 arbres et arbustes de tous les continents. Le parc tire son nom de la rivière Aubonne, qui prend sa source au pied des montagnes du Jura. La Toleure et la Sandoleyre sont les deux affluents de l’Aubonne.

La superficie de l’arboretum est d’environ 130 ha, au sein d’une surface agricole et forestière d’environ 200 ha, qui s’étend du nord (Jura) au sud (lac Léman). La région lémanique est particulièrement favorable à la végétation en raison des nombreuses heures d’ensoleillement.

Outre les collections d’arbustes et d’arbres, l’arboretum comprend également la section pomologique, avec ses « vergers d’autrefois », ainsi que le Musée du bois). Celui-ci présente des outils anciens, des métiers et de nombreuses techniques de travail du bois.

La ville d’Aubonne, à proximité du parc, possède un centre médiéval avec une belle vue sur le lac Léman.

(Source et informations complémentaires : Le Musée du bois – L’Arboretum du Vallon de l’Aubonne).

Révision:Lars Kophal, journaliste et rédacteur, (www.larskophal.ch)

Les toilettes en bois

Nouveaux spectacles de l’ADN

L’ADN (Association Danse Neuchâtel) présente deux nouveaux spectacles au Temple Allemand de La Chaux-de-Fonds, les samedi 25 et dimanche 26 juin, à 18h.

Au programme, deux créations de Clara Delorme, Malgrés, pièce ludique “Musique et corps”, qui raconte l’incongru du destin et invite à savourer les petits ratés de la vie… et L’albâtre, solo tout en blanc ; l’artiste évolue avec la blancheur nue de son corps, mais avec ses lunettes tout de même !

En 2019, Clara Delorme crée L’albâtre aux Quarts d’Heure de Sévelin, pièce sélectionnée pour les Swiss Dance Days 2021. Lauréate du 1er prix PREMIO et de la Bourse SSA avec Malgrés en 2020, elle participe aux programmes « Choreographing » de la Fondation pour la culture Pro Helvetia et « Double » du Pour-cent culturel Migros.

Une jeune artiste à découvrir !

Plus d’informations : www.danse-neuchatel.ch/2022/malgres-l-albatre

Le jardin anglais de Neuchâtel

En 1765, Pierre-Alexandre DuPeyrou (1729-1794) obtint l’accord du Conseil de la Ville de Neuchâtel pour aménager une promenade publique ombragée passant derrière son orangerie et le palais DuPeyrou alors en construction.

A l’époque, la promenade se trouvait au bord du lac de Neuchâtel. Neuchâtel fut encore une principauté. Le roi de Prusse fut Prince de Neuchâtel à partir de 1707 jusqu’à 1857 (voir le site Swiss Spectator, La dernière principauté de Suisse, 2 février 2022). Les palais et la vieille ville de Neuchâtel témoignent encore du faste de cette époque.

Pierre-Alexandre DuPeyrou était un riche propriétaire de plantations situées dans la colonie néerlandaise du Surinam. Il acheva la construction du palais DuPeyrou en 1771 auquel la promenade conféra un charme aristocratique. Le Palais, appelé aussi Hôtel DuPeyrou, émerveille tant par son architecture que ses splendides jardins. Le Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel et les Galeries de l’histoire près du Palais DuPeyrou relatent cette histoire.

En 1865, la promenade fut remise au goût du jour et perdit la plupart de ses peupliers. Transformée en un vaste espace, elle devint un jardin anglais, inspiré peut-être du prestigieux Jardin anglais d’Arlesheim (canton de Bâle-Campagne).

Après la première correction des eaux du Jura (1868-1891 (voir le site Swiss Spectator, Les deux corrections des eaux du Jura, 27 avril 2022), le niveau du lac a été abaissé de presque trois mètres et, de ce fait, le Jardin anglais, nommé jadis Grande promenade, situé le long de l’avenue du Premier-Mars, espace vert à l’intérieur de la ville, se trouvait à quelques centaines de mètres de la rive du lac de Neuchâtel.

Le nouveau quartier des Beaux-Arts – avec le Musée d’art et d’histoire, des bâtiments locatifs encadrés par des bâtiments publics – prit place dans l’espace. Les immeubles présentent une unité architecturale forte, contrebalancée par le traitement différencié des façades.

