Le Congrès de Vienne

Après la fin du Saint-Empire romain en 1806 et la chute de Napoléon (1813), les grandes puissances ont voulu rétablir l’équilibre européen et les anciens régimes.

Le continent ne doit pas être dominé par une seule puissance, raison pour laquelle il doit y avoir des états partagés par des frontières et possédant des armées stables.

Selon l’accord de Langres (29 janvier 1814), la France est ramenée à ses frontière d’avant 1792 et l’indépendance de la Suisse est garantie. Cependant, les cantons suisses étaient profondément divisés, tout comme les grandes puissances.

La Russie et la Prusse voulaient une Confédération suisse forte, tandis que l’Autriche s’engageait à préserver l’indépendance des cantons. Les lignes de démarcation dans leurs cantons suisses traversaient les territoires des anciens cantons sous domination, catholiques et protestants, partisans de l’ancien régime et de certains autres intérêts (économiques).

Le 8 septembre 1814, le délégué anglais au Congrès parvient cependant à un compromis : indépendance des cantons, abolition des barrières douanières intérieures et des privilèges aristocratiques et création d’institutions fédérales.

La Prusse a officiellement repris Neuchâtel, mais Neuchâtel est reçue le 19 mai 1815 dans la Confédération helvétique, avec pleine égalité de droits.

Genève entra – comme Neuchâtel – dans la Confédération le 19 mai 1815 et le Valais le 4 août 1815. Un pacte fédéral fut signé le 7 août 1815 entre vingt-deux cantons pour le maintien de leur liberté et de leur indépendance. Trois nouveaux cantons y furent donc intégrés, le Valais, Neuchâtel et Genève. Cette constitution resta en vigueur jusqu’en 1848.

La neutralité perpétuelle de la Suisse a été conclue le 20 mars 1815 et ses frontières extérieures sont restées inchangées, bien que les frontières des cantons puissent subir des modifications. Ainsi le 1er janvier 1979, le canton du Jura rejoignit la Confédération helvétique.

Car le 24 septembre 1978, le peuple et les cantons suisses, en acceptant de modifier la Constitution fédérale, admirent le Jura – qui s’est officiellement séparé du canton de Berne – au rang des cantons suisses.

(Source : Thierry Lentz, 1815. Le Congrès de Vienne et la Nouvelle Fondation de l’Europe, Munich 2014).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

L’espéranto de la Suisse, le Rumantsch Grischun

Dix-sept des vingt-six cantons suisses sont germanophones, quatre francophones (Vaud, Genève, Neuchâtel et Jura), un italphone (le Tessin), trois sont bilingues français et allemand (Berne, Fribourg et Valais) et un est trilingue, romanche, italien et allemand (les Grisons).

Bien que la Suisse soit un pays multilingue depuis longtemps, de nombreux citoyens suisses ne sont pas bilingues et encore moins trilingues.

En raison de l’évolution du monde du travail, la tendance est à l’usage professionnel de plusieurs langues. La progression de l’anglais est la plus marquée et les citoyens suisses l’utilisent de plus en plus pour communiquer entre eux.

Elle correspondrait à l’évolution de l’offre et de la demande, dans certains milieux, pour des personnes plus anglophiles.

Néanmoins, cette progression ne se fait pas au détriment de l’allemand ou du français; il s’agit d’un ajout, d’une diversification de l’usage des langues.

Les Grisons

Très présente dans toute la Suisse, la question des langues est particulièrement intense dans les Grisons avec l’allemand, l’italien et, bien sûr, le romanche.

Tous les citoyens de langue romanche, environ 60 000 selon les derniers chiffres, parlent également l’allemand et beaucoup ont une certaine connaissance de l’italien et/ou du français.

L’enseignement trilingue a été mis de côté dans les écoles primaires au bénéfice d’un système scolaire bilingue, toujours le plus ancien du monde.

Actuellement, les élèves italophones et romanches du seul canton trilingue apprennent l’allemand en troisième année, tandis que leurs camarades germanophones choisissent entre le romanche et l’italien. Plus tard, l’anglais est enseigné à tous.

