La Suisse plurilingue se délingue

Ce livre est une contribution à un débat public urgent et incontournable en faveur des langues inscrites dans la Constitution. L’auteur ne procède pas seulement à une radiographie minutieuse de la Suisse plurilingue (L’allemand, le français, l’italien et le romanche), il propose aussi un traitement approprié pour résister aux fléaux qui dénaturent le quadrilinguisme helvétique.

Pourtant prédestinée à incarner un plurilinguisme exemplaire et rayonnant de par son appartenance aux trois langues et cultures qui ont fait l’Europe unie, la Suisse peine à imposer la primauté de l’apprentissage des langues nationales.

Une nouvelle loi sur les langues et la compréhension entre les communautés linguistiques est entrée en vigueur le 1er janvier 2010. Mais, lacunaire et peu contraignante, elle ne redonne hélas pas aux langues nationales leurs lettres de noblesse.

Au festin des communautés linguistiques suisses, l’allemand provoque l’aversion des Alémaniques, le swiss-english relègue le français en bout de table, l’italien est ignoré des germanophones et des francophones et le romanche doit se satisfaire de miettes pour survivre.

Ainsi, ce livre s’adresse à toute personne qui refuse la standardisation linguistique.

José Ribeaud, La Suisse plurilingue se délingue, Neuchâtel, 2010.

Suisse romane

En Suisse, l’art roman est tributaire d’apports externes, venus de Lombardie, d’Allemagne rhénane, de Bourgogne, mais encore d’Auvergne, voire de Provence. Et pourtant certains caractères indiquent que les formes n’ont pas été véritablement importées, mais reçues, repensées, assimilées.

Force et parfois rudesse marquent de leur empreinte des monuments qui s’inscrivent le plus souvent au sein d’un merveilleux paysage. Ainsi, une fois de plus, l’art roman montre à quel point il sait user des voix les plus diverses, des langues les plus variées pour unir les hommes entre eux, et comment, il parvient, apparemment sans peine, à leur apprendre d’un seul coeur à chanter Dieu.

Hans-Rudolf Meier, Suisse romane, Würzburg 1998.

26 aquarelles retracent l’histoire suisse

Le livre montre les 26 cantons et leurs capitales, leurs histoires, les femmes et les hommes qui ont façonné ce pays aux multiples facettes, les chiffres clés et tout cela agrémenté d’aquarelles et de textes représentant la diversité des paysages de la Suisse.

Le pays qui compte quatre langues, mais plus de 500 variétes de fromages, plus de  et qui a constituté déjà en 1848 une véritable Confédéraion d’États indépendants, mais soudés. La tradition démocratique est âgée et est une force de la  participation politique du peuple. Les 26 aquerelles et les 26 textes retracent l’histoire de chaque canton.

Daniel Lanoux, Anselm Zurfluh, J’aime la Suisse, Crissier, 2015

La Confédération suisse et la République des Sept Provinces Unies

Le livre A. Holenstein, Th. Maissen, M. Prak (réd.) The Republican Alternative. The Netherlands and Switzerland compared (Amsterdam 2008) est le résultat du workshop du 7 au 9 mai 2004, organisé par l’Université de Berne.

Ces républiques au début de l’Europe moderne (1500-1795) étaient composées de (treize) cantons indépendants de la Confédération ou de la République des Sept Provinces Unies.

Le livre compare les similitudes et les différences religieuses, militaires et économiques ainsi que les liens personnels et les relations (scientifiques) entre ces deux républiques.

Les guerres napoléoniennes et le Congrès de Vienne (1814-15) ont modifié les constitutions des deux pays : la monarchie et l’État unitaire aux Pays-Bas et la Confédération et ses cantons indépendants en Suisse, au moins jusqu’en 1848. Cependant, la comparaison fournit des résultats intéressants et inattendus ainsi que des faits nouveaux.

Jan Haeckert (1628-1690), vers 1670. Collection: Rijksmuseum Amsterdam.

On peut en dire autant des échanges entre artistes néerlandais et suisses entre le XVe et le XXe siècle. Il n’y a pas de montagnes aux Pays-Bas.

