Champion ou Gampelen et le Grand-Marais

Champion (canton de Berne, Gampelen en allemand) était une agglomération d’une importance certaine à l’époque romaine (13 av. J.-C. – 410 apr. J.-C.) en raison de sa situation stratégique sur la route reliant Aventicum (l’actuelle Avenches) à Petinesca (l’actuelle Studen). Une chaussée passait déjà par ce village et menait au pont de la Thielle. Son nom de l’époque n’est toutefois pas connu.

En l’espace de quelques générations, les habitants celtes ont été romanisés et sont devenus des Gallo-Romains. Après le départ des Romains au Vème siècle, des Alamans germanophones ont immigré dans la région.

Entre 500 et 700, la population s’est convertie au christianisme. Le village a fait partie du royaume franc (du VIIème au IXème siècle), du royaume bourguignon (888-1032) et ensuite du Saint-Empire romain germanique et de ses souverains locaux.

Dans un document datant de 1179, le village est mentionné sous le nom de Champion (petit champ). La domination ultérieure du comté francophone de Neuchâtel et du duché francophone de Savoie a confirmé ce nom ou l’appellation Gamplon en 1377. La Berne germanophone a toutefois acquis Erlach et Champion en 1475 et a introduit le nom allemand.

Jusqu’aux travaux de correction des eaux du Jura au XIXème siècle, le village se trouvait dans une plaine marécageuse fréquemment inondée. La maîtrise des eaux a fait de la “région des trois lacs” ou Seeland  la principale zone agricole de Suisse.

La construction du canal de la Thielle, du canal de la Broye et du canal de Hagneck a également eu un effet positif sur le développement économique.

Aujourd’hui, Gampelen est un village authentique niché entre les lacs de Bienne et de Neuchâtel. Il se situe à proximité du réseau de navigation qui relie Soleure à Morat en traversant le Seeland, une voie navigable des plus pittoresques sur les trois lacs (Bienne, Neuchâtel et Morat).

(Source et plus d’informations: Commune de Gampelen)

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

Une nouvelle famille ou onze adorables chiots Saint-Bernard

Haïka et Zeus, tous deux de l’élevage du Grand St. Bernard, sont devenus parents de onze adorables chiots en mars dernier à la Fondation Barry à Martigny (canton du Valais).

La belle Haïka est elle-même déjà née à la fondation et c’est la digne fille de V’Barry du Grand St. Bernard, sacré champion du monde en 2023.

Avec son caractère joyeux et sympathique, Haïka fait preuve d’excellents traits de personnalité qu’elle aura transmis, espérons-le, à ses bébés.

Manuel Gaillard, responsable d’élevage à la Fondation Barry, a assisté à cette naissance qui ne s’est pas déroulée comme prévu et il se souvient : « Quatre chiots sont nés naturellement, puis il a vite fallu pratiquer une césarienne pour les autres, ce qui en soi n’est pas inhabituel au sein d’un élevage ».

Les premiers jours des chiots sont cruciaux pour leur survie et leur bien-être futur. Toute l’équipe des gardiennes et gardiens de la fondation est mobilisée pour les soins ininterrompus aux nouveaux-nés afin de soulager la maman.

Les quatre mâles et sept femelles auront un pédigrée et recevront des noms commençant par la lettre « T ». Par un heureux hasard de calendrier, il y a exactement sept ans, également un 25 mars, Zaskia du Grand St. Bernard mettait au monde elle aussi une portée « T » au chenil.

Photo: Fondation Barry

La fondation s’engage pour la préservation et la promotion de l’élevage de cette race depuis 2005. La santé, le caractère et la forme physique des chiens sont au cœur de sa stratégie d’élevage, lequel accueille ainsi sa deuxième portée cette année.

L’une des exigences de qualité de notre élevage est de soutenir chaque chiot dans le développement de son comportement social afin qu’il puisse s’épanouir et devenir un chien sociable qui sait rester calme dans différentes situations.