Les dispositions détaillées aux niveaux fédéral et cantonal ne seront pas discutées plus avant, mais le romanche a été reconnu comme quatrième langue du pays en 1938.

Le romanche

Le romanche est une langue à part entière, issue pour l’essentiel du latin et ses racines remontent à l’Empire romain et à la Province romaine de Raetia prima, dont Coire est la ville épiscopale du Vème siècle.

Le latin (vulgaire) s’est greffé sur les langues autochtones pour devenir progressivement le romanche tel qu’il existe encore aujourd’hui.

Le processus (lent) de germanisation du Nord (à partir de la seconde moitié du Vème siècle et par la suite) et de l’Ouest (par les germanophones du Haut-Valais, également connus sous le nom de Walser aux XIIIème et XIVème siècles) a progressivement isolé les peuples de langue romanche et leurs vallées.

L’allemand devint même la langue officielle des trois ligues (également nommées Ligues rhétiques ou Ligues grisonnes).  Chaque délégué au Parlement cantonal avait le droit d’utiliser le romanche, l’allemand ou l’italien et des documents étaient enregistrés et imprimés dans ces trois langues.

La réalité était cependant moins claire dans la pratique et l’allemand était la langue qui avait la faveur de l’administration.

L’utilisation du romanche est également compliquée par l’absence d’identité romanche et l’évolution de cinq idiomes romanche au cours des siècles, en raison de l’isolement des vallées par les puissantes Alpes.

En effet, le romanche comprend cinq groupes dialectaux, chacun ayant sa langue écrite et se divisant en dialectes locaux. Ces cinq unités, couramment appelées idiomes.

Ces idiomes divergent les uns des autres. Ils sont, d’ouest en est, le sursilvan (Rhin antérieur), le sutsilvan (Schams et Domleschg sur le Rhin postérieur), le surmiran (vallée de l’Albula ou Sutses, Oberhalbstein ou Surses), le putèr (Haute-Engadine) et le vallader (Basse-Engadine et val Müstair).

Les cinq variantes régionales (idiomes) sont placées sur un pied d’égalité quand les personnes de langue romanche s’adressent aux autorités fédérales. De leur côté, ces dernières rédigent leurs publications exclusivement en rumantsch

Deux langues

L’utilisation de deux langues à l’école dans les régions romanches est apparue plus ou moins fortuitement au cours du XIXème siècle, lorsque l’allemand est devenu plus important, en raison de raccordement des régions alpines aux réseaux routiers et ferroviaires, l’accessibilité aux vallées et de l’afflux de citoyens de langue allemande (et de touristes).

La Constitution cantonale

Depuis 1880, la Constitution cantonale grisonne reconnaît les trois langues, l’allemand, l’italien et le romanche, et ce sont les communes qui choisissent la langue.

La Constitution fédérale de 2 000 (art. 4, 8, 18, 31, 70 et 188) contient des dispositions linguistiques détaillées de l’utilisation dans les institutions gouvernementales.

Le Tribunal fédéral

En pratique, le romanche n’est pas souvent employé au Tribunal fédéral de Lausanne (Bundesgericht). En 1996 pour la première fois, un arrêt a été rédigé en romanche, car l’auteur du recours – une commune défendant son autonomie – avant rédigé ses écritures dans cette langue. Les arrêts du Tribunal fédéral rendus en romanche sont exceptionnels.

Romantsch grischun

Romantsch grischun est la langue écrite standardisée. Il a été créé et introduit par la Ligue romanche dès 2005. La Renaissance romanche des dernières décennies du XIXème siècle et la création d’organismes privés et gouvernementaux chargés de promouvoir, d’enseigner et d’utiliser la langue et la culture romanche mettent tout en œuvre pour enrayer le déclin de cette langue historique et unique.

Les journaux, la radio, la télévision, les écoles, une chaire de rhéto-romanche à l’Université de Zurich, des cours de langues intra-muros (Grisons) et extra-muros (Bâle, Berne, Zurich), le cadre juridique (constitutionnel), la littérature et son utilisation dans les publications culturelles historiques, le théâtre, la musique et autres manifestations culturelles donnent espoir en l’avenir, mais les évolutions démographiques, économiques et technologiques, la mondialisation constituent des défis à relever.

