Disponible en allemand, anglais et néerlandais
Auteur/autrice : Maarten Koning
Les villas de Vallon et Boscéaz
C’est dans le village de Vallon, sur la route menant d’Avenches à Yverdon (canton de Vaud), qu’ont été mises à jour deux mosaïques romaines de qualité exceptionnelle. La villa gallo-romaine qui les abritait a également été reconstituée et constitue un monument de la romanisation.
La première construction date des premières décennies de notre ère et servait également d’atelier pour la fabrication de briques en argile. Pour cette raison, le bâtiment était situé près d’un ruisseau. Vers 60 après J.-C., la villa a été agrandie avec un entrepôt, des quartiers d’habitation et des ateliers.
Trois générations plus tard, la villa avait pris l’apparence typique des demeures de l’élite romaine : un jardin intérieur entouré d’une colonnade, des salles de réception et de repas, des chambres à coucher, une cuisine et une bibliothèque, avec un bon approvisionnement en eau, un système d’égouts et un complexe de bains.
La villa est surtout connue pour ses mosaïques de « Bacchus et Ariane » et de la « chasse » ; les représentations de chasses (le Venatio dans l’amphithéâtre) étant un thème populaire dans les villas romaines.
Dans la ville voisine de Boscéaz, près d’Orbe, neuf mosaïques pratiquement intactes ont été découvertes dans la plus grande villa romaine au nord des Alpes. Celle-ci mesurait pas moins de 200 mètres de long, avec une enceinte fortifiée de 400 mètres. Les mosaïques représentent des dieux (notamment les sept dieux représentant les sept planètes) et des motifs mythologiques, dont un épisode de la guerre de Troie (Ulysse sur l’île de Skyros).
(Sources: Musée romain de Vallon (museevallon.ch); Mosaïques | pro-urba).
Révision: Lars Kophal, journaliste et rédacteur
Les cantons
La Suisse (la Confédération) est composée de vingt-six cantons (art. 1 de la Constitution de la Fédération (CF).
Ceux-ci sont, dans l’ordre alphabétique (avec les plaques d’immatriculation); Argovie (AG), Appenzell Rhodes-Extérieures (AR), Appenzell Rhodes-Intérieures (AR), Berne (BE), Bâle-Campagne (BL), Bâle-Ville (BS), Fribourg (FR), Genève (GE), Glaris (GL), Grisons (GR), Jura (JU), Lucerne (LU), Nidwald (NW), Neuchâtel (NE), Obwald (OW), Schaffhouse (SH), Soleure (SO), Schwyz (SZ), St-Gall (SG), Thurgovie (TG), Tessin (TI), Uri (UR), Valais (VS), Vaud (VD), Zoug (ZG), Zurich (ZH).
Les différences en termes de superficie, de population, de caractère rural et/ou urbain, de langue, de religion et de caractéristiques géologiques sont importantes.
Histoire
La formation de ces cantons est un processus qui a duré plusieurs siècles et qui n’est pas traité dans cet article. Ces cantons existaient déjà en 1848.
En 1979, le Jura, qui s’est séparé de Berne, est devenu un nouveau canton. L’art. 1. CF définit également le territoire de la Suisse : il est constitué des territoires des cantons.
Compétences et hiérarchie
Les cantons sont des républiques et des constitutions souveraines dans un pays souverain, ce qui est unique en Europe et peut-être dans le monde (voir la relation entre le niveau fédéral et les cantons art. 42-53 CF).
Les cantons et le peuple (les hommes) ont créé la Constitution fédérale en 1848, et donc la Confédération et le niveau fédéral.
Ce niveau (Conseil national, Conseil des États, Conseil fédéral, tribunaux fédéraux, départements et autres organisations) est ainsi une création des cantons (et du peuple) et ne dispose pas de moins, mais jamais de plus de pouvoirs que ce que prévoit l’art. 3 CF.
Dans tous les autres domaines, les cantons sont souverains, soumis uniquement à la CF et aux traités internationaux.
L’art. 50 CF confirme la hiérarchie : Confédération, cantons et communes. Les cantons sont, en somme, des républiques démocratiques et des états souverains, dans la mesure où l’art. 3 CF n’attribue pas de compétences au niveau fédéral.
Au niveau fédéral, les cantons sont également représentés au Conseil des États.
En 1848, la défense, la politique étrangère, les douanes et la monnaie sont les principales compétences du niveau fédéral.
Depuis lors, surtout après 1945, de plus en plus de compétences ont été transférées aux cantons (avec l’approbation du Conseil des États et du peuple par le biais du référendum obligatoire). 87 des 195 articles CF traitent aujourd’hui de ce transfert.
Les cantons ne sont plus souverains dans ces domaines, mais mettent en œuvre les lois et les décisions fédérales (art. 49-1 CF). Dans ce processus, les cantons sont à nouveau souverains (art. 46 CF).
Cela explique aussi pourquoi la Confédération ne compte qu’un petit nombre de fonctionnaires, soit environ 38 000. Les questions relatives à l’application du droit fédéral sont tranchées en dernier ressort par le Tribunal fédéral à Lausanne.
Les accords internationaux et entre les cantons
Les accords internationaux, y compris ceux conclus avec l’Union européenne, ont la priorité sur le droit cantonal. Cela vaut également pour des centaines de conventions entre un ou plusieurs cantons, le droit intercantonal (art. 48 CF).
