Anne Frank et la Suisse 

L’article contient le dernier signe de vie de la famille Frank vers le monde extérieur. Le 4 juillet 1942, Otto Frank (1889-1980) écrivit à sa mère Alice Frank-Stern (1865-1953) et à sa sœur Helene Frank (1893-1986) à Bâle :

« Seid doch in keinem Fall beunruhigt, wenn Ihr wenig von uns hört » (Surtout ne vous inquiétez pas si vous n’entendez plus beaucoup parler de nous).

Après cela, personne ne vit plus la famille Frank. Le message a quatre-vingts ans, mais il est toujours d’actualité. Le 6 juillet 1942, la famille entra dans la clandestinité.

Opekta et la Merwedeplein à Amsterdam. Photo: TES. Exposition ‘Anne Frank et la Suisse’, Musée national,  Zurich

La famille Frank

 Le couple Otto et Edith Frank-Holländer (1900-1945) et leurs deux enfants Margot Betti (1926-1945) et Annelies Marie Frank, dite Anne (1929-1945) vivaient à Amsterdam depuis 1933. Deux frères d’Otto, Robert (1886-1953) et Herbert (1891-1987) s’étaient installés à Bâle en 1929. Ils y créèrent une branche de la société Opekta (Obstpektin aus dem Apfel – pectine de pomme) qui produisit un gélifiant destiné à épaissir les confitures.

Otto Frank grandit dans une famille aisée de Francfort-sur-le-Main en Allemagne. En 1914, rien ne laissait présager qu’il devrait quitter son pays 19 ans plus tard. Lui et ses frères Robert et Herbert avaient vaillamment défendu leur patrie pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918), à l’issue de laquelle ils furent décorés.

Alors que la République de Weimar connut une période économique relativement prospère dans les années 1925-1929, le krach de Wall Street mit fin aux activités de la banque de Michael Frank (1851-1909), père d’Otto Frank. Le krach boursier contribua également à la montée du nazisme. Après le 30 janvier 1933 – accession d’Adolf Hitler au pouvoir – Otto Frank entrevit les conséquences susceptibles d’en résulter. Ainsi, il choisit Amsterdam pour ouvrir une succursale de la société Opekta aux Pays-Bas. Ce choix fut fatal, mais en 1933 personne ne put encore le savoir.

Les Pays-Bas et la Suisse

 Margot et Anne Frank se sont facilement intégrées aux Pays-Bas et ont rapidement parlé le néerlandais sans accent. Margot pratiqua le tennis, l’aviron et joua de plusieurs instruments de musique, tandis qu’Anne s’en tint à la musique et aux bons résultats scolaires.

La famille passait les vacances d’hiver et d’été à Sils-Maria (Haute Engadine, canton des Grisons) ou à Adelboden (canton de Berne). A partir de 1938, Otto Frank essaya, mais en vain, d’obtenir un visa pour Cuba ou les Etats-Unis. Le 15 mai 1940 eut lieu l’invasion des Pays-Bas par les Allemands qui, après une semaine de combat, capitulèrent. La persécution des Juifs commença.

Margot Frank reçut un avis lui ordonnant de se présenter dans un camp de travail allemand au début du mois de juillet 1942. Otto Frank pressentit le danger et réalisa alors qu’il était temps de se cacher. Tout le monde connaissait les nombreux contacts que la famille entretenait à Bâle et en Suisse et Otto Frank prétendit vouloir y fuir. Les autres personnes cachées dans l’Annexe secrète étaient Hermann van Pels (1898-1944), sa femme Auguste van Pels (1900-1945), leur fils Peter van Pels (1926-1945) et Fritz Pfeffer (1889-1944).

Photo: TES. Exposition ‘Anne Frank et la Suisse’, Musée national,  Zurich

L’annexe secrète

Seul un petit groupe d’employés de l’entreprise d’Otto Frank et leurs proches connaissaient leur véritable destination : l’annexe secrète du bâtiment situé au 263 Prinsengracht, à Amsterdam. Celles et ceux qui ont aidé la famille Frank à se dissimuler étaient : Hermine Gies, dite Miep (1909-2010) et Jan Gies (1905-1993), Victor Kugler (1900-1981), Johannes Kleiman (1896-1959), Johan Voskuijl (1892-1945) et sa fille Elisabeth Voskuijl, dite Bep, (1919-1983).