Le romanche pourrait-il devenir l’espéranto de la Suisse ? Le Rumantsch Grischun est prêt pour l’unité linguistique suisse.

(Source, M. Gross, Rätoromanisch, Facts & Figures, Lia Rumantscha, Coire, 2005).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice. 

La Constitution de 1848

La Constitution fédérale adoptée en 1848 marqua le début d’un développement rapide de la nouvelle Confédération suisse dans presque tous les domaines.

1815-1848

Après le Pacte fédéral de 1815 qui unit les vingt-deux cantons souverains de la Confédération suisse, ce fut la création de l’État fédéral en 1848 avec trois niveaux politiques : la Confédération – bien qu’État fédéral, la Suisse continua de s’appeler « Confédération » – les cantons et les communes.

Les cantons ne furent alors plus indépendants mais souverains car ils cédèrent certaines compétences à la Confédération.

Jusqu’en 1848, l’agriculture fut en Suisse une activité dominante, mais le pays détint aussi un savoir-faire dans les domaines de l’édition, du commerce, des sciences, du chocolat, du textile, de l’horlogerie, des machines et des turbines hydrauliques et participa à l’industrie naissante du tourisme et des services financiers.

Cependant la Suisse ne connut encore ni révolution industrielle, ni liaisons ferroviaires. La pauvreté et la mauvaise perspective d’emploi régnèrent dans bien des régions, ce qui poussa de nombreux Suisses à émigrer, comme cela fut d’ailleurs le cas dans la plupart des pays européens.

Le pays n’avait pas encore d’unité de poids et de mesures, de mesures de longueur et de largeur, de pièces de monnaie, ni même de mesure du temps. Des droits de douane à l’intérieur du pays étaient perçus par les cantons et les infrastructures étaient médiocres.

La Suisse ne possédait pas de matières premières (charbon, minerai de fer). Deux exceptions cependant qui eurent leur importance : l’eau et le granit qui jouèrent un rôle essentiel après 1848.

En outre, sa stabilité politique était chancelante. Voici quelques exemples : le canton de Bâle se sépara en deux demi-cantons en 1833, une guerre civile déchira le Haut-Valais et le Bas-Valais entre 1839 et 1844 et la guerre du Sonderbund, guerre civile suisse à caractère sécessionniste, éclata en 1847.

Le pays était entouré de monarchies et de systèmes aristocratiques. Des milliers d’opposants politiques aux Habsbourg, au tsar russe, aux rois et grands ducs français et au peuple allemand agirent à leur encontre depuis le sol suisse. Les dirigeants européens considéraient la Suisse comme un pays d’anarchistes et d’extrémistes politiques.

Cette Constitution fédérale, un esprit d’entreprise et une âme de pionnier, une mentalité cosmopolite et ouverte, l’enseignement et les sciences, les investissements et les réseaux d’exportation contribuèrent à la modernisation rapide de la Suisse ainsi qu’à sa stabilité politique après 1848.

 Une grande Constitution

La Constitution fédérale de 1848 fut un chef-d’œuvre qui arriva à point nommé dans un pays qui connut encore une brève guerre civile en 1847.

La Suisse conclut des accords commerciaux et les entrepreneurs traitèrent avec le monde entier : la Grande-Bretagne fut l’un des partenaires principaux. Les premières pièces en francs suisses furent introduites, les péages entre cantons disparurent et le pays devint un marché unique.

Les chemins de fer, les produits chimiques, l’alimentation, l’ingénierie, le tourisme, les services financiers, le génie électrique ainsi que d’autres projets d’infrastructure offrirent au pays, en une génération, une progression rapide.

En 1875, la Suisse, pays bâtisseur de progrès et doté d’un capital relationnel, fut l’une des nations les plus modernes. La Confédération de 1848, qui naquit après des siècles d’expérience, de relations, d’échanges, de systèmes politiques, économiques et culturels, permit la poursuite de la modernisation de la Suisse et de la révolution industrielle en Suisse.

Le système politique instauré par la Constitution fédérale de 1848 était équilibré et caractérisé par une approche ascendante (bottom-up), pensé en considérant ce qui était possible, durable et faisable dans un pays multiculturel, multireligieux et multilingue.

