La paupérisation démocratique au sein de la Confédération suisse
22 mai 2026
Ce qui frappe dans le débat sur « l’ initiative des 10 millions », c’est le manque de substance dans la position des opposants. Alarmisme, peur de l’UE et des sanctions de l’UE, le Brexit (mais pourquoi « exit » alors que la Suisse n’est pas du tout membre de l’UE), Trump ou l’UE, la fermeture imminente d’hôpitaux, un arrêt immédiat de l’immigration de travailleurs et même une comparaison absurde avec le Japon. Ces conséquences, comparaisons et questions ne sont pourtant pas du tout en cause.
Et ce nom est « Initiative sur la durabilité » et non « Initiative du chaos », Mesdames et Messieurs les politiques et membres du Conseil fédéral.
76 % des Néerlandais souhaitent également que le nombre de migrants (économiques) et de demandeurs d’asile (en situation irrégulière) soit limité. Cependant, la démocratie directe n’existe pas et, selon les responsables politiques, « les règles, les juges et les lois européennes » en font l’impossible.
L’âge de la retraite (âge AVS) est depuis longtemps fixé à 67 ans aux Pays-Bas et continuera d’augmenter. Personne n’établit toutefois une relation avec l’immigration, et ce lien n’existe d’ailleurs pas ; cette évolution est au contraire considérée comme normale et nécessaire en raison de l’allongement de l’espérance de vie, des coûts des soins et du vieillissement de la population. Les immigrés ne se contentent pas de cotiser à l’AVS ; ils en bénéficient également.
On ne promet pas de repousser l’âge de la retraite si le « non » l’emporte le 14 juin. Ce n’est pas seulement une fausse promesse et un mensonge, c’est aussi du populisme.
Il s’agit d’une gestion nécessaire de la migration de la main-d’œuvre et d’autres immigrants. Aux Pays-Bas, les émeutes sont monnaie courante. De plus en plus de citoyens en ont assez, comme on le voit aussi en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Belgique, en Suède ou en France, mais là-bas, il n’y a pas de démocratie directe.
Immigration
Dans un autre domaine également, l’accord est non seulement mal conçu, mais il viole également la Constitution :
Art. 121 a (1) : La Suisse gère de manière autonome l’immigration des étrangers.
Art. 121 a (2) : Le nombre d’autorisations délivrées pour le séjour des étrangers en Suisse est limité par des plafonds et des contingents annuels. Les plafonds valent pour toutes les autorisations délivrées en vertu du droit des étrangers, domaine de l’asile inclus. Le droit au séjour durable, au regroupement familial et aux prestations sociales peut être limité.
Art. 121 a (4) : Aucun traité international contraire au présent article ne peut être conclu.
L’accord avec l’Union européenne, une organisation internationale, méprise ici aussi la Constitution de manière flagrante.
La politique suisse en matière d’immigration est abolie, car tout citoyen de l’UE obtient, après cinq ans, un permis de séjour permanent. Même le Danemark, membre de l’UE, a promu une clause d’exemption dans le cadre de la politique d’immigration européenne qui a échoué, contrairement à la Suisse.
L’accord ignore le fait que des millions de migrants et de réfugiés dans les pays voisins ont très facilement obtenu un passeport et ont ainsi accès à la Suisse. L’Espagne, par exemple, accorde à 500 000 clandestins un permis de séjour permanent, sans autre vérification.
La condition préalable d’un « contrat de travail » est peu importante, car les structures familiales, amicales et claniques permettent de trouver facilement un emploi dans de nombreuses entreprises, y compris les entreprises obscures. La loyauté n’est souvent pas envers le pays et son gouvernement, mais envers la famille, les amis et les clans. Dans les dictatures, c’est une stratégie de survie : « Si tu ne voles pas l’État, tu voles la famille. « C’était le cas sous le communisme et c’est toujours le cas dans de nombreux pays d’émigration aujourd’hui.
Aux Pays-Bas, par exemple, la fraude aux allocations familiales et autres prestations sociales est monnaie courante, car 1) la situation dans les pays d’origine est difficilement contrôlable et 2) la Cour européenne des droits de l’homme a interdit tout contrôle par pays, car cela reviendrait à du « profilage ethnique ».
Conformément à la législation européenne, les cantons et la Confédération ne sont pas autorisés à contrôler les criminels condamnés provenant de pays membres de l’UE ni à leur refuser un permis de séjour afin de leur octroyer un permis de séjour permanent après cinq ans.

Hotel Tarasp
Les nombreux restaurants, hôtels et autres établissements fermés dans le pays offrent également aux criminels la possibilité de s’installer en Suisse en tant qu’entrepreneurs et d’obtenir ainsi un permis, y compris des contrats de travail pour leur famille, leurs amis et d’autres membres de leur clan, sans contrôle supplémentaire. Qui est souverain en matière d’immigration, Bruxelles ou les cantons et le gouvernement fédéral ?
De plus, ce n’est ni aux autorités suisses ni à un tribunal de décider de ce qu’est un contrat de travail, mais à la Cour de justice de l’Union européenne. Et cette cour est très flexible, sans parler de la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg, qui est également très généreuse.
Un droit de séjour automatique après cinq ans entraînera une « immigration » importante et durable. Et il ne s’agit pas ici des expatriés traditionnels, qui ne font jamais venir leurs parents et autres membres de leur famille et repartent généralement après quelques années.