Photo: TES. Exposition ‘Anne Frank et la Suisse’, Musée national,  Zurich

Anne Frank reçut son journal intime en 1942 et y consigna ses réflexions durant 25 mois. En mars 1944, après avoir entendu lors d’un programme de la station de radio néerlandaise Radio Oranje (Orange) sur la BBC un appel à préserver les écrits de la guerre, elle entreprit de le réécrire pour en tirer un livre. Ainsi, elle rédigea deux versions du journal : la première version comporte des témoignages plus personnels et la deuxième version est davantage destinée au monde extérieur. Ses dernières lignes sont datées du 1er août 1944, après les nombreux jours d’espoir qui suivirent le 6 juin 1944, jour du débarquement de Normandie.

Le journal intime

Anne Frank. Photo: TES. Exposition ‘Anne Frank et la Suisse’, Musée national,  Zurich

Seul Otto Frank survécut à la guerre. Il apprit seulement plusieurs mois après le conflit qu’il avait perdu ses deux filles et son épouse. Miep Gies lui remit, à la fin de la guerre, le journal d’Anne à son retour à Amsterdam. Il alla ensuite vivre chez sa sœur à Bâle.

Après avoir hésité, l’avoir lu et relu, Otto Frank décida de publier le journal de sa fille, morte dans le camp de concentration de Bergen-Belsen (Allemagne), chez un éditeur néerlandais. Il parut le 25 juin 1947 et le succès fut plutôt modéré. En effet, peu de gens aux Pays-Bas s’intéressaient à l’époque au triste sort d’Anne Frank et à celui des Juifs en général, car ils étaient pressés d’oublier la guerre et voulaient regarder vers l’avenir.

L’édition allemande parut en 1950. Cependant, la notoriété survint avec la parution de l’édition américaine en 1952 et ses adaptations pour le théâtre en 1955 et le cinéma en 1959. Les scénarii de la pièce de théâtre et du film étant des adaptations libres de son récit, Anne Frank et son journal devinrent soudainement célèbres dans le monde entier.

Le journal d’Anne Frank, dont l’exactitude a été mise en cause par des attaques négationnistes, est aujourd’hui publié dans plus de 70 langues. Otto Frank n’a toutefois rien laissé au hasard et fit confirmer l’authenticité du journal par des experts (écriture, utilisation de la langue, etc.).

En 1963, Otto Frank a constitué le Fonds Anne Frank, à Bâle (www.anne-frank.ch). Cette ONG a été suivie depuis 1980 à ce jour par la création d’autres organisations dévolues à Anne Frank.

Dans les années 1930, Anne Frank alla souvent en Suisse pour rendre visite à ses oncles et tantes à Bâle et pour y pratiquer des sports d’hiver et d’été. Bien sûr, elle n’aurait pas pu prévoir que le Fonds Anne Frank verrait le jour à Bâle et elle n’aurait probablement pas non plus trouvé une Suisse accueillante, pas plus que les autres pays européens d’ailleurs durant la Seconde Guerre mondiale.

Neutralité

Le gouvernement suisse ne reconnut pas les Juifs comme des réfugiés politiques, et environ 25 000 hommes, femmes et enfants furent refoulés tout au long de la frontière, ce qui les mena vers une mort certaine. Le fait qu’environ le même nombre de Juifs ait pu rester, ne change rien à cette dure réalité. L’attitude de la Suisse à cette époque assombrit l’image du pays, de la Croix-Rouge et de l’aide humanitaire.

Toutefois, il est possible d’invoquer des circonstances atténuantes. En effet, les dictateurs belliqueux et impitoyables pouvaient envahir des territoires à tout moment.

En Suisse, le taux de chômage et la pauvreté étaient importants, toutes les démocraties ont fermé leurs frontières aux Juifs à la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’antisémitisme était également présent en Amérique, en France et au Royaume-Uni et l’information, l’expérience et la mobilité internationales étaient nettement plus restreintes qu’aujourd’hui.