Les affaires étrangères sont de la compétence exclusive de la Confédération (art. 54 CF). Le gouvernement informe les cantons de ces questions en temps utile, ce qui est important pour les cantons (art. 55 CF).
Les relations avec l’Union européenne revêtent une importance particulière pour les cantons. Aujourd’hui, il s’agit principalement du nouveau traité avec l’Union européenne, appelé accord-cadre institutionnel.
La Conférence des gouvernements cantonaux (Chambre des cantons à Berne) joue un rôle important à cet égard.
Les cantons peuvent conclure des accords avec d’autres pays s’ils relèvent de la compétence du canton et ne portent pas atteinte au droit et à la politique de la Confédération.
Les cantons sont tenus d’informer le gouvernement avant de conclure des accords. Les traités avec les autorités subordonnées d’autres états sont autorisés sans en informer le gouvernement (art. 56 CF).
Les constitutions des cantons
Les constitutions des vingt-six cantons diffèrent les unes des autres, mais toujours en respectant les principes de la Constitution fédérale (art. 51 CF).
Les citoyens des cantons ont plusieurs moyens d’influencer la législation et la constitution des cantons par le biais de référendums.
En plus, les cantons peuvent demander au Parlement fédéral d’initier une législation par le biais de l’initiative déposée par un canton (art. 160 CF).
Au moins huit cantons peuvent également utiliser le référendum cantonal (art. 141 CF) pour lancer un référendum facultatif contre une législation fédérale.
Les cantons étaient et sont toujours les porteurs du pouvoir constituant originaire de la Suisse. Ils ont créé le pays, ils le développent par la législation (en tant que législateurs au sein du Conseil des États et dans les cantons) et ils lui donnent sa consistance. Le canton est également un pouvoir constituant dérivé.
Les cantons (avec le peuple) peuvent adapter et modifier la Constitution et la loi à tout moment. Les deux fondateurs de la Confédération ont finalement toujours le dernier mot.
Les républiques démocratiques
Mais tout aussi essentielle que cette construction constitutionnelle est l’identité linguistique, culturelle et politique des habitants de ces républiques démocratiques au cœur de l’Europe.
(Source: Malinverni, M. Hottelier, M. Hertig Randall, A. Flückiger, Droit constitutionel suisse, Berne 2021)
Suchard, la première multinationale du chocolat
Suchard dans le vallon de Serrières (commune de Neuchâtel) est un site industriel de cent cinquante ans d’architecture industrielle et d’une fabrique chocolatière.
Philippe Suchard (1797-1884) fut l’un des pionniers de l’industrie du chocolat en Suisse. En 1819, il travailla dans la confiserie de son frère à Berne. En 1824, il fit un voyage en Amérique où, doté d’un esprit d’entreprise, il trouva l’inspiration pour construire sa carrière dans le chocolat.

Boudry. Maison natale de Suchard
En 1825, Philippe Suchard ouvrit une confiserie à Neuchâtel, qui existe toujours sous le nom de Wodey Suchard. L’année suivante, il créa l’usine de chocolat Suchard à Serrières, spécialisée dans la confiserie et plus particulièrement dans la transformation du cacao pour l’élaboration de chocolats.

Philippe Suchard, Serrières
A l’époque, le chocolat était encore granuleux et Philippe Suchard voulut le rendre plus savoureux. Il inventa un « mélangeur » qui broyait le sucre et la poudre de cacao en une pâte lisse.
Le succès arriva en 1842 lorsque Frédéric-Guillaume IV (1795-1861), roi de Prusse, passa une importante commande à l’entreprise Suchard. Le canton de Neuchâtel rejoignit la Confédération en 1815, le roi de Prusse fut cependant Prince de Neuchâtel jusqu’en 1857.



Chocolat Suchard et les thermes romaines, 1908
Le chocolat était encore un produit de luxe à cette époque et la renommée de Suchard atteignit la Cour de Berlin. Alors que le prince de Neuchâtel, ne résidant pas à Neuchâtel mais à Berlin, gouverna à distance, il eut la délicatesse d’acheter du chocolat pour ses sujets.
En 1879, la société ouvrit sa première usine à l’étranger. Il s’agissait également de la première fabrique de chocolat suisse implantée à l’étranger. Elle se situait à Rötteln, au sud de l’Allemagne.
En 1855, le chocolat Suchard remporta la médaille d’or à l’exposition universelle de Paris. En 1883, Suchard produisait la moitié du chocolat fabriqué en Suisse.
En tant que fournisseur d’une cour royale, la maison Suchard consolida sa notoriété à l’étranger et, en 1905, ses successeurs ouvrirent d’autres usines en Autriche, en Allemagne et en France. La première multinationale suisse du chocolat était née !
Dès 1989, on ne fabrique plus de chocolat à Serrières et en 1996, Suchard quitte définitivement le site. Il reste aujourd’hui de Suchard un nom, une marque et un site industriel, tous deux de cent cinquante ans d’architecture.

La Cité Suchard, Serrières
(Source et plus d’informations: Claire Piquet, Un parfum de chocolat, sur les traces de Suchard à Neuchâtel, Neuchâtel, 2022; www.neuchatelville.ch).
Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.
Les magnifiques affiches publicitaires de Suchard peuvent être admirées au Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel.