Les premiers apprentissages se font dès la naissance : chaque chiot est pesé quotidiennement afin de surveiller sa croissance. Les petits sont ainsi habitués à être caressés, portés et manipulés.

Ils sont également, progressivement et en accord avec la formation de leur ouïe, familiarisés avec différentes voix et bruits du quotidien. On leur apprend aussi petit à petit où faire leurs besoins, afin qu’ils soient pratiquement propres lorsqu’ils quittent la fondation à l’âge de dix semaines.

Dès l’âge de six semaines et selon leur évolution, les chiots pourront être admirés à Barryland. En attendant le 6 mai, la portée peut être observée au chenil par une webcam qui diffuse en direct leurs premiers pas sur notre site internet.

(Plus d’informations : www.fondation-barry.ch)

Andrea Zollinger

Chargée de Communication institutionnelle
Projektleiterin Kommunikation

L’abbaye et l’église de Lutry

Les moines de l’abbaye bénédictine de Savigny-en-Lyonnais (fondée en 819 et relevant de l’archidiocèse de Lyon en France) ont construit l’église abbatiale romane de Saint-Martin à Lutry (canton de Vaud) en 1025.

Le monastère de Saint-Martin est devenu l’une des plus importantes abbayes du canton de Vaud. La ville de Lutry doit son existence et son importance à cette abbaye.

L’église a été détruite par un incendie en 1344. Elle a été reconstruite dans le style gothique.
La Berne protestante ayant conquis Vaud et Lutry en 1536, l’église devient protestante et est rebaptisée Le Temple.

La façade occidentale a été reconstruite dans le style Renaissance vers 1570. Au plafond, les fresques Renaissance de Humbert Mareschet (1520-1593) ont été réalisées en 1577, un demi-siècle après la Réforme. Il s’agit de motifs catholiques.

Cet artiste venait de Lyon, ville catholique, et le style frivole de la Renaissance était probablement une protestation contre les occupants protestants de Berne.

Impressions de Lutry

La Surselva et la géologie des Alpes

Au cours de l’histoire de la Terre, vieille de plus de quatre milliards d’années, les collisions et la dérive des plaques continentales ont constamment remodelé la croûte terrestre.

Des montagnes se sont formées, puis érodées et elles ont en grande partie disparu, y compris sur le continent eurasien. Autrefois, le continent comportait par exemple des montagnes plus hautes que les Alpes actuelles et même des océans. Ils ont été rayés de la surface de la Terre en plusieurs millions d’années.

Lorsque la plaque africaine est entrée en collision avec la plaque eurasienne, il y a environ 35 à 20 millions d’années, les Alpes actuelles sont apparues. La plaque africaine, ainsi que le fond de la mer primitive Téthys, qui se trouvait entre les deux plaques continentales, a été poussée au-dessus de la plaque eurasienne au cours d’un processus qui a duré des millions d’années.

La nature a tout le temps du monde et laisse toujours des traces. Les chercheurs sont de mieux en mieux à même d’étudier cette histoire géologique fascinante.

La grande diversité des roches et des pierres, leurs formes et leurs structures , tout comme les fossiles des animaux et des plantes marines, permettent de se rendre compte du temps inimaginable (pour l’humanité) qu’il a fallu pour que la Terre devienne ce qu’elle est aujourd’hui.

Ce processus a également laissé des traces uniques dans la Surselva (canton des Grisons). De nombreux types de roches se côtoient et se superposent. L’un des nombreux trésors cachés de la Surselva est cette diversité de roches et de pierres qui se sont formées au cours de plusieurs millions d’années.

L’exposition « Schichtwechsel – La Surselva » à Ilanz est une exposition en plein air et elle place les nombreuses roches dans un contexte géologique. Elle offre un aperçu de l’histoire géologique de la région.

L’exposition de quelque 200 pierres et roches, dont certaines pèsent plusieurs tonnes, est une installation de pierres individuelles ou de groupes de pierres à différents endroits. Chaque élément représente une espèce particulière et une période de l’évolution.