A partir de 1888, le Jardin anglais de Neuchâtel s’enrichit d’un kiosque à musique (1896), de l’actuel casino (1907) et d’un restaurant.

Fait d’une longue allée bordée de grands arbres, côtoyant une pelouse fraîche et des massifs de fleurs magnifiques, le jardin revêt chaque année un aspect différent, empreint d’une belle créativité.

(Source et plus d´informations: www.j3l.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Un entrepreneur de Padoue, Italie

Le Piémont fut colonisé par Rome à plusieurs reprises au cours du 1er siècle av. J.-C. L’époque romaine est celle qui a laissé, dans cette région, les plus importantes empreintes archéologiques comme, par exemple, le Pont d’Aël, situé près du hameau éponyme.

L’imposant pont-aqueduc émerveille encore aujourd’hui par son exceptionnel état de conservation et son effet remarquable sur le paysage.

Il s’agit d’un prestigieux ouvrage à une seule arcade qui franchit la rivière Grand-Eyvia, haut d’environ 56 mètres et long de plus de 50 mètres, réalisé en maçonnerie et en blocs de pierre de taille.

Conçu pour endosser un double rôle, ce monument a été doté d’un double passage : sa partie supérieure est une conduite d’eau, dont le fond a été revêtu de grandes dalles en pierre et rendu étanche par un mortier hydraulique approprié, alors que sa partie inférieure consiste en un passage aéré et éclairé, dont la largeur d’environ un mètre permettait le transit des hommes et des animaux.

Une inscription placée au-dessus de la clé de voûte, sur la façade nord de monument permet de dater sa construction au IIIème siècle avant J.-C. et de l’attribuer à Caius Avillius Caimus, originaire de Padoue (Italie), membre d’une riche famille vénitienne liée au domaine du bâtiment et du traitement des matières premières, particulièrement des pierres et des métaux.

Le pont-aqueduc fut certainement construit pour procurer l’eau nécessaire à l’extraction et à la transformation du marbre bardiglio des carrières d’Aymavilles, largement utilisé durant la période romaine pour l’édification de bâtiments dans la ville d’Aoste.

Les récents travaux de recherche et de rénovation entrepris sur le site de Pont d’Aël ont porté sur des fouilles archéologiques, la restauration du monument et la valorisation du bâtiment, ainsi que la réalisation d’un parcours de visite.

L’épigraphe présente sur le côté septentrional du monument nous donne des informations sur le constructeur : IMP CAESARE AUGUSTO XIII COS DESIG C AVILIUS C F CAIMUS PATAVINUS PRIVATUM dont voici la traduction intégrale : « Au temps où l’empereur César Auguste fut nommé consul pour la 13ème fois, Caius Avillius Caimus de Padoue, fils de Caius, a construit ce pont avec des moyens privés ».

Les fouilles effectuées ont permis d’obtenir des informations supplémentaires sur la conduite d’eau, les méthodes de fondation du pont-canal et le passage couvert.

Les entrées ont une arche ronde et un seuil avec des renforcements quadrangulaires près des jambages, recevant les charnières.

Le terme juridique PRIVATUM, gravé en majuscule sur la dalle de pierre centrale à cheval sur les deux autres, indique une propriété privée, qui le distingue des 32 autres aqueducs, grandioses ouvrages publics construits pour porter l’eau à la ville qui ont caractérisé l’expansion de l’Empire romain. Ainsi, le pont d’Aël n’était pas accessible à tout un chacun.

L’enlèvement des dépôts de terre qui remplissaient le pont jusqu’à la hauteur des deux entrées, accumulés intentionnellement à une date ne pouvant être précisée, a permis d’acquérir des données intéressantes sur la technique de construction du monument.

Le pont est divisé par des cloisons murales, perpendiculaires aux murs intérieurs, qui définissent des espaces fonctionnels pour alléger la structure.

La présence d’une scie le long des deux murs intérieurs suggère l’existence d’une planche de bois qui permettait le transit sur les deux rives et, peut-être par des écoutilles, d’inspecter la structure.

L’ancienne route romaine offrant l’accès au pont sur la rive droite, taillée dans la roche, a aujourd’hui été partiellement intégrée à une passerelle en acier, qui permet aux visiteurs ayant accompli un itinéraire circulaire de rejoindre le centre d’accueil.

(Source : S. Vittoria e.a., Pont d’Aël, Aosta 2014).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.