En 1848, furent relatés dans la Constitution fédérale les dispositions générales relatives aux communes, aux cantons et à la Confédération, aux deux chambres d’importance égale : le Conseil national, qui représente le peuple et le Conseil des Etats qui représente le canton, à la démocratie, aux relations entre l’économie et l’Etat, à la politique internationale, à l’organisation et au financement de l’enseignement, des hôpitaux, des systèmes sociaux et de défense.

La Constitution fédérale de 1848 a subi plusieurs ajustements importants depuis lors, cependant les principes du XIXème siècle restent aujourd’hui valables, actuels et pertinents.

Démocratie directe, fédéralisme, principe de subsidiarité

Les points forts de la Suisse sont la démocratie directe, le fédéralisme, le principe de subsidiarité – la Confédération ne peut agir que sur la base d’une compétence qui lui est expressément reconnue dans la Constitution – et les ajustements effectués lentement mais sûrement, étape par étape, mais toujours en accord avec les citoyens, les entrepreneurs et les cantons et jamais imposés de haut en bas.

Tout ceci n’est pas si simple ! C’est pourquoi les étrangers vivant en Suisse doivent attendre de longues années pour acquérir, s’ils le désirent, la nationalité suisse. Une fois en marche, la modernisation de la Suisse avança avec efficacité comme le montrent, par exemple, les postes à responsabilité occupés par des femmes au niveau politique.

Conclusion

Cent ans avant la création de l’Union européenne (UE), la Suisse jeta les bases de la prospérité économique et de la stabilité politique. La continuité et la croissance économique après 1960 reposent également sur les dispositions créées. La Suisse n’est ni une île, ni isolée : elle est un oasis de démocratie, de multiculturalisme et de bonne gouvernance pour, avec et par le peuple.

Source : J. Jung, Das Laboratorium des Fortschritts. Die Schweiz im 19. Jahrhundert (Bâle, 2019).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice. 

Le Prix Wakker 2022

Le Patrimoine suisse distingue la commune de Meyrin genevoise en lui décernant le Prix Wakker 2022. Cette commune de l’agglomération genevoise montre de manière exemplaire comment, par le dialogue, faire de la diversité un atout.

Grâce à la dynamique et à la proximité de la ville de Genève, la population a crû de 1200% depuis 1950 et est devenue plurielle: aujourd’hui, quelque 26’000 personnes représentant plus de 140 nationalités vivent à Meyrin.

Le traitement de la culture du bâti joue un rôle central à cet égard, en tant qu’élément d’une stratégie qui accorde une grande importance à la cohésion sociale et aux relations personnelles au sein de la commune.
Le noyau historique de cet ancien village agricole est bien préservé. Les bâtiments qui ont survécu sont entretenus et adaptés aux nouveaux besoins. Nombre d’entre eux ont été affectés à des usages publics, favorisant les rencontres au cœur de la commune.

L’image de Meyrin est marquée en particulier par la première cité satellite de Suisse. Le potentiel formel et social de l’architecture de l’après-guerre, avec ses espaces libres généreux, a été reconnu.

Aujourd’hui, cet énorme ensemble est rénové durablement et densifié selon des normes claires de planification – principalement par des surélévations. La structure urbanistique est ainsi préservée et les espaces sont mis en valeur grâce à des mesures de modération du trafic et à des aménagements paysagers.

Le Lac des Vernes contribue à la gestion des eaux dans la commune, constitue un biotope favorisant la diversité des espèces et offre un espace de détente apprécié.

La commune a connu un nouvel essor avec la construction de l’écoquartier des Vergers: 1350 logements sont venus s’ajouter au parc immobilier. Lors de la planification, Meyrin a mis l’accent sur une participation exceptionnelle de la population et sur les trois piliers – social, écologique et économique – de la durabilité. Aujourd’hui, de nombreuses associations offrent des possibilités d’engagement dans la vie de la communauté.

Des visions à long terme ont permis à Meyrin de passer, en deux générations, du statut de bourg rural à celui de grande commune animée et agréable à vivre au sein de l’agglomération genevoise.