Les Constitutions des Cantons
Les vingt-six cantons de la Suisse sont les successeurs des États originels, qui se sont regroupés en 1848 pour former la Confédération.
Ils occupent une place particulière dans le système politique suisse, puisqu’ils sont souverains. Grâce à des circonstances uniques, la Suisse a su développer, il y a plusieurs siècles, un système politique unique en Europe. Est traitée ici la Constitution des cantons.
L’homme politique et entrepreneur Alfred Escher (1819-1882), considéré comme l’une des grandes figures de l’innovation et de l’économie de marché en Suisse, a relaté en 1848 ce qui constitue aujourd’hui encore le fondement du fédéralisme et de la démocratie :
“Der schöne Baum unseres neuen Bundes, der seine schützenden Zweige über das ganze Vaterland ausbreitet, hat zu seinen Wurzeln die Kantone. Würden wir diese Wurzeln verkümmern und absterben lassen, so wäre damit auch dem Baum der sichere Untergang bereitet. Die Kantone sind die Säulen, auf denen das ganze Bundesgebäude ruht”
« Le bel arbre de notre alliance, dont les branches s’étendent sur toute la patrie, a pour racines les cantons. Si nous laissions dépérir les racines, elles finiraient par mourir et l’arbre connaîtrait alors un déclin inexorable. Les cantons sont les piliers sur lesquels repose tout l’édifice fédéral » (J. Jung, Alfred Eschers Thronreden, Zurich 2021).
Introduction
Les cantons et les citoyens – le peuple suisse – sont les fondateurs de la Confédération suisse (Schweizerische Eidgenossenschaft) et de la Constitution fédérale. La Constitution fédérale définit les compétences de la Confédération et des cantons.
Ces derniers définissent à leur tour les compétences de leurs communes. Et les différentes compétences sont réparties entre la Confédération, les cantons et les communes conformément au principe de subsidiarité. Elle fixe aussi les droits et devoirs fondamentaux des citoyens.
Selon l’art. 3 de la Constitution fédérale : les cantons sont souverains en tant que leur souveraineté n’est pas limitée par la Constitution fédérale et, comme tels, ils exercent tous les droits qui ne sont pas délégués au pouvoir fédéral.
Mais ce n’est pas une souveraineté au sens du droit international public.
Des chapitres de la Constitution fédérale portent, entre autres, sur les rapports entre la Confédération et les cantons, ainsi que la répartition des tâches entre ces deux niveaux de l’État fédéral.
Située au sommet de l’ordre juridique suisse, la Constitution fédérale prime tous les autres actes normatifs (loi, ordonnances, etc.) de la Confédération, des cantons et des communes.
L’article 51 de la Constitution fédérale stipule que chaque canton est tenu de se doter d’une constitution démocratique, acceptée par le peuple. Les constitutions cantonales doivent être garanties par la Confédération. Cette garantie est accordée si elle ne est pas contraires au droit fédéral.
Les constitutions cantonales
Les vingt-six cantons ont chacun leur propre constitution. L’Assemblée fédérale examine uniquement la teneur de la constitution, et non le processus d’élaboration, lequel relève des compétences du Tribunal fédéral (elle peut être entièrement ou partiellement refusée ou octroyée sous réserve).
Les cantons sont tenus de requérir la garantie de la Confédération pour leurs constitutions. Les initiatives populaires visant à la révision de la constitution cantonale sont soumises au vote du peuple. Cette obligation s’étend à chaque modification constitutionnelle.
Les cantons élaborent leur constitution cantonale et, en vertu du principe de l’autonomie, chaque canton dispose de son propre régime constitutionnel et de son gouvernement.
Au niveau cantonal – comme au niveau fédéral – le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire sont exercés par trois autorités différentes.
Les cantons sont égaux devant la Constitution fédérale et jouissent d’une large souveraineté, notamment dans les domaines du budget, du système politique et de la fiscalité puisqu’ils peuvent prélever des impôts.
Relèvent également de la compétence des cantons : la citoyenneté, le droit de vote, la création et l’organisation des communes, des districts et autres organisations de droit public, les entreprises communales et les écoles.
Le fédéralisme est un principe essentiel de la Suisse. C’est pourquoi la péréquation financière est, elle aussi, importante pour la cohésion du pays. Elle se fonde sur l’idée de solidarité : les cantons économiquement forts et la Confédération aident les cantons qui financièrement sont plus faibles.
République, Etat, membre, canton
Le caractère constitutionnel et politique particulier des cantons se reflète également dans les premiers articles de leurs constitutions.
La dénomination des cantons peut varier : en général, canton souverain, autonome ou indépendant, entité politique autonome, entité étatique ou République démocratique, État de droit démocratique ou État de droit libéral, démocratique et social.
Les nouveaux cantons de la Suisse latine choisirent, par exemple, en 1815 le titre de république, qui soulignait leur indépendance alors que « canton » met l’accent sur l’appartenance à la Confédération.
Genève, Neuchâtel et le Tessin l’ont conservé jusqu’à nos jours. Dans le cas de Neuchâtel, l’appellation de « République et Canton » reflète le passage du statut de principauté prussienne (jusqu’à 1857) à celui de membre souverain de la Confédération. Le vingt-sixième canton de Suisse, le Jura, (1979) se nomme République et Canton du Jura.
Les citoyens (avec droit de vote)
La Constitution fédérale stipule que la Confédération suisse protège la liberté et le droit du peuple. En Suisse, tous les citoyens disposant du droit de vote peuvent participer aux décisions politiques.
En plus du droit de vote, les citoyens de chaque canton ont la possibilité de faire valoir leurs exigences aux travers des instruments de la démocratie directe, tels que prévus dans les constitutions cantonales et fédérales.
Séparation des pouvoirs
Les trois pouvoirs sont séparés à tous les niveaux de l’État. Ce qui vaut pour la Confédération vaut aussi pour les cantons et les communes, le but étant toujours d’empêcher la concentration du pouvoir entre quelques personnes ou institutions et de prévenir les abus. Certaines dispositions de la Constitution fédérale garantissent le respect de la séparation des pouvoirs.
Les districts
Les districts existent dans 10 des 26 cantons suisses. Du fait de la structure fédéraliste de la Suisse, leur rôle peut varier suivant les cantons. En général, ils ne sont que des circonscriptions administratives, électorales ou judiciaires, chaque district ne possédant qu’un tribunal.
Le Parlement cantonal
Le nombre de membres du parlement cantonal varie d’un canton à l’autre. Il est le plus souvent proportionnel au nombre d’habitants du canton. Il a pour principale attribution de voter – adopter, rejeter ou modifier – les lois. Il a également pour tâche d’adopter le budget cantonal, qui lui est présenté par le gouvernement cantonal et d’autoriser la levée de taxes et d’impôts. Il exerce aussi la surveillance sur l’activité du gouvernement.
Les systèmes électoraux
Les élections législatives cantonales sont majoritairement au scrutin proportionnel alors que les élections exécutives cantonales se font au scrutin majoritaire. La Constitution fédérale stipule que tout parlement cantonal doit être élu directement par le peuple (scrutin direct).
Les systèmes électoraux et le rôle du Tribunal fédéral seront traités dans un prochain article.
Le système de milice
A l’instar du Parlement fédéral, tous les parlements cantonaux sont des parlements de milice : leurs membres peuvent exercer une activité professionnelle en dehors de leur mandat politique. L’engagement volontaire de citoyens qui assument des mandats politiques est d’une grande importance pour la société et le système politique.
Gouvernements cantonaux
Les membres des vingt-six gouvernements cantonaux sont directement élus par le peuple. Les élections cantonales ont généralement lieu tous les quatre ans, sauf dans les cantons de Fribourg, de Vaud, de Genève et du Jura, où elles ont lieu tous les cinq ans, et dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures, où le gouvernement est renouvelé tous les ans.
Selon le canton, le nombre de ministres – qui parlent d’une seule voix – varie de 5 à 7. En effet, comme pour le Conseil fédéral, le Conseil d’État cantonal – gouvernement cantonal – est basé sur le principe de la collégialité.
Les gouvernements cantonaux sont généralement élus au scrutin majoritaire. Le gouvernement tésinois est élu à la proportionnelle. Dans certains cantons, des sièges sont réservés à certaines minorités linguistiques.
Lors des élections cantonales, l’élection des candidats à la majorité absolue crée « un lien direct » entre les électeurs et le gouvernement cantonal.
Chaque canton détermine lui-même le système électoral. Seuls le Jura et Neuchâtel ont opté pour la représentation proportionnelle. Les autres cantons connaissent différentes formes de système majoritaire.
Cette dichotomie parfois appelée la « Schweizer Wunderwaffe » (littéralement arme miracle suisse) n’est pas tout à fait injustifiée car le système électoral est important pour la stabilité politique en Suisse.
Les tribunaux
Chaque canton dispose de ses propres tribunaux, qui jugent en première instance les affaires concernant le canton, selon le principe de la séparation des pouvoirs.
Le Tribunal fédéral – plus haute autorité judiciaire suisse – veille à une application uniforme du droit fédéral par les tribunaux cantonaux.
Le Tribunal cantonal est la dernière instance judiciaire cantonale en matière pénale, civile et administrative. Ses fonctions sont celles d’une autorité de juridiction, d’une autorité de surveillance des tribunaux et d’une autorité d’élection. Les membres sont élus soit par le peuple, soit par le Grand Conseil. Ses arrêts peuvent être déférés devant le Tribunal fédéral.
Le Tribunal fédéral, dont le siège se trouve à Lausanne, est la Cour suprême de la Confédération. Il exerce le pouvoir judiciaire au niveau fédéral. Les juges fédéraux sont élus par les Chambres réunies de l’Assemblée fédérale.
Double majorité
Si la votation porte sur un référendum obligatoire fédéral (comme une modification de la Constitution fédérale) ou l’initiative du peuple, le suffrage des cantons joue également un rôle.
Le projet est adopté à condition qu’il ait été accepté par la double majorité des citoyens et des cantons.
Si la majorité des citoyens d’un canton a dit «oui», le canton est considéré comme favorable au projet. La majorité des voix des cantons ainsi calculée doit donc être favorable au projet pour que celui-ci soit accepté.
Pour déterminer la majorité des cantons, les anciens demi-cantons d’Obwald, de Nidwald, de Bâle-Campagne, de Bâle-Ville, d’Appenzell Rhodes-Intérieures et d’Appenzell Rhodes-Extérieures ne comptent chacun que comme une demi-voix.
Développement historique et conclusion
Le rôle important des constitutions cantonales a été démontré par leur développement historique, notamment après 1815, et leur influence sur la Constitution fédérale de 1848, sur les constitutions fédérales revues de 1874 et 1891 et sur l’introduction de la démocratie directe.
La Maison des Cantons (Haus der Kantone), à Berne, siège de conférences gouvernementales, de conférences des directeurs et d’autres institutions intercantonales, promeut la coopération entre les cantons et la Confédération.
De nombreuses organisations de la société civile défendent des causes politiques, sociétales, sociales, culturelles ou écologiques spécifiques par le biais de référendums fédéraux et cantonaux.
Des référendums récents, par exemple, ont été adoptés au niveau fédéral par la majorité des citoyens mais ont finalement été rejetés car ils n’ont pas été acceptés par la majorité des cantons (la double majorité).
(Source: A. Auer, Staatsrecht der Schweizerischen Kantone, Bern, 2016).
Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.
Les constructeurs de routes et de ponts romains en Suisse
Les constructeurs romains de routes et de ponts étaient des spécialistes et polyvalents. Leurs routes et leurs ponts étaient bien pensés et adaptés de manière optimale aux conditions locales.
Leurs compétences techniques et leurs travaux d’arpentage sont encore étonnants aujourd’hui. De nombreux ponts et routes européens modernes sont en plus mauvais état après seulement 80 ans !
Dans la mesure du possible, les routes étaient construites en ligne droite et longeaient les pentes et les rives des rivières, traversant les vallées, les montagnes et les cols de montagne.
En outre, les lacs, les rivières et les terrains plats permettaient de relier de nombreuses routes. Des ponts solides permettaient de traverser des rivières (larges). Certains ponts sont encore conservés après 2000 ans.
La traversée des Alpes ne posait pas non plus de problème. La Suisse et le Tyrol du Sud ne constituaient pas des obstacles, mais des axes indispensables – les voies de communication les plus importantes et les plus utilisées se sont développées dans cette région alpine, du sud vers le nord de l’Europe. Le tracé de la Via Claudia Augusta, qui reliait l’Italie à Augsbourg (Augusta Vindelicum dans la Provincia Raetia (secunda)), est encore utilisé aujourd’hui!
Le col du Brenner et le col du Reschen dans le Tyrol du Sud, le Grand et le Petit Saint-Bernard dans le Valais ainsi que le col du Julier, le col du Septimer, le col de la Maloja et le col de l’Ofen en Rhétie (prima) dans l’actuel canton des Grisons étaient les principaux cols de montagne de cette région à l’époque romaine.
Les Entretiens de Watteville
Les premiers Entretiens de Watteville de l’année, qui réuniront les dirigeants des partis gouvernementaux et le Conseil fédéral, auront lieu le vendredi 3 février 2023. Les discussions porteront sur des questions de politique étrangère et de sécurité, notamment sur la situation en Ukraine, en Iran et au Kosovo. Il sera également question de la situation économique, de la politique énergétique et de la politique européenne, ainsi que de la migration et des finances fédérales.
Les membres du Conseil fédéral rencontrent régulièrement les dirigeants des partis gouvernementaux afin de discuter de sujets d’actualité. Les entretiens de Watteville ont été institués en 1970 dans le but de faciliter la recherche de consensus dans le système de concordance.
Après l’adoption de la « formule magique » pour la composition du gouvernement, en 1959, les entretiens visaient à rechercher des solutions consensuelles et acceptables pour tous, avec les quatre partis gouvernementaux.
Les premiers entretiens tenus dans la maison de Watteville furent probablement ceux du 15 juin 1970. La désignation « Entretiens de Watteville » est devenue courante au milieu des années 70.
Érigée en 1446, la Maison Béatrice de Wattewille se trouve dans la vieille ville de Berne. En 1934, Emanuel de Wattewille (1863-1934) a légué la maison patricienne à la Confédération suisse au nom de son épouse Béatrice disparue en 1929.
(Source et plus d’informations: www.admin.ch)
Bourbaki Panorama Lucerne
Le Panorama Bourbaki à Lucerne, un monument culturel européen, rappelle l’internement de 87’000 soldats français qui trouvèrent refuge en Suisse pendant l’hiver de 1871.
Une excursion au Panorama de Bourbaki constitue un voyage spatio-temporel dans le Val-de-Travers (canton de Neuchâtel) du XIXe siècle, lorsque la Suisse construisit sa propre perception avec des valeurs telles que l’humanité et la neutralité.


Bourbaki Panorama, Lucerne
Le 1er février 1871 fut signée la convention des Verrières par le général Hans Herzog (1819-1894), commandant en chef de l’armée suisse, et le général Justin Clinchant (1820-1881), commandant de la 1ère armée française – armée du général Charles-Denis Bourbaki – à la suite de la défaite de la guerre franco-prussienne de 1870.
La convention prévoyait l’internement en Suisse des troupes françaises alors encerclées par l’armée allemande.
Ainsi, entre le 1er et le 3 février 1871, 87 000 soldats et officiers français accompagnés par des secouristes de la Croix-Rouge franchirent la frontière suisse aux Verrières (Jura neuchâtelois).


Désarmés par des unités militaires suisses sous le commandement du général Hans Herzog, les soldats et officiers français furent ensuite répartis dans 190 communes situées dans tous les cantons sauf le Tessin, peu accessible en hiver.
L’internement représenta un immense défi pour la jeune Confédération : accueillir, héberger, nourrir 87 000 soldats français, prodiguer des soins et les surveiller ne fut pas une tâche aisée.
L’armée du général Charles-Denis Bourbaki, marquée par l’adversité, le froid et la faim, fut chaleureusement prise en charge par la population suisse durant six semaines, avant son retour en France.
L’empereur français Napoléon Bonaparte III (1808-1873) avait déjà été capturé à Sedan le 2 septembre 1870, après avoir déclaré la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870.
Cependant, l’armée française du général Charles-Denis Bourbaki (1816-1897) n’avait pas pris part à la capitulation de Napoléon Bonaparte III.
Cet épisode marqua une étape décisive dans le développement de la Croix-Rouge suisse (CRS), encore inexistante cinq ans auparavant. En effet, le banquier suisse Henry Dunant (1828-1910) fondit la Croix-Rouge à Genève en 1863.
L’accueil de l’armée française et de milliers de soldats, épuisés, malades et affamés, fut sa première grande action et constitua un jalon incontournable dans l’histoire de la neutralité suisse.
Le Panorama Bourbaki, réalisé par Edouard Castres (1838-1902), est une peinture cylindrique de 10 mètres de haut sur 35,6 mètres de diamètre (à l’origine 14 × 112 m) . Conservé dans un musée de Lucerne et montrant la Croix-Rouge à l’œuvre, ce panorama est le symbole de la tradition humanitaire de la Suisse.

C’est l’une des rares peintures géantes en vogue au XIXe siècle à avoir été conservées à ce jour. Les panoramas en tant que médias de masse sont considérés aujourd’hui d’une part comme les précurseurs du cinéma et d’autre part comme la source d’inspiration pour de nouveaux trends médiatiques et formes de narrations visuelles digitales.
Le petit village frontalier des Verrières et la jeune Confédération suisse (depuis 1848) réalisèrent leur première mission humanitaire pour le voisin français.
Près de 150 ans après les faits, l’Association Bourbaki aux Verrières tient, comme chaque année, à commémorer ce qui est à la fois un désastre militaire et un formidable élan de solidarité de la part de la population suisse.
Le portrait des trois généraux Hans Herzog, Charles-Denis Bourbaki et Justin Clinchant a été peint, par le jeune graffeur français Benjamin Locatelli, sur la façade ouest du bureau communal des Verrières. Il est entouré des mots symboliques : humanité, hospitalité et neutralité. En face se trouve une Suisse frappée d’une croix rouge.
Le parcours thématique inauguré en 2015 par l’Association Bourbaki des Verrières veut faire vivre la mémoire des événements de l’hiver 1871 dans des lieux symboliques et chargés d’histoire.
Les conventions de Genève ont été établies en 1949. Il s’agit de traités internationaux fondamentaux dans le domaine du droit humanitaire. Elles dictent les règles de conduite à adopter en périodes de conflits armés, et notamment la protection des civils, des membres de l’aide humanitaire, des blessés ou encore, des prisonniers de guerre.
(Plus d’informations : www.bourbaki-verrieres.ch; www.bourbakipanorama.ch).
Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.


Les Verrières
Le dernier Habsbourg à Bâle
Eugène Ferdinand Pius Bernhard Felix Maria, archiduc de Habsbourg (1863-1954), vécut de 1919 au 23 mai 1934 dans une suite de l’Hôtel Les Trois Rois à Bâle.
Il était le neveu de Charles de Habsbourg (1887-1922), le dernier empereur de l’empire des Habsbourg. Tous deux durent quitter la nouvelle République autrichienne en 1919 après la défaite de la Première Guerre mondiale (1914-1918) et le démantèlement de leur empire. Ils s’installèrent en Suisse, pays neutre.
Guillaume II (1859-1941), dernier empereur allemand, réussit à s’exiler aux Pays-Bas, qui étaient également restés neutres pendant la Première Guerre mondiale. L’empereur allemand résida jusqu’à sa mort dans un manoir à Huis Doorn, dans les environs d’Utrecht, où il vécut en reclus.
Charles de Habsbourg tenta à deux reprises de revendiquer la couronne de Hongrie, mais en vain. La double monarchie austro-hongroise, qui unissait sous la dynastie des Habsbourg l’empire d’Autriche et le royaume de Hongrie, fut dissoute en 1918. L’empereur déchu était cependant toujours officiellement roi de Hongrie.
Après la deuxième tentative avortée de restauration de la Hongrie, les Alliés, qui avaient gagné la guerre, le condamnèrent à l’exil avec son épouse à Madère, où il mourut en 1922.


L’Hôtel Les Trois Rois ou encore Hotel Drei Könige
Archiduc ou pas, la police des étrangers du canton de Bâle-Ville a son dossier.
« Dass er sich speziell in Basel aufhält, erklärt sich daraus, dass er ein grosser Freund der Wissenschaften, namentlich der Geschichte und auch der Musik ist, also von zwei Gebieten, auf welchen Basel viel zu bieten vermag. Er verbringt dann auch einen guten Teil seiner Zeit im Basler Staatsarchiv ».
