Le rumantsch Grischun et l’enseignement

Les Grisons se sont développés aux XIVème et XVème siècles au cours d’un lent processus vers l’autonomie politique.

Les Trois Ligues : la Maison-Dieu (Gotteshausbund), les Dix-Juridictions (Zehngerichtenbund) et la Ligue grise (Graue ou Obere Bund) ont passé du système féodal et aristocratique à une démocratie sous la forme de communes et de juridictions autonomes.

Les trois ligues se sont rapprochées entre 1450 et 1524, date à partir de laquelle elles se dotèrent d’une constitution commune et obtinrent ainsi un statut de république libre (Freistsaat der drei Bünde). Elles se sont alliées à l’ancienne Confédération suisse entre les XIVème et XVIème siècles.

Le romanche – soit les cinq idiômes :  Surselvisch, Sutselvisch, Surmeirisch, Putèr et Vallader – était encore à cette époque la langue dominante.

Cependant, la langue allemande prit une importance croissante, suite en partie à l’immigration de germanophones tels que les Walser.

Coire, centre linguistique et culturel du romanche, devint essentiellement germanophone.

En 1794, la Diète (l’exécutif) proclama le trilinguisme (allemand, italien et romanche) de la République des Trois Ligues.

En 1803, le canton des Grisons devint l’un des dix-neuf cantons de la Confédération sous son nom actuel. Les trois langues avaient le même statut, bien que l’allemand dominât dans l’enseignement, au sein du gouvernement et du système juridique. Cette évolution se poursuit aujourd’hui encore.

La Lia Rumantscha a été fondée en 1919 dans le but de promouvoir et d’utiliser le romanche dans l’enseignement et la culture. Le canton des Grisons est le seul canton suisse trilingue et le seul dans lequel est parlé le romanche.

A partir de 1982, a été créé le rumantsch grischun, synthèse des cinq idiômes romanches, une langue standard, commune appliquée à l’enseignement, employée dans la bureaucratie et dans le domaine juridique.

En 1999, le gouvernement des Grisons a approuvé l’enseignement du rumantsch grischun en tant que seconde langue. Les communes avaient ainsi le choix d’enseigner dans leurs écoles un idiôme régional ou le rumantsch grischun.

Cependant, cette unification des cinq idiômes a rencontré des détracteurs. En 2020, l’utilisation du rumantsch grischun dans l’enseignement, en tant que langue obligatoire en plus de l’allemand ou de l’italien ne semble pas connaître un grand succès. Après une phase d’enthousiasme, l’adhésion à cette création s’est étiolée, faute d’attributs émotionnels et culturels.

Les cinq régions de langue romanche marquent apparemment une préférence pour leur identité et leur langue locale.

Rédaction et révision: Marianne Wyss, écrivain public et traductrice.