(Source: www.patrimoinesuisse.ch)

Et l’ancien village

Le nouveau sport national en Suisse

Depuis mars 2020, début de la pandémie du coronavirus, les routes et les transports publics sont moins fréquentés en Suisse.

Il n’en va pas de même pour les versants enneigés du Jura, l’une des plus anciennes chaînes de montagnes de Suisse formée il y a 205 à 135 millions d’années, situé dans les cantons de Neuchâtel, du Jura, de Berne et de Vaud.

Malgré l’altitude modeste et la position géographique du massif jurassien – les plus hauts sommets ne dépassent pas 1750 mètres – il est caractérisé par un climat rude de type semi-continental à montagnard et l’or blanc ne manque pas.

D’ailleurs La Chaux-de-Fonds (canton de Neuchâtel), qui se situe à 1000 mètres d’altitude et considérée comme la plus haute ville d’Europe, est couverte de neige pratiquement tout l’hiver.

La Brévine (canton de Neuchâtel), village situé à 1 043 mètres d’altitude, est même l’endroit le plus froid du pays, ce qui vaut à la commune le surnom de Petite Sibérie suisse. Le 12 janvier 1987, la station météorologique a mesuré une température de -41,8 °C. Ce record absolu, homologué officiellement par MétéoSuisse, vaut au village sa réputation et le rend célèbre dans toute la Suisse.

Les montagnes du Jura sont l’endroit idéal pour une pratique des sports et loisirs d’hiver authentiques : les possibilités de pratiquer le ski de fond et la raquette sont quasiment illimitées, notamment grâce aux nombreuses vallées et aux centaines de kilomètres de pistes de ski de fond et de randonnée bien préparées. Le Jura offre également 226 kilomètres de pistes : 124 remontées mécaniques permettent d’accéder aux domaines skiables.

En raison de la pandémie du coronavirus, la randonnée en raquettes (Schneeschuhlaufen en allemand) est le sport d’hiver qui connaît la plus forte croissance de popularité en Suisse.

Pas si loin de chez vous, à travers les pâturages et les forêts, dans un décor enchanteur, vous pourrez faire de belles balades en raquettes, sans contraintes sanitaires. La Suisse, pays de randonnées à nul autre pareil, est aussi un pays qui se prête à merveille à la randonnée en raquettes à neige.

Sur leur chemin, ces randonneurs ne rencontrent pas seulement des collègues ou des skieurs de fond, mais aussi, comme dans les Franches-Montagnes (canton du Jura), des traîneaux tirés par des chevaux ou des chiens – des huskies -, des cavaliers, des manèges et des chevaux qui galopent dans les prés.

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

L’Observatoire de Neuchâtel ou le Pavillon Hirsch

Adolphe Hirsch (1830-1901), est un astronome allemand, à l’origine de l’Observatoire de Neuchâtel qu’il a dirigé pendant 42 ans.

A sa mort en 1901, il a légué sa fortune au canton de Neuchâtel avec comme condition que soient réalisées une lunette astronomique et une tour avec une coupole pour la protéger.

C’est ainsi que le pavillon Hirsch a été bâti sur la colline du Mail  à Neuchâtel et inauguré officiellement en 1912, à l’occasion du cinquantenaire de l’institution.

L’entrée de ce pavillon a été décorée par Charles L’Eplattenier (1874-1946), artiste peintre, architecte, sculpteur et décorateur suisse, promoteur de l’Art nouveau dans la région neuchâteloise et les Ateliers d’art réunis de La Chaux-de-Fonds en 1910-1911.

Des éléments stylisés représentent le style sapin par ses branches et ses pives d’où émanent des écureuils et des oiseaux. Il s’agit d’une variante régionaliste de l’Art nouveau, développée dès 1905 sous l’impulsion de Charles L’Eplattenier à l’école d’arts appliqués de La Chaux-de-Fonds.

Il cherchait en effet à créer avec ses élèves un style ornemental inspiré de la faune et de la flore jurassiennes, susceptible de s’adapter à l’industrie horlogère, à l’architecture et aux objets du quotidien.

Le décor du plafond, en bordure de la verrière, représente le ciel avec des éclairs, des nuages et des oiseaux. Au centre, le sol est recouvert d’une mosaïque et un buste monumental d’Adolphe Hirsch accueille les visiteurs.