(Erzherzog Eugen von Habsburg-Lothringen, Begleiterin Zoe Schildenfeld, Kammerdienaar Richard Schönwalder, Aufenthaltsort: Hotel Drei Könige. Grund der Aufenthaltsbewilligung: wissenschaftliche und historische Studien (Fremdenpolizei des Kantons Basel-Stadt, 1920, Staatsarchiv Basel-Stadt, Sig. PD-REG 3a 27649)
L’archiduc (Erzherzog) Eugène surnommé « der Erzi » dans le langage populaire bâlois, fit un autre choix que ces deux empereurs : il n’était pas politiquement actif et était estimé à Bâle. Membre éminent de l’ordre très catholique des chevaliers teutoniques, il était resté célibataire.
Le choix de Bâle résultait d’une part de contacts personnels, d’autre part du statut neutre de la ville et de la langue allemande. De plus, Bâle se trouvait au centre de l’Europe et était pour les exilés habsbourgeois un lieu idéal pour les réunions de famille.
L’Hôtel Les Trois Rois fut ainsi le témoin de nombreuses réunions de famille, auxquelles prirent part Otto de Habsbourg (1912-2011), le fils du dernier couple impérial, et Marie-Christine d’Autriche (1858-1929), sœur de l’archiduc Eugène et reine d’Espagne. L’hôtel, l’un des plus anciens hôtels citadins d’Europe – son nom d’origine est Hotel Drei Könige – se para ainsi à nouveau d’une touche de royauté.
Comme un véritable monarque, l’archiduc Eugène évoluait non seulement dans la haute société bâloise, le « Basler Daig », soit les familles riches et influentes de la ville qui habitaient presque exclusivement dans le quartier de Saint-Alban mais aussi parmi tous les autres habitants. Ainsi, il était impossible de ne pas remarquer cette personnalité issue d’une grande dynastie, impressionnante pour l’époque et pour la Suisse.
Il voyageait en tram, était disponible pour les passants, les vendeurs du marché ou les ouvriers, mangeait régulièrement en dehors de son hôtel et était un fidèle visiteur du carnaval de Bâle qui commençait par le Morgenstraich le lundi matin à 4 heures. Dans la Bâle calviniste, ce fervent catholique comptait de nombreux amis et avait une vie culturelle et sociale très riche.

A cette époque, le célibataire avait également une fidèle compagne, l’écrivaine Zoe von Schildenfeld (1890-1981). Son livre « Erzherzog Eugen, 1863-1963 : ein Gedenkbuch », paru en 1963 à Innsbruck, révèle moult informations et détails sur la période de l’archiduc Eugène à Bâle.
Mais l’année 1933 arriva. En Allemagne, les nationaux-socialistes accédèrent au pouvoir et la situation en Autriche devint de plus en plus instable. En 1934, l’homme d’Etat autrichien Engelbert Dolfuss (1892-1934) prit le pouvoir et instaura un régime catholique autoritaire.
Après 15 ans d’exil, l’archiduc Eugène, obtint l’autorisation de retourner en Autriche. Le 23 mai 1934, son train – il voyageait en deuxième classe ! – se rendit à Vienne, accompagné d’une célèbre clique de carnaval de Bâle avec piccolos et tambourins : le plus grand honneur que puisse recevoir un étranger.
L’une des raisons de son départ fut son inquiétude face à la montée du nazisme. Adversaire résolu de ce régime politique créé en Allemagne, il craignit pour l’avenir de l’Autriche. En sa qualité de citoyen de premier plan, il tenta d’user de son influence pour écarter le danger imminent, mais toutefois sans succès.
Après l’Anschluss (annexion) de l’Autriche au Reich allemand en mars 1938, la Gestapo l’arrêta et le plaça en résidence surveillée. Son statut lui évita le pire. Après la guerre, il s’installa à Merano, ville italienne située dans le Sud-Tyrol, qui appartint à l’Autriche jusqu’en 1919.
Dans cette région, il avait commandé les troupes impériales en tant que maréchal de camp pendant la Première Guerre mondiale. Il se rendit ensuite régulièrement à Bâle. L’hôtel Les Trois Rois, le « Daig » et les Bâloises et Bâlois accueillirent toujours chaleureusement leur « Erzi ».

La boucle était donc presque bouclée. Au XIIIème siècle, les Habsbourg en plein essor eurent l’intention de faire de Bâle la résidence principale de leur empire. Mais les citoyens ne furent pas de cet avis et ne voulurent pas de la charge – financière – et de la présence militaire d’une résidence impériale.
En fait, rétrospectivement, la ville fut déjà en passe de devenir un canton républicain et d’autres villes et localités s’opposèrent aux souverains habsbourgeois. Les défaites des Habsbourg en 1315, 1386, 1415, 1460 et 1499 furent bien connues.
Bâle devint membre de la Confédération suisse en 1501. La Réforme chassa le prince-évêque et son entourage noble à partir de 1527. Ainsi, la ville de Bâle parvint à écarter les prétentions des Habsbourg et s’affranchit en même temps de l’évêque.
Les Habsbourg et leurs souverains ne jouèrent plus aucun rôle politique à Bâle durant ces années et ne s’y rendirent qu’en juin 1919.
Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Le Conseil fédéral
Cet article présente le Conseil fédéral, le gouvernement de la Suisse.
Organisation
Le Conseil fédéral (Bundesrat, Consiglio fédéral, Cussegl federal) est composé de sept membres (conseillers fédéraux), comme le prévoit la Constitution de 1848.