Toutefois, des fonctionnaires – même issus de la police – et des citoyens ont fait entrer des réfugiés juifs en Suisse et leur ont fourni un gîte. L’opinion publique n’était pas d’accord non plus avec la politique menée alors par la Suisse, mais la presse était censurée en raison de l’état d’urgence et peu d’information étaient disponibles.

La crainte des dictateurs était déjà mauvaise conseillère à l’époque. Une leçon d’actualité. L’adhésion effrénée à la neutralité, telle que définie en 1815 entre les superpuissances de l’époque lors du Congrès de Vienne, n’est pas non plus convaincante aujourd’hui.

Ces puissances défendaient surtout leurs propres intérêts. La neutralité de la Suisse signifiait avant tout que les superpuissances devaient respecter la souveraineté du pays mais pas que la Suisse devait être et rester « neutre » en toutes circonstances, ce qui ne fut d’ailleurs déjà plus le cas après 1948 suite à l’introduction de la Constitution fédérale.

Conclusion

La Suisse a également un passé de guerre (1939-1945) qui, depuis 1990, fait l’objet de nombreux débats et publications. Mais, juger le passé avec les connaissances d’aujourd’hui est aisé. La Suisse ne voulut pas et ne put pas se brouiller avec l’Allemagne. Il s’agissait de respecter le plan, de faire des compromis, de céder d’une part, mais de construire une défense solide, comme par exemple le réduit national dans les Alpes, d’autre part.

La discussion portant sur ce fait est toujours en cours. Cependant, la Suisse ne s’est pas spécialement distinguée des autres pays neutres, comme la Suède, ou des gouvernements, des citoyens et des industries dans les zones occupées.

L’exposition intitulée « Anne Frank et la Suisse », organisée au Musée national de Zurich (Landesmuseum Zurich) jusqu’au 6 novembre 2022 fait le lien entre la fuite de la famille d’Anne Frank à Amsterdam et l’exil des autres membres de sa famille à Bâle.

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Le châtaignier de Ánne Frank. Photo: TES. Exposition ‘Anne Frank et la Suisse’, Musée national,  Zurich

Mund, village du safran

La Suisse offre de nombreuses découvertes. Chaque hameau, chaque village et chaque ville a sa propre particularité, comme par exemple le village de Mund (canton du Valais). Autrefois, Gondo, un autre village de ce canton, attira les chercheurs d’or, mais c’est à Mund que l’on cultive depuis des siècles ce trésor – culinaire – qu’est le safran, reine des plantes.

Le safran est utilisé depuis des millénaires en Iran, son pays d’origine, dont les caractéristiques climatiques du plateau conviennent à cette fleur, qui pousse plutôt dans les régions sèches et froides à plus de 1000 mètres d’altitude. Toutefois, le safran, surnommé l’or rouge, prospère aussi sous d’autres latitudes.

Mund se trouve à 1200 mètres d’altitude, au cœur du site Jungfrau-Aletsch inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, sur le versant droit de la vallée du Rhône, non loin de Naters et de Brigue.

Le safran est cultivé en Suisse depuis le XIVème siècle mais aujourd’hui, le safran AOP (Appellation d’origine protégée) de Mund est produit dans ce village, dernier lieu de Suisse à en pratiquer la culture.

C’est toutefois une petite production : sur une surface de deux hectares, entre deux kilos et quatre kilos de safran pur sont récoltés chaque année entre septembre et novembre. Pas moins de 130’000 à 150’000 fleurs sont nécessaires pour obtenir un kilo d’épice.

En raison de conditions climatiques favorables, soit beaucoup de soleil, suffisamment de pluie, de la rosée matinale et de la nature du sol, finement sablonneux, légèrement limoneux, meuble et sec, le parfum du safran de Mund est exceptionnel. Il n’est pas seulement l’épice reine mais, plus onéreux que l’or, il est aussi précieux.

Le musée du safran de Mund (Safranmuseum) est un musée dans le raccard historique qui l’abrite date de 1437, ce qui en fait l’une des plus anciennes constructions en bois de Suisse.