Le nombre important d’immigrants non enregistrés, hébergés par des amis, des proches et des clans, constitue également une source de préoccupation croissante. La Suisse ne peut pas non plus sauver le monde entier, mais cela risque de nuire à son propre système social, éducatif et sociétal.
Le débat
La démagogie et la propagande des activistes (jusqu’aux plus hautes sphères politiques, voire de la part de certains membres du conseil fédéral et de (trop) nombreux parlementaires), le dénigrement des auteurs de l’initiative ou le populisme politiquement correct sont néfastes pour la démocratie directe et la société dans son ensemble. Ce n’est pas tant l’initiative elle‑même qui semble susciter la controverse, que son initiatrice, désormais clouée au pilori.
Il s’agit là d’un incroyable sismographe de la société. La démocratie signifie le pouvoir (kratos) du peuple (demos). Sinon, abolissons la démocratie directe et la majorité des cantons. Cela simplifierait considérablement la vie politique.
La Confoederatio Helvetica (CH) se muerait alors rapidement en une simple “Suisse” (Schweiz, SCH), un pays européen ordinaire, à peine traversé de clivages sociaux, socioculturels ou politiques, et relégué au rang d’État parmi d’autres au cœur de l’Europe. Le système de démocratie directe suisse repose sur la confiance. Cette confiance est aujourd’hui ébranlée par ces politiciens.
L’UE et la Suisse
Et ce n’est ni un compliment, ni une bonne perspective. C’est l’UE qui est le problème démocratique, économique, monétaire et politique, avec un endettement élevé, et non la Suisse. La Suisse ne doit pas s’européaniser sur les plans démocratique, économique, monétaire et politique, c’est l’UE qui a besoin de plus de suisseness.
Depuis sa création en 1957, l’Union européenne a joué un rôle économique et coopératif positif dans la partie occidentale de l’Europe. Cette Union est avant tout un projet économique. C’est aussi un projet de paix et de coopération européenne nécessaire, mais (sur le plan financier-militaire) presque entièrement dépendant des États-Unis.
Cependant, depuis les ambitions mégalomanes liées à l’introduction de l’euro, à la politique étrangère, à la centralisation croissante, à la bureaucratisation, au démantèlement de la démocratie au niveau européen et à la manie de réglementer, l’Union est devenue de plus en plus incontrôlable et, de surcroît, irréformable.
Bien au contraire : de plus en plus d’États membres (marodes), de plus en plus de dettes, « pacta non sunt servanda » et encore plus d’ambitions, avec une armée européenne (et oui, il faut une coopération européenne défensive, mais réaliste, et une autre forme de neutralité suisse), EU-Inc. (encore un blanc-seing de l’UE pour le crime organisé), des frontières grandes ouvertes, une immigration incontrôlée (le nouveau pacte sur les migrations n’y changera d’ailleurs rien), et d’un autre côté, de moins en moins de transparence, de démocratie, de contrôle et de surveillance sur cette organisation administrative et exécutive centraliste.
La paix en Europe occidentale 1945-1989
De plus, ce n’est pas l’Union européenne, mais l’OTAN, et en particulier la contribution des États-Unis, qui ont préservé la paix non pas en mais pour Europe occidentale de 1945 à 1989. Après 1945, l’Allemagne, durablement pacifiée, a mûri après son essor (trop) rapide (1871-1914), et la France n’a pas commis la même erreur qu’en 1919 avec le traité de Versailles.
Dès le début, l’UE a joué un rôle positif en tant que facteur de cohésion et symbole fédérateur. Elle n’a toutefois pas garanti la paix en Europe occidentale, et ne le fait pas non plus aujourd’hui dans toute l’Europe. Dès la première intervention de l’UE, initialement menée sans les États-Unis (1991–1999, les guerres des Balkans), les choses ont déjà terriblement mal tourné, et la situation ne s’est pas améliorée par la suite.
Des désaccords sur des questions mondiales, des décisions erronées (Afrique, Iran, Nord Stream, même après la première invasion de l’Ukraine en 2014) ou une gestion manifestement défaillante (par exemple, les politiques environnementales et climatiques absurdes).
Et pourquoi, par exemple, le Conseil de l’Europe ne s’occupe-t-il pas des programmes Erasmus et Horizon pour tous les pays européens, comme c’était le cas autrefois ? L’UE s’arroge de plus en plus de compétences, souvent en contradiction avec les traités européens (la Cour de justice de l’Union européenne ferme trop souvent les yeux sur cela).
Conclusion
Lorsqu’une nouvelle nation voit le jour aujourd’hui, on ne songe plus à fonder une monarchie (à l’exception d’un excentrique suisse). De même, la Suisse n’a plus besoin d’adhérer à cette UE au XXIème siècle (ce qui est de fait et constitutionnellement le cas avec le nouveau traité institutionnel). Ce qui est acquis reste acquis et l’UE exigera de plus en plus (sur les plans financier, démocratique et économique).
Les Pays-Bas et les cinq autres membres fondateurs ont naturellement adhéré à l’UE après le traumatisme de la première moitié du XXème siècle. Ces fondateurs sont pourtant aujourd’hui dans un mauvais état. Tout va bien tant que tout va bien.
Puisse toutefois subsister au moins une enclave et une oasis en Europe, ne serait-ce qu’en tant qu’exemple démocratique, innovant, administratif, entrepreneurial, scientifique, inspirant et unique. To be or not to be, telle est la question.
