Délimitation des frontières au sein de la Confédération
3 mai 2026
Les frontières extérieures de la Confédération suisse sont restées presque inchangées depuis 1815. L’intervention de Napoléon avait profondément modifié ces frontières, mais le Congrès de Vienne (1814/1815) a confirmé l’indépendance et il a entériné les frontières de la nouvelle Confédération.
En 1819, Rhäzuns, dernier territoire autrichien à l’intérieur de la Confédération, est devenu une partie intégrante du canton des Grisons. Le roi de Prusse a finalement renoncé, en 1857, de manière formelle, à la principauté de Neuchâtel, qui était depuis 1815 un canton de la Confédération et, depuis 1848, officiellement une république.
Pourtant, il subsiste encore deux enclaves étrangères au sein de la Confédération suisse : Campione dans le canton du Tessin et Büsingen dans le canton de Schaffhouse. La dernière extension du territoire de l’État fédéral suisse concerne le village de Cavaione (canton des Grisons) qui, pendant longtemps, se trouvait sans appartenance territoriale clairement établie.
Magden, Buus, Wintersingen and Maisprach
Les changements à l’intérieur de la Confédération et entre les cantons sont, en revanche, d’autant plus dynamiques. La mosaïque de communes relevant de cantons différents (Vaud, Berne, Fribourg) dans la région des trois lacs, ainsi qu’au sein des cantons de Soleure, de Bâle-Campagne et d’Argovie, témoigne d’un processus historique en pleine effervescence. La création du canton du Jura en 1979 et, plus récemment, le rattachement de Moutier au canton du Jura, s’inscrivent également dans ce processus pluriséculaire.
Un exemple typique est la formation de la frontière entre des villages ancestraux au pied du Sonnenberg. Après la conquête de l’Argovie par les Suisses en 1415, le Fricktal est demeuré jusqu’en 1803 en possession des Habsbourg d’Autriche. En divers endroits, on trouve encore des bornes frontières de l’Autriche habsbourgeoise, ainsi que celles de Berne, de l’évêché et de la ville de Bâle. C’est que, pendant des siècles la ville de Bâle et l’Autriche se sont disputé la possession du Sonnenberg.
Le Sonnenberg
Le 13 juillet 1461, la ville de Bâle a acquis les villages de Buus, Wintersingen et Maisprach, issus de l’Amt de Farnsburg des comtes de Falkenstein. Ce territoire constituait une sorte d’enclave à l’intérieur du Fricktal. Le Sonnenberg a longtemps appartenu à un bourgeois de la commune de Maisprach. Celui-ci a vendu le Sonnenberg à l’Autriche au XIVe ou au XVe siècle, en tout cas avant 1461, ce qui a permis à l’Autriche de fixer ainsi la frontière du Fricktal.
Bâle a cependant contesté cette frontière et, de plus, une partie des villages de Buus et de Wintersingen se situait dans le Fricktal. Le différend juridique entre Bâle et l’Autriche a duré de nombreuses générations, et ce n’est qu’en 1689 qu’un accord a été trouvé : le Sonnenberg a été scindé en deux.
En raison de cette histoire, les villages de Buus, Maisprach et Wintersingen ont adhéré en 1529 à la Réforme de Bâle ; Magden (Fricktal) est toutefois resté catholique. Une anecdote raconte qu’ensuite, les jeunes de Buus, Maisprach et Wintersingen préféraient assister aux joyeuses fêtes catholiques de Magden plutôt qu’aux réunions protestantes, au grand mécontentement des pasteurs et des notables.
Et pourtant, 1815 n’a en rien marqué la fin de l’histoire de ces villages. Magden, canton d’Argovie depuis 1803, et Buus, Maisprach et Wintersingen (canton de Bâle) ont encore connu un grand changement : la division du canton de Bâle en 1833.
À partir de 1833, Buus, Maisprach et Wintersingen ont relevé du canton de Bâle-Campagne (Maisprach, soit dit en passant, soutenait la ville de Bâle et non les séparatistes).
Et même alors, la situation n’était pas entièrement claire : certaines parties du territoire des communes de Buus et de Wintersingen se trouvaient en effet dans le nouveau canton d’Argovie. Ce n’est qu’en 1893 que ce dernier conflit a été résolu : Buus et le canton de Bâle-Campagne ont acquis les territoires de Neu et d’Eigenried, tandis que Wintersingen, en revanche, a perdu définitivement Iglingen au profit du canton d’Argovie.
Conclusion
Depuis lors, l’héritage des Habsbourg d’Autriche a été réglé à l’amiable. Ce processus a tout de même duré près de cinq siècles. Mais peut‑être constitue‑t‑il un miroir permettant de mieux comprendre, ou, à tout le moins, de mieux connaître, d’autres conflits en Europe et au‑delà.
Révision: Andrea Zollinger, rédactrice