L’Orangerie du Jardin botanique présente des reproductions grandeur nature des 12 portes du Pavillon Hirsch, orientées vers le centre, laissant découvrir au verso des documents illustrant sa construction et certains détails liés à sa réalisation.

(Source et plus d’informations: www.csem.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

La Réforme d’Ulrich Zwingli à Zurich

La Réforme – aussi appelée la Réforme protestante – bouleversa la Suisse du XVIème siècle. Contrairement à l’Allemagne où les comtes et princes régnants déterminaient la religion et la politique ecclésiastique, (Cuius regio, eius religio – Tel prince, telle religion), c’étaient des structures prédémocratiques qui amorçaient le mouvemente réformiste en terre helvétique, entre autres, à Appenzell, Neuchâtel, Genève, Berne, Zurich et Bâle.

Au début de l’année 1519, Ulrich Zwingli (1484-1531), fut nommé prêtre séculier au Grossmünster (littéralement en français : grande abbaye) de Zurich. Il critiqua toujours plus fervemment les abus religieux. Il commença à mettre en place une réforme de l’Eglise qui conduisit à la fondation de l’Eglise réformée.

Il prêcha contre la vénération des images, des reliques et des saints, et s’engagea en plus contre le célibat et l’eucharistie. Il tenta de répandre sa réforme dans toute la Suisse et en tant que politicien, il rêvait d’une Confédération renforcée par la foi réformée. Une victoire importante d’Ulrich Zwingli fut l’introduction, en 1528, de la nouvelle foi dans sa ville natale Zurich.

Les homélies, les écrits ainsi que l’influence d’Ulrich Zwingli eurent comme conséquence que le Conseil de la ville de Zurich, suite à la pression de la population de la ville et de la campagne, demanda l’extraction des statues de saints et d’autres trésors hors des églises.

La Réforme suspendit les règles du carême ainsi que la messe catholique. Elle aboutit à de profonds changements dans la vie quotidienne et administrative zurichoise et se propagea dans plusieurs autres cantons de la Confédération.

Martin Luther (1483-1546), alors moine catholique fit afficher 95 thèses sur l’église de la Toussaint à Wittemberg (Allemagne).

Les idées de la foi réformée furent répandues dans le Saint-Empire romain germanique et en Suisse, notamment en 1522 par Ulrich Zwingli, curé à Zurich, et plus tard par Jean Calvin (1509-1564) à Paris, Strasbourg et Genève et par Guillaume Farel (1489-1565) à Neuchâtel.

La Réforme toucha alors la majeure partie de l’ Europe du Nord-Ouest, Les relations entre Martin Luther et Ulrich Zwingli, le père de la Réforme, furent marquées par un violent conflit.

Ulrich Zwingli voyait en Martin Luther « l’Hercule qui a tué le fauve romain ».  A l’inverse, Martin Luther décrivait Ulrich Zwingli comme « le géant de Zurich », terme empreint d’ironie.

(Source et plus d’informations e.a.: www.reforme-500.ch; www.zhref500.ch, www.zwingli.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice

Gloire néerlandaise et la voie de navigation commerciale entre le Rhin et le Rhône

Élie Gouret (1586-1656), un gentilhomme huguenot, était établi dans la République des Provinces-Unies – alliant suite à l’Union d’Utrecht, traité signé en 1579, les sept provinces (calvinistes) des Pays-Bas septentrionaux (Hollande, Zélande, Utrecht, Frise, Groningue, Gueldre et Overijssel) – et faisait des affaires en Suisse et en France.

En 1636, il soumit aux autorités du canton de Berne un projet visant à relier le Rhin au lac Léman via l’Aar, le lac de Bienne et le lac de Neuchâtel.

Elie Gouret voulait construire un canal reliant Yverdon à Morges (canton de Vaud), qui présentait un intérêt stratégique du fait qu’il contribuait à la réalisation d’une voie de navigation commerciale entre le Rhin et le Rhône.