Le musée présente tous les aspects de la culture du safran, du dur travail dans les champs aux applications culinaires. Et le sentier didactique (Safranlehrpfad) sillonnant à travers les prés et les champs de safran de Mund raconte cette plante, ses parfums et ses couleurs.

Source et informations complémentaires : www.belalp.ch et la corporation du safran de Mund (Safranzunft).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Le Sentier culturel de la Vieille-Ville de Genève

Le Sentier culturel retrace deux mille ans d’histoire : l’époque romaine et le développement du christianisme sur le site archéologique de la cathédrale Saint-Pierre, les rois de Bourgogne, les Mérovingiens et les Carolingiens, le comté, l’évêché, la ville et le canton de Genève depuis 1815, les ducs de Savoie, l’Escalade, la Réforme et le Musée international de la Réforme.

Vienne, Temple d’Auguste et Livie

Vienne, théâtre romain

Les Allobroges

La tribu celtique des Allobroges occupait la région de Genava, nom celtique puis romain. Cette tribu s’étendait également sur les rives du Rhône, en Savoie et dans le Dauphiné. Vienna (l’actuelle Vienne) en était la ville principale.

Vienna, Ier siècle apr. J.-C. Collection : Saint-Romain-en-Gal, Musée romain

Les guerres perdues contre les Romains en 122-120 av. J.-C. marquèrent la fin de leur indépendance. Le territoire fut intégré à la province romaine de Gaule narbonnaise. À partir de ce moment, Genava fit également partie de l’Empire romain.

Collection: Saint-Romain-en-Gal, Musée romain 

Vienna (l’actuelle Vienne) devint la capitale des Allobroges au sein de cette province. Cela entraîna un grand essor culturel et économique, non seulement à Genava, mais aussi, entre autres, à Boutae (Annecy) et à Aquae Grationae (Aix-les-Bains).

Collection: Saint-Romain-en-Gal, Musée romain 

Des siècles plus tard, avec l’arrivée des Bourguignons et la création du premier royaume de Bourgogne (446-536), le nom d’Allobroges avait cédé la place à celui de Sapaudia (pays des sapins), ou l’actuelle Savoie.

L’époque romaine

Le Roi de Bourgogne

Vous déambulerez sur les pavés anciens à travers le centre historique de Genève et découvrirez :  l’Hôtel de Ville, siège de la vie politique cantonale et municipale depuis plus d’un demi-millénaire, la place du Bourg-de-Four, la maison natale de Jean-Jacques Rousseau, la Maison Tavel qui est le musée d’histoire de Genève, le Musée Fondation Zoubov, le Musée Barbier-Mueller, le lieu de résidence de Jean Calvin : la maison dans laquelle il a habité fut détruite en 1706 et a été remplacée par l’immeuble actuel.

Le lieu de résidence de Jean Calvin

L’auditorium de Calvin

Collège Calvin

Les quatre réformateurs, le Mur des Réformateurs Calvin, Farel, de Bèze et Knox

Et encore le Bastion Saint-Antoine, l’Église luthérienne, la tour Baudet, l’ancien arsenal, le mur des Réformateurs, le temple de la Fusterie, le temple de la Madeleine, la Fondation l’Abri, le Musée d’art et d’histoire, le Cabinet d’arts graphiques.

La Madeleine

Le Temple de la Fusterie

(Source et plus d’informations : www.geneve.ch)

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Hans Rudolph Manuel Deutsch, première véritable représentation de Genève, vers 1550. AEG Archives privées 247/1/91

La Rhône,  l’Arve et Neptune

L’ Hôtel de Ville

Impressions de Vienne

Impressions du musée romain, Saint-Romain-en-Gal 

Pourquoi la Suisse ?