Le Musée Regiunal Surselva à Ilanz se consacre aux différents aspects de la géologie et des particularités tectoniques de la Surselva.

Révision: Andrea Zollinger, rédactrice

La tulipe et le tourisme à rythme lent à Morges

En 2016, Morges entamait un processus ambitieux : devenir la première destination touristique «slow» de Suisse. Le tourisme à rythme lent est un mouvement à l’éloge de la lenteur contre le stress de la vie quotidienne et une manière de voyager tranquillement pour aller à la rencontre des populations locales, tout en adoptant un comportement écoresponsable.

Il requiert patience et sérénité, offre découvertes, nouvelles connaissances et parfait les acquis culturels.

La région de Morges, ainsi que la charmante ville des tulipes au bord du lac Léman, est absolument idéale pour l’esprit du tourisme à rythme lent.

Pour la 50ème édition de la Fête de la Tulipe, l’Association Morges Fleur du Léman a confié la réalisation d’un projet créatif dans l’espace public, soit une sculpture de 4,5 mètres de haut représentant une tulipe d’une beauté unique.

Parc de l’Indépendance

Cette sculpture de l’artiste Leo Orta, né en 1993, bénéficie d’une résidence permanente dans le Parc de l’Indépendance, oasis au centre de Morges et procure à la ville un printemps éternel et une destination pour le tourisme à rythme lent durant les quatre saisons.

(Source et plus d’informations : www.morges-tourisme.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice

Impressions de Morges

Le musée Forel

François-Alphonse Forel (1841-1912)

Un mausolée romain et une église romane avec des fresques gothiques à Bienne

Bienne (canton de Berne) abrite l’un des plus anciens monuments de la région. L’histoire de l’église Saint-Étienne dans le quartier de Mâche remonte au IVème siècle ap. J.-Chr.?

Dans le mausolée romain, un grand gobelet en verre décoré d’une scène dionysiaque et une fibule en bronze d’un commandant romain indiquent qu’il s’agissait d’une personne de haut rang.

Dans la seconde moitié du VIIème siècle le mausolée fut transformé en un nouveau monument funéraire de cimetière. Vers 700, la première église fut construite. Une découverte importante a été faite en 1976, lorsque quelque 140 sépultures ont été mises au jour.

Ces tombes, qui datent des VIIème et VIIIème siècles, pourraient avoir été des tombes familiales, ce qui correspond à l’objectif initial du mausolée.

Le gobelet en verre décoré et la fibule en bronze

Image et informations de la commune de Bienne et du département d’archéologie du canton de Berne

L’église a subi plusieurs transformations architecturales au cours des siècles. Au XIIème siècle, elle a été reconstruite en style roman, la première mention remontant à l’année 1228.

Un incendie a entraîné sa reconstruction en style gothique au XIVème siècle. Les dernières rénovations ont eu lieu en 1872, 1923 et 1975.

L’intérieur présente encore des éléments romans, dont certaines fenêtres, et des fresques gothiques du XIVème siècle.

Une autre particularité de ce lieu est la maison (la maison Gertrud/das Gertrud-Haus) de Gertrud Kunz (1890-1972), située à droite de l’église.

(Source et plus d’informations: P. Eggenberger e.a., Vom Spätantiken Mausoleum zur Pfarrkirche, Bern 2016)

Le temps continue de s’écouler au Musée de l’horlogerie de La Chaux-de-Fonds

Dans la société moderne, tout le monde connaît les termes seconde, minute, heure, jour, semaine, mois, année, décennie, siècle, millénaire, jour, nuit et saisons.

Mais qui sait qu’une année ne compte pas exactement 365 ou 366 (année bissextile), mais « seulement » 365, 2425 jours (la durée exacte d’une orbite de la Terre autour du Soleil) ?

Qui connaît ou a une idée de la femtoseconde (un trillionième de seconde), de la nanoseconde (un milliardième de seconde) ou de la microseconde (un millionième de seconde) ?

Le Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds, équipement pour la femtoseconde

Ces unités de temps ne sont peut-être pas très importantes dans la vie quotidienne, mais elles sont fondamentales pour les entreprises, l’informatique, les télécommunications, les voyages aériens, l’astronomie, les voyages spatiaux, les satellites, les ordinateurs, l’intelligence artificielle, la recherche sur le climat et d’autres applications (scientifiques).

Le Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds (canton de Neuchâtel) présente, entre autres, cette mesure moderne du temps, ses applications et son histoire.

Le Locle, Tissot

Depuis des siècles, la Suisse est un leader mondial en matière d’innovation, de production, de commercialisation et d’exportation de garde-temps et d’autres dispositifs de mesure du temps.

L’Observatoire de Neuchâtel

Les mesures de l’Observatoire de Neuchâtel (1858-2007) sont toujours considérées comme les meilleures au monde. De nombreux villages et villes, en particulier dans les cantons de Genève, Vaud, Berne, Jura, Neuchâtel et Schaffhouse, produisent des marques de renommée mondiale ou moins connues et mènent des recherches pionnières dans le domaine de la mesure du temps.

Neuchâtel, le CSEM

Les accords internationaux (le Temps atomique international, TAI) de 1967 sur la seconde atomique comme unité de temps sont le fruit des recherches de cet observatoire. En 2007, les activités de l’observatoire ont été transférées à l’Université de Neuchâtel et au CSEM (Centre Suisse d’Électronique et de Microtechnique).

Ce n’est pas un hasard si le musée de la mesure du temps le plus avancé au monde, avec la plus grande collection d’appareils et son histoire millénaire, se trouve à La-Chaux-de-Fonds. En effet, ce musée se trouve dans la « Métropole horlogère », avec Le Locle le cœur de la production horlogère mondiale et le site du patrimoine mondial de l’Unesco.

L’entrée du Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds

Depuis des siècles, La Chaux-de-Fonds et Le Locle (canton de Neuchâtel) se consacrent presque entièrement à la recherche et à la production d’appareils de mesure du temps. Même l’urbanisme,  l’éducation, les usines, l’emploi et la prospérité y sont orientés.

Le Musée d’horlogerie du Locle

Le Musée d’horlogerie du Locle et l’exposition de l’hôtel de ville du Locle offrent également un aperçu de cette histoire.

En raison de l’année du jubilé du bâtiment du musée à La Chaux-de-Fonds, cette contribution se concentre sur sa collection.

Le musée du Locle fera l’objet d’une contribution séparée, de même que d’autres musées de premier plan dans le domaine (notamment Longines à St-Imier, Omega et Swatch à Bienne, Audemars Piquet au Brassus, Patek Philippe à Genève, Beyer à Zurich, IWC à Schaffhouse et l’institut scientifique CSEM à Neuchâtel).

Le Musée de l’horlogerie de La Chaux-de-Fonds a été fondé en 1902 et a d’abord été installé dans l’École de l’horlogerie. Depuis 1974, il est installé dans un complexe étonnant, notamment en béton, et en grande partie souterrain dans le Parc des Musées. Les autres musées dans la parc sont le musée d’histoire et le musée de beaux-arts de La Chaux-de-Fonds.

Le Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds, télescope de  l’observatoire de Neuchâtel

Toute personne visitant le musée doit prendre son temps. La collection est vaste, classée par thèmes et par ordre chronologique, avec des indications interactives, écrites et audiovisuelles en français, en allemand et en anglais. Tout comme un regard à travers un télescope dans un observatoire n’ennuie jamais, l’histoire, l’équipement et les développements de la mesure du temps fascinent également.

La collection a d’abord été constituée grâce aux dons d’industriels de la région et d’enseignants de l’École de l’horlogerie. La Société des fabricants d’horlogerie a longtemps été le principal donateur. Progressivement, les dons (internationaux), les legs et les achats ont pris une place de plus en plus importante.

Sa réputation mondiale, son expertise en matière d’entretien et de réparation et le soutien (financier) de diverses organisations (dont la Fondation Maurice Favre et l’Association des AmisMIH) sont à l’origine de nombreux legs et donations chaque année. Une exposition est actuellement consacrée aux legs provenant des collections uniques d’Eduard Streit (1939-2023) et de Michel Huber (1950-2023).

Le Gnomon, l’un des plus anciens instruments de mesure du temps. Sculpture réalisée en 2014 à l’occasion du 40e anniversaire de la collection de cadrans solaires anciens du Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds.

Les Égyptiens de l’Antiquité n’étaient peut-être pas encore capables d’afficher les heures ou les secondes, mais ils connaissaient déjà la relation soleil-terre, les calendriers, les jours, les mois, les années et la mesure du temps. Les scientifiques de Babylone, de l’Empire perse et d’autres régions du Moyen-Orient et de l’Extrême-Orient, y compris la Chine, s’intéressaient aussi à la mesure du temps. Le musée commence donc par cette histoire.

Copie de la Clepsydre de Karnak (Égypte), vers 1400 avant J.-C. Collection : Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds

La Clepsydre d’Égypte et le Gnomon (les Grecs ont donné le nom à cette invention égyptienne) sont les plus anciens exemples de mesure du temps. Les Grecs et les Romains ont développé le système et le calendrier julien (romain) a été la mesure officielle du temps en jours, mois, semaines et années jusqu’en 1582. L’introduction du calendrier grégorien en 1582 était basée sur de nouvelles mesures du temps.

Une collection de sabliers. Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds

Une collection de cadrans solaires. Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds

L’affichage précis des heures et des secondes n’était cependant pas encore possible. Le lever et le coucher du soleil, ainsi que les saisons, ont largement déterminé le rythme quotidien de la vie jusqu’au haut Moyen Âge. Les unités de temps étaient déterminées par des cadrans solaires, des sabliers, des bougies et d’autres outils.

Le planétaire de Giovanni Dondi (1330-1388). Collection: Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds

L’astronomie a été la science la plus importante pour la mesure du temps jusqu’à l’apparition de l’horloge mécanique à la fin du Moyen Âge. Les cloches d’église actionnées manuellement jouaient un rôle important dans la vie quotidienne et dans les monastères du monde chrétien.

Le chronométrage mécanique s’est développé à la fin du XIVème siècle et au XVème siècle. Ce n’est pas un hasard si la première horloge mécanique a été installée sur une tour d’église (cathédrale de Salisbury, 1386). Les Zytglogge de Soleure ou de Berne, entre autres, en sont des exemples séculiers en Suisse.

Mécanisme d’une cloche d’église médiévale, mécanisme vertical avec gravité (par des poids). Collection: Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds

 Mécanisme d’une horloge d’église moderne, mécanisme horizontal sans gravité. Modèle du Grand Temple. Collection: Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds

Il n’y a pas eu d’inventeur unique, mais plutôt une série d’applications innovantes et de découvertes successives, notamment en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Angleterre et en Suisse.

Bien que les inventeurs et les chercheurs soient trop nombreux pour être cités individuellement, une exception est faite pour  Christiaan Huygens (1629-1695). Il occupe une place à part parmi plusieurs autres inventeurs.

Son invention était aussi petite qu’elle était importante pour le développement de la mesure du temps : le pendule et le ressort spiral (autres appellations sont balancier spiral, ressort églant et spiral réglant dans ‘l’Unrueh’, le mécanisme de commande central d’une pièce d’horlogerie).

Le Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds et la Fondation (Stichting) Haegsche Tijd organisent une exposition en 2025 pour commémorer l’invention du ressort spiral en 1675.

Le système de Christiaan Huygens pour le pendule et le ressort spiral en mots et en images. Au premier plan, une horloge à pendule de 1690 fabriquée par Pieter Visbagh (1634-1722). Collection: Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds.

Les pendules, puis les montres de poche font leur apparition. Celles-ci deviennent de plus en plus précises, fonctionnelles, belles et même de véritables œuvres d’art. Le musée offre un aperçu chronologique des inventeurs, des applications et des développements les plus importants.

Les compétitions sportives (d’abord les courses de chevaux au XIXème siècle), la mondialisation, le commerce, les développements techniques et l’industrialisation ont entraîné une augmentation constante des besoins en matière de mesures et d’équipements temporels précis.

La particularité du musée ne réside pas seulement dans sa collection. Le bâtiment est souterrain et fait de béton, un matériau brut. Cependant, le visiteur se sent entouré d’un bain chaud d’appareils, d’histoire, d’art, d’information et de décoration.

Plusieurs autres bâtiments monumentaux en béton ont précédé ce musée en Suisse, notamment l’église d’Hérémence (l’église Saint-Nicolas, canton du Valais) et l’Antoniuskiche à Bâle. Dans le cadre d’un musée, il s’agit cependant d’un concept nouveau.

Les architectes Pierre Zoelly (1923-2003) et Georges-Jacques Haefeli (1934-2010) se sont non seulement inspirés de l’architecture du Corbusier (1887-1965), né et formé à La Chaux-de-Fonds, mais ils ont également tenu compte de l’environnement (le Parc des Musées) ainsi que de la collection et de la fonctionnalité du musée.

Une exposition est consacrée à la création de ce complexe. (Pour plus d’informations : N. Maillard, Le Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds, Société d’histoire de l’art en Suisse, 2024, également disponible en allemand et en anglais).

C’est aussi un musée d’art : la créativité, l’ingéniosité technique et les styles artistiques à partir du XVIème siècle s’y expriment, par exemple les œuvres d’art astronomiques du XVIème siècle magnifiquement décorées, les montres pour femmes et les montres de poche pour hommes du XVIIème siècle, les peintures, le mobilier et les intérieurs, les pendules du XVIIIème siècle, les premières montres-bracelets, les chronomètres,  et les applications à quartz, électroniques et atomiques du XXème et du XXIème siècle.

Maître hollandais inconnu, vers 1750, gentilhomme avec une montre de poche. Collection : Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds

Et puis, c’est un musée d’histoire. Après tout, l’histoire de la mesure du temps suit les développements sociaux, internationaux, industriels, religieux et techniques, les anciens et les nouveaux empires et leurs dirigeants.

Atelier d’un fabricant de montres, début du XXème siècle. Collection : Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds/ Gare de la Chaux-de-Fonds 

De nombreuses personnalités suisses et internationales apparaissent dans ce contexte. La Merveilleuse (1878) d’Ami Lecoutre (1843-1921), l’invention du Tourbillon (1801) d’Abraham-Louis Breguet, le Planétaire (1816) et les montres des XXème et XXIème siècles.

François Ducommun, Planétaire, 1816. Collection:Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds

Diverses maquettes permettent de comprendre le fonctionnement d’un garde-temps, de la petite montre à la grande horloge d’église. Des répliques d’ateliers de production et d’artisanat sont présentées et les applications pratiques sont abordées, par exemple dans la navigation, la recherche scientifique, la vie quotidienne, les affaires, la mode ou la décoration intérieure.

L’atelier de restauration du Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds

Le musée accueille également des activités de recherche, d’entretien et de réparation. Un atelier permet aux visiteurs de se familiariser avec les techniques de pointe. Les archives et la bibliothèque sont accessibles sur demande.

Collage sur le thème du temps (« La vitesse est relative, mais le temps est absolu », gare de La Chaux-de-Fonds)

Le temps a aussi un aspect philosophique. Qu’est-ce que le temps ? L’univers a environ 14 milliards d’années, la Terre environ 4 milliards d’années.

Le carillon symbolique, fonctionnel et artistique de 1980 (artiste: Onelio Vignando, 1914-2021) à côté et au-dessus du musée dans le Museumpark

Seul l’homme se préoccupe du « temps » depuis des milliers d’années et veut ordonner le « temps ». Cependant, le nombre de femtosecondes de l’univers et de la terre dépasse l’entendement humain.

Hans Erni (1909-2015) a réalisé trois fresques pour l’Exposition universelle de 1958 à Bruxelles: La conquête du temps, Histoire de la Mesure du temps et Technique de la Mesure du temps. L’image est un détail de la fresque Technique de la Mesure du temps: l’homme moderne et la lutte contre le temps, symbolisée par un vieil homme avec un sablier et une faux. Les trois fresques sont conservées au Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds

Le musée met en évidence la mesure du temps depuis 5000 ans d’une manière unique, compréhensible et fascinante.

(Source et plus d’informations: C. Cardinal, J.-M. Piguet, Catalogue du Musée international d’horlogerie, La Chaux-de-Fonds,1999; M. Leonhardt, L’heure, et plus encore Montres à complications de la collection du Musée international d’horlogerie, Neuchâtel, 2018; Le Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds)

Impressions du Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds

Winterthour, ville de culture, se montre à nouveau dans toute sa splendeur

C’est un pléonasme de dire que la Suisse est un pays de musées, d’art et de culture. Bien que la Confédération n’ait pas connu « l’âge d’or » de l’art, ses qualités se situent dans d’autres domaines.

Non seulement les œuvres d’art en architecture, textile, montres, chaussures, ou céramique sont célèbres dans le monde entier, mais les collectionneurs d’art et les historiens de l’art le sont également.

Ce n’est pas un hasard si le premier musée, même si son nom n’était pas encore connu à l’époque, a été fondé à Bâle en 1671. La combinaison de commerçants, de fabricants et de scientifiques cosmopolites avec un mécénat constitue le noyau de l’offre actuelle en matière de musées et d’art. C’est également le cas à Winterthour (canton de Zurich).

Vincent van Gogh,  Le Café de nuit à Arles, 1888. Collection: Kunst Museum Winterthur, Hahnloser/Jaeggli Stiftung

Le 23 mars, le Kunst Museum Winterthur (Musée  d’art de Winterthour) a fêté le retour de la collection de Hedy Bühler (1873-1952) et Arthur Hahnloser (1870-1936) à la Villa Flora.

Le couple de collectionneurs de Winterthour a acheté directement dans les ateliers des artistes à partir de 1907, d’abord des œuvres de Giovanni Giacometti, puis de Ferdinand Hodler et, depuis 1908, des artistes et des marchands d’art à Paris et Amsterdam.

Les artistes de l’avant-garde parisienne se rendaient aussi régulièrement à Winterthour et visitaient la Villa Flora, la maison du couple. Ils acquéraient les peintures de Vincent van Gogh lors de ventes aux enchères à Amsterdam.

La fondation (Stiftung) Hahnloser/Jaeggli a été créée en 1980 et compte aujourd’hui environ 400 œuvres. Après dix ans de rénovation de la Villa Flora, les chefs-d’œuvre sont de nouveau dans la villa.

L’exposition actuelle ‘Bienvenue!‘ retrace l’avènement de l’art moderne français: de l’impressionnisme et du postimpressionnisme, en passant par les représentants du groupe d’artistes des Nabis, jusqu’à ceux que l’on appelle les Fauves.

Edouard Manet, Amazone, 1882. Collection: Kunst Museum Winterthur, Hahnloser/Jaeggli Stiftung

Outre Vincent van Gogh et Paul Cézanne, des œuvres d’Henri de Toulouse-Lautrec, Claude Monet, Camille Pissarro, Édouard Manet et Auguste Renoir ainsi que des groupes d’œuvres des amis artistes de Hahnloser autour de Pierre Bonnard, Félix Vallotton, Odilon Redon et Henri Matisse sont présentés. Avec Auguste Rodin et Aristide Maillol, la sculpture sera également représentée par une sélection importante.

La villa d’art Winterthur brille (à côté du musée d’art de Winterthur, notamment la collection Oskar Reinhart « am Römerholz ») à nouveau de tous ses feux!

Vue de l’exposition ‘Bienvenue!’ Collection: Kunst Museum Winterthur, Hahnloser/Jaeggli Stiftung