Le diable et l’ange, la gorge du Diable et le monastère de Schöntal
22 mai 2026
La haine et l’amour, le bien et le mal, le diable et l’ange, le canton de Bâle-Campagne et le canton de Soleure se confondent parfois sans transition. C’est aussi le cas de l’ancien monastère de Schöntal près de Langenbruck, dans le canton de Bâle-Campagne, et, quelques kilomètres plus loin, de la Tüfelsschlucht (gorge du Diable) dans le canton de Soleure.

La Tüfelsschlucht près de Hägendorf
Cette gorge porte parfaitement son nom. Des cascades sauvages, des grottes, des sentiers étroits et sinueux, presque pas de soleil, des corbeaux croassants, des arbres grinçants et d’autres bruits de la forêt composent le décor. Jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, de tels endroits étaient le domaine des brigands, des vagabonds et des loups.

On ne partait pas encore en randonnée à cette époque. On ne traversait une forêt, et encore moins une Tüfelsschlucht, que lorsqu’il n’existait pas d’autre chemin de voyage. On traversait une forêt, et encore moins une Tüfelsschlucht, seulement s’il n’existait pas d’autre chemin de voyage.

Pourtant, cette gorge a, elle aussi, une fin et débouche sur un paysage de prairies vallonnées avec un ancien sanatorium et un ancien restaurant. Cette région n’était cependant habitée ni uniquement par des moines ni par le diable, mais aussi par des forgerons. Les anciens fours médiévaux du Düsteltal en témoignent.




L’ancien sanatorium sur l’Allerheiligenberg

L’ancien Restaurant sur l’Allerheiligenberg

Le Düstelberg
Le Düstelberg est l’une des dernières zones forestières intactes du canton de Bâle-Campagne. Depuis le début du siècle dernier, la majeure partie de cette zone est restée inutilisée et intacte.

Gastwirtschaft Dürstel
Le résultat est une forêt naturelle riche en vieux bois et en bois mort, en arbres à cavités, ainsi qu’en flore et en faune variées. Le Düstelberg est une réserve forestière cantonale.

Rekonstruktion: Joe Rohrer, Bildebene.ch
Les fours du Düsteltal
Dans le Dürsteltal, dans la région de Langenbruck, il existait aux XIIIème et XIVème siècles deux fours. Des traces d’extraction et de transformation du fer en apportent la preuve. Aujourd’hui encore, on peut observer sur le terrain des traces de la sidérurgie médiévale, par exemple des scories. Les deux fours appartiennent à deux types différents: un grand bas fourneau et un haut fourneau.
Le bas fourneau, fréquent dans le Jura, produisait du fer malléable par procédé direct. Le haut fourneau était équipé d’un soufflet et fonctionnait grâce à la force hydraulique. C’est pourquoi l’installation se trouvait près du ruisseau. Ce four produisait exclusivement du fer par un procédé indirect. La fonte était ensuite retravaillée dans une forge d’affinage.
Les fours du Düteltal datent d’une période de transition technologique. À partir du XIVème siècle, les hauts fourneaux s’imposent. Ils étaient déjà connus depuis la fin de l’époque romaine.
Les bas fourneaux, eux, étaient connus depuis l’âge du fer, mais les hauts fourneaux présentaient des avantages considérables. Ils atteignaient des températures plus élevées, ce qui permettait d’extraire davantage de fer d’une même quantité de minerai, et ils pouvaient fonctionner plus longtemps, ce qui augmentait encore leur efficacité. Leur inconvénient était de ne produire que de la fonte, qui devait ensuite être retravaillée.

Image : Commune de Langenbruck. Les étapes de fonctionnement d’un haut fourneau : concassage (1) et grillage du minerai, mélange du minerai, du charbon de bois et d’autres additifs (3), chargement du haut fourneau (4), soutirage de la fonte brute liquide (5) et refroidissement de la fonte brute (6).
Industrialisation précoce
Ces vestiges constituent d’importants témoignages d’une période de bouleversement technologique menant à de grandes installations, qui se sont imposées dans le Jura à partir du XIVème siècle. Le haut fourneau du Dürsteltal, daté du XIIIème siècle, est l’un des plus anciens d’Europe.
Différents indices laissent penser que ce furent les comtes de Frohburg, fondateurs du monastère de Schöntal en 1145, qui en furent à l’origine. Leur intérêt pour la production du fer s’est également manifesté au XIIIème siècle dans le Fricktal, où ils entrèrent pour cette raison en conflit avec les seigneurs de Kienberg.
Langenbruck et le monastère de Schöntal

Le monastère de Schöntal
Fin bien, tout bien. Finalement, ici aussi, le bien triomphe du mal, de sorte qu’après la gorge du Diable, on arrive à l’ancien monastère de Schöntal près de Langenbruck. Le monastère a certes été supprimé il y a longtemps déjà, mais le magnifique portail roman et le parc de sculptures contemporaines ne laissent aucune chance au diable ni au mal. Fin bien, tout bien.

Langenbruck
(Source et plus d’informations: Gemeinde Lamgenbruck; Gemeinde Hägendorf)





