Ftan, la contredanse française et l’Institut alpin
20 janvier 2026
Sur une terrasse ensoleillée de la Basse-Engadine (canton des Grisons) se trouve le village de Ftan, en réalité deux Ftans : Ftan Pitschen (le petit Ftan) et Ftan Grond (le grand Ftan). Son territoire s’étend loin dans la région de la Silvretta, jusqu’à la frontière avec le Paznaun autrichien, avec le col du Futschöl et l’Augstenberg culminant à 3230 mètres, également appelé Piz Blaisch Lunga.
L’importance du col du Futschöl s’est confirmée lorsque des archéologues ont découvert des traces de populations préhistoriques, dont les plus anciennes remontent à environ 10’500 ans. L’époque romaine est également attestée par des découvertes qui prouvent l’utilisation très précoce des alpages.

Le cœur médiéval de ces histoires se retrouve dans les querelles séculaires avec la commune voisine d’Ardez au sujet des prés et des pâturages ainsi que de l’accès au col du Futschöl, qui représentait la meilleure voie pour la transhumance estivale et la descente des alpages.

Au Moyen Âge, la Basse-Engadine se trouvait au carrefour des comtes du Tyrol, des Habsbourg, de l’évêché de Coire et des monastères de Marienberg (Tyrol du Sud) et de Müstair. En 1652, la vallée acheta sa liberté.


La seule maison épargnée par toutes les guerres, incendies et avalanches est la maison Florineth n° 97; sa structure date de 1582.
Ftan fut souvent frappé par des avalanches (1682, 1720 et des menaces actuelles), des incendies (1723, 1784 et 1885) et des guerres (1499, guerre d’Engadine ou des Souabes, 1622, troubles des Grisons 1619-1639).
Certains habitants de Ftan ont choisi une carrière militaire et ont acquis la prospérité au service de la France ou des Pays-Bas. Jon Peider Schmid de Grüneg servit dans le régiment grison des Salis auprès du roi de France et atteignit le grade de lieutenant-colonel.
Son cousin, Martin Peider Padrotsch Schmid von Grüneg, servit également dans ce régiment et écrivit les « Contredanses françaises ». Ainsi, la « Haute Culture » arriva en Engadine.
Augustin de Saint-Aubin (1736-1807), gravure de 1774, La contredanse française. Les danses étaient une part importante de la culture éducative de la société aristocratique. Les principales danses de société de la cour française et de la riche bourgeoisie à la fin du XVIIIème siècle étaient la contredanse et le menuet. (Source: Erika Schneiter, « Contredanses statt Orden: die „Contredanses françaises“ des Martin Peider Padrotsch Schmid von Grüneg zu Ftan », dans Bündner Monatsblatt, n° 5, 1992).
D’autres habitants de Ftan se sont tournés vers les métiers de cafetier ou de pâtissier et ont fondé ou acquis des commerces en Italie, en Europe du Nord et de l’Est, notamment à Berlin, Copenhague, Dantzig, Königsberg, Breslau, Moscou ou Saint-Pétersbourg.
Le chemin de fer rhétique ouvrit une gare en 1913. La mise en service du télésiège et du téléski en hiver 1970 entraîna un nouvel essor du tourisme hivernal. L’arrière-Val Tasna, avec ses alpages, est aussi un paradis pour la randonnée et les vacances d’été.

La majorité des douze lacs de Ftan se trouve au-dessus de la limite des forêts. Ils sont issus des glaciers de l’ère glaciaire précédente. Le plus connu est le Lai da Minschun. Un sentier de randonnée aboutit à la station supérieure de Motta Naluns.
La Fondation Muglin da Ftan préserve le moulin d’importance culturelle du XVIIème siècle.

Après la prise des Tuileries à Paris, à l’automne 1792, le pasteur Andrea Rosius à Porta (1754–1838) retourna dans son village natal, Ftan, où il prépara l’ouverture d’une école. Le 1er octobre 1793, il put ouvrir son Institut à Porta. Il enrichit l’enseignement grâce à son propre manuel romanche « Il magister amiaivel ».
En raison de la concurrence des écoles publiques, l’institut dut fermer en 1869. Mais un demi-siècle plus tard, un nouvel institut ouvrit ses portes. L’Institut alpin de Ftan s’est spécialisé dans la promotion des talents. En 1993, année du jubilé, l’internat fut également créé et le nom changé en « Institut alpin / Institut otalpin Ftan ».
(Source et plus d’informations: P. E. Grimm, J. Wirth, Ftan, Scuol, 2016)






