Pyramides, Ossona, Evolène, Triton Alpestre und Marie Métrailler im Val d’Hérens Val d’Hérens. Foto/Photo: TES

Pyramides, Ossona, Evolène, Triton Alpestre et Marie Métrailler au Val d’Hérens

Le nom Valais (en français) ou Wallis (en allemand) est dérivé du mot latin  Valles. Lors de la conquête du territoire actuel de la Suisse entre 15 et 13 av. J.-C. (Genève, terre des Allobroges, une tribu celtique, alors appelée Genava, avait déjà été conquise en 120 av. J.-C.), quatre tribus celtes peuplaient le Valais : les Nantuates, les Veragers, les Seduniens et les Uberiens. Certains noms de lieux actuels font encore parfois référence au passé celtique et romain de cette région.

Evolène

Le village d’Evolène

Le village d’Evolène, par exemple, doit son nom au mot celtique « evo » ou « aua » (eau) et au mot latin « lenis » (calme), signifiant « eau calme ». Ce phénomène de culture celtique-romaine composite (acculturation) est observable dans toute la Suisse sous le nom de culture gallo-romaine.

Seuls le rhéto-romanche dans les Grisons (également conquis par Rome vers 13 av. J.-C.) et la culture romaine au Tessin (conquis par Rome au IIe siècle av. J.-C.) font exception à cette règle.

Le Val d’Hérens

Le dicton « Nomen est omen » s’applique parfaitement au Valais. Non seulement le Rhône se fraye un chemin, entre les montagnes, depuis le col de la Furka jusqu’au lac Léman, mais on trouve également de part et d’autre diverses vallées, parfois dominées de sommets s’élevant à plus de 4 000 mètres.

Le Rhône

Le val d’Hérens en est un exemple. Non loin de l’ancienne ville épiscopale de Sion (Sitten en allemand), il abrite la commune d’Evolène, mais aussi celle d’Hérémence et sa célèbre église Saint-Nicolas datant de 1971.

Les Pyramides d’Enseigne sont toutefois bien plus anciennes. Ces pyramides sont même bien plus anciennes que les célèbres pyramides égyptiennes et elles, elles ont été façonnées par la nature.

À quelques kilomètres d’Hérémence se trouve une autre création de l’homme : le barrage de la Grande Dixence. La hauteur du barrage est de 285 mètres. Cette gigantesque masse de béton, le lac de retenue et la centrale hydroélectrique datant de 1961 constituent l’une des plus grandes réalisations au monde dans ce domaine.

Arolla et l’Évêque

Arolla, dernier village avant la frontière italienne dans le Val d’Hérens, est célèbre non seulement pour Notre-Dame-des-Hauts-d’Arolla, mais aussi pour ses glaciers, le Mont Collon et le Grand Hôtel & Kurhaus d’Arolla. La rue principale d’Arolla s’appelle la rue de l’Évêque. Ce n’est pas un hasard.

Grand Hôtel & Kurhaus d’Arolla

Ce nom fait non seulement référence au mont de l’Évêque, mais aussi à la proximité de l’évêque de Sion. Ce puissant prélat, avec ses édifices religieux et séculiers, a été pendant des siècles l’un des principaux propriétaires fonciers et souverains du Valais.

De plus, en collaboration avec les sept dizains (Zehnden ou Zenden en allemand)  du Haut-Valais, il s’est emparé en 1474 du Bas-Valais, alors aux mains du duc de Savoie. C’est notamment pour cette raison que ce duché n’a pas été en mesure d’aider son allié, le duc de Bourgogne, lors des guerres de Bourgogne (1474-1477). Le Haut-Valais germanophone a ensuite administré le Bas-Valais francophone jusqu’en 1798, en tant que territoire sujet.

La nature

La flore, la faune, les ruisseaux, les vallées, les prairies, les lacs de montagne et les forêts d’Hérens ne sont pas seulement impressionnants par leur diversité. Ils offrent aussi des rencontres avec la nature dans toute sa splendeur : des roses des Alpes au triton alpestre dans les lacs de montagne, en passant par la vache d’Hérens, sans oublier des panoramas d’une beauté saisissante.

Les combats entre vaches, dont la « Reine des vaches » sort vainqueur, sont, en Valais, des événements annuels relativement respectueux des animaux.

 

Lac bleu

Lac d’Arbey

Il s’agit d’établir une hiérarchie naturelle entre les vaches. Chaque vallée organise ces événements au printemps, et ils ont le même statut que l’« Alpabzug » ou la « désalpe » en septembre.

Et l‘homme

L’homme a, lui aussi, laissé ses traces au fil des siècles. Aujourd’hui, le Valais et ses vallées sont facilement accessibles. Il en allait tout autrement jusqu’à l’avènement du tourisme au XIXe siècle.  La nature était certes belle, mais jusqu’au XIXème siècle, elle était aussi source de sécheresse, de mauvaises récoltes, de froid, de chaleur, d’avalanches et d’inondations.

Mais l’homme, plein d’ingéniosité, a su s’adapter aux circonstances.  Des suonen ou bisses (canaux d’irrigation), des granges pour stocker le blé et d’autres récoltes en prévision des périodes difficiles, ou encore la construction de maisons en pierre sur les versants des montagnes pour se protéger des avalanches et en bois de l’autre côté.

Marie Métrailler

Au cœur de cette nature, l’homme n’a pas seulement vécu, il a aussi créé. C’est presque un pléonasme d’affirmer que chaque village suisse possède une personnalité et un patrimoine historique ou culturel important.

C’est notamment le cas dans la vallée voisine d’Anniviers, ainsi que dans la vallée d’Hérens. L’une des personnalités qui frappe le plus l’imagination est Marie Métrailler (1901-1979). Elle était issue d’une famille d’enseignants d’Évolène, avec une mère très pieuse (catholique) et un père libéral.

Son père l’a soutenue dans son développement intellectuel, mais l’esprit du temps et les obligations familiales ont rendu impossible la poursuite de ses études. Elle a travaillé comme tisserande et a créé en 1938 son atelier de tissage, qui employait environ 250 femmes vers 1950! Dans un village du Valais, une femme entrepreneure était à l’époque une véritable exception.

Son succès commercial lui a toutefois permis de poursuivre son développement intellectuel, d’adopter une attitude critique à l’égard de l’Église et de lutter contre la discrimination dont les femmes souffraient. Elle vendait les produits de son atelier de tissage non seulement en Valais et dans d’autres cantons, mais les exportait également vers l’Italie voisine.

À Évolène, elle est également entrée en contact avec des touristes étrangers et, plus important encore, l’élite européenne de l’époque savait où la trouver. Elle est même devenue une figure emblématique et, entre autres, Marguerite de Yourcenar  (1903-1987) lui a rendu une visite pleine d’admiration.

Aujourd’hui, Évolène rend hommage à sa citoyenne la plus célèbre par la Fondation Atelier de Marie Métrailler et une route panoramique au cœur du village. Peu après son décès, en 1980, le livre La poudre de sourire  a vu le jour. Le témoignage de Marie Métrailler / Die Reise der Seele.

Die Lebensgeschichte der Marie Métrailler, telle que Marie-Magdeleine Brumagne (1920-2005) l’a consignée en collaboration avec elle au fil de nombreux entretiens. Cette biographie donne un bon aperçu de la vie d’une femme dans une vallée du Valais au début du XXème siècle et des possibilités qui pouvaient bien s’offrir à elle sur le plan personnel et social.

Outre cette personnalité et son atelier, le village (inscrit sur la liste des plus beaux villages de Suisse) a bien d’autres atouts à offrir, notamment des maisons valaisannes, des hôtels accueillants, une vue sur la Dent Blanche et de nombreuses possibilités de randonnées.

Lannaz

Evolène

Euseigne

Les Haudères

La Sage, Saint-Christophe

La Sage

Saint-Martin

Dans le Valais, majoritairement catholique, les chapelles et les églises ne sont d’ailleurs jamais loin, et un Dona nobis pacem est toujours un moment inspirant. Plusieurs villages de la vallée méritent le détour, notamment Les Haudères, La Sage, Villaz, La Forclaz, Euseigne, Saint-Martin, Luette ou Vex.

Ossona

Ossona mérite toutefois une mention particulière. Vers 2005, ce village était littéralement déserté. Par la suite, grâce au soutien financier des autorités fédérales et cantonales, on a réussi à redonner vie au village grâce à une agriculture durable, à une auberge et à quelques habitants permanents. Il n’est pas surprenant que le village ait été abandonné en 2005. Il est situé sur le versant de la gorge profonde de la rivière tumultueuse Borgne.

Les deux ponts suspendus

 Passerelle des Gorges de la Borgne, 76 m. 

Passerelle de la Grande Combe. 133 m.

Deux ponts suspendus assurent aujourd’hui la liaison depuis Euseigne, tandis qu’une route sablonneuse constitue l’autre lien avec le monde extérieur. L’expérience semble toutefois porter ses fruits et le village dispose même à nouveau d’une aire de jeux pour enfants!

Conclusion 

Le climat chaud et sec des mois d’été crée les conditions propices à la flore et à la faune méditerranéennes du Valais. Les hivers, en revanche, étaient autrefois froids, enneigés et longs. L’influence de l’évêque et de l’Église catholique était, et reste encore dans une moindre mesure, très présente.

Vex

Pour la construction de la grande église Saint-Nicolas, au cœur du petit village d’Hérémence, l’évêque n’avait par exemple pas besoin, à l’époque, de l’autorisation du conseil municipal, et encore moins de consulter les habitants ou de tenir compte de leurs objections. Heureusement, avec le recul, c’est une église extraordinaire.

C’est toutefois en partie grâce à des personnalités telles que Marie Métrailler que des changements sont possibles et que ceux-ci commencent à un niveau micro, personnel, selon une approche ascendante. Le modèle suisse est incompatible avec celui de l’Union européenne.

Notamment en ce qui concerne le respect de la nature et de l’environnement. À cet égard, le Valais, comme pratiquement toute la Suisse, fait preuve d’une bonne mentalité et d’une bonne approche à l’échelle micro.

Partout, on trouve des cultures et des jardins biologiques (d’herbes aromatiques), des panneaux d’information, des règles de conduite, des réserves naturelles plus ou moins étendues, ou encore des ruches.

Bien que les vaches d’Hérens soient elles aussi destinées, en fin de compte, à la consommation humaine, il n’est pas exagéré d’affirmer qu’une vache suisse (à l’exception peut-être de la vache indienne) jouit de la meilleure qualité de vie qui soit. Cette vallée du Valais illustre, elle aussi, une qualité suisse particulière : l’engagement et l’innovation, tout en préservant des traditions et des structures précieuses.

(Source et plus d’informations: Val d’Hérens)

Impressions du val d’Hérens