Kaiserstuhl. Foto/Photo: TES

Le Rhin comme voie de migration, d’énergie, de commerce, de culture et de frontière

Du côté du Petit-Bâle et du Mittleren Brücke, Helvetia regarde vers l’ouest, en aval du Rhin, avec nostalgie et mélancolie. À quoi pense-t-elle ? Au bon vieux temps du Rhin, lorsque ce fleuve s’appelait encore Renos (le nom celte) ou Rhenus (le nom romain) et qu’il était le maître des lieux, qu’il coulait où il voulait et aussi haut qu’il pouvait ?

Au paysage fluvial sur les deux rives du Rhin sans construction ni intervention humaine ? À la Petite Camargue Alsacienne à quelques kilomètres de là ? Aux saumons qui habitaient le Rhin, nombreux et bien nourris ? Ou bien a-t-elle trouvé le repos dans l’ancienne ville épiscopale de Bâle ?

Helvetia pourrait toutefois aussi tourner son regard vers l’amont. Il n’y a plus guère de saumons, les constructions sont d’autant plus nombreuses et le Rhin est « dompté » et partiellement canalisé avec un fort trafic fluvial. Et pourtant, le Rhin actuel connaît encore de nombreuses réserves naturelles et même l’intervention humaine a parfois sa beauté.

Le Rhin près Rekingen

D’ailleurs, le Rhin n’est pas partout le fleuve frontière entre l’Allemagne et la Suisse. L’Helvétie se trouve en effet sur la rive droite du Rhin. La ville d’Eglisau (canton de Zurich) se situe également sur la rive droite du fleuve. Les cantons de Schaffhouse (sans l’enclave allemande de Büsingen) et le canton de Bâle-Ville (la ville de Bâle en partie, Riehen et Bettingen en totalité) s’étendent aussi en partie, voire en grande partie, sur la rive droite.

Le Rhin près Eglisau

Le Rhin est certes « dompté », mais à différents endroits, des réserves naturelles donnent encore un aperçu de la situation avant l’intervention humaine à partir du 19e siècle.

Centrale hydroélectrique d’Eglisau

Centrale hydroélectrique de Rekingen

La Suisse ne serait toutefois pas la Suisse si le courant du Rhin n’était pas utilisé pour produire de l’énergie. L’hydraulique couvre environ 50 % des besoins en électricité du pays. Sur une distance d’un peu plus de 20 kilomètres entre Eglisau et Bad Zurzach, on trouve par exemple deux centrales hydroélectriques. Celles-ci ne facilitent évidemment pas la vie des saumons, même si des échelles à poissons pourraient offrir des perspectives à long terme.

Le pont près Eglisau

Eglisau

Jusqu’aux conquêtes françaises par Napoléon (1769-1821) à partir de 1798, le Rhin n’était pas tant un fleuve frontalier qu’une route commerciale et une artère pour le transport de personnes. Les grands radeaux en bois, longs de 300 à 400 mètres et parfois larges de 50 mètres, en témoignaient également.

Museum De Bastei, Nimwegen

Ils naviguaient ou dérivaient avec le courant jusqu’au delta à Rotterdam. De nombreux passagers suisses utilisaient également ces radeaux en bois comme moyen de transport et le commerce de marchandises, notamment de bétail, de bois et de sel, se faisait en grande partie sur le Rhin, avec Schaffhouse, Rheinfelden et Bâle comme centres de transbordement importants.

Les radeaux en bois ont depuis longtemps laissé place à la navigation motorisée, mais le Rhin reste une artère importante. Une petite ville comme Kaiserstuhl (canton d’Argovie) montre comment, dans les temps anciens déjà, la situation au bord du Rhin a conduit à la prospérité.

Les relations économiques et politiques séculaires entre le comté de Baden (canton d’Argovie), l’évêché de Constance et l’ancienne Confédération en sont également l’expression.

Aujourd’hui, le pont sur le Rhin relie à nouveau Kaiserstuhl à Hohentengen (Bade-Wurtemberg) sans obstacle, comme il l’a fait pendant des siècles, jusqu’à ce que la création des États-nations au XIXème siècle et les périodes de guerre du XXème siècle entraînent la fermeture (hermétique) des frontières.

Les poètes et les écrivains ont également pris goût au Rhin. L’un des écrivains suisses les plus connus, Gottfried Keller (1819-1890), a même un chemin riverain qui porte son nom.

Pourtant, le Rhin n’a pas toujours été un lieu d’inspiration poétique. De nombreux bunkers sur les rives suisses donnent une idée des installations de défense dans les années 1940.

Kaiserstuhl fait aujourd’hui partie de la commune de Zurzach, avec entre autres Bad Zurzach et sa célèbre culture balnéaire, Sainte-Vérène, le château et les villages de Rekingen et Rümikon.

Château Bad Zurzach

Rümikon

Le Club Alpin Suisse (CAS) organise régulièrement des randonnées dans cette région et dans d’autres contrées du pays.

Révision: Lars Kophal (Neuchâtel), rédacteur et journaliste 

Impressions de la région

Mellikon, Meieried

Panoramaweg Zurzibiet