L’une des conditions était que le Rhône fût rendu navigable entre Genève (Suisse) et Lyon (France). Il prévoyait de réaliser également ce tronçon en creusant un canal latéral le long du Rhône partant de Bellegarde aboutissant à Seyssel, pour franchir les Pertes du Rhône (régions françaises), projet qui permettait de relier la mer du Nord à la mer Méditerranée.

La République, notamment les villes et particulièrement la ville d’Amsterdam de la province de Hollande, l’une des sept provinces de la République, était très intéressée par ce projet.

Cette nouvelle voie navigable représentait un grand avantage pour le commerce puisqu’elle écartait les risques inhérents aux voies maritimes (tempête, pirates, pays hostiles).

En effet, cet itinéraire sûr entre les Pays-Bas et la Méditerranée traversait des pays pour la plupart complaisants – puisque protestants – tels que les principautés allemandes, les régions suisses dont les cantons de Berne et de Bâle, le Pays sujet de Vaud, la ville souveraine de Genève et la principauté de Neuchâtel, française mais protestante. Les protestants étaient également nombreux dans la vallée du Rhône et le sud de la France, avant la révocation de l’Edit de Nantes en 1685.

La Société du Canal, créée par Élie Gouret, comportait 19 % de parts hollandaises, 10 % de parts françaises, 16 % de parts genevoises et 55 % de parts bernoises et vaudoises.

Le 10 février 1637, le gouvernement bernois autorisa la Société à construire et à exploiter le canal d’Entreroches. La convention établie le 16 mars 1637 stipula, entre autres, que le péage serait de 11 florins par voiture pour les citoyens bernois et de 14 florins pour les autres citoyens.

Les travaux commencèrent en 1638 sous l’administration d’ingénieurs hollandais. Deux ans plus tard, le 12 avril 1640, le premier tronçon, entre Yverdon et Orny (canton de Vaud) était achevé.

Le canal a été conçu selon les normes de l’époque, soit 5,28 mètres de largeur au niveau de l’eau, 2,93 mètres au fond, avec une profondeur de 2,35 mètres. Huit écluses régulaient ce bief – portion de canal entre deux écluses – de 17 kilomètres, comblant une différence de niveau de 16 mètres.

En 1648, le deuxième tronçon de 8,4 kilomètres d’Orny à Eclépens (canton de Vaud) a été mis en service et en 1656 la petite ville de Cossonay (canton de Vaud) a pu être atteinte par la cluse d’Entreroches. Il restait alors 12,5 kilomètres jusqu’à Morges, mais cette partie du canal n’a jamais été achevée et le transport vers le lac Léman s’effectuait par voie terrestre.

Pendant près de 190 ans, le canal d’Entreroches, d’Yverdon à Cossonay, d’une longueur de 25 kilomètres, a été exploité avec succès. Les barges de transport, de conception néerlandaise, ont été fabriquées à Thoune (canton de Berne), puis à Yverdon. Elles mesuraient 19 mètres de long et 3,5 mètres de large et pouvaient transporter chacune 25 tonnes de marchandises. Les bateaux étaient tirés par des chevaux à partir des chemins de halage établis sur les berges.

Des milliers de barges transportant des tonnes de marchandises ont transité par le canal d’Entreroches, dans le canton de Vaud. Le canal a joué un rôle fructueux dans le développement économique de la Suisse et de ses échanges avec les Pays-Bas et Lyon (France).

L’exploitation du canal prit fin en 1829.  En 1872, le canton de Vaud racheta le canal d’Entreroches pour assurer le drainage de la plaine. Plusieurs fois, le projet de rénover et, surtout, de terminer le canal fut échafaudé, mais jamais réalisé.

Le canal d’Entreroches est aujourd’hui désaffecté. Les parties visitables dans la cluse ont été partiellement restaurées et sont présentées au long d’un parcours de randonnée pédestre qui mène à la Maison du canal (monument classé), à Orny. Cet ancien logis du commis responsable du port et de l’écluse d’Entreroches était aussi une auberge. C’est le témoin silencieux de cette remarquable histoire.

(Source : documentaire : Pierre-André Vuitel, La fabuleuse avarie du canal d’Entreroches, 2014 ; Lexique Historique de la Suisse, canal d’Entreroches (hls-dhs-dss.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice