L’histoire des pays d’Appenzell

Les origines d’Appenzell, avec son beau paysage vallonné et montagneux, sont suisses et les coutumes et traditions y sont toujours soigneusement entretenues.

La superficie des deux demi-cantons est de 420 km2. La partie nord, canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures (AR), est constituée de collines et borde le lac de Constance et la partie sud, canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures (AI), est dominée par les préalpes dont le plus haut sommet, le Säntis, culmine à 2 502 mètres.

Appenzell Rhodes-Extérieures comprend les régions d’Hinterland (arrière-pays) avec le chef-lieu Herisau, du Mitteland (moyen-pays) avec le chef-lieu Teufen et du Vorderland (avant-pays) avec le chef-lieu Heiden. Le chef-lieu d’Appenzell Rhodes-Intérieures est Appenzell.

Dans le canton d’Appenzell, les rhodes furent introduites au XIIIème siècle afin d’encadrer les personnes astreintes au service militaire et au paiement de l’impôts en faveur de l’abbaye de Saint-Gall dont dépendait alors le canton Appenzell : il fut ainsi partagé en rhodes, subdivisions jouant un rôle judiciaire et économique.

Aujourd’hui, le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures est organisé en six districts, créés en 1873 à partir des anciennes rhodes et le canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures compte vingt communes.

C’est en 1597 qu’Appenzell se scinda en deux demi-cantons. Un autre changement intervint à cette époque : une extension de l’élevage du gros bétail – aujourd’hui encore la branche agricole la plus importante – ce qui engendra un recul de l’agriculture mixte.

Au XVIème siècle, le canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures compta environ 10’000 habitants et le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures environ 4 000 habitants. Ces chiffres sont aujourd’hui respectivement de 55 000 et de 16 000 habitants.

Herisau

La période jusqu’en 1513

Appenzell fut habité par des tribus rhétiques jusqu’à l’occupation romaine (15-13 av. J.-C.). Après le départ des Romains en 410, la culture et la langue rhéto-romane se sont développées dans cette région.

A partir des VIIème et VIIIème siècles, nombre d’Alémaniques s’installèrent dans la région et l’alémanique – le haut alémanique – devint la langue principale (voir le site Swiss Spectator du 9 février 2021, La langue alémanique).

Comme nous venons de le voir, la célèbre abbaye de Saint-Gall joua un rôle important dans cette région. Au XIIIème siècle les abbés furent nommés par les souverains carolingiens et leurs successeurs allemands du Saint-Empire romain germanique.

L’abbaye de Saint-Gall fut un monastère impérial – pendant plusieurs siècles l’un des plus importants d’Europe – directement soumis à l’autorité d’un empereur plutôt qu’à celle d’un souverain local.

Ce statut est comparable à l’immédiateté impériale obtenue par les villes de Berne, Lucerne, Lucerne, Zoug, Zurich et les cantons de Schwytz, d’Uri, de Glaris et d’Unterwald divisé en deux demi-cantons : Nidwald et Obwald.

Ce statut mena également Appenzell, soutenue notamment par Schwytz et Glaris, sur le chemin de l’indépendance.

Lorsqu’au début du XVème siècle, les droits du prince-abbé sur Appenzell furent confirmés par le roi Robert 1er du Saint-Empire, la région renforça alors son indépendance en signant en 1411 un traité de combourgeoisie avec l’ensemble des confédérés des cantons de Schwytz, Glaris, Uri, Unterwald, Lucerne, Zoug, Zurich, excepté Berne. Ce traité fut à l’origine d’un processus qui, par certains côtés, a pu apparaître comme un « apprivoisement » des Appenzellois par les confédérés.

Appenzell

Le conflit entre l’abbé de Saint-Gall et la population essentiellement paysanne d’Appenzell engendra les guerres d’Appenzell (Appenzeller Kriege) qui durèrent de 1401 à 1429. En fait, il s’agissait plutôt d’un conflit entre les Habsbourg et l’abbé de Saint-Gall, d’un côté, et la Confédération, de l’autre côté.

Le traité de paix de 1429 renforça l’indépendance d’Appenzell vis-à-vis du monastère de Saint-Gall. Le conflit se termina finalement sur une médiation confédérée qui confirma les droits de l’abbé de Saint-Gall.

