Kaiseraugst, den 6. Februar 2026. Foto/Photo: TES

Un mandala sur le Rhin à Kaiseraugst

Le Musée d’art aborigène australien « La grange » à Môtiers (canton de Neuchâtel), la Fondation Opale à Lens (canton du Valais), le Musée cantonal d’archéologie et d’histoire au Palais de Rumine à Lausanne (canton de Vaud), le Musée Rietberg (canton de Zurich), le Musée Barbier-Mueller à Genève (canton de Genève), le Musée Tibet à Gruyères (canton de Fribourg) et le premier musée ethnologique d’Europe, le Musée des cultures à Bâle (canton de Bâle-Ville), ne sont que quelques exemples de l’attitude historiquement cosmopolite, de la curiosité scientifique et des nombreuses organisations de type « bottom-up » en Suisse.

Une autre caractéristique tout à fait helvétique est la discrétion, la modestie et la prudence, y compris dans la gestion de sa propre culture, de la démocratie directe et de la Constitution. Pourtant, en partie à cause d’un journalisme tendancieux, la Suisse est souvent perçue de l’extérieur de manière erronée, comme un peuple montagnard isolé qui profite des autres pays ou de l’Union européenne. En réalité, c’est précisément l’inverse qui est vrai.

La photo de deux moines bouddhistes du Népal sur la rive du Rhin en est la preuve. Des habitants de Magden (canton d’Argovie), inspirés par un voyage au Népal, ont fondé un projet typiquement suisse « bottom-up », baptisé Lo-Manthang.

Images du monastère et de l’école de Lo-Manthang et mandalas réalisés par des écoliers de Magden et Rheinfelden dans l’église réformée de Kaiseraugst

L’objectif est de soutenir les écoles de Namdo, Tsarang et Lo-Manthang (régions d’Upper Dolpo et Mustang) au Népal, près de la frontière tibétaine. Le monastère bouddhiste Choede à Lo-Manthang gère cette école. Depuis l’invasion communiste et l’occupation du Tibet en 1959 (avec environ un million de morts, d’innombrables assassinats, la persécution systématique des moines bouddhistes et la terreur ambiante), le Népal est devenu le véritable centre du bouddhisme.

Dans ces régions, le monastère offre à la population des perspectives, ainsi que la transmission de la culture et de la langue tibétaines, la pratique du bouddhisme, des soins de santé et l’accès à l’éducation. L’abbé Kungka Tenzing du monastère et le moine Nawang Funchok étaient en Suisse fin janvier/début février pour justement faire connaître leur projet.

 Les Mandalas

L’un des projets concrets consistait à réaliser un mandala de sable. Un mandala, à ne pas confondre avec la mandorle catholique, est une ancienne tradition bouddhiste. Les mandalas servent de forme de méditation, d’introspection, de détachement du monde matériel et de démonstration de l’impermanence. Ils s’accompagnent de rituels.

Un mandala est, dans sa forme de base, un cercle à l’intérieur d’un carré, avec une symbolique complexe du cosmos et de l’esprit humain. Un mandala est toujours représenté comme un palais avec quatre tours orientées vers l’est, l’ouest, le nord et le sud. Comme une carte géographique, ils servent de guide à ceux qui cherchent le noyau de l’être, le soi intérieur et la divinité au centre du mandala. On trouve des mandalas dans tous les grands monastères bouddhistes, présentant une disposition colorée et symbolique.

Un mandala de sable est une figure bien connue. L’acceptation de l’impermanence de l’homme et de la matière constitue également un motif essentiel du bouddhisme. C’est pourquoi le beau mandala, fait de grains de sable colorés et porteur de sa symbolique, a été rendu à la nature le septième jour.

« Tu retourneras à la poussière » est une citation biblique bien connue (Genèse 3:19). La célèbre « Danse macabre » du bas Moyen Âge, une horloge ou les crânes dans les tableaux des maîtres néerlandais et flamands du XVIIe siècle font également référence à ce motif.

L’église réformée de Kaiseraugst

Le Rhin à Kaiseraugst et le mandala

Du 31 janvier au 6 février, les deux moines ont travaillé sur le projet dans l’église réformée de Kaiseraugst (canton d’Argovie), non loin du palais du premier évêque du diocèse actuel de Bâle (depuis 1529 à Porrentruy, puis à partir de 1828 à Soleure – même le siège d’un diocèse est éphémère!).

L’abbé Kungka Tenzing (à gauche) et le moine Nawang Funchok (à droite).

Après un rituel bouddhiste (y compris des prières [mantras]) dans l’église réformée, la « poussière » du mandala a été jetée au Rhin selon la tradition bouddhiste. Le parallèle avec les « cendres » après une crémation est évident.

L’authenticité, la simplicité, l’ouverture et l’engagement de ces moines ont naturellement suscité beaucoup de sympathie parmi les habitants des petits villages et des villes avoisinantes, dans la soi-disant «campagne » de la Suisse multiculturelle.

L’église et la procession à travers Kaiseraugst ont suscité beaucoup d’attention ; les écoliers n’ont pas hésité à réaliser de nombreux mandalas. Les habitants, l’église et les communes ont généreusement soutenu le projet.

(Source et informations complémentaires : Association scolaire Lo-Manthang à Magden).

Le moine Nawang Funchok et l’abbé Kungka Tenzing devant le hangar à bateaux du club d’aviron Basler Ruderclub (BRC).