Why Switzerland ? de Jonathan Steinberg (Cambridge, 3e édition, 2015)  est une étude approfondie de sept siècles d’histoire, de politique, de religion, de culture, d’économie et de valeurs qui ont façonné le pays et ses cantons et en ont fait ce qu’ils sont : non pas une île, mais une oasis au cœur de l’Europe ; ou comme l’écrit Steinberg :

« Why Switzerland ? se compose de deux parties : pourquoi y a-t-il la Suisse ? Et pourquoi devrait-on s’en soucier ? La réponse à la première question est claire, et est l’objectif principal de ce livre : une étude détaillée de la création d’un petit État, unique et prospère, sur une période de sept siècles, et du comment et pourquoi cela a fonctionné. La réponse à la seconde question est l’autre face de la réponse à la première. Ce petit pays représente l’expérience la plus poussée et continue des forces et des limites de la démocratie. La Suisse compte, pour tous ceux qui préfèrent la démocratie ».

Vevey, le 29 Juillet 2019. Photo: TES

Stéréotypes et faits

Nombreux sont les stéréotypes et les faits concernant la Suisse (et ses habitants). A chaque fois que le pays est cité dans la presse étrangère, il s’agit invariablement des avoirs juifs de la Seconde Guerre mondiale, du secret bancaire, de l’argent noir ou criminel, de l’introduction tardive du suffrage féminin (1971), de l’interdiction des minarets (2009) ou de la fixation de quotas pour les migrants (2014). Récemment, l’application de la neutralité dans le cas d’une fourniture indirecte d’armes à l’Ukraine a pu y être ajoutée.

Cet article ne traite pas de ces faits. Il entend tout de même les replacer dans la perspective des évolutions historiques, sociales et politiques séculaires, de la démocratie directe, de la politesse quasi proverbiale des Suisses au quotidien et du respect de la vie privée.

Pays de refuge

La Suisse a été un pays d’émigration jusqu’en 1848. Parallèlement, elle a toujours été un lieu de refuge :pour les huguenots, les humanistes et les intellectuels du XVIe au XVIIIe siècles ; pour les révolutionnaires et anarchistes d’une part, monarques et aristocrates d’autre part, au XIXe siècle ; pour les pacifistes, militants anti-guerre (le mouvement artistique Dada à Zurich, par exemple) et réfugiés à partir de 1914.

Au XIXe siècle, le chancelier autrichien Klemens Von Metternich (1773-1859) qualifiait le pays de refuge pour républicains et anarchistes. La Suisse était le mouton noir des monarchies européennes qui l’entouraient.

On parlait même d’une possible invasion, afin de mettre fin à sa politique trop libérale. Ces plans ne se concrétisèrent pas, car le pays et ses cantons (qui décident finalement du droit de séjour) ont parfois cédé pour empêcher de nouvelles provocations.

Suffrage féminin 

L’introduction tardive du suffrage féminin est également plus compliquée que l’année 1971 ne le suggère. Les femmes pouvaient étudier dans les universités suisses dès 1867, et réclamaient déjà (ainsi que certains hommes) le droit de vote.

En 1869, Marie Vögtlin (1845-1916) devint la première femme en Europe à étudier la médecine. Emilie Kempin-Spyri (1853-1901), la nièce de l’écrivain Johanna Spyri (1827-1901), auteur de Heidi (1881), obtint son doctorat en 1887, devenant la première Frau Doktor par sa thèse en Europe.

Marie Vögtlin (1845–1916). Photo: Wikipedia

Les femmes étaient également impliquées dans toutes sortes d’organisations sociétales. Jusqu’en 1918, leur droit de vote et leur statut juridique ne différaient pas des autres pays européens, à l’exception des pays nordiques.

Puis vint la Première Guerre mondiale et le déploiement des femmes en remplacement des hommes dans les nations belligérantes. En 1918, cette nouvelle position sociale ne pouvait plus être renversée, et les gouvernements introduisirent le suffrage féminin sans s’embarrasser de référendums.

Les femmes n’avaient pas remplacé les hommes dans la Suisse neutre. Il y eut bien des initiatives fédérales et des référendums cantonaux en faveur du suffrage féminin, mais ceux-ci ne réussirent pas à convaincre suffisamment de votants et de politiciens, exclusivement masculins, ni au niveau cantonal, ni au niveau fédéral.

Ce résultat aurait-il été différent dans d’autres pays ? En outre, la majorité des cantons (petits et ruraux) s’opposèrent au droit de vote pour les femmes au niveau national jusqu’en 1971, et même, dans un cas, jusqu’à une décision de la Cour suprême (Bundesgericht) en 1991.

Depuis son introduction, en revanche, les femmes ont consolidé leur position. La première femme « présidente » ou prima inter pares du gouvernement fédéral a été nommée en 1999. Le nombre et la qualité des femmes politiques suisses sont également élevés. Jusque dans les années 1950 et 1960, le statut juridique des femmes suisses (mariées) n’était ni plus ni moins incapacitant que dans d’autres pays européens.

Jean-Baptiste Isabey (1767-1855), le Congrès de Vienne. Photo: Wikipedia

Neutralité

Qu’en est-il des relations de la Suisse neutre avec l’Allemagne avant et après la chute de la France en juin 1940 ? La Suisse fut trop restrictive dans l’admission des réfugiés juifs avant et après 1940 : le pays en a encore honte aujourd’hui, même s’il y eut aussi des fonctionnaires, des citoyens et des sauveteurs « désobéissants », et même si l’opinion publique rejetait cette politique.

La Suisse ne fut pas non plus le seul pays à adopter cette attitude restrictive. Reste que le « J » apposé dans les passeports des ressortissants juifs à partir de 1939 à la frontière était moralement condamnable et un signe (volontaire) de lâcheté afin de plaire au voisin.

Le pays et ses usines ont fourni (indirectement) des armes à l’Allemagne, et l’Allemagne a placé son or et son argent (pillés et volés) sur des comptes bancaires suisses. Mais quelle était l’alternative ? Le pays était encerclé par des dictatures agressives.

Bien que le pays fut lourdement armé et aurait probablement opposé une résistance farouche dans sa forteresse alpine (Réduit), il lui aurait été impossible de résister longtemps. La devise était de survivre, en faisant des compromis et des arrangements si nécessaires. A cet égard, la Suisse ne différait pas des autres pays neutres (la Suède, par exemple) ni des industries et bureaucraties des pays occupés.

Il est toujours aisé de juger rétrospectivement. Dans tous les cas, il n’y eut jamais de réel mouvement politique en faveur ni du dictateur italien et de son Irredentismo au Tessin, ni du dictateur allemand et de son Heim ins Reich en Suisse alémanique. Suisses romands et alémaniques étaient unis dans leur rejet des ambitions allemandes et italiennes.

De plus, le 20 avril 1939, la Suisse fut le seul pays à ne pas envoyer de délégation officielle au défilé d’anniversaire du Führer à Berlin, en signe de protestation contre l’invasion de la Tchécoslovaquie en mars 1939. D’un point de vue moral, le pays n’était pas neutre.

La neutralité est aujourd’hui âprement discutée en raison de l’invasion de l’Ukraine. Les débats publics et parlementaires battent leur plein. La neutralité n’est pas une fin en soi et des circonstances différentes exigent des applications différentes.

La neutralité de 1815 n’était et n’est pas la neutralité de 1914-1918, 1939-1945, 1948-1989 ou 2022. Les politiciens, espérons-le, ne referont pas en 2022 les mêmes erreurs dans le vain espoir d’apaiser un autre dictateur.

Ligne des Toblerones, Einsiedeln (Canton de Schwyz). Photo: TES.

Secret bancaire

La gestion des avoirs juifs (non réclamés) après 1945 est liée au principe du secret bancaire, vieux de plusieurs siècles. De nombreux titulaires de comptes et leurs familles n’ayant pas survécu, les parents éloignés n’étaient souvent pas au courant de l’existence de ces comptes, et le secret bancaire, la bureaucratie et les problèmes juridiques en empêchaient l’accès.

Aurait-il pu en être autrement ? Oui, mais le secret bancaire était sacro-saint et n’avait pas été conçu pour cette situation. Cela s’applique aussi de nos jours à l’argent noir ou aux avoirs des dictateurs et (autres) criminels.

Pecunia non olet vaut également pour la Suisse. De nombreux ajustements et réformes ont déjà été réalisés ou sont en cours. Pourrait-on progresser plus rapidement? Sans aucun doute, mais là aussi, la Suisse ne fait pas exception.

Référendum et initiative populaire

Cela s’applique également aux résultats de certains référendums ou initiatives populaires. Les citoyens s’inquiètent de certaines évolutions et, en Suisse, peuvent l’exprimer directement. Est-ce toujours juste ? Non, mais les décisions des politiciens professionnels ne le sont pas non plus, et il le serait encore moins d’ignorer les problèmes ou d’éviter le débat public et politique.

L’organisation politique (Voir aussi Constitution, Démocratie et Cantons)

La démocratie directe ; le modèle fédéral ; l’organisation décentralisée du pays ; la Constitution unique de 1848 et ses sept ministres obligatoires; le système de concordance (Konkordanzsystem) et la formule magique (Zauberformul) dans la formation du gouvernement ; la relation particulière entre parlement et gouvernement et l’égalité de la première et de la deuxième chambre du parlement national ; la combinaison du scrutin majoritaire (Majorzsystem) ou élection à la majorité absolue des individus pour les élections de la deuxième chambre (sénat) et des organes exécutifs des cantons et des communes, et au scrutin proportionnel (Proporzsystem) ou représentation proportionnelle lors des élections des parlements municipaux, cantonaux et nationaux (première chambre) ; la ‘présidence’ tournante ou prima inter pares du gouvernement fédéral, forment le fondement de la stabilité politique et sociale.

Le citoyen est le souverain.

Cependant, l’atout le plus important du modèle suisse reste le citoyen. Le citoyen est le souverain absolu (sauf en cas d’état d’urgence) et, avec les cantons, il est le fondateur de la Fédération, le gardien de la Constitution et le législateur suprême, sauf si des pouvoirs ont été transférés à la Fédération par les citoyens et les cantons – auquel cas il lui reste toujours la possibilité d’un référendum contraignant.

L’engagement politique du citoyen se traduit par son engagement sociétal. Elle s’exprime, entre autres, dans le fonctionnement des institutions politiques et démocratiques nationales, cantonales et communales ainsi que celui du système de milice (Milizsystem); dans le respect de la nature, des agriculteurs, des artisans et des règles (de circulation) ; dans la politesse au quotidien, dans l’étonnante et impressionnante créativité scientifique, industrielle et intellectuelle impressionnante et dans la puissance d’innovation qui définit le pays.

Conclusion

Steinberg écrit :

«Les Suisses ont toujours trouvé le moyen de faire face aux menaces que chaque siècle faisait planer sur leur mode de vie. Ils l’ont fait parce que leur détermination à survivre et à préserver la «Suissitude» ne dépendait pas de leur volonté, mais d’une manière d’être, d’un ensemble de valeurs et d’habitudes si profondément enracinées que la plupart des Suisses ignorent presque à quel point ces valeurs sont puissantes.

Vivre ensemble était plus important que d’avoir raison. La Suisse ne peut pas être un modèle pour les autres pays car son histoire ne peut pas être reproduite, mais elle peut encourager d’autres sociétés. Pendant plus de sept siècles, elle a réussi à faire face à ses problèmes et, ce faisant, elle a élargi, et non resserré, la sphère d’activité du peuple souverain ».

Et c’est pourquoi la Suisse. La véritable Union européenne démocratique de vingt-six républiques souveraines (et séculaires, multilingues, innovantes, cosmopolites).

Traduction:Lars Kophal, journaliste et rédacteur

Espace Rousseau Neuchâtel

La Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel, située dans le collègue latin, abrite une salle d’exposition permanente, associant nouvelles technologies et archives, dédiée au célèbre écrivain et philosophe, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) dont elle possède un fonds d’archives unique au monde.

Jean-Jacques Rousseau fut un véritable pionnier et est encore un leader d’opinion de la littérature par une œuvre très variée, mais cohérente. Sont considérés comme des textes plus purement littéraires : La Nouvelle Héloïse (1761), Les Confessions (1765) et les Rêveries du promeneur solitaire (1776).

En plein siècle des Lumières, mouvement littéraire, culturel et philosophique du XVIIIème siècle, pour retrouver la simplicité naturelle de l’homme, il préconisa de réformer les structures politiques et sociales, l’éducation, les mœurs, le droit et la religion. Le Discours sur les sciences et les arts (1750) et le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755) lui ont conféré sa notoriété.

Les ouvrages Emile ou De l’éducation (1762) et Du Contrat social (1762) suscitant une grave polémique, il fut contraint à l’exil et se réfugia à Neuchâtel, à cette époque une principauté prussienne.

La musique occupa une place prépondérante dans la vie et l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau. Il proposa – déjà en 1742 – un nouveau système de notation musicale (il s’agissait de noter la musique plus commodément en substituant des chiffres aux notes). En 1749, il rédigea plus de 400 articles sur la musique pour l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, il composa des opéras et exerça une activité intense de copiste musical.

C’est lors de son séjour dans la principauté de Neuchâtel (1762-1765) qu’il se passionna pour la botanique. Il constitua plusieurs herbiers et proposa un système simple de classification des végétaux, basé sur les caractéristiques morphologiques de la fleur.

L’Espace Rousseau Neuchâtel présente au public un parcours à travers la vie et l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau, en s’appuyant sur des documents conservés dans le fonds de la Bibliothèque.

Il permet de mieux comprendre les relations qu’il a entretenues avec ses contemporains, l’impact de son œuvre sur son époque et son influence jusqu’à aujourd’hui. Un accent particulier a été porté sur le séjour de Jean-Jacques Rousseau à Neuchâtel.

(Voir aussi : Môtiers (Jean-Jacques Rousseau s’installa dans ce village le 10 juillet 1762) ; Musée Jean-Jacques Rousseau et Maison Rousseau et littérature à Genève (sa ville natale) ; L’île Saint-Pierre (il s’y réfugia le 12 septembre 1765) et Couvet (il fut reçu communier de ce village le 1er janvier 1765).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

 

La douce Suisse

Lors d’une balade entre Bevaix et Auvernier (canton de Neuchâtel), en empruntant le sentier du lac qui longe la rive nord du lac de Neuchâtel, vous découvrirez de magnifiques villages – Bevaix, Cortaillod, Colombier, Corcelles, Cormondrèche, Boudry, Auvernier – qui ont conservé une grande partie de leur charme et de coquettes plages.

L’abbaye médiévale de Bevaix se dresse sur une colline, transformée en ferme au XVIème siècle, avec des caves, deux granges, une étable et un pressoir, après la Réforme protestante vers 1530.

Le Jura

Les premiers kilomètres du sentier du lac se situent entre lac et vignoble dans un cadre naturel animé par le chant des oiseaux. Franchi le port du Petit-Cortaillod, on perçoit le passé manufacturier de la région, avant d’enjamber l’Areuse.

Les derniers kilomètres offrent un petit goût de Méditerranée avec des plages, des pins et des maisonnettes d’été privatisées.

La Grand-Rue du bourg d’Auvernier témoigne de l’architecture vigneronne entre le XVIème et le XVIIIème siècle : façades colorées et encadrements de pierre jaune, cours pavées lui procurent tout son cachet.

Les vignobles sont bordés de rosiers, sensibles à des souches de maladies ou d’insectes similaires ou identiques à ceux de la vigne, et donc susceptibles de prévenir certaines attaques par des organismes ravageurs de la vigne.

Le sentier du lac – pédestre – ainsi que les pistes cyclables vous mènent aux plus beaux endroits de ce parcours de moins de 15 kilomètres.

(Source: www.j3l.ch).

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.

Boudry et le Château de Boudry

Auvernier, le baie d’Auvernier et Mont Blanc 

Cormondrèche

Les Jours d’Art à Bâle.

Du 1er au 4 septembre 2022, la nouvelle édition des Kunsttage Basel se déroulera à Bâle et dans ses environs.

Cette année encore, l’événement rendra l’art moderne et contemporain accessible à un large public. Quelque 55 musées, galeries, espaces d’exposition et autres lieux y participeront.

Les Kunsttage Basel ont pour objectif de rendre visible la diversité artistique et culturelle de la région de Bâle.

(Plus d’informations: Kunsttage Basel)