Les guerres d’Appenzell contribuèrent à émanciper le pays de la souveraineté du prince-abbé. Et elles permirent aux Appenzellois d’affirmer leur identité politique et institutionnelle tout en les rapprochant de la Confédération suisse.

Appenzell participa ensuite aux guerres qui opposèrent les cantons de la Confédération aux Habsbourg lors de l’Ancienne guerre de Zurich (Alter Zürichkrieg) en 1436, de la Bataille de la Birse (1444), de la conquête de la Thurgovie (1460), de la guerre de Waldshut (1468), des guerres de Bourgogne (1474-1477) et de la guerre de Souabe (1499).

En 1513, Appenzell fut le treizième canton à rejoindre la Confédération des XIII cantons. Depuis lors, le canton d’Appenzell est lié à l’histoire politique de la Confédération suisse : en effet, selon la Constitution fédérale de 1848, les cantons appelés historiquement demi-cantons ne disposent que d’un seul siège au lieu de deux au Conseil des Etats.

Par ailleurs, la Landsgemeinde, institution datant du Moyen Age existe aujourd’hui encore dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures.

Appenzell, St. Mauritius Kirche

La Réforme

Jusqu’à la Réforme protestante, vers 1530, rien ne laissa présager la division d’Appenzell en deux demi-cantons. Au contraire, en 1513 Appenzell fut le treizième canton à rejoindre l’ancienne Confédération suisse.

En 1597 cependant, comme déjà évoqué, intervint la séparation – remarquable exception en Europe – du canton d’Appenzell en deux demi-cantons : Appenzell Rhodes-Intérieures et Appenzell Rhodes-Extérieures. Cette séparation se fit dans le calme et constitua une solution durable.

En cause, la religion. En effet, le canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures est protestant depuis la Réforme, tandis que le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures est resté catholique.

Le fossé entre Appenzellois était devenu si profond que toutes les tentatives de médiation échouèrent et les confédérés n’exclurent plus une scission du canton. La landsgemeinde extraordinaire d’Appenzell Rhodes-Extérieures accepta la division le 2 juin 1597 et l’assemblée de la paroisse d’Appenzell prit une décision semblable le 15 juin.

Six arbitres, tant protestants que catholiques de Zurich, Lucerne, Schwytz, Nidwald, Glaris et Schaffhouse, désignés lors de la Diète fédérale du 29 juin, négocièrent avec les deux parties et aboutirent à l’Acte de séparation du 8 septembre 1597.

En fait, après la Réforme, la Confédération suisse était constituée de cantons protestants et catholiques souverains qui discutèrent et décidèrent des affaires lors de la Diète fédérale (Tagsatzung) sur un pied d’égalité, ce qui fut unique dans une Europe alors déchirée par des guerres de religion.

Conclusion

Le sens de la diplomatie des autorités et des confédérés, la vision d’un avenir commun empreint de paix et de sérénité, le renforcement de la cohésion ainsi que le système politique suisse avec des cantons trouvèrent leur apogée en 1597 alors que le canton d’Appenzell fut divisé en deux demi-cantons, sans remous.

La Confédération ne fut pas épargnée par les luttes religieuses et les guerres civiles, cela même jusqu’en 1847, mais celles-ci furent moins intenses et moins virulentes que les autres guerres qui se déroulèrent en Europe.

Cela peut être attribué à une certaine chance, mais relève surtout de la démocratie directe, ainsi que du compromis et du consensus qui appartiennent à la culture politique de la Confédération.

Pour information : les alliances et les affrontements religieux – parfois compliqués – en Europe ne sont pas tous mentionnés ci-dessus.

Grâce à son concept politique, la Confédération des XIII cantons souverains – protestants et catholiques – a relativement bien traversé la période des guerres de religion des XVIème et XVIIème siècles.

Même suite à la guerre du Sonderbund de 1847, guerre civile suisse à caractère sécessionniste provoquée par des antagonismes religieux et politiques, l’hégémonie des vainqueurs et l’exclusion firent place à la recherche du compromis et à l’intégration des vaincus.

Le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures, canton à fort pourcentage de population catholique, resta officiellement neutre lors de ce conflit.

Les Appenzellois – et la Confédération suisse – ne mériteraient-ils pas rétroactivement le prix Nobel de la paix ?

(Source : A. Weishaupt, Dictionnaire historique de la Suisse, ‘Appenzell ’, https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/007389/2019-10-25).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice. 

Arlesheim et sa cathédrale

La cathédrale d’un village de quelques centaines d’habitants, principalement des agriculteurs et des viticulteurs, est le résultat de querelles politiques et religieuses des XVIème et XVIIème siècles.

Pendant la Réforme, dans les années 1525-1529, l’évêque et ses seigneurs ont été expulsés de Bâle. L’évêque se rendit à Porrentruy. En 1678, le chapitre de la cathédrale d’Arlesheim, après une pérégrination (Freiburg im Breisgau), s’installa à Arlesheim du fait que le village était un endroit particulièrement fertile, sain et joyeux et de plus situé à seulement une heure de Bâle (par diligence).

 

La cathédrale d’Arlesheim de style baroque, la place de la cathédrale avec la fontaine communale et la cure et ses quatre châteaux situés sur la colline de Birseck donnent au village une grandeur impressionnante.

La cathédrale (1678) et les palais dans ce village sont des témoins silencieux de cette histoire.

Reformierte Kirche Arlesheim

Impressions de la cathédrale

Sherlock Holmes à Meiringen

En 1891, le plus célèbre détective privé Sherlock Holmes et son ennemi juré, le professeur James Moriarty tombèrent dans les chutes du Reichenbach, près de Meiringen (canton de Berne) après s’être battus.

Cependant, à la suite des récriminations des lecteurs déçus par la mort du héros, ce dernier sera ressuscité par Arthur Conan Doyle (1859-1930) en 1894.

Le détective a survécu au combat et seul James Moriarty se noya dans les eaux tumultueuses des chutes. Sherlock Holmes, bien vivant, entendit tirer profit de sa « mort » pour étudier, parcourir le monde et réfléchir à son avenir.

Arthur Conan Doyle aimait passer des vacances à Meiringen. Le village – destination touristique – était connu des lecteurs britanniques et constituait, avec ses imposantes chaînes et montagnes et les vertigineuses chutes du Reichenbach, le cadre idéal pour le combat final de Sherlock Holmes et de James Moriarty.

Sherlock Holmes et le Dr John Watson, des gentlemen, logèrent à l’hôtel Englischer Hof (aujourd’hui le Parkhotel du Sauvage), à Meiringen, un hôtel digne de leur rang. Une plaque à l’entrée du bâtiment en atteste. Une église anglaise – l’une des premières de Suisse – fut édifiée en 1867 à Meiringen.

En 1990, l’église anglaise a été reconstruite. Et en 1991, le musée Sherlock Holmes a ouvert ses portes au centre de Meiringen dans l’église anglaise où l’on découvre l’authentique réplique mondiale unique du salon de la maison du 221b Baker Street, à Londres, adresse de l’appartement londonien occupé par Sherlock Holmes – après sa « résurrection » – et le Dr John Watson.

(Source et informations complémentaires : www.sherlockholmes.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice. 

La Suisse plurilingue se délingue

Ce livre est une contribution à un débat public urgent et incontournable en faveur des langues inscrites dans la Constitution. L’auteur ne procède pas seulement à une radiographie minutieuse de la Suisse plurilingue (L’allemand, le français, l’italien et le romanche), il propose aussi un traitement approprié pour résister aux fléaux qui dénaturent le quadrilinguisme helvétique.

Pourtant prédestinée à incarner un plurilinguisme exemplaire et rayonnant de par son appartenance aux trois langues et cultures qui ont fait l’Europe unie, la Suisse peine à imposer la primauté de l’apprentissage des langues nationales.

Une nouvelle loi sur les langues et la compréhension entre les communautés linguistiques est entrée en vigueur le 1er janvier 2010. Mais, lacunaire et peu contraignante, elle ne redonne hélas pas aux langues nationales leurs lettres de noblesse.

Au festin des communautés linguistiques suisses, l’allemand provoque l’aversion des Alémaniques, le swiss-english relègue le français en bout de table, l’italien est ignoré des germanophones et des francophones et le romanche doit se satisfaire de miettes pour survivre.

Ainsi, ce livre s’adresse à toute personne qui refuse la standardisation linguistique.

José Ribeaud, La Suisse plurilingue se délingue, Neuchâtel, 2010.

Suisse romane

En Suisse, l’art roman est tributaire d’apports externes, venus de Lombardie, d’Allemagne rhénane, de Bourgogne, mais encore d’Auvergne, voire de Provence. Et pourtant certains caractères indiquent que les formes n’ont pas été véritablement importées, mais reçues, repensées, assimilées.

Force et parfois rudesse marquent de leur empreinte des monuments qui s’inscrivent le plus souvent au sein d’un merveilleux paysage. Ainsi, une fois de plus, l’art roman montre à quel point il sait user des voix les plus diverses, des langues les plus variées pour unir les hommes entre eux, et comment, il parvient, apparemment sans peine, à leur apprendre d’un seul coeur à chanter Dieu.

Hans-Rudolf Meier, Suisse romane, Würzburg 1998.

26 aquarelles retracent l’histoire suisse

Le livre montre les 26 cantons et leurs capitales, leurs histoires, les femmes et les hommes qui ont façonné ce pays aux multiples facettes, les chiffres clés et tout cela agrémenté d’aquarelles et de textes représentant la diversité des paysages de la Suisse.

Le pays qui compte quatre langues, mais plus de 500 variétes de fromages, plus de  et qui a constituté déjà en 1848 une véritable Confédéraion d’États indépendants, mais soudés. La tradition démocratique est âgée et est une force de la  participation politique du peuple. Les 26 aquerelles et les 26 textes retracent l’histoire de chaque canton.

Daniel Lanoux, Anselm Zurfluh, J’aime la Suisse, Crissier, 2015

La Confédération suisse et la République des Sept Provinces Unies

Le livre A. Holenstein, Th. Maissen, M. Prak (réd.) The Republican Alternative. The Netherlands and Switzerland compared (Amsterdam 2008) est le résultat du workshop du 7 au 9 mai 2004, organisé par l’Université de Berne.

Ces républiques au début de l’Europe moderne (1500-1795) étaient composées de (treize) cantons indépendants de la Confédération ou de la République des Sept Provinces Unies.

Le livre compare les similitudes et les différences religieuses, militaires et économiques ainsi que les liens personnels et les relations (scientifiques) entre ces deux républiques.

Les guerres napoléoniennes et le Congrès de Vienne (1814-15) ont modifié les constitutions des deux pays : la monarchie et l’État unitaire aux Pays-Bas et la Confédération et ses cantons indépendants en Suisse, au moins jusqu’en 1848. Cependant, la comparaison fournit des résultats intéressants et inattendus ainsi que des faits nouveaux.

Jan Haeckert (1628-1690), vers 1670. Collection: Rijksmuseum Amsterdam.

On peut en dire autant des échanges entre artistes néerlandais et suisses entre le XVe et le XXe siècle. Il n’y a pas de montagnes aux Pays-Bas.

Cependant, depuis le XVIe siècle, les peintres néerlandais ont représenté de nombreuses montagnes, chutes d’eau, grottes et autres paysages alpins dans l’environnement néerlandais, bien que de nombreux peintres n’aient jamais visité un pays alpin.

Ils ont peint ces paysages avant même les peintres suisses. Les peintres hollandais sont ainsi devenus une source d’inspiration pour leurs collègues suisses et plus tard vice versa.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la Suisse est devenue une destination populaire pour les peintres néerlandais. Ils ont créé une nouvelle image (fantaisiste) de l’art alpin.

Les artistes suisses ont également visité les Pays-Bas (protestants) et se sont inspirés par les maîtres néerlandais et de leurs motifs. L’échange a été particulièrement fort au XIXe siècle.

L’édition Kunst + Architecture en Suisse (Nr. 3, 2020) de la Société d’histoire de l’art en Suisse a récemment publié un dossier intéressant sur ce sujet sous le titre Suisse-Pays-Bas. Échanges artistiques.

Les conclusions du livre de 2008 sur les relations étroites entre les deux pays dans les domaines religieux, militaires, économiques, scientifiques et personnels s’inscrivent parfaitement dans l’exploration des échanges artistiques intensifs entre les deux pays depuis le XVe siècle.