Cependant, depuis le XVIe siècle, les peintres néerlandais ont représenté de nombreuses montagnes, chutes d’eau, grottes et autres paysages alpins dans l’environnement néerlandais, bien que de nombreux peintres n’aient jamais visité un pays alpin.

Ils ont peint ces paysages avant même les peintres suisses. Les peintres hollandais sont ainsi devenus une source d’inspiration pour leurs collègues suisses et plus tard vice versa.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la Suisse est devenue une destination populaire pour les peintres néerlandais. Ils ont créé une nouvelle image (fantaisiste) de l’art alpin.

Les artistes suisses ont également visité les Pays-Bas (protestants) et se sont inspirés par les maîtres néerlandais et de leurs motifs. L’échange a été particulièrement fort au XIXe siècle.

L’édition Kunst + Architecture en Suisse (Nr. 3, 2020) de la Société d’histoire de l’art en Suisse a récemment publié un dossier intéressant sur ce sujet sous le titre Suisse-Pays-Bas. Échanges artistiques.

Les conclusions du livre de 2008 sur les relations étroites entre les deux pays dans les domaines religieux, militaires, économiques, scientifiques et personnels s’inscrivent parfaitement dans l’exploration des échanges artistiques intensifs entre les deux pays depuis le XVe siècle.

La dernière principauté de Suisse

Le 19 mai 1815, le canton de Neuchâtel entra dans la Confédération suisse, avec pleine égalité des droits, en tant que 21ème canton, alors que le roi prussien Frédéric-Guillaume III était toujours le prince souverain de Neuchâtel.

Cette histoire remonte à 1706, lorsque Marie de Nemours, de la famille française d’Orléans-Longueville, princesse souveraine de Neuchâtel et Valangin, mourut sans héritier légitime.

Cette famille a dirigé l’ancien comté indépendant de Neuchâtel entre 1504 et 1707. A la mort de la dernière héritière, le tribunal des Trois-Etats ouvrit un procès pour le choix du nouveau souverain.

Au terme de cette procédure, il fut décidé que Frédéric Ier, roi de Prusse et représentant de la maison de Hohenzollern, deviendrait à titre personnel prince de Neuchâtel.

Il est certain que la crainte de l’expansionnisme français, la confession protestante du souverain ainsi que ses promesses ont motivé ce choix.  Neuchâtel était protestante depuis 1530, les bourgeois s’étant ralliés à la Réforme et Berlin, où résidait le roi de Prusse, était beaucoup plus éloigné que Paris.

Plusieurs édifices rappellent la période prussienne. En 1806, trahissant sa promesse de ne jamais l’aliéner, le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, céda Neuchâtel à Napoléon Bonaparte en échange du Hanovre.

Napoléon signa un décret attribuant au maréchal Louis-Alexandre Berthier (1753-1815), major-général de la Grande Armée, le titre de prince de Neuchâtel et Valangin. La décision de l’Empereur fit du maréchal Berthier l’un des rares dignitaires de l’Empire à bénéficier de la souveraineté d’un Etat.

Il n’en profitera pas longtemps, car après la défaite de Napoléon en 1814, le roi de Prusse récupéra Neuchâtel.

Le canton de Neuchâtel et en particulier les villes industrielles de La Chaux-de-Fonds et du Locle étaient alors des fleurons de l’industrie horlogère.

Un premier acte de rébellion contre l’autorité prussienne intervint en 1831, mais ce ne fut qu’avec la révolution du 1er mars 1848 que le canton s’intégra pleinement à la Suisse et rompit les liens avec la monarchie prussienne.

Ce fut l’indépendance neuchâteloise et la proclamation de la République et Canton de Neuchâtel. Affairé à étouffer les mouvements révolutionnaires dans son propre pays le roi de Prusse, toutefois agacé par la tournure que prenaient ces événements, n’était pas en mesure de riposter.

Le roi de Prusse reçut le soutien du patriarcat de Neuchâtel – qui tira avantage de la carrière militaire du roi et de ses relations économiques prussienne – et de la vallée de la Sagne, située dans les montagnes neuchâteloises, région qui lui demeura fidèle.

En 1856, la Confédération faillit entrer en guerre avec la Prusse. A l’origine du conflit : le canton de Neuchâtel, rattaché à la Suisse tout en appartenant au roi de Prusse.

Après un coup d’Etat raté de la part des monarchistes, le roi réagit et menaça d’envahir la Suisse pour défendre ses droits ce qui entraîna la mobilisation générale de l’armée suisse.

En 1857, le conflit fut résolu et après de longues négociations, le roi de Prusse accepta de renoncer à ses droits. En guise de compromis, le roi de Prusse conserva le titre de Prince de Neuchâtel et comte de Valangin jusqu’à sa mort en 1881. Ce fut la fin de la dernière principauté de Suisse.

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice. 

Virtual Reality Glacier Experience

Virtual Reality Glacier Experience est une exposition organisée à Diavolezza, Pontresina (dans le canton des Grisons). Son but est de présenter le thème de la fonte des glaciers et des changements climatiques.

Des lunettes de réalité virtuelle permettent de voyager dans le temps, de 1875 jusqu’en 2100, et montrent comment le glacier de Morteratsch a évolué au fil des ans. Des panneaux d’information et sept stations virtuelles révèlent les scénarios possibles pour l’avenir.

De par sa superficie, le glacier de Morteratsch est le plus grand glacier du massif de la Bernina des Alpes grisonnes et est niché dans un imposant univers de montagne. Il y a 120 ans, le glacier de Morteratsch s’étendait de 2 kilomètres de plus vers la vallée.

Il n’a plus aujourd’hui que 6,4 kilomètres de long. Il a fondu à une vitesse d’environ 40 mètres par années. Il laisse entrevoir les effets du réchauffement climatique. De hautes moraines caractérisent le paysage et nous montrent où se trouvait le glacier en 1850.

Mais une innovation donne de l’espoir : il s’agit du projet « MortAlive » (www.mortalive.ch) dont l’objectif et d’empêcher la fonte des glaciers.  L’idée est simple : garder l’eau de fonte au sommet pour produire en hiver, sans électricité, de la neige qui protégera la glace en été.

Lors de températures négatives, des conduites d’eau suspendues saupoudreraient le glacier de neige. L’été, elle refléterait dès lors intensément la lumière du soleil et le glacier fondrait moins.

(Source et plus d’informations : www.glacierexperience.com).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice. 

Chenevez et la Haute-Ajoie

C’est le 1er janvier 2009 que la nouvelle commune Haute-Ajoie est née. Elle est le résultat de la fusion de quatre communes qui sont Chevenez, Damvant, Réclère, Roche d’Or. Dès le 1er janvier 2018, le village de Rocourt est venue rejoindre la nouvelle commune de Haute-Ajoie.

La Première mention historique de Chevenez Keffenach en allemand) apparaît en 814, sous le nom  de Chaviniacus. Les terres appartenaient au domaine du cloître de Saint-Ursanne.

Le village a été attribué à l’évêché de Bâle en 1474. De 1793 (invasion française) à 1813 il a appartenue à la France dans la République Rauracienne (1793), le département Mont-Terrible (1793-1800), le département Haut-Rhin (1800-1813), puis au canton de Berne (1815-1978) et, finalement (?) au canton du Jura (1979).

(Source: www.hauteajoie.ch)

La France, la Suisse et la paix perpétuelle de 1516

Les relations entre la France et la Suisse présentent de nombreuses facettes. On estime qu’aujourd’hui plus de 200 000 Français résident en Suisse auxquels s’ajoutent près de 175 000 frontaliers qui y travaillant durant la semaine. Et la plupart des Suisses de l’étranger vivent en France.

La France est le quatrième pays importateur de la Suisse, tandis que la Suisse se classe parmi les dix premiers pays partenaires économiques de la France.

En outre, il existe de nombreux contacts culturels, scientifiques, sociaux et politiques entre la France et la Suisse. Et 1,5 millions de Suisses romands parlent français.

L’histoire fournit aussi des indices sur la relation entre la France et la Suisse avec ses hauts et ses bas. Officiellement, les deux pays entretiennent d’excellentes relations d’amitié. Mais dans les faits les relations restent chargées de ressentiments et d’incompréhension.

XVème siècle

Au XVème siècle, la Suisse n’existait pas encore comme unité politique et le royaume français, beaucoup plus petit à l’époque, était affaibli militairement, culturellement et politiquement par les ducs de Bourgogne et les Habsbourg et (leur) Saint-Empire romain de la nation germanique.

L’Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté et la Savoie ne faisaient pas (encore) partie du royaume de France. La Réforme (1517) n’avait pas encore divisé la Suisse et la France.

Pendant la guerre franco-anglaise de Cent Ans (1337-1453), éclata l’Ancienne guerre de Zurich, qui opposa le canton de Zurich, soutenu par les Habsbourg, aux sept autres cantons suisses : Uri, Schwytz, Nidwald, Obwald, Glaris, Zoug et Berne entre 1440 et 1446. Le canton de Zurich réclamait le territoire du Toggenburg qui s’étendait à l’est de Zurich, de la Thurgovie à Glaris.

Dans le cadre de l’Ancienne guerre de Zurich eut lieu en juillet 1443 la bataille de Saint-Jacques sur la Sihl près de Zurich entre les Confédérés et les Zurichois. Les troupes zurichoises furent vaincues. Un armistice intervint et dura d’août 1443 à avril 1444.

Puis, Frédéric III demanda à Charles VII d’attaquer les Confédérés anti-zurichois, ce qui engendra la bataille de la Birse, autre épisode de l’Ancienne guerre de Zurich, qui opposa les Suisses aux Français en août 1444. Ainsi, le roi de France envoya ses Écorcheurs en Suisse.  Les Suisses gagnèrent la bataille et le Dauphin décida de se retirer de Suisse

Le roi de France, impressionné par la force et la mentalité des soldats suisses décida de signer un traité de paix entre la Confédération des VIII Cantons et la France après cette bataille, nommé la paix d’Ensisheim (octobre 1444).

Un million de soldats suisses

Ce fut le début d’une relation amicale de près de 350 ans, jusqu’à l’invasion de Napoléon en 1798. D’ailleurs, près d’un million de soldats suisses – appelés des mercenaires – servirent dans l’armée française. Et ce fut le « premier produit » exporté par la Confédération pendant plusieurs siècles.

La paix perpétuelle

En 1453, entre le roi de France Charles VII (1403-1461) et les Suysses fut établi le premier traité de paix perpétuelle non plus avec chaque canton en particulier, mais avec la Confédération des VIII Cantons.

Ce traité sera respecté avec une grande régularité jusqu’en 1798.

Ainsi, l’intérêt de la France résida dans le fait de pouvoir recruter des mercenaires suisses, très appréciés à l’époque et d’avoir un voisin neutre. Et l’avantage pour la Confédération suisse était de pouvoir offrir aux commerçants suisses l’accès au marché français et de leur permettre de bénéficier d’une position privilégiée par rapport aux commerçants étrangers.

Cette alliance devint une bénédiction pour la France lorsque la Confédération suisse vainquit le puissant duc de Bourgogne en 1476 durant les batailles de Grandson et de Morat, communes qui devinrent bailliage commun de Berne et Fribourg.

Lors de la bataille de Nancy (1477), Charles le Téméraire fut tué, ce qui étouffa les ambitions du duc de Bourgogne. Maximilien de Habsbourg (1459-1519) profita, de son côté, de son mariage avec Marie de Bourgogne (1457-1482), fille de Charles le Téméraire et héritière des riches domaines bourguignons.

Ce n’est qu’au début du XVIe siècle que la paix perpétuelle a été mise à l’épreuve lorsque plusieurs cantons voulurent contrôler la vallée du Pô dans le nord de l’Italie et le duché de Milan.

La bataille de Marignan

La situation internationale compliquée entre le Pape, les Habsbourg et la France conduira à des défaites contre le roi de France en septembre et octobre 1515.

A l’issue de la bataille de Marignan le roi de France reconnut l’importance d’une bonne relation avec la Confédération suisse et un autre traité de paix perpétuelle fut signé le 29 novembre 1516 à Fribourg.

Les véritables débuts d’une alliance franco-suisse seront formalisés dans le traité de Lucerne, conclu le 5 mai 1521.

Cette bataille révéla la division des cantons suisses. Préalablement, la Confédération suisse avait vécu un succès militaire lors de la guerre de Souabe (Schwabenkrieg) contre les Habsbourg en 1499.

Du fait de sa rivalité avec les Habsbourg, la France avait tout intérêt à ce que la Confédération suisse soit neutre et stable, surtout qu’elle lui fournissait des mercenaires, d’ailleurs source importante de revenus pour les cantons suisses et leurs élites. Et les Bernois ne furent pas contrariés par la France lorsqu’ils entrèrent dans le Pays de Vaud en 1536 au détriment du duché de Savoie.

1798-1815

La Réforme compliqua la situation, mais d’une manière générale la paix perpétuelle et les bonnes relations entre la Suisse et la France durèrent jusqu’en 1798.

De nombreux habitants des cantons suisses et surtout des territoires concernés (Argovie, Grisons, St-Gall, Tessin et Thurgovie) eurent donc de la sympathie pour les « armées de libération » françaises, malgré le massacre du 10 août 1792 des gardes suisses aux Tuileries, à Paris alors qu’ils défendaient Louis XVI. (Le monument du Lion (Löwendenkmal) à Lucerne a été érigé en hommage aux gardes suisses disparus).

En effet, sous la direction française (Napoléon Bonaparte) avait pris fin la souveraineté des cantons (République helvétique 1798-1803) et suite à un acte de médiation ce fut le début de la Confédération des XIX Cantons (1803-1813), qui a finalement conduit à la création d’un Etat fédéral suisse en 1848.

La France joua également un rôle important pour la Confédération suisse qui acquit une reconnaissance internationale définitive en 1648 dans le cadre de la paix de Westphalie et le 9 février 1801 la France napoléonienne signa avec l’Autriche à Lunéville le traité qui allait définitivement séparer l’Helvétie et la maison de Habsbourg. En 1802 eut lieu l’intégration au canton d’Argovie du Fricktal territoire autrichien cédé à la France par le traité de Lunéville en 1801.

Seule la commune de Rhäzüns (canton des Grisons) resta officiellement propriété des Habsbourg jusqu’en 1819.

La période française 1798-1813, suivie du Congrès de Vienne (1814-1815) et des traités de paix ultérieurs ont jeté les bases de la neutralité suisse et de la Suisse d’aujourd’hui.

(Source: G. Miège, A.-J. Tornare, Suisse et France. Cinq cents ans de Paix Perpétuelle 1516-2016, Freiburg 2016).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice. 

Le canton de Nidwald

Les noms d’Unterwald, d’Obwald et de Nidwald apparurent dans des documents dès le XIIIème siècle.

Nidwald

Unterwalden signifie « inter silvas » en latin (entre la forêt). Obwald (au-dessus de la forêt) et Nidwald (au-dessous de la forêt) sont groupés sous le nom d’Unterwald.

La dénomination de Nidwald, usuelle depuis longtemps, fut officialisée par la Constitution fédérale de 1999, appelé jusqu’en 1798 Unterwalden nid dem Wald

1291-1815

En 1309, l’empereur Henri VII de Luxembourg (1273-1313) accorda l’immédiateté impériale, non reconnue par les Habsbourg, aux Waldstätten : Uri, Schwytz et Unterwald (Nidwald et Obwald).

Ces trois cantons agricoles reçurent le même privilège que certaines villes ce qui, à l’époque, fut inhabituel et montra qu’ils disposèrent déjà d’un haut degré d’indépendance et de ressources financières.

Après le départ des Habsbourg au XIVème siècle, le canton de Nidwald se développa en tant qu’Etat autonome et le nom d’Unterwald perdit de son importance.

Le canton d’Unterwald (Nidwald et Obwald) fut mentionné dans le Pacte de Brunnen de 1315 signé juste après la bataille de Morgarten.

Les cantons de Nidwald et d’Obwald durent accepter le partage d’une seule voix à la Diète fédérale (Tagsatzung) jusqu’au terme de la Confédération des XIII cantons et au début de la République helvétique en 1798. C’est seulement depuis là que chaque canton reçut une voix entière à la Diète fédérale.

C’est seulement depuis là que chaque partie reçu une voix entière à la Diète fédérale.

Les deux cantons connurent le même contexte historique : la préhistoire, les Celtes, les Romains, la culture gallo-romaine, les Alamans. Vers 900 après J.-C. la langue et la culture alémaniques avaient remplacé la culture gallo-romaine.

Le canton de Nidwald, dont le chef-lieu est Stans, suivit le développement politique, économique et culturel du canton d’Obwald.

Le monastère de Murbach (Alsace), le monastère d’Engelberg (canton d’Obwald) et, jusqu’en 1173, les comtes de Lenzbourg (canton d’Argovie) furent parmi les puissants de l’époque.

Au XIIIème siècle, la maison des Habsbourg avait intensifié son importante domination.

L’élevage et le commerce furent les principales activités économiques. Des bovins et des produits d’élevage étaient exportés en Italie et des produits agricoles étaient importés de la région du lac de Constance et d’Italie.

La Landsgemeinde fut introduite dans le canton d’Obwald au XIIIème siècle. Elle fut abandonnée en 1998.

Nidwald conquit, avec les cantons d’Uri, d’Obwald et de Schwytz, des territoires italiens situés de l’autre côté du col du Saint-Gothard, conquêtes qui s’inscrivirent dans le cadre de l’expansion des Confédérés (1403-1515) et de l’administration conjointe des territoires sujets (1515-1798).

La défaite des Confédérés lors de la bataille de Marignan (1515) marqua la fin de la politique d’expansion.

Le canton de Nidwald opposa également une forte résistance à la République helvétique (1798-1803). En effet, il fut décrété que chaque citoyen devait prêter à la République helvétique le serment prévu dans la Constitution, décision qui provoqua une insurrection à Nidwald et à Schwytz.

En 1815, seul Nidwald était encore opposé au Pacte fédéral de 1815. Une occupation fédérale força alors son ralliement à ce pacte : les troupes de la Confédération occupèrent Nidwald et le territoire du monastère d’Engelberg fut cédé à Obwald à titre de sanction.

1815-1848

Le canton de Nidwald fut un bastion catholique de la Contre-Réforme. Il fut membre de la ligue de Sarnen (Sarnerbund) (1832), formée par les cantons catholiques conservateurs, de la ligue du Sonderbund (1845) et finalement, lors de la guerre du Sonderbund (1847), il fut du côté des perdants, les séparatistes catholiques ayant dû s’incliner face à la majorité réformée libérale. Le canton accepta la Constitution fédérale de 1848.

Le drapeau du canton de Nidwald

Les éléments qui composent le drapeau du canton de Nidwald sont la clef blanche d’Obwald sur un fond coupé de rouge et de blanc et la clé blanche de Nidwald sur un fond rouge.

La clef double, aurait été inventée par Arnold am Stein, un citoyen qui s’était engagé pour l’égalité de traitement entre les Nidwaldiens et les Obwaldiens.

En 1505, le pape – belliqueux – Jules II demanda aux Confédérés de mettre à sa disposition deux-cents fantassins pour protéger le Palais apostolique et, également, sa propre personne.

En 1510 le pape Jules II, par l’intermédiaire de l’évêque de Sion, convainquit les Suisses de rallier sa cause contre une forte solde et des pensions annuelles alors que les territoires du Milanais, en mains du roi de France, continuèrent à susciter des convoitises.

En 1512 Jules II fit de la clé double un symbole quasi officiel en offrant aux Nidwaldiens un drapeau rouge à la clé double blanche, la clé étant le symbole de saint Pierre – saint patron de Stans – et comportant le motif de la Passion dans le quart supérieur gauche du drapeau.

En 1515 ce fut la bataille de Marignan – l’un des épisodes des guerres d’Italie afin de contrôler le duché de Milan – durant laquelle les Suisses furent vaincus : des milliers de Confédérés et des citoyens de Nidwald eurent alors besoin de cette clé de Saint Pierre.

(Source : B. Meier, Von Morgarten bis Marignano, Baden 2015 ; www.nidwalden.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.