La Chancellerie fédérale (Bundeskanzlei, Cancelleria federale, Chanzlia federala) soutient le Conseil fédéral et est dirigée par le chancelier de la Confédération.
Les conseillers fédéraux et le Chancelier de la Confédération sont élus par l’Assemblée fédérale unie pour un mandat de quatre ans après les élections législatives.
À cet égard, le Conseil fédéral n’est pas fondamentalement différent des autres démocraties.
Le système
Cependant, les apparences sont trompeuses. À de nombreux égards, le Conseil fédéral se distingue des autres systèmes parlementaires ou présidentiels traditionnels.
Tout d’abord, le nombre de conseillers fédéraux est fixé par la Constitution. Ce nombre est resté inchangé depuis 1848. Les sept conseillers fédéraux dirigent chacun un département:
le Département fédéral des affaires étrangères, le Département fédéral de l’intérieur, le Département fédéral de justice et police, le Département fédéral des finances, le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports, le Département fédéral de l’économie, de l’éducation et de la recherche, et le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication.
Un deuxième aspect est que le Conseil fédéral ou les conseillers fédéraux individuels ne peuvent pas être révoqués par le Parlement. D’autre part, le Conseil ne peut pas dissoudre le Parlement. La distinction classique entre le gouvernement et l’opposition n’existe donc pas.
De plus, la démocratie directe permet aux membres des partis au pouvoir de rejoindre l’opposition.
Bien entendu, le principe est que chaque loi, chaque décision doivent être approuvées par les deux chambres du Parlement et, si c’est le cas, par le peuple (démocratie directe).
Compétences
Par ailleurs, les cantons et les communes disposent de compétences étendues, telles que la sécurité sociale, l’éducation, la santé et la fiscalité.
La Constitution stipule expressément que la Confédération s’occupe uniquement des tâches qui ne sont pas attribuées aux cantons et aux communes.
En d’autres termes, les cantons exercent tous les droits qui ne sont pas délégués à la Confédération (art. 3 CF).
En plus, les cantons sont souvent également responsables de l’exécution de la politique fédérale. Avec une population de plus de huit millions d’habitants, l’administration fédérale centrale ne compte qu’environ 38 000 fonctionnaires.
Collégialité
Une autre caractéristique est la collégialité. Le Conseil fédéral parle, en théorie, d’une seule voix. Des différences existent, mais elles ne sont pas exprimées (principe de collégialité).
Les consultations entre les sept membres du Conseil fédéral (et leurs départements) durent jusqu’à ce qu’un accord soit conclu. C’est pourquoi le consensus est une autre caractéristique essentielle.
Egalité
L’absence d’un premier ministre ou d’un chef d’État permanent reflète également l’égalité de tous les membres du Conseil fédéral. Le président de la Confédération est élu chaque année par les deux chambres du Parlement parmi les sept conseillers fédéraux pour un mandat maximum d’un an, primus/prima inter pares.
Composition
La composition du Conseil fédéral est également remarquable et il existe même un record mondial. Les libéraux-radicaux (PLR) ont été membres du Conseil fédéral sans interruption depuis 1848, et jusqu’en 1891, ils étaient même le seul parti.
En raison du système de la majorité absolue dans la circonscription électorale, ce parti a longtemps eu la majorité au Parlement, qui était élu au suffrage universel des hommes.
Il n’y a pas eu d’autres partis modernes avant 1880. Après 1880-1890, le parti démocrate-chrétien (PDC), le parti socialiste (PS) et le parti des paysans, artisans et bourgeois (aujourd’hui l’Union démocratique de centre (UDC) se sont développés.
Cependant, la démocratie directe (l’introduction du référendum facultatif en 1874 et de l’initiative populaire en 1891) a obligé le PLR à déléguer le pouvoir au PDC et à nommer un conseiller fédéral du PDC en 1891.
En 1919, l’initiative populaire a également conduit au système de représentation proportionnelle au Conseil national (pour les hommes). Par la suite, un deuxième conseiller fédéral du PDC (1919), un conseiller fédéral de l’UDC (1929) et deux conseillers fédéraux du PS (1943 et 1951) ont été élus comme membres du Conseil fédéral.
Concordance et la formule magique
Cela a conduit à l’élaboration du système dit de concordance et de la formule magique (Zauberformel). Le gouvernement est constitué de cette répartition des sept membres des quatre plus grands partis. Après 2003, cela a changé : deux sièges pour l’UDC et un siège pour le PDC. Les grandes victoires électorales et les référendums de l’UDC ont été à l’origine de ce changement.
Les nouveaux venus qui connaissent un (grand) succès, comme les partis Verts, n’entrent pas immédiatement au Conseil fédéral. Plusieurs victoires électorales successives sont nécessaires.
D’autres critères sont à prendre en compte dans une Suisse multilingue et multiculturelle sont la langue, le canton et le sexe. Il y a actuellement quatre membres germanophones, deux membres francophones et un membre italophone.
Conclusion
Le système a ses inconvénients et ses lacunes. Néanmoins, il garantit la stabilité, il empêche la montée des partis extrémistes et des hommes ou femmes forts et, surtout, il fournit la base du compromis et du consensus et du dialogue permanent avec la société et ses citoyens.
(Source et plus d’informations: G. Malinverni, M. Hottelier, M. Hertig Randall, A. Flückiger, Droit constitutionnel suisse, Volume I, L’État, Berne 2021; www.admin.ch).
